Quand j’entends le mot nazisme, je sors ma culture | Causeur

Quand j’entends le mot nazisme, je sors ma culture

Trois essais questionnent les aspects juridiques et artistiques du IIIe Reich

Auteur

Matthieu Baumier

Matthieu Baumier
est essayiste et romancier.

Publié le 11 mars 2017 / Culture

Mots-clés : ,

nazisme revolution culturelle

Congrès de Nuremberg, 1938. LeWebPédagogique.

Et si l’art produisait une humanité monstrueuse ? Telle est l’inquiétude des idéologues nazis et la raison d’être des politiques menées dès 1933 contre ce qu’ils qualifiaient « d’art dégénéré ». Excluant des artistes, en poussant d’autres à l’exil ou au suicide, détruisant des œuvres, en exposant d’autres à des fins « pédagogiques », les nazis n’ambitionnaient pas seulement d’empêcher un « mélange des races » dans le milieu des arts. Ils voulaient « protéger » les hommes d’une dégénérescence par l’influence de certaines formes d’art.

Le droit nazi légiférait afin de protéger un « art sain ». L’art « dégénéré » est combattu dans le même temps que les lois raciales sont promulguées. La réédition en poche du livre d’Éric Michaud, Un art de l’éternité. L’image et le temps du national-socialisme, était une nécessité. Michaud ne donne pas à lire une histoire de l’art sous le nazisme. Il interroge ce que fut le mythe nazi et en quoi « l’image et le temps du national-socialisme » n’appartiennent pas seulement à l’Allemagne. Le nazisme et son art ont été possibles car ils se sont inscrits dans une époque. Le nazisme n’a pas à voir avec la seule Allemagne. Ce que le philosophe Karl Jaspers exprimait ainsi dès 1945 : « C’est en Allemagne que se produisit l’explosion de tout ce qui était déjà en train de se développer dans tout le monde occidental sous la forme d’une crise de l’esprit, de la foi ». Position exprimée dès avant la guerre par des non conformistes, comme Thierry Maulnier écrivant que La crise est dans l’homme. Le nazisme et son rapport à l’art sortent en partie de cette crise. L’art nazi ne fut pas seulement propagande. Il fut surtout une fin, un but à atteindre fondé sur le mythe de la « race supérieure ». Le mythe aryen était une œuvre à créer. Un futur. Les nazis croyaient-ils à ce mythe ? Malheureusement, ils étaient persuadés de son efficacité. Pas de hasard si Hitler était présenté comme « l’artiste de l’Allemagne ». Dans l’idéologie nazie, le travail créateur devaient construire le monde et l’homme nouveaux.

Le nazisme, une révolution culturelle ?

L’historien Johann Chapoutot publie La révolution culturelle nazie. Livre qui s’inscrit dans une manière de penser le nazisme non pas comme phénomène accidentel ou « fonctionnel » mais comme lieu d’adhésion à son idéologie. Une croyance. Le fil rouge de ce recueil de onze études ? « Pour pouvoir agir, malgré les siècles d’aliénation, malgré les phases de dénaturation, il fallait opérer, sur le corps et l’âme du peuple allemand, une révolution culturelle, au sens prérévolutionnaire du terme : il faut revenir à l’origine, à ce qu’était l’homme germanique, son mode de vie et son attitude instinctuelle à l’égard des êtres et des choses. Il s’agit de « remettre le monde à l’endroit » et de « revenir à l’origine ». La volonté nazie de restaurer la coïncidence entre nature et culture passe ainsi par la « purification » des aspects « cosmopolites » de la philosophie Antique (Platon, les Stoïciens) autant que moderne (Kant), par la volonté de faire disparaitre 1789 de l’histoire de l’Allemagne, par la définition de « valeurs morales » nouvelles ou par une réflexion sur le droit. Avec la réécriture de ce dernier, le nazisme en tant que « révolution culturelle » a prétendu justifier légalement le meurtre de masse.

Une plongée effrayante dans le corps du Léviathan

Olivier Jouanjan donne, avec Justifier l’injustifiable. L’ordre du discours juridique nazi, un livre passionnant et effrayant. Peut-on « prendre le droit nazi au sérieux ? » En quoi cela permet-il de penser ce que fut le nazisme ? Jouanjan part de ce fait : le droit nazi fut la nervure du corps Léviathan nazi et cependant il n’est pas examiné en tant que droit. Nous ne comprenons donc pas comment l’obéissance à ce qui est injustifiable a pu être « justifiée » par le droit, et au-delà par les acteurs de la catastrophe durant leurs procès. Nombre de nazis jugés après la guerre ont insisté sur la « légalité » du gouvernement nazi et ont argumenté sur la « nécessité » d’obéir aux ordres. On pensera à Klaus Barbie qui évoquait ce devoir d’obéissance. Appréhendant le droit nazi en tant que droit, Jouanjan apporte un regard novateur : « l’ordre du discours juridique » avait vocation à justifier le crime nazi. Le nazisme en tant que droit a été un droit à l’injustifiable. On pensera alors aux victimes, légalement spoliées dans un premier temps. « Légalement » éliminées ensuite. Le discours juridique nazi, produit de l’institution juridique allemande, a permis une « légalité » de l’extermination.

