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Ne dormez plus, braves gens !

Grenoble, Saint-Aignan : la loi du groupe contre la loi

Publié le 26 juillet 2010 à 6:30 dans Société

Saint-Aignan

Je n’arrive pas à oublier ces images vues au journal télévisé de ces tilleuls abattus en place publique, que des grappes de gens, “du voyage” en l’occurrence, s’acharnaient à faire tomber. Sur place, il y avait des caméras pour filmer mais pas un gendarme, un CRS ou un militaire pour empêcher le massacre. Comme toujours, la cavalerie a fini par arriver mais trop tard. Il serait inquiétant d’en conclure que les équipes de télévision sont mieux informées et plus réactives que les forces de l’ordre censées assurer la sécurité des personnes et des biens. Je crois plutôt qu’une fois encore, on a préféré éviter l’affrontement et attendre que la colère retombe en négociant je ne sais quel retour au calme. 

Ce que nous aimons est ancien, fort et fragile

Les habitants de Saint-Aignan, village du Cher, je ne sais pas, mais moi je n’ai toujours pas retrouvé mon calme. Comme sédentaire et comme amoureux de la nature, j’ai le sentiment de m’être fait avoir parce que pendant que les élus ou représentants de l’Etat entendaient les doléances des cousins au sens large du braqueur descendu, les arbres étaient tranquillement tronçonnés et parce que si dans 10 mois, le plus lourdement condamné des vandales sera libre et absous, il se passera des décennies avant que les villageois revoient de grands arbres border leurs rues. Il faudra beaucoup de temps pour remplacer ceux que leurs aïeux avaient plantés, protégés dans leur jeunesse et entretenus, avec le cœur et la patience qu’il faut pour travailler au bien-être de sa descendance. Si je ne décolère pas, c’est aussi parce qu’un peu de cet effort-là est tombé avec ces arbres piétinés par des gens de passage qui se foutent de la beauté centenaire et sédentaire.

Comme tout ce qui fait notre civilisation, de notre art à notre architecture, de notre art de vivre à notre hospitalité, tout ce que nous aimons est ancien, fort mais fragile. Je m’inquiète qu’un peu de technologie et de malveillance puisse détruire si vite ce que les siècles et les Français qui nous ont précédés ont construits et que nous soyons si peu capables d’y opposer une efficace résistance. Que se passerait-il si des groupes pas très catholiques et très énervés tentaient d’incendier  une cathédrale ? Hésiterions-nous longtemps à sauver notre patrimoine et notre passé en tirant sur la foule ?

Nous nous sommes habitués aux voitures brûlées et aux magasins pillés, les gens qui travaillent paient des assurances qui indemnisent les victimes et ces systèmes prévus pour faire face aux accidents ont fini par remplacer nos systèmes de défense. Après une nuit chaude en banlieue ou une descente de manouches, la solidarité nationale ou la prévoyance privée réparent les dégâts et évitent que des citoyens en colère ne refroidissent les incendiaires ou ne pendent les romanichels aux arbres encore debout. Cette inertie devant l’agression, ce ventre mou censé assurer la pérennité des régimes démocrates et leur supériorité sur les dictatures semble atteindre ses limites.

Quand on est prêt à tuer, on doit être prêt à mourir

Face à cette apathie, les violences augmentent. Les malfaiteurs professionnels ont oublié que le gendarme, c’est une chance pour le voleur car il le protège à terme de la colère du peuple et que la prison, ça vaut mieux que le lynchage. Incapables de comprendre ces choses, les voyous aujourd’hui ne reconnaissent plus à la police le droit de les arrêter et, pris la main dans le sac, ils font usage de leurs armes ou forcent les barrages, prêts à tuer pour échapper à la justice. Or, quand on est prêt à tuer pour ne pas répondre de ses actes, on devrait être prêt à mourir. Ce n’est pas le cas. La mort de criminels dans l’exercice de leur fonction est de moins en moins acceptée par  leur “communauté” qui déclenche des représailles par des saccages et des tentatives de meurtres.

