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Ni Friedman, ni Keynes

Les Trente Glorieuses, oubliez les !

Publié le 01 juin 2009 à 16:56 dans Économie

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La crise que nous vivons n’a pas encore ses chansonnettes mais elle a déjà sa mythologie avec ses bons, ses brutes et ses truands. Selon la légende qui est en train de gagner l’opinion publique, depuis 1945 notre existence s’écoulait doucement sous le giron de l’Etat-providence quand soudain, au bout de la rue principale de notre petite ville pépère, surgirent les trois cavaliers de l’apocalypse : Milton Friedman, Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Par obstination et cupidité, ces trois là ont tout détruit sur leur passage. Avec leurs armées de traders, actionnaires, conseillers en stratégie et autres titulaires de MBA, ils se sont emparés de la richesse des peuples et ont piétiné leurs acquis sociaux. Ainsi commença la trentaine désastreuse, l’ère de l’argent-roi et du marché-dieu. Puis notre pouvoir d’achat, à nous les vrais gens, dégringola.

L’heure de la vérité a enfin sonné. Les masques sont tombés, et l’heure est venue de se lever comme un seul homme contre les Dark Vador de la planète noire “CAC 40″ (ou caca-rente comme l’a dit récemment l’auteur d’un Dictionnaire des gros mots cachés dans les mots).

Sauf qu’il suffit de feuilleter quelques journaux de 1977 (année de la sortie de Star Wars), pour se rendre à l’évidence : le modèle économique de l’après-guerre, malgré son “keynésianisme” considéré aujourd’hui comme la panacée universelle et une vérité révélée, a fait naufrage – en grande partie à cause de l’excès de keynésianisme de même que celui qui lui a succédé s’est planté pour excès de libéral-monétarisme. Certes, la crise pétrolière d’octobre 1973 est aussi passée par là : mais elle a révélé les faiblesses su système plus qu’elle ne les a créées.

Le chômage, OVNI méconnu dans les années 1960, est passé en France de 3 % (690.000) en 1974 à 7 % (1.500 000) en 1981, pour devenir un enjeu central du débat politique. Ces années furent si terribles qu’en 1979, Jean Fourastié appela les trois décennies qui les avaient précédées les Trente glorieuses, un peu comme les années 1900 étaient devenues une Belle époque après 14-18. Il est toujours joli, le temps passé, surtout au lendemain d’un désastre. Il suffit de se remémorer le sort des ouvriers de Renault dans les années 1960-1970 pour comprendre qu’il y a une certaine incongruité à faire passer cette époque pour un âge d’or.

Bien avant la mondialisation et la délocalisation, le chômage, les déficits et l’inflation des années 1970 avaient révélé que le modèle économique et social (le capitalisme syndicalo-étatique) était à bout de souffle. Trop lourd financièrement, sclérosé et sclérosant, il a obligé les gouvernements à recourir massivement à l’emprunt pour financer non pas les investissements à long terme mais les dépenses courantes et les transferts sociaux. En clair, le nouveau modèle économique est né non pas de la cupidité de certains acteurs, mais tout simplement de la décrépitude de son prédécesseur (et aussi, comme l’a parfaitement expliqué Gauchet de l’incapacité des élites françaises à s’adapter à la nouvelle configuration planétaire).

Une fois la reconstruction de l’après-guerre achevée et le différentiel des niveaux de vie entre les deux rives de l’Atlantique résorbé, il a bien fallu trouver d’autres gisements de croissance. Deux directions ont été explorées, les gains de productivité dans la production et l’invention de nouveaux modes de financement. Ainsi est né le “capitalisme financier”. En matière de production, le nouveau modèle reposait sur la sous-traitance de certaines activités et la mise en concurrence généralisée. Pour le financement, l’idée était de faciliter la rencontre entre les investisseurs et les projets projet-capital tout en réduisant les risques, à travers de nouveaux produits financiers de plus en plus sophistiqués et de plus en plus abstraits.

