Mourir pour le JT | Causeur

Mourir pour le JT

À quoi servent les reporters de guerre ?

Auteur

Gil Mihaely

Gil Mihaely
Historien et directeur de la publication de Causeur.

Publié le 17 février 2012 / Médias

Mots-clés : , , ,

Gilles Jacquier

À quoi servent les reporters de guerre ? Un mois après la mort de Gilles Jacquier, grand reporter à France Télévisions, tué le 11 janvier en Syrie, la question peut sembler cruelle. Certains la trouveront scandaleuse, comme s’il était immoral d’envisager qu’une telle mort pût être inutile. On m’autorisera à penser que le plus immoral serait encore ne pas l’envisager pour se contenter de la glorieuse légende des « morts au combat pour l’information ».

Bien entendu, cela ne change rien au courage et à l’engagement des journalistes qui risquent leur vie en connaissance de cause. En choisissant d’arpenter ces terres sans lois que sont les zones de guerre, ils savent qu’ils peuvent être blessés ou tués, mais aussi capturés. Nul ne peut oublier la fin atroce de Daniel Pearl au Pakistan. Après les calvaires vécus par Jean-Paul Kauffmann au Liban, Georges Malbrunot, Christian Chesnot et Florence Aubenas en Irak, et, plus récemment, par Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier en Afghanistan, on sait aussi que le journaliste est l’otage idéal, son statut lui garantissant la publicité recherchée par les preneurs d’otages.

[...]

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    publié dans le Magazine Causeur n° 44 - Février 2012

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    • 19 Février 2012 à 16h29

      laborie dit

      Avis de l’avocat général dans l’affaire al Dura, où Charles Enderlin et France 2 poursuivent Philippe Karsenty devant la Cour de cassation.
      http://www.dreuz.info/2011/12/affaire-al-dura-enderlin-et-france-2-mis-ko-par-l%E2%80%99avocat-general/

    • 19 Février 2012 à 15h33

      laborie dit

      Conférence Karsenty sur al Dura déc 2010 Anthony

      http://www.youtube.com/watch?v=1-5IrNmeB0I

    • 19 Février 2012 à 14h11

      Pierre Jolibert dit

      Esprit de l’escalier : je n’ai songé qu’après-coup à la proximité de ce texte de G. Mihaely avec celui qui portait sur l’échange entre le soldat Shalit et les psychopathes sortis de Reservoir Dogs (et de leur prison tels qu’ils y étaient entrés). Tous deux commencent, en substance, par la question de la Valeur.
      Non seulement G. Mihaely est courageux, mais son courage est est finement structuré. Je suis béat d’admiration.

      • 19 Février 2012 à 16h41

        laborie dit

        Depuis il y a eu des rebondissements et la machine de guerre de F2 et de qui vous savez derrière ne laissait pas présager que la vérité sorte de son placard où on l’a enfermée depuis 12 ans. Je suppose que vous avez entendu parles de la raison d’état. Le 15 février 2012, la cour d’appel de Paris a relaxé le docteur Yehouda David. C’est un premier pas.

      • 19 Février 2012 à 16h59

        laborie dit

        Et Karsenty vient d’obtenir la condamnation de Anal+Prout pour son reportage:« Jeudi investigation – rumeurs, intox : les nouvelles guerres de l’info »

    • 19 Février 2012 à 12h20

      RotilBis dit

      Il y a en ce moment un “grand reporter” qui doit broyer du noir, et se ronger les ongles en attendant le verdict de la Cour de cassation. 

      Le monsieur en question – vous ne devinerez jamais qui c’est – s’est amusé à diffuser, fin 2000, une saynète de Pallywood qui voulait faire croire à l’assassinat d’un gamin de 12 ans par l’armée d’un pays du proche-orient.

      Il apparaît de plus en plus que la légion d’honneur qui lui a été attribuée pour ce reportage l’a été de façon douteuse…

      Affaire à suivre, donc.  

      • 19 Février 2012 à 14h45

        eclair dit

        @rotilbis
        Qui comme grand reporter? Et quel reportage précisement? il y en a eut tellement sur le proche orient. 

      • 19 Février 2012 à 14h55

        l’oiseau bleu dit

        Et en plus il a fait office de ” petit telegraphiste ” a l’insu de son plein gre. 

    • 19 Février 2012 à 11h23

      livia dit

      Bravo GM pour votre article.

