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Nationalisation : que pèsent les mots en plume face aux faits en acier ?

Réponse à Jérôme Leroy et Marc Cohen

Publié le 12 décembre 2012 à 9:25 dans Économie Politique

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montebourg florange nationalisation

Florange va-t-il devenir le Vilvorde de Hollande ? En effet, le dossier a bien des points communs avec la situation des années 1997-2000. Le 29 avril 1997, la « déclaration commune » PS-PC, préalable à la formation du gouvernement Jospin, engageait la future « gauche plurielle » à stopper les privatisations menées tambour battant par les gouvernements de droite entre 1993 et 1997. Mais une fois Lionel Jospin installé à Matignon, il a bien été obligé de reconnaître qu’il ne pouvait pas tenir l’un de ses engagements de campagne de 1997 : le sauvetage de l’usine Renault de Vilvorde en Belgique. Puis on assista à un autre reniement de sa part, la longue série de privatisations et d’ouverture du capital aux investisseurs privés : France Telecom, Thomson, CIC, AGF, Air France, Aérospatiale-Matra, EADS, Crédit lyonnais. Sa fameuse sortie « l’État ne peut pas tout », qui sonnait comme un aveu d’échec après le plan de licenciements de l’usine Michelin en 2000, fut la cerise sur le gâteau.

Mais comparaison n’est pas raison. Car heureusement pour Jospin et son gouvernement, les taux de croissance et de chômage des années 1997-2000 étaient loin, très loin de la Bérézina actuelle et la casse-tête à l’époque a été que faire de la « cagnotte » plutôt que quel trou boucher le premier. Quand l’économie va bien il est plus facile de faire avaler au peuple reniements et renoncements. Aujourd’hui, Arnaud Montebourg n’a pas la chance de disposer d’une telle marge de manœuvre.

Selon Marc Cohen et Jérôme Leroy, si le ministre du Redressement productif a perdu la bataille sociale (les hauts fourneaux sont très probablement condamnés) et la bataille politique (en essuyant un désaveu de la part du Premier ministre), il aurait remporté une manche dans l’ordre symbolique : « on a quand même entendu pendant plusieurs semaines des éditorialistes économiques d’habitude plus enclins à expliquer les bienfaits de la libre concurrence, admettre que oui, finalement, la nationalisation, pourquoi pas » concluent mes deux camarades. Le problème est qu’au lieu de briser un tabou, Montebourg a enfoncé une porte ouverte.

Certaines réactions à droite, notamment celle d’Henri Guaino, vétéran de la défaite de Gandrange, souvent favorable à l’intervention de l’Etat, nous rappellent qu’en France l’étatisme n’est pas spécifique à la gauche, l’attachement à un Etat puissant étant même l’une des caractéristiques de la droite tricolore. S’attarder sur l’éternel retour du mot « nationalisation » est donc un faux débat bien de chez nous.

La vraie question est de savoir si le projet de nationalisation temporaire défendu par Montebourg tenait la route. Nationaliser Florange, puis le revendre à un repreneur capable d’assurer un projet industriel durable aux 2600 employés du site, telle était la voie rêvée du ministre, finalement contrariée par l’arbitrage de Jean-Marc Ayrault. Etait-ce une solution viable ? Rien ne nous le dit. Si Montebourg a été mis sur la touche, ce n’est sûrement pas parce que la nationalisation est un tabou, mais plutôt que son projet alternatif n’a pas été jugé crédible par les deux têtes de l’exécutif. Hollande et Ayrault ont estimé à juste titre que Florange avait très peu d’acheteurs potentiels, les investisseurs qui négociaient avec Montebourg ne voulant d’ailleurs pas s’engager trop tôt.

Si le ministre du redressement productif avait obtenu gain de cause, un scénario catastrophe aurait pu se dérouler sous nos yeux : admettons que Florange soit nationalisée en quinze jours, Mittal indemnisé dans la foulée de quelques centaines de millions d’euros, et l’acheteur potentiel approché pour une négociation. En face d’un Etat chaque jour un peu plus sous pression, qui serait entre temps devenu propriétaire du site et employeur de ses 2600 salariés, ce dernier serait en position de force et pourrait prétexter les aléas de la conjoncture pour se désister…ce qui menacerait non seulement les 629 emplois des hauts fourneaux mais aussi les 2000 restant dans la partie « froide » (et rentable) de l’aciérie.