Prenons l’exemple simple d’un constructeur automobile dans les années 1970. Tout le monde, du vigile au PDG, est salarié de la même boîte et tous les composants – du rétroviseur au châssis en passant par les sièges – sont fabriqués en interne. Quand cette entreprise tombe gravement malade autour de 1980, on trouve en tâtonnant la solution de la sous-traitance. L’atelier des sièges, devenu une société anonyme indépendante, peut fournir d’autres constructeurs, étendre ses compétences aux sièges pour avions de lignes, il peut même fabriquer des jardinières s’il y trouve son compte. Mais outre les dégâts sociaux qu’elles engendrent (on demande à des régions entières de changer de vie) ces restructurations demandent d’énormes volumes de capitaux. D’où la création de nouveaux produits et de nouveaux marchés qui sont à leur tour emportés par leur propre logique.

Dans cette nouvelle configuration des forces, ce sont les managers qui prennent le pouvoir et qui, instaurent la logique d’entreprise (c’est-à-dire du profit), là où elle est nécessaire, mais aussi, de plus en plus au fur et à mesure de l’usure du modèle, là où elle a des conséquences funestes. L’objectif de l’atelier de sièges de Renault est d’équiper les voitures qui sortent des chaînes. Celui de l’entreprise sous-traitante est de gagner de l’argent. Les légions de jeunes gens sortis des écoles de commerce et pavés de MBA (le diplôme phare des années 1980 et 1990) ont servi à mener à bien cette révolution : ils en ont été l’aile marchante, l’avant-garde éclairée et la classe gagnante.

Dans les années 1970, la perte de pouvoir et de prestige de l’Etat a été accentuée, dix ans plus tard, par la chute de l’Union soviétique. La transformation de la Régie (Renault) en SA cotée en Bourse en a été à la fois la démonstration et le symbole : le “privé”, pense-t-on alors, est toujours plus performant (et plus glamour) que le “public”. Autrement dit, les réponses pragmatiques à une crise de l’économie d’après-guerre sont peu à peu devenues un dogme enseigné comme une vérité dans toutes les universités du monde : comme le keynésianisme avant lui, le libéral-monétarisme est devenu une idéologie, c’est-à-dire un voile jeté sur le réel. À bien des égards on a assisté au retour des vieux slogans du “laissez faire ! laissez passer !” La vérité, bien sûr est que la puissance publique ne peut ni tout interdire, ni tout autoriser.

En même temps, les inconvénients du nouveau modèle sont devenus de plus en plus évidents et surtout la pression à la baisse que le libre échange intégral et la concurrence non régulée exercent sur les salaires et sur la demande globale. Pendant les Trente glorieuses, le rôle de l’Etat répondait à une exigence de protection des salariés-électeurs, en clair à un objectif politique. Dans la phase suivante, le règne d’un consommateur qui n’est que secondairement citoyen, a laissé le champ libre aux techniciens de la finance, du marketing et de la rentabilité. Le salarié-électeur devenu salarié-consommateur s’est trouvé seul a eu tendance à compenser la baisse de ses revenus par un recours à l’endettement. En même temps, la baisse des prix est devenue une revendication politique majeure – le salarié manifeste contre les délocalisations mais le consommateur veut acheter un écran plat à bas prix.

Cette logique montre aujourd’hui ses limites. En clair, les nouvelles règles du jeu, tout en sauvant et créant des emplois, ont structurellement affaibli le travail par rapport au capital, avec, comme conséquence, la réduction de la part de la richesse créée revenant aux salariés. Le pouvoir d’achat des salaires a augmenté de 4 % à 5 % par an pendant les décennies 1950-1960 tandis que depuis le milieu des années 1970 son taux annuel de croissance a stagné autour de 1,3 % – 1,4%.

Nous nous trouvons donc non pas devant un seul cadavre – celui de l’économie financière – mais devant deux cercueils car le modèle “46-73″ est tout aussi mort. L’ère de la Régie Renault est révolue, tout autant que celle des subprimes. Comme dans les années 1980, le nouveau modèle ne va pas surgir subitement mais plutôt s’imposera petit à petit après des années de tâtonnements. Et puis il périra à son tours par excès d’assurance et de dogmatisme.

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  • 4 June 2009 à 13h24

    Gaétan Brunoy dit

    @Alice

    La politique, c’est une maladie de la France. Elle est partout dans notre pays, dans les 36000 communes, les partis, les syndicats, les associations, les IEP, les discussions de bistrots, elle pollue les médias, l’école, l’université… Dire qu’on en manque, c’est une escroquerie. La France aime politiser, et non pas analyser objectivement des faits. C’est le pays où l’idéologie prospère au détriment du pragmatisme.

