Napoléon III au Musée d’Orsay: fastes, fatras et falbalas | Causeur

Napoléon III au Musée d’Orsay: fastes, fatras et falbalas

Quand le kitsch Second empire entre au musée d’Orsay

Auteur

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli
Enseignant et essayiste, anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

Publié le 04 novembre 2016 / Culture Histoire

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Napoléon 3 musée d'Orsay

Napoléon III par Franz Xavier Winter Halter, Wikipédia

« Le mot kitsch désigne l’attitude de celui qui veut plaire à tout prix et au plus grand nombre. Pour plaire, il faut confirmer ce que tout le monde veut entendre, être au service des idées reçues. Le kitsch, c’est la traduction de la bêtise des idées reçues dans le langage de la beauté et de l’émotion… Le kitsch est l’idéal esthétique de tous les hommes politiques, de tous les partis et de tous les mouvements politique. » (Kundera, bien sûr, dans l’Insoutenable légèreté de l’être, Gallimard, 1984).
Le mot kitsch remonte en français aux grandes années du gaullisme et du communisme réunis — deux régimes particulièrement kitsch, mais tous les régimes le sont à des degrés divers. En allemand, l’adjectif est apparu vers 1870, et il est un dérivé probable de kitschen, qui signifie « ramasser la boue des rues ». Ça ne s’invente pas.

J’étais de passage à Paris, la semaine dernière, j’avais deux heures devant moi, je suis allé voir au musée d’Orsay l’exposition sur le « Spectaculaire Second Empire ».

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli 

 

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    • 7 Novembre 2016 à 8h59

      QUIDAM II dit

      A la pornographique époque qui est la nôtre, ce qui dévalue peut-être le plus l’art du second empire (et l’art dit « académique » en général) est, paradoxalement, sa sensualité lourde, sans complexe et suraffirmée jusqu’à l’obsession.
      Il semblerait que « le nu sensuel » à vocation purement érotique soit très « dérangeant » pour les yeux de spectateurs saturés du spectacle de jeunes filles en jeans déchiré et tee shirt douteux, aussi désirables que des peignes sales.

      • 7 Novembre 2016 à 9h06

        steed59 dit

        faut pas oublier que c’est l’époque du triomphe du positivisme et de l’optimisme civilisationnel. Pas étonnant que ça ait un impact sur les styles artistiques

    • 6 Novembre 2016 à 12h58

      Habemousse dit

      Ce que la révolution industrielle a relancé c’est l’artisanat d’art ; les capitaines d’industrie, pour se faire un nom, n’ont pas hésité à faire passer, à l’instar de Christofle ( mille huit cent trente ), leurs créations pour des œuvres d’art : le sculpteur s’est retrouvé à l’usine, logé, nourri blanchi, au service d’un patron mécène et avisé, à modeler un moule unique pour des centaines de reproductions, poil au picaillons.

      Napoléon trois a régné à ce moment précis et l’a mis en valeur.

      Aujourd’hui ou la seule œuvre d’art est une liasse de billet et le chef d’œuvre absolu, le plus gros coffre fort, la qualité de l’art comme celle de l’artisanat sont tributaires de la bourse et non plus du talent, du savoir-faire et des matériaux. 

      • 6 Novembre 2016 à 13h24

        ZOBOFISC dit

        Que l’on peut résumer avec l’aphorisme de Tom Stoppard :

        “Le talent sans l’imagination nous a donné l’artisanat ; l’imagination sans le talent nous a donné l’art moderne.” 

        • 6 Novembre 2016 à 13h26

          Habemousse dit

          Effectivement c’est une belle formule.

        • 7 Novembre 2016 à 5h05

          IMHO dit

          Creux. Vide .

        • 7 Novembre 2016 à 16h52

          ZOBOFISC dit

          Qu’est-ce qui est creux et vide Monsieur IMHO ?

          Est-ce la phrase de Tom Stoppard ?

          Ne trouvez-vous pas que les artisans ont du talent ?

          Lorsqu’ils reproduisent un objet existant ou conçu par une autre personne, ils ne font pas preuve d’imagination, mais si cet objet est bien réalisé, ils ont du talent.

          Les praticiens qui donnent une épreuve en marbre d’un modèle en plâtre ont du talent, souvent même beaucoup de talent car ils arrivent à faire passer une émotion que le plâtre ne rendra jamais.