Mais au lieu de mettre les mains dans le cambouis et d’analyser froidement la situation- Mittal n’a pas tort de rappeler les profondes mutations du marché européen de l’acier depuis 2006 – nous nous lançons dans des querelles d’ordre symbolique. Sans minimiser l’importance du verbe et de la verve en politique, il ne faut pas croire pour autant qu’on peut tout faire avec des mots. En tout cas pour l’acier, ça ne marche pas.

*Photo : Parti socialiste.

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  • 18 Décembre 2012 à 9h51

    Patrick dit

    Hollande délocalise Renault !
    “Faites ce que je dis, mais pas comme je fais !”

  • 17 Décembre 2012 à 11h53

    murex1946 dit

    Qu’on le parachute dans la savane avec sa tordue !!! Qu’ils aillent se faire pulvariser ailleurs les deux !!!

  • 15 Décembre 2012 à 17h10

    Villaterne dit

    Merci d’avoir apporté de l’eau au moulin de ma réponse du 11 décembre à Leroy et Cohen!
    La nationalisation peut être une solution temporaire à un problème conjoncturel, mais certainement pas à un problème structurel !
    Montebourg, ministre de l’agitation improductive, ne comprends rien et se cantonne aux actions symboliques qui ont malheureusement encore leurs supporters!
    Ce n’est qu’un geai qui se pare des plumes du paon!

  • 14 Décembre 2012 à 11h57

    Théodore Plouf dit

    Pour Info une ” Premiére ” en France .

    ” Le Conseil général de l’Eure a décidé de racheter pour 22 millions d’Euros la papeterie M-Real d’Alizay fermée en avril dernier afin de la revendre à des repreneurs potentiels .
    Le président PS du conseil général, Jean Louis Destans, parle “d’une prise de contrôle temporaire” et pas d’une “nationalisation” comme il en fut beaucoup question pour Florange .
    Redémarrage et embauches prévus en mai ou juin prochain .Quelque 150 à 200 salariés licenciés de M.Real devraient être repris dans un premier temps, un effectif qui pourrait être porté à 250 à moyen terme alors que la papeterie comptait 330 emplois au moment de la fermeture.”
    Voir article complet ici :

    http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/le-departement-de-l-eure-rachete-une-papeterie-pour-permettre-sa-reprise_364557.html

    Comme quoi quand les élus se donnent du mal , des solutions originales sont trouvées .

  • 13 Décembre 2012 à 0h34

    nadia comaneci dit

    Et quand Montebourg assure à l’Assemblée qu’il a un repreneur crédible, deux jours après Ayrault indique qu’il n’existe pas et préfère faire confiance à Mittal.
    A la place de Montebourg, j’en tirerais les conséquences… 
    Au mieux c’est un désaveu, au pire c’est une baffe. 

  • 12 Décembre 2012 à 12h48

    eclair dit

    après l’acier,
    C’est l’aluminium
    à ce rythme dans 3ans il restera plus rien de l’industrie lourde.
    http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/12/12/en-maurienne-le-combat-d-un-maire-pour-sauver-une-usine_1805029_823448.html