    La solution dans notre pays n’est pas politique, elle est dans la réduction du politique. La lente émancipation, pied à pied, des producteurs que nous sommes, vis-à-vis des clans, des cartels d’intérêts mafieux, de nomenklaturas qui prélèvent par la force plus de la moitié de la richesse nationale, pour mieux la distribuer à leur clientèle, en touchant une grosse commission au passage.

    L’Etat français c’est Ramzan Kadirov avec un percepteur en costard à la place de la kalachnikov. Parce que c’est plus efficace.

  • 4 June 2009 à 11h57

    xly dit

    Alice détrompez-vous, les boutiquiers sont aussi capables que vous de faire de la politique, regardez par exemple l’épicier de Tarnac !

  • 3 June 2009 à 23h55

    Alice dit

    G. Brunoy, j’aime bien votre style et votre hargne de polémiste, mais je crains que vos «idées» ne soient que le reflet de votre désespoir. Pendant que vous vous lamentez (comme Xly, mais lui, comme un petit commerçant frustré) sur l’état de la France, vous ne voyez pas que les seules réponses, comme le dit Frantz, sont POLITIQUES. Tant que la politique, la vraie, n’aura pas repris TOUS ses droits, ce sera la guerre de tous contre tous. Et le libéralisme que vous prônez c’est ça : la guerre de tous contre tous. Je crois vraiment que vous, et les Français en général, ne voyagent pas assez, en dehors des plages du Maroc. Je reviens des States, c’est terrifiant !
    Savez-vous que la Chine, actuellement achète tout l’or qu’elle peut trouver en Afrique ? La Chine, qui possède la fortune des States en bons du trésor, sent venir le jour où le dollar aura cessé de régner sur le monde. Je pense que le billet de Gil nous montre un chemin : l’Europe doit trouver une solution. Mais sinon, voyagez !

  • 3 June 2009 à 18h10

    xly dit

    La crise mondiale c’est une chose, le retard économique de la France c’en est un autre:

    En France :

    - on travaille moins d’années (chômage des jeunes et des vieux).
    - on travaille moins de semaines par an (congés, rtt)
    - on travaille moins d’heures par semaine.
    - les prélevements obligatoires sont les plus élevés.
    - la formation générale et professionnelle laisse beaucoup à désirer.
    - on entretient de nombreuses danseuses.
    - on distribue les diplômes universitaires à tous
    - on accueille toute la misère du monde.
    - on donne des leçons au monde entier
    - on veut le beurre et l’argent du beurre.

    - et puis quoi encore ?

    Alors :

    - on fait grève
    - on refait grève
    - on marche pour protester
    - on signe des pétitions
    - on bloque les universités, les ports, les autoroutes…
    - on fait le rebelle à la télévision
    - on prêche la révolution…

    Et après ?

  • 3 June 2009 à 18h07

    Béret dit

    Bravo Gil Mihaely pour cet article sur la Crise.

    L’avenir n’est pas dans le retour au passé. Comme vous le dites si justement, le système de l’Etat Providence s’est éteint dans les années 70 étouffé par tous les excès d’un hyper keynésianisme idéologique.
    Le modèle qui l’a substitué avec énergie et efficacité – ce fut plus laborieux en France où sa fameuse exception n’est que droit à l’exemption – s’est saoulé de son succès, pour prendre à son tour un caractère idéologique qui l’a conduit à une crise irrémédiablement mortelle dont nous subissons aujourd’hui les convulsions.

    Décidément, l’idéologie n’est rien d’autre qu’un voile de certitudes avec lequel on recouvre le réel.

    Bien sûr que ce n’est pas à coups de yaka-fokon que va se bâtir un nouveau modèle mais qu’il sera le produit de bien des tâtonnements, d’expérimentations, d’interactions multiples. Et c’est heureux ainsi.

    Pour en terminer Gil, il est curieux de noter certaines absences dans les réactions à votre article qui laisse peu d’espace aux slogans simplificateurs et aux envolées lyriques.