          Peut-être est-ce la seconde partie qui vous gène ?

          Peut-être trouvez-vous qu’il y a du talent à mettre un veau coupé en deux dans un aquarium de formol, sa propre merde dans un bocal, à peindre une toile en rouge puis à la lacérer de trois coups de cutter ou à faire fabriquer des baudruches géantes en acier, ou encore à écrire sur une toile « ceci est de l’art ».

          Personnellement, je n’y vois aucun talent, tout au plus de l’imagination lorsqu’on est le premier à le faire, un goût prononcé pour la provocation et surtout une fâcheuse tendance à prendre les gens pour des cons, donc à les mépriser.

          Ce n’est pas MA définition de l’art et du talent.

           Mais il faut de tout pour faire un monde comme disait l’avocat de Marc Dutroux en concluant sa plaidoirie. 

    • 5 Novembre 2016 à 20h32

      ZOBOFISC dit

      L’axiome de départ de cet article est :
       Même si je ne suis pas bobo, même si je ne m’extasie pas devant le « vagin de la Reine » ou un « plug anal géant », je ne peux trouver aucune vertu, aucune qualité à l’art officiel du XIXème siècle au risque de passer, à mes propres yeux formatés « à l’insu de mon plein gré » par la boboïtude téléramesque , pour un ringard.

       Je me dois donc de rejeter en bloc cet art officiel. Mais comme il a commencé bien avant le XIXème et  perdure encore ½ siècle après 1870, je concentre mes critiques sur le second empire pour épargner le reste de la création artistique depuis le maniérisme jusqu’en 1920.

       En résumé :

      « PAS D’AMALGAME » L’art pompier du second empire est seul responsable, il est le baudet de la fable, le reste doit être sauvé

      QUIDAM II nous dit très justement ici que s’il faut rejeter tout l’art du second empire parce qu’il est kitsch, le baroque, notamment, ne peut être épargné.

      J’aime beaucoup les chroniques de J.P. Brighelli, mais autant je suis favorable à l’idée de choisir mon camp lorsqu’il s’agit de politique, autant je pense qu’en matière d’art, un minimum de souplesse dans le jugement ne peut nuire. Je ne suis donc pas d’accord avec cet article. 

      • 5 Novembre 2016 à 20h39

        C. Canse dit

        Le kitsch perdure notamment chez Jeff Kon qui eut l’heur d’étre exposé pour notre malheur (le mien en tout cas) dans la galerie des glaces nouvellement restaurée.

        • 5 Novembre 2016 à 20h41

          C. Canse dit

          L’orthographe fantaisiste du patronyme est de mon fait, et voulue, évidemment.

        • 5 Novembre 2016 à 22h48

          ZOBOFISC dit

          Et Damien Hirst, quand il incrusté des diamants dans un crane, si c’a n’est pas vraiment du kitsch, ça y ressemble, non ? 

        • 6 Novembre 2016 à 0h10

          C. Canse dit

          Oui, absolument. :-)

    • 5 Novembre 2016 à 18h03

      C. Canse dit

      Le kitsch ou le vulgaire qui prétend à la beauté.
      Le kitsch aura beau  revêtir de beaux atours, il sera toujours aussi moche avec, parfois, des notes drôles.

      Et Winterhalter, n’en déplaise à Monsieur Brighelli, n’a rien de vulgaire, il n’est pas responsable de la beauté (ou de son manque) du modèle.

      Napoléon III œuvra à l’essor industriel de la France, puissions-nous trouver en notre nouveau chef d’État un tel visionnaire. 

    • 5 Novembre 2016 à 17h52

      golvan dit

      D’après la définition du mot kitsch, il ne peut exister de beau kitsch puisque c’est un hymne au “mauvais goût”.
      Mais dans son acception ordinaire, le style kitsch est surtout le résultat d’un amoncellement de savoirs faire, même infiniment techniques, qui peut amener à un résultat final sans cohérence, d’où sa laideur. 
      L’académisme n’est donc pas kitsch mais la réaction à l’académisme en peinture est un retour vers l’épure, ce qui est encore plus éloigné du kitsch.
      D’une certaine façon, le style baroque est d’une telle richesse technique avec un tel déploiement de savoirs faire qu’on pourrait assez facilement l’assimiler à du kitsch limite surchargé !
      Plus généralement, le mauvais goût étant celui des autres, plus spécialement celui des gens peu éduqués, on n’hésitera pas à se pâmer devant l’intérieur d’un palais italien totalement surchargé, alors qu’on fera des gorges chaudes devant la maison du maçon ou carreleur portugais qui a fait de sa maison la table des matières de ses savoirs techniques, totalement kitsch évidemment.  

