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Je suis snob!

Les bonnes manières d’Eric Neuhoff

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
est journaliste et écrivain...

Publié le 20 novembre 2016 / Culture

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Blondin Neuhoff snobisme

Antoine Blondin (photo : SIPA_00259435_000002)

Jean Rochefort, le moustachu ultime, admire les films de Philippe Noiret car le spectateur s’y love comme dans une paire de vieilles charentaises. Le confort populaire et un certain maintien aristocratique. La souplesse du jeu et cette nostalgie des ventes à la bougie qui réchauffe les cœurs en hiver. Tout un monde disparu, enfoui sous une modernité ostentatoire qui pique les yeux et fait si mal à la tête. Les Deux ou trois leçons de snobisme du critique ciné et romancier Éric Neuhoff parues aux Editions Ecriture nous font l’effet d’une boîte de Solutricine. Une sorte de médicament pour ce vague à l’âme qui, chaque année, recouvre un peu plus des parcelles entières de nos souvenirs.

Les baby-boomers n’y résisteront pas, ils piocheront avec déraison dans ce recueil de billets d’humeur forcément triste et vagabonde. Nous fréquentons depuis un bail la même géographie universelle que ce pilier du Figaro, inlassable défenseur des Parisiennes à la Kiraz, de Pascal Jardin ou de Garcimore ! Si, si, toujours décontrasté. Nous partageons le même goût pour les cravates en tricot et les maisons de famille. Neuhoff, c’est un grand frère, un chef de file de cette génération sacrifiée des années 80 avec son camarade Patrick Besson, ces néo-hussards qui avaient la mission impossible de renouer avec la légèreté de leurs aînés dans une époque plombée par le vice et la vertu.

A leur manière, ils ont bataillé dans la presse écrite et l’édition, non sans panache, pour que la littérature ne soit pas le pré-carré des marchands et des professeurs, cette sainte alliance mortifère. Ils ont perdu ce combat mais nous ont enchanté par leur désenchantement. Ils n’étaient pas dupes du grand cirque médiatique. Ils se réfugiaient tantôt chez Sagan ou Nimier, préféraient Gassman à Bruel, les brasseries aux McDo, les Morris Mini-Minor aux voitures coréennes, le céleri rémoulade aux plats en fusion. A vingt-cinq ans, ils étaient déjà de splendides vieux cons. Pas assez opiniâtres et florentins pour finir à l’Académie ? L’avenir nous le dira. Ils n’ont pas tiré toutes leurs cartouches en direction du Quai de Conti. Leurs envieux confrères ne supportaient guère ce dandysme littéraire, cette morgue bourgeoise et puis cette façon de ne rien prendre au sérieux mais tout au tragique selon la célèbre formule. Le snobisme de Neuhoff est à l’opposé de l’égalitarisme Hollandais, pour le définir plus précisément, il s’apparente à une forme de parisianisme qui n’aurait pas coupé ses racines profondes avec un provincialisme bon teint.

En somme, à nous deux la Rive Gauche sans oublier les lycéennes de sous-préfectures. Un côté très pompidolien, à mi-chemin entre le tropisme Tropézien et la Pléiade. Cet élégant livre proposé dans la Collection d’Arnaud le Guern tient toutes ses promesses. Son passéisme réjouit et son style fiévreux emportera l’adhésion des grincheux. Neuhoff fut un temps moqué pour sa petite musique par des jaloux incapables de rédiger un papier plein de sève et de distance. On se régale par la brièveté de ses coups d’éclat et cette infinie tendresse pour les choses à jamais perdues. Il aura passé plus de temps à vénérer ses vieux maîtres qu’à bousculer les arrivistes du système. A soixante ans, ses phrases claquent toujours avec le même entrain. Admirez cette virtuosité : « Il faut sauver le mauvais goût », « Nous sommes désormais des conscrits à vie », « La pluie est beaucoup trop décriée » ou le revigorant « Il y a trop de jeunes ». Appréciez également sa veine comique que les censeurs du milieu journalistique abhorrent : « Il n’y a plus de chauves ; il n’y a que des crânes rasés ». Blondin aurait validé toutes ses facéties. Ses leçons de snobisme sont des appels dans la nuit. Si ce soir, nous pouvions croiser à la Rhumerie Martiniquaise le fantôme de Ronet ou apercevoir les jambes de Marthe Keller à la lueur d’un réverbère. Et puis avouons-le, un livre qui nous parle des Fiat 500, de Peppino di Capri, du Feu Follet, de Sophie Barjac, du Tigre Esso, de la sauce des restaurants L’Entrecôte, de Jean-Pierre Melville, de Michel Déon, de Jean-Michel Gravier, de Matzneff et de Radioscopie est à conserver sous cloche !

Deux ou trois leçons de snobisme d’Éric Neuhoff– Editions Ecriture .

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 20 Novembre 2016 à 21h53

      Martini Henry dit

      Allez, encore un petit détour chez les hommes bien nés…
      http://mauditseptembre62.hautetfort.com/tag/antoine+blondin

    • 20 Novembre 2016 à 20h55

      alain delon dit

      Pourquoi Jacques Balutin fumant une gitane??

    • 20 Novembre 2016 à 20h17

      Martini Henry dit

      La Rhumerie martiniquaise… Mon père me racontait y avoir vu, alors qu’il buvait avec quelques soldats perdus de la droite buissonnière vers 1963, un type sortir de sa 403 couleur sable, en costard noir, le genre Horst Franck des tontons flingueurs, balancer sans un mot une grosse pêche dans la mâchoire d’un type qui éructait suite à un accrochage mineur avec lui.
      Remontant dans sa voiture en rajustant ses gants, il lâcha un “Ce n’est pas foutu de conserver un empire et ça ouvre encore sa gueule”…
      Toute une époque…

    • 20 Novembre 2016 à 10h01

      André Plougardel dit

      Par ce matin frais de novembre je suis allé ramasser des noix tombées au pied l’arbre.J’aime fouler l’herbe fraîche,humide de la nuit,en prenant soin de ne pas écraser les précieuses noix cachées sous des tas de feuilles pourries.J’aime l’automne,sa brume et ses pourritures.L’air sec et froid me font un bien à l’âme.J’aime ce ciel,ses nuages noirs qui courent vers on ne sait où,comme affolés.J’aime l’automne et ses couleurs.La vie qui s’ensommeille.Je suis bien.

      André Plougardel militant FN