  • 3 June 2009 à 16h03

    BArry dit

    La science, c’est l’Homme. Et l’Homme décide.

  • 3 June 2009 à 16h00

    D.H. dit

    Assez d’accord avec vous, Philippe.
    Le problème des limites abordé dans votre premier commentaire va se poser de manière de plus en plus pressante.

    Mais on peut se demander dans quelle mesure la solution relèvera uniquement du “juridico-politique”, tout de même fortement mal en point.
    A cet égard les discours de “refondation du capitalisme”, ou de sa “moralisation” me semblent bien vains (ce système n’a d’ailleurs jamais été fondé, comme le fait remarquer J.-P. Dupuy : il serait donc impossible de le refonder).

    Vous évoquez le “Peuple” en conclusion de votre premier commentaire. Je pense que c’est à l’intérieur de chacun d’entre nous, devenu peut-être, pour le meilleur comme pour le pire, irrémédiablement “monade” (puisque vous semblez aimer les philosophes), que le Monde doit aussi être remis à l’endroit, Lui qui nous a été remis.
    Loin du scientisme et des anciennes sacralités à la fois, un certain “religieux” apparaîtrait alors de plus en plus comme rationnel, paradoxalement.

  • 3 June 2009 à 15h55

    Gaétan B. dit

    @Philippe

    “la frustration générée par la crise actuelle n’attendra pas qu’un nouveau modèle se mette en place petit à petit”

    Quelle frustration ? Qui souffre de la crise en ce moment ? Les retraités cégétistes qui défilent, leur pension garantie ? Les profs déroulant des philippiques contre le capitalisme financier, alors qu’ils touchent leur traitement tous les mois et les augmentations qui vont avec ?

    Ne confondez pas bruit médiatique et réalité. Les amortisseurs sociaux sont tels en France, que malgré la “crise”, la consommation continue d’augmenter ! Si c’est bien une preuve qu’il n’y a pas la moindre inquiétude pour l’avenir dans notre pays… La crise n’existe pas dans notre pays.

    “C’est seulement en encadrant cet ordre, que l’homme, par sa seule volonté et son projet, est parvenu à faire progresser la civilisation.”

    Vous présentez l’”ordre” techno-scientifique comme allant de soi, ne nécessitant que des freins, des cadres, alors qu’il est le moteur et l’enjeu même de la civilisation.

    Un ordre politique, vous en avez même chez les animaux où l’on a des meutes et des chefs de meutes, avec des luttes pour le pouvoir (et les femelles). En termes civilisationnels ça ne vaut strictement rien, c’est la résultante de pulsions individuelles qui empêchent le plus souvent un ordre supérieur de se développer.

    Par exemple le goût de l’égalité chez l’homo sapiens. Ce qu’on nous présente comme une vertu cardinale de gauche, on l’observe à l’identique chez les singes capucins ! Comparez le marasme d’un groupe de singe à l’efficacité d’une fourmilière, et vous avez déjà une partie de la réponse.

    Aujourd’hui, c’est la science qui mérite d’être défendue contre tous les obscurantismes technophobes (comités d’éthique à la mords-moi-le noeud, CNIL, associations écolos, pères de famille débranchant le wifi, faucheurs d’OGM et autres irréductibles imbéciles)

  • 3 June 2009 à 14h58

    Philippe dit

    @Gaétan Brunoy
    N’étant malheureusement pas assez malin pour cela, je n’ai pas tenté de donner une explication à la crise. N’étant pas non plus extralucide, je ne sais pas quelle sera la tournure que prendra la sortie de cette situation.
    D’un naturel plutôt calme (nul besoin pour moi de tranquillisants) j’ai simplement, en prenant quelques précautions de langage, émis l’idée que la frustration générée par la crise actuelle n’attendra pas qu’un nouveau modèle se mette en place petit à petit, au fil du temps, comme l’indique Gil Mihaely à la fin de son article .
    Par ailleurs, je ne pense pas comme vous que notre société soit pourrie, ou, si elle l’est, ce n’est pas par excès de politique mais justement par l’absence d’actions politiques dans des domaines où elle a le devoir de s’exercer. Finalement, c’est un peu le constat que vous faites quand vous parlez de grand barnum en lieu et place de politique.
    Vous verrez qu’un jour viendra où l’on se demandera comment des gens, en toute légalité, se sont enrichis en spéculant sur des denrées alimentaires générant ainsi, en bout de ligne, une situation intenable pour des millions d’êtres humains. Lacordaire le disait déjà en 1848 : “il est des moments où c’est la liberté qui opprime et la loi qui délivre.”