    • 12 Décembre 2012 à 16h25

      Alain Briens dit

      St-Jean de Maurienne : même motif même punition que Florange.
      Une production d’aluminium primaire basée sur une matière première (la bauxite) qui vient d’Australie ou de Guinée. Une usine installée au cœur d’une vallée alpine, loin de toute infrastructure portuaire, et ce afin de profiter de l’énergie hydroélectrique seule source d’énergie abondante et peu chère avant l’arrivée du nucléaire.
      Enfin la cerise sur le gâteau : depuis la privatisation d’EDF, le prix de l’énergie a bondi dans des proportions invraisemblables. C’est qu’on ne demande plus à EDF ni de soutenir notre industrie, ni de participer à l’aménagement du territoire, mais de faire des profits. Or pour faire des profits, il vaut mieux vendre de l’électricité à un ménage allemand ou italien qu’à un gros industriel. Résultat : nous préférons exporter du courant plutôt que de l’aluminium. L’électrolyse de l’aluminium primaire consomme plus de 10 000 kwh / tonne, on ne peut pas produire d’aluminium sans énergie bon marché.
      Et comme d’habitude, c’est Bruxelles qui porte l’estocade finale : quand Rio Tinto demande à l’état de faire pression sur EDF pour baisser ses tarifs, ils s’entend répondre que c’est impossible car contraire aux règles communautaires (distorsion de la concurrence). C’est ainsi que la France qui a massivement investi dans le nucléaire et qui dispose de nombreux barrages voit fermer les unes après les autres ses industries électro-intensives. Very smart isn’t it ?

      • 12 Décembre 2012 à 19h02

        Marie dit

        Il est loin le temps où la Sncf venait à l’intérieur de l’usine pour amener et emporter les produits…. il faut aussi avoir celà en t^te … cette usine j’en ai entendu parlé par un de ses cadres qui est un proche. On oublie aussi le rôle joué par Mme Aubry lorsqu’elle était en fonction à Péchiney, la vente de ce fleuron aux canadiens , la fin avec Alcan…

      • 13 Décembre 2012 à 11h10

        Jacques Labbé-Descochons dit

        A Volvic, le fret SNCF achemine l’eau en bouteille depuis l’usine de conditionnement jusqu’à la première gare de triage. Il est vrai qu’en Auvergne nous avons le goût des traditions surannées.

  • 12 Décembre 2012 à 12h42

    Alain Briens dit

    Un dernier mot pour compléter ce qui a déjà été dit sur le forum du Leroy / Cohen.
    Les “repreneurs potentiels” ciblés par Montebourg ne tiennent absolument pas la route.
    Bernard Serin est certainement un industriel très respectable, mais sa société a beau avoir été rachetée à Arcelor, elle fabrique des équipements industriels qui ne présentent aucune complémentarité avec les aciers plats de Florange et serait bien incapable de fournir les débouchés industriels dont une telle usine a besoin. De plus, M. Serin est si j’ose dire un poids plume avec des résultats avant impôts de 20 millions d’euros en 2011. D’où aurait il sorti l’argent, environ 1 milliard d’euros, nécessaire à l’acquisition du site, sa remise en état et la constitution des stocks + fonds de roulement ?
    Quant à l’oligarque Alexei Mordachov, autre repreneur évoqué, il faut savoir qu’il fut à 2 doigts de couler le producteur d’aciers français spéciaux Ascométal (également issu de l’éclatement d’Usinor-Sacilor) en le trayant comme un vache à lait pendant des années après qu’il l’eut racheté au producteur italien Lucchini. Pas un kopeck pour investir, ce qui s’est traduit par la fermeture de l’usine Ascométal d’Allevard en 2011. Appeler Mordachov à la rescousse de Florange, c’est comme appeler Néron pour éteindre un incendie.
    Tout dans cette affaire sent l’amateurisme, l’esbrouffe et la com sur le dos des salariés de Florange.

    • 13 Décembre 2012 à 10h04

      luculus69 dit

      C’est comme ca le socialisme Franchouillard…!!

  • 12 Décembre 2012 à 11h48

    Jipai dit

    “ce qui menacerait non seulement les 629 emplois des hauts fourneaux mais aussi les 2000 restant dans la partie « froide » (et rentable) de l’aciérie”
    …. et aussi les emplois dans les usines qui actuellement fournissent l’acier nécessaire à la partie froide de Florange. On peut constater qu’en 1997 un premier ministre se souciait du sauvetage d’une usine Renault en Belgique; en 2012, un ministre déclare «nous ne voulons plus de Mittal en France», cherchez l’erreur (20 000 emplois en France); Dunkerque, me semble -il est bien toujours en France, comme Fos sur mer d’ailleurs. En 1956, il a été décidé de produire de l’acier en bord de mer; l’usine de Dunkerque vient de fêter ses 50 ans; peut être qu’en ces temps là des personnes avisées savaient qu’il y aurait une fin du charbon en France et du minerai de fer en Lorraine et dans les années 70, on a créé Fos, alors entre le maintien à tout prix des deux derniers HF en Lorraine et le constat que «la sidérurgie en France c’est cuit» il y a de la marge. Et d’une manière générale ce pays devrait se rappeler qu’il a une façade maritime.

