Népotisme pour tous

Tant que ça reste en famille…

Publié le 28 octobre 2009 à 1:43 dans Politique

Nos chères têtes blondes sont parfois sordides.

Nos chères têtes blondes sont parfois sordides.

Le fils du maire de K. était un garçon brillant. À l’âge de 5 ans, il avait déjà remporté trois fois le concours annuel de billes du village. À 6 ans, un premier poil apparaissait sur son menton, qui occupa, une année durant, l’académie de médecine du Land. Tout lui réussissait, rien ne semblait l’arrêter – pas même la cuiller en or qui encombrait sa bouche depuis sa naissance et qui lui aurait conféré une élocution drolatique s’il avait été un autre.

Or, il advint que l’enfant, qui avait déjà tout fait, parvint à ses 8 ans et s’estima en âge de tâter de la politique : le sport et le physique vous lassent vite un homme quand de plus hauts objets se présentent à lui. En septembre 1951, on le vit donc se présenter à l’élection de délégué de classe de 10e de l’école municipale de K. Il fit sa campagne comme pas un et promit à ses camarades monts et merveilles : il se battrait pour qu’on réaménage la cour et qu’enfin l’on nettoie le bac à sable de ses lichens et de ses fientes. On supprimerait les épinards servis le mardi à la cantine et les frites remplaceraient les pommes vapeur du vendredi. Lorsqu’il déclara que les brocolis et les salsifis n’auraient plus le droit de cité sur les tablées du réfectoire, ce fut, de toute part, une ovation. Le vote n’avait pas eu lieu qu’il était déjà élu.

Mais la vie n’est pas simple et l’épicier du village, qui avait fait le point sur le manque à gagner qu’une élection du fils de l’Oberbürgermeister provoquerait, envoya son propre fils se présenter contre lui. L’affaire aurait pu se régler à la récré : une partie de billes, un échange diplomatique de gnons et de mandales, un concours de zizi dans les toilettes pour garçons. Les choses s’étaient déjà envenimées : le fils du maire fut accusé de tous les maux et les pires rumeurs l’affectèrent. On n’hésita pas à prétendre qu’il faisait encore pipi au lit, qu’il mangeait ses crottes de nez et, pire que tout, qu’il n’était qu’un gros fayot. Ne l’avait-on pas vu plusieurs fois s’attarder auprès de Mlle W., l’institutrice de la petite classe, pour s’enquérir de sa santé ou lui porter son sac ? La petite crapule…

Le sommet fut atteint lorsque d’infâmes soupçons de pédophilie touchèrent le fils du maire : c’est qu’il avait le béguin pour une petite de 11e et le bisou qu’il lui avait donné sur la joue, deux ou trois jours après la rentrée, ne plaidait guère pour sa défense. Des attouchements sur une gamine, quand même ! S’il n’avait pas été le fils de l’Oberbürgermeister, je vous fiche mon billet que la police serait venue l’emporter manu militari pour lui couper les couilles.

C’est ce que pensa le pasteur S. lorsque l’histoire parvint à ses oreilles. Son sang ne fit qu’un tour. Révulsé par l’impunité du fils du maire, il alla trouver le directeur de l’école et le menaça de tout révéler sur les sordides histoires qui se tramaient dans son établissement : comment pouvait-on accepter qu’un garçon aussi déluré que le fils de l’Oberbürgermeister puisse devenir délégué de classe ? Une fois élu, il pourrait faire main basse sur la cagnotte du voyage de fin d’année et, pire encore, il aurait accès à la ronéo, celle qui permet d’imprimer une fois l’an le bulletin des éléves de la classe de 10e. Pouvait-on donner autant de pouvoir à un enfant ? Trop, c’était trop.

Le directeur se rangea aux arguments du pasteur. Et, cette année-là, l’épicier eut la grande satisfaction de voir son fils élu délégué des élèves de 10e. Ce fut un grand trouble pour le fils de l’Oberbürgermeister. Son père le retira de l’école et le plaça dans un institut spécialisé, où on soignerait sa mégalomanie et ses penchants pédophiles prononcés. Il y resta de longues années et je crois qu’il vient, la semaine dernière, de s’y éteindre.

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  • 31 October 2009 à 23h26

    xly dit

    “Une courte fable vaut bien mieux qu’un long discours” La Fontaine

  • 31 October 2009 à 13h56

    Thot Har Megiddo dit

    Un institut spécialisé, à Epadebad, pas très loin de Marienbad, Tübad, et Ayeno-Ayamebad, dont le conseil d’administration était dirigé par l’Oberbürgermeister S K, son père, en vertu de la loi fédérale sur la délégation aux Lander des domaines de la psychiatrie, de la psychanalyse motricielle appliquée et de la fragilité mentale.

  • 30 October 2009 à 21h57

    ramon mercader dit

    @ pirate
    “irradiez
    je suis le sage le fou le débile
    j’entend les rumeurs de la ville……”
    c’est mieux que du villepin !

  • 30 October 2009 à 17h31

    decotroy dit

    Fous affez raissson, Trudi : rions de ces braves gens, tant que c’est encore permis !