    Quant à la science comme seul moteur de la civilisation, là, je pense que c’est vous qui devriez prendre des tranquillisants. Qui peut dire ce que feraient certains scientifiques sans cadre juridique. Quels types d’armes seraient-ils capables de mettre au point si on les laissaient seuls juges ? Il y a quelques années, une loi a interdit en occident les travaux sur le développement de la bombe à neutrons. Et dans le domaine médical, n’a t-on pas vu un savant fou permettre à une femme de plus de soixante ans de mettre au monde un enfant ?
    Comme vous le dites, l’ordre techno-scientifique réponds à des lois (validation, infirmation d’hypothèses, expérimentation). C’est seulement en encadrant cet ordre, que l’homme, par sa seule volonté et son projet, est parvenu à faire progresser la civilisation. Cette action de l’homme s’appelle la politique. Il est en effet très dommage que cet ordre soit devenu un grand barnum.
    Rassurez-vous Gaétan, ce n’est pas pour autant que j’attends la remise en place des bois de justice en place de Grève.

  • 3 June 2009 à 14h15

    BArry dit

    Gaetan Brunoy, êtes-vous pour ou contre l’euro?

  • 3 June 2009 à 12h36

    Gaétan Brunoy dit

    @Philippe

    Ouh là, prenez un tranquillisant, vous lisez trop de philo. La confusion des ordres comme explication à la crise, il faut oser. Et vos prédictions sur l’inéluctabilité de l’explosion sociale me rappellent celles de tous les communistes avant vous : des gens qui avant tout ont pris leurs désirs pour des réalités.

    La révolution n’aura pas lieu, Philippe. En revanche, un déclin plus ou moins rapide est possible et même probable.

    Notre société est pourrie par l’excès de politique et de juridique. Des lois que se donnent les hommes par des processus d’une bêtise rare : le vote de madame Michu, le carriérisme de politicards, les intérêts partisans, l’agit-prop de lobbys bobos. Qui peut croire aujourd’hui que ce grand barnum sert l’intérêt général ?

    Au contraire, la science procède par validation ou infirmation d’hypothèses, par l’expérimentation, et dans le strict cadre d’un langage formel, logique et exact. C’est elle et elle seule qui a élevé les vulgaires singes que nous étions à la civilisation.

    Le déclin de l’occident est largement explicable par le rejet de la technocratie, au profit d’un néo-obscurantisme : hyperdémocratie, replis identitaires et religieux, sectes, nihilisme écologique (anti-OGM, anti-ondes, anti-nucléaire, anti-croissance…)

    Bientôt il ne restera plus à l’honnête citoyen que le recours de s’exiler en Chine, où ces lubies d’incultes en science n’ont pas encore pris la barre sur l’ensemble de la société.

  • 3 June 2009 à 11h04

    Alice dit

    Frantz, vous avez développé votre pensée, et j’apprécie. On reviendra sur tout cela plus tard, car, là, je dois filer. Mais vraiment, bravo pour le soin et les détails de votre intervention ! Moi aussi, je veux conserver notre mode de vie. Mais comment allons-nous faire, encore une fois ? Comment garder l’Etat au service du pays, au niveau d’excellence où il se trouve en France (même si le service public s’est dégradé, c’est vrai). Préparez-nous de bonnes propositions, Frantz !

  • 3 June 2009 à 10h14

    Philippe dit

    Chez Pascal, un ordre est un ensemble homogène, indépendant et autonome régi par des lois. L’ordre techno-scientifique, dans lequel on peut inclure l’économie, est l’ordre le plus bas. Etant incapable de se limiter par lui-même l’ordre juridico-politique, qui lui est supérieur, aurait dû, en fixant le cadre, assurer cette fonction.
    Parler des “lois de l’économie” auxquelles il faudrait se soumettre constitue une confusion des ordres (un ridicule). Cette confusion élevée en principe de gouvernement est une tyrannie à l’origine de frustrations considérables sur l’ensemble de la planète.
    Beaucoup moins optimiste que Gil Mihaely, je ne pense pas que “le nouveau modèle s’imposera petit à petit après des années de tâtonnements”, les peuples n’auront pas cette patience.

