Ni steak ni soumis !
Quick halal : prescription religieuse ou exigence commerciale ?
Publié le 21 février 2010 à 17:22 dans Économie
Mots-clés : Économie

Un catholique peut-il manger de la viande halal un vendredi de carême ?
Pour un carême, ça commence bien. On s’était promis de faire maigre et de tenir quarante jours durant. Voilà que l’actualité nous sert une pleine platée de carne.
La semaine dernière, le maire socialiste de Roubaix, René Vandierendonck, faisait une drôle de découverte : le restaurant Quick de sa ville ne sert plus que des hamburgers halal à ses clients et le scandale dure depuis trois mois déjà. Aussitôt, l’élu hurle à la discrimination et envoie son avocat porter plainte contre Quick.
Du coup, le pays tout entier s’est pris d’une irrésistible envie d’aller manger au Quick halal de Roubaix un hamburger pas halal. Les uns pour défendre la laïcité : “Préservons notre droit de manger du cochon le Vendredi-Saint !” D’autres pour défendre les traditions multiséculaires de la France éternelle : “Défendons les valeurs du terroir qu’incarne le hamburger strong bacon.” Certains enfin, parce que l’islamisme ne passera pas : “J’étais au Quick de Roubaix et Ben Laden était planqué dans les chiottes.” Le salafisme s’attrape par la viande halal aussi sûrement que le cancer se transmet par une poignée de main.
Laïcité, islamisation, discrimination : lorsque les grands mots sont sortis à mauvais escient, ils deviennent des gros mots. L’islam n’est pas l’affaire de Quick. Quick fait des affaires avec l’islam.
Si, aujourd’hui, au nom de la lutte contre les “discriminations”, le maire de Roubaix porte plainte contre un restaurant halal, pourquoi ne le ferait-il pas, demain, contre un restaurant casher ? Il n’aurait, en effet, aucune raison de s’arrêter en si bon chemin.
L’autre jour, je vais dîner au restaurant casher Les Ailes, rue Richer, dans le 9e. Le mal du pays sans doute, je commande au garçon un jarret de porc. Il n’a pas voulu me servir. Furieux, je sors et je prends place, rue Hénard, dans le 12e, à l’excellent restaurant indien Jodhpur : c’est à peine s’ils m’ont mis dehors quand j’ai commandé un faux-filet saignant. En désespoir de cause, j’ai essayé de trouver un restaurant végétarien digne de ce nom, histoire de manger un tartare bien épicé. J’ai fini, chez moi, devant un bol de soupe.
Les interdits et les prescriptions alimentaires n’appartiennent pas à la sphère publique : elles relèvent de la sphère privée. Sauf pour les cannibales, auxquels la civilisation interdit d’assouvir leurs penchants culinaires – encore une “discrimination” ! Pourquoi, au nom de la laïcité, voudrait-on forcer un catholique pratiquant à manger de la viande un vendredi de Carême, un musulman à avaler du boudin et un juif à faire braiser chaque sabbat un filet mignon de porc ? Seraient-ils plus français, mieux intégrés à la communauté nationale, s’ils le faisaient ? Bien sûr que non. Le rapport que nous entretenons avec l’alimentation – et, plus généralement, avec ce que Jankélévitch plaçait sous les catégories du pur et de l’impur – est certainement ce que nous avons de plus intime. De plus intime, sinon de plus essentiel.
On est toujours gêné aux entournures lorsque l’une ou l’autre instance officielle (ministère et organismes de la Santé) édicte des prescriptions alimentaires. Même si elles sont hygiéniquement fondées (“tu t’es vu quand t’as bu”, “cinq fruits et légumes par jour”, “quand il fait chaud, mangez gras”), elles semblent empiéter sur notre libre détermination. Kant résumait parfaitement ce sentiment dans Qu’est-ce que les Lumières ? : “Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même.” Les exemples choisis par le Chinois de Königsberg ne sont pas pris au hasard : entendement, conscience et alimentation sont ici placés sur un pied d’égalité, car, en fin de compte, c’est de l’autonomie du sujet qu’il est question.