  • 30 October 2009 à 2h40

    Pirate dit

    Ramon c’est “Champagne” le titre et ça commence comme ça :
    “La nuit promet d’être belle car voiçi qu’au fond du ciel apparaît la lune rousse. Saisi d’une sainte frousse tout le commun des mortels croit voir le diable à ses trousses. Valets volages et vulgaires, ouvrez mon sarcophage. Et vous, pages pervers, courrez au cimetière. Prévenez de ma part mes amis nécrophages
    que ce soir, nous sommes attendus dans les marécages. Voici mon message :
    Cauchemars, fantômes et squelettes, laissez flotter vos idées noires
    Près de la mare aux oubliettes, tenue du suaire obligatoire. Lutins, lucioles, feux-follets, elfes, faunes et farfadets effraient mes grands carnassiers. Une muse un peu dodue me dit d’un air entendu : ” Vous auriez pu vous raser. ” Comme je lui fais remarquer deux-trois pendus attablés (ah je vous fait remarquer rajoute Higelin) Qui sont venus sans cravate, Elle me lance un œil hagard et vomit sans crier gare quelques vipères écarlates. ..” ma jeunesse…

  • 29 October 2009 à 15h36

    atao dit

    Le directeur se rangea aux arguments du pasteur. Et, cette année-là, l’épicier eut la grande satisfaction de voir son fils élu délégué des élèves de 10e. Ce fut un grand trouble pour le fils de l’Oberbürgermeister. Son père le retira de l’école et le plaça dans un institut spécialisé, où on soignerait sa mégalomanie et ses penchants pédophiles prononcés. Il y resta de longues années et je crois qu’il vient, la semaine dernière, de s’y éteindre.

    Je propose cette ré-écriture:

    Le directeur, tenu par le maire, ne se rangea nullement aux arguments du pasteur, lequel – en matière de pédophilie…bon, hein!
    Et, cette année-là, l’épicier n’ eut pas la grande satisfaction de voir son fils élu délégué des élèves de 10e. Ce fut un grand moment pour le fils de l’Oberbürgermeister. Son père le maintint dans l’école où il put continuer à développer sa mégalomanie et ses penchants pédophiles prononcés. Il y resta quelques années et je crois et quand il en sortit, il n’avait retenu qu’une chansonnette “je te tiens, tu me tiens”, suffisante pour une longue carrière politique!

  • 29 October 2009 à 13h54

    heinrich dit

    Chère Trudi,

    Je me réjouis toujours beaucoup de vos billets. J’aime tellement votre humour que j’attends toujours avec impatience le billet suivant… Continuez à nous faire rire…
    Fille du Chancelier, ou pas , quelle importance puisque vos écrits sont de VOUS et que c’est de VOS écrits que nous parlons ?
    Cette rubrique-ci se passe comme dans la vie réelle : personne ne sait d’où viennent la rumeur et la calomnie, qui échappent peut-être même à ceux qui les onty lancées. En tous les cas, elles piègent toujours les biens intentionnés, les bons penseurs du politiquement correct (on sait bien que leur cas est désespéré).
    Hélas aussi, même des esprits libres (ou qui devraient l’être) et des têtes bien faites se laissent emberlificoter dedans. c’est là que les choses deviennent navrantes…
    Bon vent, Trudi !
    F. Heinrich

  • 28 October 2009 à 15h38

    Sophie dit

    Et l’oberschtroumpffürer, c’est le Grand Schtroumpf!

    Qui fait le Schtroumpf à lunette?

  • 28 October 2009 à 15h13

    AJ de KE dit

    Kelle belle histoire que celle de la ville de K !

    Et KE dire de plus ? Simplement KE c’est rafraichissant.

  • 28 October 2009 à 11h18

    L’Ours dit

    En voilà une qui vit à la Kohl et qui veut nous donner des leçons sur la famille!

  • 28 October 2009 à 10h54

    ramon mercader dit

    à la réflexion le single de higelin s’intitulait “champagne pour tous , caviar pour les autres”

  • 28 October 2009 à 9h59

    ramon mercader dit

    ça fait penser à un vieux titre de higelin “champagne pour tous …….machin (ça m’échappe tiens , les ravages de la senescence ) pour les autres ”
    ici on pourrait écrire ” népotisme pour tous , corruption pour les autres “

  • 28 October 2009 à 8h39

    Têtuniçois dit

    C’est vous qui parlez de népotisme trudi alors que tout le monde sait que si vous avez été recrutée par Causeur c’est uniquement parce que vous êtes la fille d’Helmut ….
    Au fait vous avez des nouvelles du nouveau vice-chancellier d’Allemagne ?

  • 28 October 2009 à 8h31

    Impat dit

    Nadia, demandez à Sophie: il suffit de lire “Superbourgmestre” !

  • 28 October 2009 à 8h26

    CAubrée dit

    Avouez, vous avez écrit le scénario du “Ruban blanc”, Trudi!!!

  • 28 October 2009 à 2h55

    Pirate dit

    mais non nadia c’est pas sur chef de troupe ! c’est sur chef du village, autrement dit de troupeau. Parce qui si cette histoire n’est pas qu’un billet c’est bien un troupeau, et sinon je n’ai pas bien saisi la portée philosophique de la chose, le pouvoir ? Le pouvoir de la rumeur sur les compétences réelles ou imaginées. Il est bien tard pour tant de mystère.

  • 28 October 2009 à 2h36

    nadia comaneci dit

    Trudi, il manque un détail qui a son importance à votre billet : vous ne nous dites pas QUI a fait courir ces bruits infondés sur le fils de l’oberstrumpführer (ou un nom avec ober, j’ai la flemme de regarder comment vous écrivez ça).