Avant-hier, les émeutes répondaient à une bavure policière, par exemple un jeune mort en garde à vue dans des circonstances troubles, hier, on cassait tout pour honorer la mémoire de délinquants morts accidentés pour avoir tentés d’échapper à un contrôle de police, aujourd’hui, on met la cité à feu et à sang pour un braqueur descendu parce qu’il tirait sur les forces de l’ordre. 

Dans le même genre, si vous vous interposez parce qu’une bande de voyous agresse une femme, un jeune ou une personne âgée (ou même un homme costaud mais esseulé), vous risquez la mort parce qu’on peut tout vous faire subir mais si vous réagissez, on vous accusera de faire de la provocation.

Il y a là plus qu’une escalade de la violence, c’est un changement de nature des rapports des individus entre eux, des individus avec la loi, des communautés avec l’Etat. 

Je n’ai rien contre les manouches en général mais je n’aime pas beaucoup quand des gens, qu’ils soient ou non “du voyage, la ramènent en plein jour sur leur honneur et viennent vous voler la nuit. Ce n’est pas du racisme mais de l’expérience concrète. Car si pour les habitants des centres-villes (qui n’en voient jamais), les gitans c’est Toni Gatlif, la liberté et le jazz manouche, pour les gens des banlieues et des campagnes, ce sont souvent des voleurs, capables de détruire des biens sédentaires à la moindre contrariété. Je n’ai pas non plus une grande sympathie pour les racailles des banlieues qui se prennent pour des hommes et peuvent vous tuer à coups de poings à quinze contre un si vous opposez une résistance à leur agression. Et cela, quelle que soit leur origine. Je ne les aime pas, c’est mon problème et je m’en arrange.

Nous n’avons pas besoin de nous aimer, nous avons besoin d’une loi commune

Pour vivre ensemble ou côte à côte dans le même Etat, nous n’avons pas besoin d’amour, ni de tolérance ni même d’antiracisme. Nous n’avons pas besoin de propagande sur les bienfaits du métissage ou du multiculturalisme, nous n’avons pas besoin de reconnaissance des communautés qui composent la nation, nous n’avons même pas besoin de fraternité. Nous avons seulement besoin d’une loi commune, reconnue par tous parce que traitant tous les individus à égalité. Or cette reconnaissance de la loi ou à défaut la peur du gendarme semblent avoir disparu et dans les cités comme chez les nomades, si seuls quelques individus sont violents, tous sont solidaires, il suffit de les interroger pour s’en rendre compte

Quand un groupe refuse la répression qui s’abat sur l’un de ses membres criminel et proteste avec violence, c’est cette loi commune qui est rejetée. Enfin, seule la loi républicaine qui réprime les voleurs et les tueurs est contestée car celle qui impose aux communes l’aménagement d’aires d’accueil, favorise l’accès à l’école et aux soins ou aux allocations diverses est toujours acceptée, sans excès de gratitude mais acceptée, et elle finit par être confondue avec un droit de l’homme.

Si la loi de la République et la violence légitime qui la fait respecter sont contestées par des groupes entiers, qu’ils soient mafieux, religieux ou ethniques, c’est peut-être que le sentiment communautaire l’emporte sur le sentiment national. C’est le ciment de la nation qui s’effrite et un premier pas vers une forme de sécession. Peut-être la fin annoncée de la France que nous connaissons. Accepterons-nous d’assister impuissants au début de notre fin ? De transiger comme nous le faisons sur tout pour préserver je ne sais quelle paix sociale sous la pression menaçante de bandes criminelles ou de quelques voleurs de poules ? Eviterons-nous les affrontements qu’on nous promet en renonçant à la répression qui s’impose ? 

Pour faire face à ces problèmes qui deviennent récurrents, les solutions sont variées. Le repli identitaire en est une et certains Français de souche se rassemblent en une communauté fermée à l’abri des autres Français. Pour répondre à la violence, je connais un plombier qui, les soirs d’émeutes dans sa cité, passe la nuit dans sa camionnette avec son fusil. Ça pourrait un jour finir mal pour lui ou pour les petits merdeux qui s’amuseraient à réduire en cendres le fruit d’années de travail. Si l’auto-défense ne peut pas être une solution, alors la défense sans failles de l’ordre républicain par ses représentants doit en être une.