Cette autonomie, elle trouve sa source dans le christianisme, qui opère ici un véritable renversement anthropologique : “Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche d’un homme qui le rend impur. Mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui le rend impur1.”
Lorsqu’elles sont religieuses, c’est-à-dire culturelles, les prescriptions ne sont pas extérieures au sujet. Il les a intégrées dans son identité-même. Elles sont devenues, pour lui, des obligations. Faire manger du porc à un juif ou à un musulman observant, ce n’est pas lui faire simplement injure, c’est nier sa propre individualité.
En venir à parler de Kant dans un Quick, ça fait un peu tâche. Revenons à nos moutons – avant de les égorger dans la baignoire. Dans l’affaire roubaisienne, ce n’est ni la religion ni les prescriptions alimentaires qui sont en jeu. C’est de fric, de pognon, de grisbi qu’il s’agit avant tout.
Le Quick de Roubaix n’est pas un cas isolé. Sur les 362 fast-food de la marque, huit sont passés au burger halal depuis novembre dernier – à titre expérimental, nous dit-on. Les huit sont situés dans des quartiers où vivent, en grande majorité, des musulmans. Quick a adapté son offre commerciale au segment le plus porteur. L’entreprise aurait l’une de ses enseignes dans un quartier à fort peuplement hindou qu’elle ne servirait plus de bœuf dans son restaurant.
Tout ce ramdam pour s’apercevoir que dans certains quartiers vit une majorité de musulmans. Quelle stupéfiante découverte ! Pas besoin de statistiques ethniques : le service commercial de Quick s’en est chargé à votre place. Cependant, il ne faut jamais désespérer de rien. Peut-être que, de progrès en progrès, de mal en pis, on s’apercevra un jour que, halal ou pas, la merde que vendent les fast-food sous forme de hamburgers reste de la merde. Et, en cette matière, il n’y a aucune discrimination : tout le monde est servi.
Une question cependant demeure. Pourquoi un maire, comme René Vandierendonck, se met-il martel en tête de porter plainte contre un fast-food halal ? Il est publiciste et sait parfaitement que la composition de la carte d’un restaurant n’est pas inscrite dans la Constitution. Il sait également que Quick n’est pas un restaurant d’Etat et que le seul maître à bord c’est l’entrepreneur privé lui-même2.
La réponse est, peut-être, à trouver chez le philosophe canadien Charles Taylor : dans un quartier où la légitimité des institutions publiques est en crise, un fast-food n’est plus une simple enseigne commerciale. Il devient lui-même – aussi paradoxal que cela puisse paraître – une institution. Il se charge des fonctions autrefois assumées par les institutions en crise : il socialise, il transmet une culture, il pourvoie chacun de modèles sociaux.
Dès lors, la question n’est plus juridique (un fast-food discrimine-t-il en ne servant que des produits halal ?). Elle est uniquement politique : quelles instances jouent, dans nos quartiers, le rôle traditionnellement dévolu aux institutions ?
- Matthieu, 15. ↩
- Que le principal actionnaire de Quick soit une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations n’en fait pas une société publique. D’ailleurs, rachetée en 2006 à Albert Frère par Qualium investissement, la cession de Quick est annoncée depuis plus d’un mois par la Caisse des Dépôts. ↩
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L'auteur
François Miclo est rédacteur en chef de Causeur magazine. Twitter : @fmiclo
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Sophie dit
Dans le même ordre d’idée, une septuagénaire marocaine vivant à Bruxelles m’a un jour confié qu’elle ne comprenait plus rien à ce qui se passait. “J’ai quitté le Maroc avec mon mari, fin des années 60. Arrivées en vue du port de Marseille, toutes les femmes lançaient leur voile par dessus bord et riaient. Nous devenions des femmes libres et nous étions heureuses de cette liberté. Maintenant, je vois des adolescentes, et même mes petites-filles qui veulent à tout prix porter le voile. Elles parlent tout le temps du bled qu’elles ne connaissent pas et prennent des cours d’arabe, alors qu’on parle français au Maroc. Les jeunes marchent sur la tête.”
