Samedi, à l’université d’été de Debout la France, l’air fleurait bon la nostalgie. Dans le fief de Nicolas Dupont-Aignan, les militants souverainistes reniflaient en effet les lointains remugles de la campagne présidentielle de Jean-Pierre Chevènement, en 2001-2002, période durant laquelle l’ancien jeune turc du PS appelait au rassemblement des « républicains des deux rives ». Le Che et Dupont-Aignan unis à la tribune, l’image semble singer dix ou quinze ans trop tard l’alliance transversale que le Belfortain ne parvint jamais véritablement à nouer avec les Séguin, Pasqua, Villiers et autres ténors eurosceptiques. Et ce, malgré le soutien de quelques brillants seconds couteaux – sans jeu de mots- de la droite gaulliste dans la campagne présidentielle d’alors (Pinton, Kuntz, Abitbol, etc.).

Mieux vaut tard que jamais. Chevènement ayant préféré ses idées à son micro-parti, le voilà désormais libre de batifoler avec son alter ego gaulliste Dupont-Aignan. S’il s’en était tenu au programme fixé, l’ancien ministre de Mitterrand et Jospin aurait dû se contenter de conclure la table ronde sur l’école qu’organisait DLF. Mais au lieu d’un simple laïus, le Che a prononcé un discours entier développant ses grands thèmes d’accord avec son hôte du jour : l’Europe, la géopolitique (notamment, des relations étroites avec la Russie), et l’école – au prix d’un sérieux réquisitoire contre les réformes de Najat Vallaud-Belkacem. Hommage à l’appui, Chevènement a adressé plusieurs clins d’œil à Dupont-Aignan, qu’il rêve de voir figurer sur le flanc droit d’un axe Mélenchon-JPC-NDA. Le 26 septembre, ces trois trublions participeront d’ailleurs au colloque que le Che organise à l’Assemblée nationale, sans que la carte politique n’en sorte bouleversée, le porte-voix du Front de gauche rechignant à faire tribune commune avec le président de Debout la France. Sans doute pense-t-il que l’inclination droitière est une maladie tactilement transmissible …

Aux œillades de Chevènement, Dupont-Aignan a répondu par un étrange pas de deux. Tout en rendant la politesse à son invité, avec lequel il se dit en quasi-communion idéologique, le député-maire de Yerres a prononcé un discours très droitier que ne renierait pas l’aile droite du Front national. Brouillant un peu plus le message du meeting gaulliste, la présence du libéral-conservateur Charles Beigbeder a quelque peu estomaqué les fidèles chevènementistes disséminés dans la salle. Et certains de plaindre « ce pauvre Jean-Pierre » en porte-à-faux avec l’allocution du président.Car Nicolas Dupont-Aignan a déroulé tout un argumentaire autour de son nouveau sujet favori : la colonisation de la France. Notre pays serait « colonisé économiquement, démographiquement, culturellement », a-t-il soutenu avec gravité. Économiquement, on identifie sans peine les colons, la Commission, la BCE, éventuellement Berlin. Mais « démographiquement et culturellement » ? L’expression sonne comme une resucée du concept de « Grand remplacement » (Renaud Camus) que Marine Le Pen et Florian Philippot refusent de reprendre à leur compte. Ce n’est pas minimiser l’importance cruciale de l’immigration en général, et du récent afflux de migrants en particulier, que de s’interroger sur la pertinence politique d’une telle phraséologie.

Bien que Chevènement ne lui en ait pas tenu rigueur, on peut se demander ce qu’il a pensé des paroles de son nouvel acolyte. Appliquant une stratégie chère à Paul-Marie Couteaux, revenu dans son giron avec armes et bagages après avoir vécu une passion déçue avec Marine Le Pen, NDA aspire à fédérer les droites autour de sa bannière. Sur les ondes de Radio Courtoisie, il n’a de cesse de vitupérer le programme dirigiste de Marine Le Pen, accusée de copier les « vieilles recettes de 1981 », afin de récupérer l’électorat de droite. Non sans chercher la sympathie, voire davantage, du patriarche Chevènement. Cherchez la cohérence. S’il ne veut pas stagner à un niveau électoral proche des audiences de la radio d’Henry de Lesquen, NDA devra clarifier son positionnement. À force de faire le grand écart, on risque quelques courbatures…

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00695266_000001.

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Daoud Boughezala
est directeur adjoint de la rédaction et rédacteur en chef de Causeur.
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