Avec le Grenelle sur la sécurité qui s’annonce, ces questions seront peut-être posées. Saurons-nous exiger de nos institutions judiciaires qu’elles rendent une justice efficace qui exige d’assumer la répression ? L’opinion suivra-t-elle ses représentants dans l’usage de la force que nécessite la restauration de l’ordre ou sera-t-elle retournée comme une crêpe par le premier voyou à terre et le premier article de Libé ?

Je me souviens depuis la cour de récréation qu’on dort mieux avec un œil au beurre noir qu’avec le sentiment amer d’avoir été lâche. C’est mon expérience et mon apprentissage du courage. Je souhaite que toutes nos expériences individuelles du courage nous servent à envisager une solution collective pour endiguer l’insécurité et la violence qui se répandent. Le temps est venu de retrouver pour notre nation l’exigence que nous avons pour nous-mêmes, si nous avons une certaine idée de notre devoir, si nous avons encore une certaine idée de la France.

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  • 30 July 2010 à 10h07

    Alpin dit

    Grenoble-Villeneuve(Suite):

    “D’abord il ne s’agit pas d’un quartier à l’abandon…”
    (Le maire de Grenoble):

    http://www.ledauphine.com/isere-sud/2010/07/30/michel-destot-je-ne-laisserai-stigmatiser-ni-grenoble-ni-la-villeneuve

  • 30 July 2010 à 9h16

    l’oiseau bleu dit

    Délaration des Droits de l’Homme de juillet 1789 :
    Article 10 – Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, POURVU QUE LEUR MANIFESTATION NE TROUBLE PAS L’ORDRE PUBLIC ÉTABLI PARLA LOI.

  • 30 July 2010 à 2h29

    Alpin dit

    @hathorique,

    Votre 23h25,
    Merci beaucoup,ce papier m’avait échappé.
    Il est excellent et dit beaucoup de choses de l’évolution du quartier.
    Et ne se donne pas la facilité ,fréquente localement de tout mettre le dos sur les
    mandats de Carignon,qui participa à la dégradation,sans que cela exonère
    l’autre camp de ses erreurs et de ses illusions.

  • 29 July 2010 à 21h27

    expat dit

    @ l’oiseau : oh oui le Brooklyn, qui meurt un peu aussi je pense. on m’a appris le mot ‘shotsky’ – je pense que c’est cela – ça veut dire ‘bibelot’. (I think – pas sûre).

  • 29 July 2010 à 21h14

    l’oiseau bleu dit

    expat

    Hélas non mais je lis les auteurs yiddish
    Heureuseemnt qu’il y a Brooklyn

  • 29 July 2010 à 19h51

    expat dit

    @ l’oiseau : vous parlez Yiddish ? On a eu une conversation il y a très longtemps avec Bibi – car le Yiddish est assez courant parmi les Juifs aux USA.

  • 29 July 2010 à 19h41

    Sophie dit

    En plus, Cyril Bennassar ressemble à l’inspecteur Harry?

    Dans mes bras!

  • 29 July 2010 à 18h24

    l’oiseau bleu dit

    respirer

  • 29 July 2010 à 18h24

    l’oiseau bleu dit

    @livia
    Espoir ?

    aphorismes yiddish :

    Oui à l’espoir à condition de ne pas en dépendre
    Attendre et espérer rend fou l’homme sage

    Mais
    Tant qu’il peut respiere l’homme ne doit perdre l’espoir
    ( Talmud Jérusalem )

    Un espoir différé rend le coeur malade, Mais un désir accompli est un arbre de vie. ( Proverbes XIII,12 )

    En ce qui me concerne et compte tenu de mon expérience j’opte pour les aphorismes pessimistes

  • 29 July 2010 à 17h25

    expat dit

    @ Nadia : décidément je vais devoir me déplacer dans ton pays !