Meunniez-Tudor dit
Un petit hors-sujet (enfin, presque)
Je viens de causer avec un bonhomme qui a passé plusieurs années à Londres, où il a côtoyé notamment des jeunes Marocains et Algériens. Ils étaient les premiers à s’énerver de ce qui se passe en Europe. Citation de mémoire, donc imparfaite : « Si on est venus ici , c’est notamment pour que les barbus nous lachent un peu, pour qu’on ne soit pas obligés de suivre les imams. Et voila, à peine arrivés, on se heurte à eux , à leurs regards noirs, à leurs sermons, à leurs violence – ça fait vraiment ch… Et les gens d’ici se couchent et les laissent faire comme chez eux».
Midas dit
Bonjour Alpin,
C’est exactement ce que je voulais dire. Dans ma religion, crier haro sur le baudet n’a jamais regle aucun probleme.
Alpin dit
@Midas,
Bonjour,
Son Dieu n’est pas judéo-chréthien,son dieu est le veau d’or,la marchandise est son
alpha et omega,ainsi que le vieux père Karl l’avait souligné.
Mais cela est dans l’ordre des choses et manifeste une distinction des ordres tout à fait
saine,entre le marchand et le religieux en Europe.
Ce qui fait problème,tient dans le manque de sens des limites,de détermination et
d’intelligence à en faire respecter les frontières et les répartitions.
Midas dit
@ Patrick Mandon
En admettant le fait que confirme votre ami, cela ne nous renseigne pas sur la raison a l’origine de cette situation.
Est-ce lie a un deficit securitaire? Dans ce cas comment expliquer qu’un pays evolue comme la Suede ne puisse appliquer ses lois en matiere de securite? Est-ce a cause des restaurants hallal? Petite plaisanterie qui rappelle le sujet du fil et qui n’est peut-etre pas si anodine qu’elle en a l’air…
Il y a de toute evidence un probleme, ou du moins une problematique, puisque nous devisons a ce propos, mais quel est-il et quel est son ampleur? Je n’accepte pas la reponse qui se contente de dire que l’Islam et les musulmans sont le probleme.
Dieu soutient les hommes de bonne volonte et confond les paresseux! La fuite n’apporte jamais la victoire et la faiblesse n’est pas une force.
Certains devraient se rappeler que le principal vecteur d’amoralisation/demoralisation (car il s’agit d’un valse a deux temps) de notre culture est la caste mercantile qui a insidieusement impose ses vues pour pouvoir faire des affaires avec tout le monde et qui se soucie nullement de notre corpus culturel. Le veritable ennemi de ceux pour qui l’or n’est pas l’alpha et l’omega de l’existence est a l’interieur de notre civilisation: sa peau est blanche et son Dieu judeo-chretien!
expat dit
@ Patrick Mandon : merci pour cette information disons “chaude”. Si vôtre ami a plus d’informations, svp n’hésitez pas à la partager avec nous (s’il veut bien vôtre ami).
Sinon un article bien fait, bien recherché sur le Kosovo, moi je suis partante. Je n’ai fais (et je l’avoue) que gober le PR de Clinton concernant l’intervention des USA. J’aimerais bien voir plus claire dans cette histoire.