    • 5 Novembre 2016 à 16h30

      IMHO dit

      Napoléon II, une grande incapacité méconnue, a dit Bismarck .
      En politique étrangère il a tout raté et ou gâché, sauf l’indépendance de l’Italie .

    • 5 Novembre 2016 à 16h00

      IMHO dit

      https://www.google.be/search?q=kitsch&espv=2&biw=1280&bih=918&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwi0gIzJ65HQAhVJuBoKHVZ5D-AQ_AUIBigB#tbm=isch&q=bibelot+kitsch

      Ça c’est kitsch, mais Winterhalter non, c’est de la peinture académique .
      Le kitsch selon Hermann Broch: « le système « kitsch » exige de ses partisans : « fais du beau travail ! » alors que le système de l’art a pris pour maxime le commandement éthique : « Fais du bon travail » (P. 33). Broch, pour qui le kitsch est à l’art ce que l’Antéchrist est au Christ (!) .
      L’artiste s’efforce de faire naître une oeuvre d’art, le kitscheur
      fabrique un bel objet en assemblant des objets naturellement beaux ou émouvants dans de couleurs riches ou distingués ou gaies.
      Winterhalter c’est de l’art de cour .

    • 5 Novembre 2016 à 14h54

      Schlemihl dit

      Je n’ai rien contre le kitsch ….

      Le Second Empire a mal fini . Mais il a créé le Paris moderne , sans choléra , le forêt des Landes et ses dunes , sans paludisme , il a aidé les prolétaires , donné le droit de grève , agrandi la France de la Savoie et de Nice ……. Indulgence !  C’est aussi le temps des premiers impressionnistes , de Carpeaux , des premiers travaux de Pasteur , sans oublier Richard Lenoir et Richelieu – Drouot . 

    • 5 Novembre 2016 à 13h02

      Daniel Azuelos dit

      Certes, le kitsch peut être considéré comme la marque de fabrique de Napoléon III, mais le second Empire n’a pas été que médiocre, il a projeté la France dans la modernité industrielle (Société Générale, Chemins de fer etc.) et il s’est parfois moqué de lui-même avec panache: Offenbach, un de ces exilés allemands qui à l’instar de Meyerbeer, ont été accueillis à bras ouverts, quand d’autres (Hugo) se sont auto-célébrés en faisant le chemin inverse et en prenant une posture bien commode. Philippe Seguin, un gaulliste estimable avait justement fait le départ entre un Empire ultra-conservateur et aventurier qu’il réprouvait, et un Empire libéral et progressiste qu’il s’attachait à réhabiliter. Il y a eu Badinguet, c’est sûr, mais le Napoléon proche du saint-simonisme est l’autre face d’un Janus plus complexe. On ne retient généralement que la fin, il est vrai qu’elle fut lamentable.

      • 5 Novembre 2016 à 13h16

        steed59 dit

        Séguin a aussi tordu le coup au mythe sanguinaire du coup d’état

    • 5 Novembre 2016 à 9h17

      steed59 dit

      Incroyable d’affirmer que le sd empire n’a pas eu de style et citer dans une même phrase baltard, haussman, garnier et jacquemart. 

      Quant à la conclusion c’est grand n’importe quoi. La Commune a fait autant de morts que les repressions de juin 48, et la guerre de 70 bcp moins que 14-18. Faut-il rappeler comment se termina la IIIème république ?

    • 5 Novembre 2016 à 7h25

      QUIDAM II dit

      La surcharge et le tape à l’oeil ne caractérisent pas le seul second empire : au cours des siècles, « faire riche » a toujours été un enjeu primordial (sinon même prédominant) et permanent de toute création artistique destinée à l’aristocratie, à la grande bourgeoisie et à l’église. Serait-il vraiment insensé de ranger notamment le baroque (qui plaît sans faillir au plus grand nombre) comme une catégorie du genre kitsch ?
      Le style « second empire » (et sa lourde sensualité) est sans doute à redécouvrir.
      Quand le kitsch est lié aux pouvoirs actuels (aux dictatures, particulièrement), il n’est le plus souvent qu’une sorte de néoclassicisme solennel, fade et niais : l’art stalinien, national-socialiste, coréen du nord.
      Mais le kitsch est également l’appropriation, souvent naïve et maladroite, d’une esthétique de riche par les pauvres et, pour celui qui n’est pas aveuglé par le mépris culturel et social, ce kitsch recèle quelques fois des merveilles d’audace et d’expressivité.
      « Le mauvais goût »… qu’est-ce que c’est que ce truc qui n’existe même pas ?…