  • 29 July 2010 à 14h50

    Pascal dit

    Pour les gitans,manouches et tsiganes,même la novlangue va devoir réviser sa définition : “Gens du voyages” va devenir incorrect si beaucoup sont sédentarisés ou en voie de l’être.
    D’autre part,est-ce que je me formalise qu’on m’appelle gadjé ou gadjo,moi,sans avoir la manie d’en référer à la Halde ou à toute autre officine de lutte contre les discrimations?

  • 29 July 2010 à 14h37

    nadia comaneci dit

    Expat, les Saxons ont été mis dans des camps après la guerre, déchûs de leur nationalité et expulsés sans un sou, bien sûr, vers l’Allemagne, comme les prussiens orientaux de Kaliningrad. C’était bien avant Ceausescu. Il ne reste plus ni juifs, ni saxons en Roumanie, ou à l’état résiduel (pour les juifs 12 000 je crois). Mais les traces de leur passage sont encore très vivantes. Plutôt… immatérielles pour les premiers, très concrètes pour les seconds malgré la désaxonisation forcenée menée par le régime communiste. Une bonne partie de la Transylvanie, d’ailleurs magnifique, est de culture germanique. Ou hongroise. La Moldavie et la Valachie sont plus roumaines. Et magnifiques aussi !!

  • 29 July 2010 à 14h09

    Alpin dit

    @Livia,

    Je vous en prie.

    Si vous regardez cette photo,ayant déjà servie au D.L il y a quelques jours,vous verrez
    ,à gauche le début de la façade du CCAS(centre communal d’action social) dont
    parlait M Hirsch dans l’article de “Libération” que j’ai cité en partie ici.

    Le N°30 de L’Arlequin est juste à droite ,derrière les piliers de l’immeuble .
    Celle ci est donc tout à fait pertinente.

  • 29 July 2010 à 14h01

    livia dit

    @ Alpin
    Bonjour et merci de nous tenir au courant.
    Moi qui ne m’aventure plus dans une certaine presse, heureusement je vous lis !

  • 29 July 2010 à 13h45

    Alpin dit

    Dernières nouvelle à propos de la mort du braqueur.

  • 29 July 2010 à 12h33

    livia dit

    L’oiseau bleu
    Il FAUT, trouver d’autres solutions, je sais la c……rie l’emporte souvent sur le bon sens, mais je veux croire en nos valeurs notre potentiel à débusquer les “VRAIS ” profiteurs de notre générosité Judéo-chrétienne., au delà des idées toutes faites et des sentiments dégoulinants de” faux bons sentiments”,qui referont surface ,,,???

  • 29 July 2010 à 12h29

    rackam dit

    ramon,
    mais le contribuable de base, le conducteur lambda, le fumeur de havane ordinaire ne font pas peur. Donc on les cible, on les traque on leur fait rendre gorge.
    Et pendant ces travaux le trafic continue, l’ombre velue s’avance, ceux qui inspirent la peur profitent de la loi qui n’est pas appliquée, de la zone qui n’est pas surveillée, de la nuit pour sillonner la campagne dans de blanches camionnettes indiscernables, en quête d’un chantier, d’un hangar, d’une aire de stockage mal éclairée, d’un château désert…
    Que faudrait-il faire pour que le français de base fasse juste assez peur pour qu’on l’écoute? Je ne vais tout de même pas tronçonner des camelias, me laisser pousser la barbe, dealer du Romeo y Julieta en bas de chez moi….

  • 29 July 2010 à 12h19

    ramon mercader dit

    @ rackam
    excellent sens de l’à propos !
    ha l’esprit français…..
    ça va se perdre ….
    dommage….lorsqu’on sera obligé de tout prendre au pied de la lettre….
    tant pis pour nous
    quoique…la loi frankaouaise n’est déjà depuis longtemps plus prise au pied de la lettre
    enfin ..pour certains…
    les autres , vous , moi , le premier souchard venu qui roule un peu vite , qui fume au boulot ou qui déclare pas tout bien au fisc ….
    tu m’as compris tu m’as….
    bon apétit