Comment ne pas avoir froid dans le dos en refermant les pages de ce livre fondamental ?

Éric Michaud, Un art de l’éternité. L’image et le temps du national-socialisme, Gallimard, Folio, 2017

Johann Chapoutot, La révolution culturelle nazie, Gallimard, Bibliothèque des Histoires, 2017

Olivier Jouanjan, Justifier l’injustifiable. L’ordre du discours juridique nazi, PUF, Léviathan, 2017.

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    • 13 Mars 2017 à 9h40

      Charles Lefranc dit

      Le nazisme fut une plongée dans la balourdise de l’ âme allemande. Soixante avant 1933 , Nietzsche avait prophétisé ce qui allait survenir . Lire et relire ” Aurore ” , ” Humain, trop humain ” , ” Au-delà du bien et du mal ” ; une petite citation de F.N : Les allemands manquent de doigté, d’ ailleurs ils n’ ont pas de doigts , seulement des pattes …Nietzsche, esprit méditerranéen par excellence , ne supporte ni Wagner et sa musique glauque et baroque ( ” Contre Wagner ” ) ni son antisémitisme . L’ ironie cruelle de l’ histoire a voulu que ses écrits fussent censurés , et falsifiés par sa soeur qui le recueillit durant les dix derniéres années de sa vie alors qu’il était incapable de vouloir et d’ entendre .

    • 12 Mars 2017 à 19h38

      Naif dit

      j’aimerais lire un livre sur les discours politiques des nazis, certains sont très édifiants mais ils semblerait qu’il n’y est pas beaucoup de “chercheurs” qui traitent ce sujet sans passion mais avec calme et sang froid
        

      • 12 Mars 2017 à 19h59

        Schlemihl dit

        Unique souci : la justice et la liberté
        Nous combattons pour accomplir la volonté de Notre Seigneur
        Les nations prolétaires n’ acceptent plus de subir le joug de la finance apatride internationale
        Notre régime socialiste luttera pour les paysans , les prolétaires et toutes personnes exerçant des fonctions utiles
        Unité et Fraternité
        Nous voulons la Paix mais nous ne nous soumettrons pas au Diktat du Capital
        Notre art est l’ incarnation de l’ âme du Peuple
        La protection de notre Mère Nature est une cause sacrée

        Naïf , c’ est les Verts , le PS , les communistes et les islamistes, avec les connaissances scientifiques admises par tout le monde en 1848 ( comme les causes et conséquences du réchauffement aujourd’ hui ) et les incohérences nécessaires pour lier la sauce , plus du nationalisme anti aristocratique . Les connaisseurs retrouveront le Révolutionnaire Rhénan du 15ème siècle et Schinderhannes guillotiné à Mayence par Jean Bon . il y a aussi du Ghaïdamak et du Cent noir là dedans .

        Voyez y voir avec les gangs zoulous et la Tribu Ka , ça se ressemble .

        • 12 Mars 2017 à 22h40

          AGF dit

          Ben oui! Hitler,Staline, “Che” Gevara,Fidel Castro, Pol Pot, et tous leurs sous produits.
          Aujourd’hui Troudbal “le” président, alias François H. nous a montré en accueillant Erdogan et son sbire comment les Chamberlain d’aujourd’hui amènent les dingues au pouvoir. Il est vrai que nos bons socialo,la charité en bandoulière et l’œil fixé sur l’électorat du moment, se mettent à quatre pattes pour ressembler à Pétain.

      • 12 Mars 2017 à 23h24

        Martini Henry dit

        Alors je vous conseille l’excellent ouvrage de Victor Klemperer : “Lti, la langue du IIIème Reich”. Ce qui se fait de meiux dans l’analyse du discours totalitaire.
        https://www.amazon.fr/Lti-langue-du-III%C3%A8me-Reich/dp/2266135465

    • 12 Mars 2017 à 16h37

      papazulu dit

      Précision pour info, la phrase “Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver” est en fait adaptée de la pièce d’un auteur dramatique nazi de 1933 et reprise ensuite par différents nazis, dramatiques tout court. “Wenn ich Kultur höre… entsichere ich meinen Browning”.
      L’histoire ne dit pas si l’auteur a eu des ennuis pour avoir cité une marque américaine plutôt qu’allemande. Wie Schade!

      • 12 Mars 2017 à 22h02

        Schlemihl dit

        Très mauvais conseil , on doit toujours être très prudent avec les armes à feu . on insistait beaucoup là dessus au Service militaire .

        Il ne faut JAMAIS manipuler une arme sans précautions , et le cran de sécurité en est une .

        Autres préceptes militaires pleins de sagesse :

        De quoi sont les pieds ? – L’ objet de soins constants .

        Exact ! la mort vient par les pieds .

        Ou doit on installer les feuillées ? – Dans le quart d’ heure qui suit l’ arrivée au camp .

        Très sage ! les maladies foireuses tuent .