Week-end à Rome… | Causeur

Week-end à Rome…

…dans les pas de Nanni Moretti

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
Né en 1974, Thomas Morales est journaliste indépendant et écrivain.

Publié le 22 avril 2017 / Culture

Mots-clés : , , , , ,

nanni moretti rome

Nanni Moretti à l'aéroport romain Fumicho. Sipa. Numéro de reportage : 00637962_000008.

Retourner à Rome chaque année, au printemps ou à l’été, lave l’esprit de toutes les scories. Ce voyage s’impose comme une ultime tentative un peu désespérée et dérisoire de se dépouiller enfin de notre République fantoche. Déjà fatigué par une campagne en capilotade, une épreuve présidentielle digne d’une télénovela berlusconienne, le Français aspire à la rêverie et au silence.

« Un splendide quadragénaire »

Un quart d’heure de quiétude seulement, messieurs les bourreaux, implore-t-il, face caméra ! Les débats à cinq ou à onze l’indifférent. Les programmes l’indisposent. Les affaires le souillent. Et puis toutes ces gueules satisfaites de candidats en file indienne le plongent dans un état d’errance, voire de démence. Il demande juste un peu de répit, un peu de fantaisie. Il serait le plus heureux des hommes s’il pouvait sentir l’air chaud de la mélancolie souffler derrière sa nuque et respirer le parfum d’une ville à la géographie intime. Il suffit d’atterrir à Fiumicino pour que cette transformation charnelle s’opère. Depuis 1993 et la sortie dans les salles de Journal intime, le nostalgique compulsif s’imagine au guidon d’une Vespa dans les rues de la capitale italienne.

Il se récite intérieurement cette saillie Morettienne en guise de mantra : « Je suis un splendide quadragénaire ». Au son de Leonard Cohen et de Khaled, il zigzague sur sa guêpe à deux temps, se perd dans les quartiers de Gianicolo, Parioli, Garbatella, Prati, Spinaceto, Casal Palocco ou Flaminio, apostrophe Jennifer Beals dans une scène irréelle et repère des maisons dans l’espoir de tourner une improbable comédie musicale sur un pâtissier trotskiste dans l’Italie des années 50. En clair, il est sous l’influence de Nanni Moretti. Ses films buissonniers, tantôt bavards, tantôt mutiques, son narcissisme comique, son sens de la parabole, sa mauvaise foi militante et surtout son attachement éternel à Roma, l’accompagneront désormais tout au long de sa vie.

Cinéaste prophète

Pour suivre au plus près ses déambulations et divagations, il lui manquait un carnet de bord, un « road book » où tous les lieux de tournage de Je suis un autarcique (1976)


Nanni Moretti – Je suis un autarcique par bande-annonce-film

… jusqu’à Mia madre (2015) seraient répertoriés et commentés. C’est le cas aujourd’hui grâce au travail de deux jeunes écrivains, Paolo di Paolo et Giorgio Biferali, qui publient  À Rome avec Nanni Moretti aux éditions Quai Voltaire, traduction de Karine Degliame-O’Keeffe. Nos deux fringants intellectuels, nés en pleine crise des années 80, ont mis en exergue cette phrase d’Alberto Moravia : « Je n’ai jamais quitté Rome, mais à l’intérieur de la ville on peut dire que j’ai fait du chemin » pour amorcer leur long périple romain. Chaque film est précédé d’une carte et agrémenté de quelques photos en noir et blanc ce qui donne à l’ensemble une belle patine, un objet élégant à mettre impérativement dans son sac de voyage. A tour de rôle, Paolo et Giorgio servent de passeurs érudits au lecteur pour explorer toute l’œuvre de Moretti en analysant son indélébile trace sentimentale. « De ces années 1990, Journal intime a su capturer des détails bien plus précieux qu’une étude historiographique ou sociologique […] Plus encore : son rapport au paysage, à la ville (l’intuition poétique d’un film fait uniquement de panoramiques sur des maisons quelconques) » analysent-ils.

La filmographie désinvolte et personnelle du réalisateur donne des clés de compréhension de l’Italie contemporaine. Plus d’une fois, Moretti a même imaginé, devancé la réalité comme la démission du pape dans Habemus papam  en 2011, deux ans avant la renonciation de Benoit XVI.

Ce précieux livre à la couverture bleue, plus instructif qu’un guide de la même couleur, s’achève par une conversation avec Moretti intitulée « Rome, ma mère ». Les auteurs l’interrogent sur son tropisme urbain qui confine à l’obsession. « Ce que j’aime à Rome, c’est la possibilité que me donne la ville de me promener à Vespa, et pas seulement l’été. Je peux errer dans la ville, sans but. Et puis il y a la lumière, celle de journées merveilleuses comme aujourd’hui, une lumière comme il en existe à mon avis peu dans le monde » leur répond-il.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 23 Avril 2017 à 9h10

      clark gable dit

      Ils ont aucune force les touristes de nos jours , pour 2 serviettes et une chemise , leur faut une valisette a roulette !
      De mon temps , c`était une valise de 50 kilos a chaque main et celui qui n`avait pas la force pour les porter n`avait qu`a rester chez lui
      Les congés uniquement pour les gros bras !

    • 22 Avril 2017 à 15h29

      Gérard Couvert dit

      Rome la ville qui se reconstruit sans cesse identiquement différente.