  • 3 June 2009 à 8h20

    Franz dit

    @Alice
    “Mais oui, et après ? Ce qui importe, dans ce truc, c’est que c’est la finance et elle seule qui a contribué à élever le PIB des états développés, et non plus seulement la production industrielle des biens de consommation. C’est le seul moyen qui nous reste pour garantir nos revenus.”

    Je suis bien d’accord avec vous. La finance a permis de retarder le desastre des economies occidentales en general. Sans l’augmentation impressionnante de la dette des menages americains, les USA auraient ete en recession quasi ininterrompue depuis le 11 septembre 2001. Cette dette a ete recyclee dans toutes sortes d’actifs structures qui ont permis de repousser encore l’echeance.

    Vous dites: “Quand la Chine aura atteint un certain standard de vie sociale”

    La, je pense que vous allez vite en besogne. D’abord parce qu’avec plus de 1,3 milliards d’habitants, ils n’ont pas fini d’epuiser le vivier de main d’oeuvre exploitable a volonte.
    Ensuite, parce qu’avec la politique de l’enfant unique, la population chinoise vieillit tres vite. Tellement vite qu’elle sera vieille avant d’etre riche.

    Vous dites: “Et nous ? Notre main d’œuvre aura toujours un coût très supérieure à toute celle que la Chine pourra aligner pour nous contrer.”

    Entierement d’accord avec vous. Il est (amha) suicidaire de considerer la Chine comme un partenaire commercial normal. C’est un marche tres dur pour l’exportation (en plus si on rajoute les affaires de Dalai Lama), et la Chine ruine notre industrie avec ses importations. On arrive au point que je ne comprends pas chez Lutte Ouvriere. Ces imbeciles parlent d’ouvrir les frontieres. Faut-il se rejouir d’envoyer du boulot aux proletaires chinois? (ce qui est bien quand on est un vrai internationaliste) Parce que c’est exactement ce qu’on fait quand on delocalise. Ou bien faut-il se dire qu’il faut d’abord donner du boulot aux proletaires francais? (PCF version historique). Les grands liberaux ont trouve une parade. Si les francais veulent d’abord donner du boulot aux proletaires francais, importons en France de la main d’oeuvre etrangere. Ca permet de baisser les couts salariaux et de mettre la pression sur les syndicats. Les socialistes du debut du 20eme siecle avaient bien compris le danger, quand le patronat a “importe” des polonais pour extraire le charbon dans le nord de la France. A gauche, je ne connais que Jean-Francois Kahn qui ait conscience de ce paradoxe (pour moi) de la gauche sur l’immigration.

    Vous dites: “Alors, croyez-vous, comme Gaëtan Brunoy que nous pourrons lutter contre ce mouvement vers le bas en «libéralisant» un peu plus, en bradant le coût horaire du travail salarié, en abandonnant notre propre standard de vie ?”

    Non, je ne le crois pas, parce que j’aime notre standard de vie (plus largement, j’aime notre civilisation). Je crois que l’Etat doit etre fort, je crois a la fameuse primaute du politique sur l’economique. L’Etat definit le cadre, et le fait respecter. En revanche, je ne crois pas que l’Etat doive s’immiscer partout. Le meilleur exemple en date sont les deux geants de la finance US, qui ont recycle toute la crasse des credits subprimes, Fannie Mae et Freddie Mac (je cite wikipedia, pas le temps de trouver des sources plus serieuses “En 2008, Freddie Mac et Fannie Mae possèdent ou garantissent environ 5 200 milliards USD du marché américain des hypothèques, évalué à environ 12 000 milliards USD). Ces deux boites ont ete crees en 1938 et detenues depuis par l’Etat US, et sont les principales responsables de la bulle immobiliere aux USA.

