Les années Mara | Causeur

Les années Mara

Un couple se détruit dans l’Italie des années de plomb

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.

Publié le 05 novembre 2016 / Culture Histoire

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Brigade rouge enlèvement Aldo Moro

La Via Fanni Rome, après l'enlèvement d'Aldo Moro par les Brigades rouges, 1978, Wikipédia

A un moment, dans le premier roman de l’italienne Nadia Terranova, Les années à rebours, qui se passe pour l’essentiel à Messine, est évoqué un phénomène à la fois optique et géographique, la « Fata Morgana », qui donne l’impression que « la Calabre se trouve à quelques mètres seulement de la Sicile. La légende veut que de nombreux insulaires, trompés par le mirage, se soient jetés à l’eau pour rejoindre à la nage la pointe du continent. » Quelle meilleure métaphore pour évoquer le destin doux-amer d’un jeune couple pendant ces fameuses années de plomb ? Elles virent une partie du milieu ouvrier et étudiant choisir la lutte armée alors que parallèlement se déclenchait un terrorisme d’extrême-droite pour déstabiliser la démocratie italienne et provoquer une réaction autoritaire. Nadia Terranova, dans ce roman, fait de ces années de plomb une toile de fond à la décomposition poignante des relations entre deux êtres, plutôt sympathiques, plutôt de bonne volonté, qui ne trouveront jamais, entre velléités révolutionnaires et contingences de la vie quotidienne, fêlures personnelles et temps qui passe impitoyablement, le moyen d’être heureux.

Elle, c’est Aurora, la fille d’un directeur de prison, ancien fasciste et père de famille nombreuse. Lui, c’est Giovanni, le fils tardif d’un avocat communiste. On pourrait penser que leur rencontre aurait eu quelque chose d’une histoire à la Roméo et Juliette, version Sicile des années 70. Or, il n’en sera rien. Le directeur de prison et l’avocat, finalement, en ont fini avec les affrontements de jadis. Au contraire, ce qui les inquiète, c’est plutôt les engagements de leurs enfants respectifs du côté de l’extrême gauche. Aurora est une étudiante sérieuse, Giovanni beaucoup moins. Ils militent dans des organisations différentes, Giovanni apparemment de façon plus poussée. Il flirte avec la lutte armée, il est de toutes les manifestations et notamment celles de Rome et de Bologne qui suivirent la mort de Francesco Russo, un étudiant tué par la police en 77.

En les mariant et en les faisant vivre dans un petit appartement, « la boite à chaussures », la génération précédente fait le pari qu’ils se calmeront, surtout avec la naissance de Mara, en 1978, l’année même de l’assassinat d’Aldo Moro. Evidemment, il n’en sera rien ou plus exactement, tout le talent de Nadia Terranova est de montrer que les frustrations sont plus dangereuses pour l’organisme que les désillusions et que le conditionnel passé est le mode qui brise le plus sûrement le cœur car c’est le mode des regrets et des remords.

Les séparations et les réconciliations entre Aurora et Giovanni alternent au rythme de l’agonie de la période insurrectionnelle et de la fin de la lutte armée qui fait entrer l’Italie dans la normalité mortifère des démocraties de marché. Nous sommes déjà dans les glaciales années 80, sans presque nous en apercevoir, tant Nadia Terranova sait, qualité rare, traiter avec finesse l’écoulement du temps qui passe à notre insu, des années où les drogues dures et le sida achèveront de transformer les espoirs rouges et noirs en cauchemar repeint aux couleurs des néons hospitaliers.

On peut penser, dans Les Années à rebours, que Nadia Terranova née elle-même en 1978, nous parle de ses propres parents et apparaît sous les traits de la Mara qui échange, petite fille, des lettres avec son père vivant la plupart du temps dans un centre de désintoxication.

Les années à rebours, et ce n’est pas la moindre de ses qualités est ainsi, également, le roman du regard d’une petite fille, un regard inquiétant et inquiet à la fois, celui de « la Piccirida qui dans son berceau effraya son grand père. » Lucidité, tendresse, nostalgie, mélancolie : on se prend à rêver de ce qu’aurait pu faire un Ettore Scola d’un tel roman, parfaitement réussi.

