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Laissons la neige aux romantiques

Tintin au Tibet, Klaus Nomi, et nos soldats au Mali

Publié le 20 janvier 2013 à 18:00 dans Culture Société

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neige tintin danel

L’album de Tintin que je préférais était Tintin au Tibet, car il était de plus en plus envahi par le blanc au fur et à mesure que l’histoire avançait. Je croyais que c’était la recherche désespérée d’un ami qui m’émouvait  mais non, c’était la blancheur, le froid, qui gagnaient tout. Comme Tintin, je la désirais et je la redoutais à la fois. Jamais une bédé n’aura à ce point mérité le nom d’album.

Deux chansons, sur ce thème de la neige, de la glace, du froid m’ont longtemps enchanté et m’enchantent encore. Il y avait Cold Song de Klaus Nomi. Elle était dans le juke-box 1982-83 du Château d’O à Rouen, le bar qui servait d’annexe aux lycéens de Corneille. Il va falloir songer à écrire un livre sur ce juke-box. Genre Essai sur le juke-box. Le titre est déjà pris par Peter Handke, je sais. Les bons titres sont toujours pris.

La seconde chanson, c’était Les neiges du Kilimandjaro de Pascal Danel. Je l’ai écoutée bien avant de lire la nouvelle d’Hemingway. Mais c’est grâce aux paroles que je l’ai lue et puis du coup, que j’ai lu tout Hemingway dans la foulée. On ne dira jamais assez les bienfaits de la variété des années 60 sur l’éducation littéraire des jeunes gens. “Elles te feront un blanc manteau“, l’air de rien, au-delà du côté cliché, il y a de la recherche dans la métaphore quand on s’adresse aux grisettes. On ne les prend pas pour des idiotes. Et puis cette histoire d’un type qui ne veut pas se retourner et veut en finir en beauté, suicide romain, désespoir hautain et élégant, ça a de la gueule. En fait, on dirait vraiment du Hemingway. Cette collection de 45 tours qu’il y avait chez moi. Tout le monde avait eu entre seize et vingt ans dans les années soixante. Sauf moi, forcément. Je me dis qu’ils ont eu de la chance, rétrospectivement.

Klaus Nomi, lui, ce fut le premier mort du sida un peu médiatique. On savait à peine ce que c’était, à Rouen, le sida, en 1983. En même temps, la Cold Song, et son “Let me freeze again” annonçaient effectivement une sacrée glaciation. Celle des défenses immunitaires sur la Terre. Klaus Nomi a-t-il autant fait pour Purcell que Pascal Danel pour Hemingway ? Klaus Nomi, androgyne, chanteur d’opéra et de rock, allure d’extra-terrestre en smoking parti pour une soirée branchée était le symbole des années 80 : transhumanité, posthumanité, toutes les petites bêtises prométhéennes qu’on a dans la tête en ce moment, c’était déjà en germe. Let me freeze again… D’ailleurs, tout ce que nous vivons de glaçant, mondialisation, acceptation d’un capitalisme sans réplique, choc larvé des civilisations, devenir-marchandise de tous les aspects de la vie humaine, même le ventre des femmes, guerre de tous contre tous, est apparu dans les années 80.

Je me souviens à ce propos de Jean-Paul Aron, le neveu de l’autre, qui avait déclaré son sida dans un article bouleversant du Nouvel Obs en 88. Peu de temps après, je lisais un livre de lui, Les Modernes, qui faisait le point sur le paysage intellectuel de ces années-là. Un seul mot revenait sous la plume de Jean-Paul Aron pour qualifier la situation: “glaciation”. Comme par hasard.

Le bruit d’une pneumonie, m’a dit un docteur à l’hôpital, un peu trop tard puisque j’avais déjà une pleurésie, est semblable au pas d’un promeneur qui marche dans la neige en fracturant la légère couche de glace.

Les deux seules sortes de Français qui sont au soleil aujourd’hui sont nos soldats qui se battent au Mali contre l’islamisme et les exilés fiscaux qui se battent contre le socialisme confiscatoire. Il faut espérer, pour finir, que  le moins possible de nos soldats iront rejoindre les neiges du Kilimandjaro qui, par bonheur, sont tout de mêmes situées assez loin du Mali.

 

*Photo : BreesyBreizh.

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  • 22 Janvier 2013 à 10h48

    balanine100 dit

    Merci pour ce très beau billet

  • 22 Janvier 2013 à 9h53

    ReCH77 dit

    Un bien joli billet, cher Jérôme Leroy. Ce matin votre petite musique m’a rappelé celle de Eric Neuhoff – alors jeune auteur – qui écrivait dans “Un Triomphe” en 1984: 
    “Sous les toits, quand c’est la nuit, des jeunes gens écrivent et rêvent. D’autres, plus pâles, au regard plus mélancolique, dans des chambres d’hôtel un peu vide (par exemple cet hôtel près de la gare d’Orsay,vous voyez celui où Bertolucci avait tourné “Le Conformiste”) appuient sur leur tempe des pistolets noirs et lourds. Vous me direz que c’est la même chose et vous aurez raison.”
    Belle journée.

  • 22 Janvier 2013 à 2h59

    MONCHERETBEAUPAYS dit

    Pour ceux qui pensent aux nôtres..

    http://www.theatrum-belli.com/

    Ecrivez à nos soldats, ils en ont besoin…merci pour eux…

  • 21 Janvier 2013 à 6h57

    L'Ours dit

    “D’ailleurs, tout ce que nous vivons de glaçant, mondialisation, acceptation d’un capitalisme sans réplique, choc larvé des civilisations, devenir-marchandise de tous les aspects de la vie humaine,”
    Ca me fait penser à la blague juive fort connue qui se conclut par “les éléphants et le problème juif”!
    Quel dommage! ça commençait si bien et vous nous remettez ça comme un cheveu dans un plat de gourmet.
    Sans compter que les exilés fiscaux dont on parle en ce moment sont plutôt partis dans la froidure que chez Ra. Comme quoi, en matière fiscale, les cieux plus cléments sont terre à terre.

  • 21 Janvier 2013 à 0h28

    schaffausen dit

    Décidément monsieur Leroy, quand vous êtes en littérature, vous avez du talent.

    • 21 Janvier 2013 à 1h40

      nadia comaneci dit

      J’en conclus que quand vous “n’êtes pas en littérature”, vous n’avez pas de talent))
      C’est dur d’être aimé par etc. 

      • 21 Janvier 2013 à 12h22

        schaffausen dit

        Finissez donc votre phrase. Vous voulez dire que je suis un con, c’est cela?
        Je ne partage pas les opinions politiques de monsieur Leroy, sans pour autant l’injurier.
        L’injure, bien à l’abri de l’anonymat du pseudonyme, qualifie plus sûrement celui (celle) qui la profère que celui qui la reçoit.

  • 20 Janvier 2013 à 21h27

    Saperlipopette dit

    Toujours aussi joli lorsque vous ecrivez Monsieur Leroy, je suis fan.