    L’autre chose que vous souhaitez inventer apres cette crise, je ne sais pas ce que c’est. Ma principale peur est que ca degenere serieusement (faillites en cascade d’etats, fonctionnaires pas payes, dont la police et l’armee, faillites en cascade d’entreprises, perte de confiance dans la monnaie, inflation). On va se faire un petit Weimar, et la suite risque d’etre au moins aussi sanglante, l’humanite allant crescendo en termes de massacres organises.

  • 2 June 2009 à 23h38

    Alice dit

    Frantz ; @Alice “C’est après 1980, que les choses changent : la plus-value devient par nature financière”
    La plus-value ne devient-elle pas financiere parce qu’il n’y a plus de plus-value industrielle a esperer?
    Mais oui, et après ? Ce qui importe, dans ce truc, c’est que c’est la finance et elle seule qui a contribué à élever le PIB des états développés, et non plus seulement la production industrielle des biens de consommation. C’est le seul moyen qui nous reste pour garantir nos revenus. Quand la Chine aura atteint un certain standard de vie sociale, elle ira faire fabriquer au Viet Nam, qu’elle connaît bien et qui a une main d’œuvre habile. Entre temps, elle aura obtenu de l’Afrique ce qu’elle en veut, c’est à dire des matières premières, mais certainement pas de la main d’œuvre. Et nous ? Notre main d’œuvre aura toujours un coût très supérieure à toute celle que la Chine pourra aligner pour nous contrer. Alors, croyez-vous, comme Gaëtan Brunoy que nous pourrons lutter contre ce mouvement vers le bas en «libéralisant» un peu plus, en bradant le coût horaire du travail salarié, en abandonnant notre propre standard de vie ? J’aime bien Brunoy, enfin j’aime bien son style, son humour ravageur (et sans doute désespéré), mais que valent ses propositions contre nos habitudes et notre légitime niveau de vie ? Je crois, pas grand chose. C’est pour ça que je pense, avec Gil, qu’il faut absolument imaginer autre chose. Mais je ne sais pas quoi. Il faut aussi voyager, surtout en ce moment : aux States, je peux vous dire qu’ils sont complètement effarés par ce qu’ils voient dans le pays. et en Angleterre aussi ! La France, pour le moment, s’en sort beaucoup mieux, grâce à ses vieilles recettes étatiques qui vous font gerber, mais qui sont rudement efficaces et admirées ailleurs. Bien sûr, elles coûtent très cher. Mais le sauvetage de General Motors, il ne coûte pas cher ?

  • 2 June 2009 à 23h27

    rocardo dit

    Franz,,intéressant ce rappel sur Keynes:nécessité de ne pas augmenter le budget de l’Etat au delà de 25%(il me semble avoir lu ailleurs 35%,mais comme je suis incapable de citer mes sources…)Les politcards français se payent bien notre fiole.
    Autrement,il n’est pas évident que le système français ait duré plus que le russkoff:1989-1917=72 ans,donc 1945+72=2017…époque où selon certains le système français aura explosé(voir “Le jour où la France a fait faillite,” de Philppe Jaffré et Philippe Riès).

  • 2 June 2009 à 22h46

    BArry dit

    moins de crédit est à mettre au pluriel, donc: moins crédits pour la spéculation.
    Désolé

  • 2 June 2009 à 22h42

    BArry dit

    Ai trouvé en librairie un bouquin spécial sur la crise, 9 euros.
    Les dix chantiers de la régulation financière:

    1) Moins de crédit pour la spéculation
    2) Un meilleur contrôle dans les banques
    3) Encadrer les marchés des produits dérivés
    4) Attaquer les paradis fiscaux
    5) Encadrer les rémunérations
    6) Réformer les agences de notation
    7) Changer les normes comptables
    8) Réguler les hedge funds
    9) Des banques moins dépendantes des marchés
    10) Une nouvelle gouvernance de la finance mondialisée (un “Bretton Woods”)

    Si tout cela ne se fait pas, c’est parce qu’on se sera fait mettre en tube une fois de plus.

  • 2 June 2009 à 20h59

    Eureka dit

    @Ours : je suis allée regarder votre article. Je vais le lire attentivement.
    Merci pour le tuyau.

  • 2 June 2009 à 20h26

    Eureka dit

    @John Love : Dans la pièce de Sartre, la réplique est : Désespérons Billancourt. Elle a été depuis transformée en “il ne faut désespérer Billancourt.