Les années à rebours de Nadia Terranova ( Quai Voltaire, traduction de Romane Lafore)

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    • 5 Novembre 2016 à 20h55

      Alessandro dit

      Prima di parlare bisogna riflettere e provare a conoscere le cose che si sostengono. Berlinguer, le brigate rosse, melenchon non sono la stessa cosa. nella confusione emerge sempre e solo l’ignoranza. Soprattutto, come dice Leroy berlinguer le brigate rosse e melenchon non descrivono il libro di cui si parla qui. che è un libro sulla struggente bellezza di quegli anni, la passione e la tragedia sui lati di una stessa moneta. su battisti prima di attaccare leroy bisognerebbe sapere, conoscere, non nutrirsi di propaganda. ma il problema è sempre lo stesso: l’ignoranza e la molestia dell’ignoranza

      • 5 Novembre 2016 à 21h33

        Laurence dit

        Poverino Alessandro, en dehors de vos platitudes gnian gnian, avez-vous quelque chose de substantiel à verser au dossier plombé de votre compatriote ?
        E Prima di scrivere, si svegli, non siamo più nelle seventies, e per carità smetta di piangere sulla struggente bellezza di quegli anni…
        Je t’en foutrai moi de la beauté féroce de l’époque.

      • 5 Novembre 2016 à 23h17

        Cardinal dit

        Caro Alessandro,
        Tu non ha capito, qui si tratto di Jerome Leroy, non del libro di Nadia Terranova, si tratto del fatto che ogni volte che scrivo JL ci rompe le scatole con il suo passato communista. In piu qui sta anche faccenda la pubblicita per un libro che parlo di quel passato. Un libro che non ci interessa, scriviamo soltanto per il piacere di critticare Jerome ogni volta che ci da la possibiloita, niente altro.
        Scusa il mio italiano imperato a parlarlo in casa dalla mia moglie, italiana, non ho mai studiato la grammatIcca.

        • 6 Novembre 2016 à 14h53

          Fioretto dit

          Non ti preoccupare Alessandro scrive ben peggio, inzia il suo commento con “conoscere le cose che si sostengono” lascio perdere…

    • 5 Novembre 2016 à 16h26

      Cardinal dit

      Ah Nostalgie quand tu nous tiens !
      Sacré Jérôme il trouve toujours moyen de nous ramener au bon vieux des Brigate Rosse, de Enrico Berlinguer et du PCI.
      Quelque chose en ces temps nouveaux l’inspirerait il ? L’élection de Mélenchon à la Présidence maintenant que le PCF de Pierre Laurent se range de son coté ?
      Après tout Enrico Berlinguer est un bon modèle pour Mélenchon.

    • 5 Novembre 2016 à 16h25

      Laurence dit

      ON se prend surtout à rêver ce qu’aurait pu écrire un critique de talent au sujet de ce livre.
      Au lieu de cela ON se tape les éléments de langage du fossile de l’ère borghese-stalinien : « …une partie du milieu ouvrier et étudiant choisir la lutte armée alors que parallèlement se déclenchait un terrorisme d’extrême-droite ». Les victimes de la salope Battisti apprécieront.

      • 5 Novembre 2016 à 19h38

        Jérôme Leroy dit

        Je suis stalinien ou gauchiste? Faudrait savoir. Pour le reste, je m’honore de l’amitié de Cesare Battisti, courageux combattant de la lutte armée et admirable écrivain qui a vu une république dirigée par des salopes du sarkozysme, pour reprendre votre terme élégant, trahir une promesse sacrée d’asile politique, un quart de siècle plus tard. Pour le reste, Nadia Terranova est tout sauf complaisante pour cette période. Et contrairement à vous, elle sait écrire et elle sait de quoi elle parle. E basta cois.

        • 5 Novembre 2016 à 20h44

          Laurence dit

          Assurément vous êtes un rédacteur médiocre doublé d’un malhonnête : vous prétendez que la France a renié ses engagements à son encontre au moment de son extradition en 2004. FAUX, la France ne lui a jamais accordé l’asile politique et pour cause, Battisti a été exclu de la fameuse doctrine Mittérand dès 1983 (les preuves il y en a, il suffit de chercher). Doctrine qui en passant n’avait aucun fondement juridique. Votre soutien à ce « courageux combattant » – qui s’est enfuit la queue entre les jambes, d’abord au Mexique début 90, puis au Brésil en 2005, non sans avoir fait savoir à la planète entière que lui n’a “jamais tenté de fuir la justice” – n’a rien d’étonnant puisque vous faites partie de ces dépositaires autoproclamés du Bien et autres pisseuses de moraline…. Et vous ne savez pas la meilleure c’est Carla, la petite tapineuse qui a demandé à son petit Nicolas d’intervenir auprès de Lula pour qu’il stoppe l’extradition vers l’Italie, pourtant acquise par décision des juges brésiliens. Faites votre boulot, journaleux franchouillard jamais en reste en matière de causes foireuses, renseignez-vous un minimum avant de pisser vos sanies.