    • 5 Novembre 2016 à 1h30

      Pol de Caroitte dit

      Le kitsch, c’est le mélange du mauvais goût et du nanard, avec de la démesure. Il mérite de l’intérêt et de la sympathie car il n’est pas sans qualités. À l’inverse du pur et dur il est sentimental.

      Karl Lagerfeld a un jour tenu devant une caméra ces propos que j’essaie de restituer le plus fidèlement possible :
      « Heureusement qu’il y a le mauvais goût. S’il n’y avait que le bon goût on s’ennuierait. »

      Le pire c’est l’absence de goût car des œuvres réalisées sans goût, bon ou mauvais, en vieillissant n’atteindront même pas la qualité du kitsch qui aurait pu les sauver de l’indifférence. Une vieillerie kitsch ça a du charme et ça amuse.

      Les temples grecs, à l’origine, étaient tout peinturlurés de couleurs criardes et surchargés d’accessoires décoratifs. Avec les siècles la pierre s’est dénudée, les enjoliveurs ont disparu, les monuments ont trouvé une pureté qu’ils n’avaient pas à l’origine. Mais quand ils furent érigés, n’étaient-ils pas kitsch ?

    • 4 Novembre 2016 à 19h12

      C. Canse dit

      Monsieur Brighelli

      Le portrait que Winterhalter a peint de Madame Rimsky-Korsakov est magnifique, le geste de sa main tenant sa chevelure accentuant sa beauté. WINTERHALTER & RIMSKY-KORSAKOV: HISTOIRE D’UN PORTRAIT – HISTORIA DE UN RETRATO Publié le 2 juin 2013 par the owl

      Ceux d’Élisabeth d’Autriche sont aussi très beaux. 

      • 4 Novembre 2016 à 19h52

        Habemousse dit

        M. J. P. Brighelli devrait savoir que la peinture, à cette époque, remplaçait ( encore ) la photographie, et se devait de donner à l’histoire un portrait fidèle des vivants susceptibles de passer à la postérité : le peintre comme le sculpteur ou le dessinateur de cette époque avait une mission, celle de figer la réalité d’une époque, afin que les descendants sachent comment étaient et vivaient leurs aïeux. L’avènement de cet art mineur qu’est la photo a sonné le glas des grands artistes dont l’œil s’est détourné pour regarder une réalité plus vraie mais moins vivante. 

        • 4 Novembre 2016 à 20h06

          Villaterne dit

          L’avènement de cet art mineur qu’est la photo a sonné le glas des grands artistes
          Je ne suis pas en total accord avec vous cher Habemousse. La photographie (un art pas si mineur que ça même si je comprends ce que vous voulez dire) a eu au moins l’avantage de soulager l’artiste de sa mission de témoin pour lui permettre d’exprimer ses émotions en toute liberté du sujet choisi.

        • 4 Novembre 2016 à 21h52

          Habemousse dit

          « …soulager l’artiste de sa mission de témoin pour lui permettre d’exprimer ses émotions en toute liberté du sujet choisi. »

           Cher Villaterne, vous avez raison, mais à moitié : si l’avènement de la photo a libéré l’artiste en lui ouvrant le champ de l’imagination à l’infini, se dernier s’est cru également affranchi des contraintes techniques, pour nous offrir des œuvres qu’on ne peut plus appeler aujourd’hui majeures pour la plupart, à quelques exceptions près.

          Comme le disait un poète de votre connaissance, l’art sans technique n’est rien qu’une sale manie : les galeristes s’en passent très bien, la « promo » l’ayant remplacée au pied levé.

           L’image mobile, qui imite le réel à s’y tromper a fini de ronger l’imagination de nos créateurs, réduits à présenter des objets gonflés à l’hélium.

           Le progrès n’a pas que du bon, même s’il nous libère de quelques servitudes.