Patrick Mandon dit
À L’Ours,
Je suis toujours très sceptique lorsque je lis des alarmes à caractère volontiers anti-islamique, émanant en général toujours des mêmes et venant toujours du même blog vulgaire, raciste et communautariste. Pour tout dire, je les méprise. Mais hier, j’ai lu sous la plume de L’Ours une information relative à la situation des Juifs dans la ville de Malmö. Je connais la Suède, et l’un de mes plus chers amis est suédois. En France, on ne comprend rien à la Suède, au rapport exceptionnel que ce pays entretient avec la liberté, l’égalité et la tolérance. J’ai donc voulu en savoir plus sur cette affaire. J’ai interrogé immédiatement par courriel mon ami. Je précise que cet homme possède une vaste culture, qu’il voyage dans le monde entier, et qu’il est d’un tempérament très «tempéré». Voici sa réponse :
«En toute vitesse parce que je pars à New York demain. Il y a eu – et il y’en a peut-être toujours – des tensions et des conflits entre des musulmans et des juifs habitant Malmö. Je crois que certains des juifs ont peur et qu’ils considèrent quitter cette ville. Pourtant je ne suis pas sûr que ça soit vrai pour toute la minorité juive de Malmö. Mais c’est sûr, il y a une hostilité latente entre la plutôt grande minorité musulmane et celle assez petite juive. Je crois que l’on voit le même phénomène un peu partout en Europe aujourd’hui. C’est inquiétant.».
J’ai cru utile à tous de rapporter ce message, qui ne me rapproche nullement du blog détestable évoqué plus haut.
expat dit
@ Rackam : le peuple pêche !
rackam dit
Que demande le peuple?
l’oiseau bleu dit
@ rotil
vous avez raison
rien que Peuple
mais dans ce cas ” peuple ” n’est pas défini
Rotil dit
“l’oiseau bleu dit :
23 février 2010 à 16:54
rack am = rien que le Peuple”
J’en appelle à Bibi, maxiton et d’autres, mais rack am = (selon moi) seulement (rien que) peuple.
Rien que LE peuple serait plutôt “rack ‘aam”.
Ou me trompai-je ?
l’oiseau bleu dit
rack am = rien que le Peuple
rackam dit
oiseau bleu,
rackam, sans “h”, aucune substance interdite.
Rotil dit
Sophie,
Vous nous manquâtes !
Avouez-le ! Vous futes à Roubaix où vous vous goinfrâtes de steacks hallal, n’est-il pas ?
En loucedé, sans en avertir quiconque ?
Peine perdue, comme chef (secret) du Mossad, je suis au courant.
Vous avez même été prise en photo par mes services, bien que vous vous affublâtes d’une jolie burqa. Vous voyez, je sais tout !
l’oiseau bleu dit
@ rackham
j’avais pensé à ” vacuité ” mais je prends tout
Sophie dit
Coucou, qui revoilou!
C’est une drogue, hein?
rackam dit
oiseau bleu,
pardonné si vous précisez le sens de “vacité”, avec un “n” comme nase à la place du “c” ou avec un u comme urticant, entre le”c” et le “i”.
Rotil dit
Benoit,
C’est un scientifique russe qui explique la chose:
“Il y a trois jours, j’ai bu un whisky-coca, et je fus saoul…
Le lendemain, j’ai tenté un gin-coca, et j’étais pêté.
Alors, hier, j’ai essayé un vodka-coca, et j’étais bourré !
Ah, ces yankees ! Ne buvez jamais de coca-cola, vous êtes nazes à tous les coups !”
l’oiseau bleu dit
rackam
excusez-moi je voulais démontrer la vacité de ce type mais je me situe à l’opposé de ses opinions
Joãozim dit
– suite –
Bref, la diversité, c’est le niveau zéro de la réflexion sociopolitique… en face, Quick ne s’embarasse pas autant de concepts marketing futiles importés tout droit d’outre-atlantique et cible directement sa clientèle : on se doute bien que dans une période de surenchère identitaire maintenant assumée de tous les côtés, les populations d’origine immigrée de Roubaix (sensiblement plus nombreuses et communautarisées que dans le reste de la France pour des raisons historiques et géographiques) n’abandonneront pas, du moins à court terme, leurs pratiques culturelles/religieuses/alimentaires…