    • 12 Décembre 2012 à 11h51

      Marie dit

      Ils pensent que cette façade sert uniquement aux bains de mer et autres activités ludiques!

  • 12 Décembre 2012 à 11h36

    xray dit

    à Marie:
    Bien d’accord !
    Et je ne sais plus qui caractérisait le tempérament des Français comme ” le mépris enthousiaste de la réalité”. Ca ne s’applique à personne autant qu’à cet histrion de Montebourg.

    • 12 Décembre 2012 à 11h40

      Marie dit

      je plussoie:)

    • 12 Décembre 2012 à 12h04

      kravi dit

      voyez les réactions de Leroy sur le fil du retour du mort-vivant…

      • 12 Décembre 2012 à 12h09

        Marie dit

        Que voulez vous … voyez son nouvel article!

  • 12 Décembre 2012 à 11h29

    Marie dit

    Cher Gil

    C’est bien pour cela qu’un journaliste suédois écrit :
    “La politique française se gargarise de mots et pratique la gesticulation, elle est ouvertement théâtrale et à nos yeux finalement assez ridicule.”
    Mais il est de bon ton dans ce pays de considérer que nous sommes beaucoup plus intelligents que le monde entier!cependant l’intelligence ne sert à rien si on ne l’utilise que pour les bons mots …La France n’est plus en état de jouer sans recours au pragmatisme

  • 12 Décembre 2012 à 10h07

    luculus69 dit

    les “Nationalisations” sont des habérations économiques..des sortes de pustules purulentes communistes…un peu comme l’auto gestion et les Cooperatives , (ces entreprises recrées apres “liquidation” quand on fait don des dettes…en faisant croire au gogo que les “repreneurs collectifs” vont assurer la reprise sur leur fonds personnel!!)

  • 12 Décembre 2012 à 9h49

    pgrand dit

    Tout à fait d’accord avec cet article. Montebourg est un grand ventilateur, qui pulse fort, mais c’est de l’air quand même. Mais il est gagnant dans l’affaire, il n’aura même pas à supporter les conséquences délétères qu’auraient eu sa décision (pour preuve l’article élogieux qu’il a reçu de M Cohen/Leroy, éloges qui ne seront jamais démenti par la confontation avec le réel).

    • 12 Décembre 2012 à 10h41

      kravi dit

      Belle métaphore, le ventilateur. Nos amis américains (si, si, moi je les aime) ont une image un peu triviale pour évoquer les ennuis à venir : the shit in the fan !

  • 12 Décembre 2012 à 9h49

    xray dit

    Excellente analyse !
    Un bémol toutefois quand vous écrivez que: ” l’attachement à un Etat puissant étant même l’une des caractéristiques de la droite tricolore”. Cette droite, que je qualifierai de gaulienne pour faire court, existe bien, mais il en existe une autre, libérale, dans laquelle je trouve plus facilement des raisons d’espérer, qui, bien au contraire, considère que l’obésité de l’ Etat, mais aussi et surtout des pullulantes structures administratives (et assimilées) locales, est sans doute la principale source de nos maux. Mais ce n’est pas demain que cela changera, dans un pays où un pourcentage effarant de jeunes rêve de devenir fonctionnaire.

  • 12 Décembre 2012 à 9h45

    Claude Roche dit

    vous prêchez dans le désert, Monsieur ! En France il est écrit qu’il faut avant tout donner son avis avant d’y connaître quelque chose ; des fois que cela rabisserait la suffisance qui nous est si chère. Je laisse la parole à tous les forumeurs qui se prenent pour des experts !

  • 12 Décembre 2012 à 9h36

    Sophie dit

    Non seulement l’état ne peut pas tout, mais en plus on ne le lui demande pas.