      Enfin lors “des printemps ” moins de correspondants de guerre ” femmes que sur les autres terrains , c’est déjà çà, parce qu’on commençaient à se poser des questions ;-)

      Les rares fois où j’ai regardé les reportages sur la Place Tahrir avec ces reporters de guerre , tout en haut d’un immeuble surplombant et qui nous analysait les forces en présence et ce qu’il fallait en penser… euh… je me défends d’en rire car les conflits sanglants sont des sujets trop sérieux .

    • 19 Février 2012 à 10h56

      laborie dit

      Je conseille aux Causeurs de “s’instruire” sur la façon dont les journalistes de guerre ont procédé au Kosovo.

      Vous trouverez sur le lien “Média-mensonges sur le Kosovo 1 – 2 et 3″ qui analysent parfaitement le foutage de gueule sur le soi disant intérêt d’avoir des reporters sur les lieux de l’action, qui boivent des coups au bar de leur hôtel en attendant le conférence de presse donnée par un représentant de l’Otan…..instructif…

        • 19 Février 2012 à 11h52

          laborie dit

          C’est un peu emmerdant que ce soit Serge Halimi (Là bas si j’y suis) qui dise ça mais il faut aussi écouter et vérifier ce qu’il dit et vérification faite tout est exact…

      • 19 Février 2012 à 14h05

        Pierre Jolibert dit

        Mais Laborie, nous fûmes en son temps admirablement instruits (et nombreux sans doute mis comme moi en état d’amour transi (et par le texte seul, car je n’avais pas encore eu le bonheur d’entendre le son de sa voix)) par Élisabeth Lévy et son “Kosovo ; l’insoutenable légèreté de l’information”.

        • 19 Février 2012 à 15h38

          laborie dit

          Certes “j’y étais aussi” et cependant Halimi est intellectuellement impeccable dans son discours. Il aurait pu, à mon gré, s’abstenir des références à Badiou et Chomsky ce qui ne fait pas avancer le chmilbique….

        • 19 Février 2012 à 17h57

          Pierre Jolibert dit

          Je vous crois volontiers. Je ne peux venir ici que de façon assez perlée, et sans pouvoir écouter de longues vidéos.

    • 19 Février 2012 à 9h29

      BN dit

      (Pardon : Gil, et non Guy, lapsus avec Guy Millière je crois)

    • 19 Février 2012 à 9h14

      BN dit

      Bonjour Monsieur Guy Mihaely,

      Je voulais vous remercier de votre article qui ose aborder de vraies questions! C’est courageux de mettre un tel coup de pied dans la fourmilière. Votre réflexion m’a soulagé, car je croyais être devenu cynique en pensant la même chose tout seul dans mon coin depuis bien longtemps. Mais non!

      Je souhaiterais ajouter à votre article quelques commentaires personnels.

      Lorsque France 2 a diffusé un hommage à Gilles Jacquier, une archive a été rediffusée dans laquelle le reporter tué à Homs disait (trahissant à ce moment là un manque d’humilité) : “Le reportage de guerre est l’excellence du journalisme”.

      Ah bon? Depuis quand s’exposer au sifflement des balles serait-il une preuve de professionnalisme? Et surtout, comme vous l’écrivez, pour informer de quoi?

      Il faut en finir, dans notre société médiatique, avec cette recherche abêtissante de héros, qu’ils soient journalistes ou non, d’ailleurs. Sur son compte Twitter, Bernard Pivot avait écrit en substance, peu après la mort de Gilles Jacquier : “Il y a les journalistes qui risquent leur réputation et ceux qui risquent leur vie. Certaines cartes de presse pèsent plus lourd que d’autres”.

      Voilà typiquement le genre de phrase qui conforte dans l’esprit des gens ce curieux mythe du reporter de guerre.

      Tout se passe comme si le fait de mettre (soi-disant) sa vie en danger, valait d’emblée l’attribution d’une sorte de médaille permanente aux journalistes en question. En gros : ils défendent la liberté d’informer en temps de guerre, donc, on ne les critique pas, même s’ils font un mauvais travail ou un travail inutile.

      Or, pas plus que n’importe quel autre travail, celui-ci ne doit pouvoir échapper à la critique. En voici une : grands reporters et reporters de guerre (qui travaillent en meute, vivent dans les mêmes hôtels et fabriquent “l’information” en cénacles) se permettent trop souvent des approximations dans la restitution de la parole des anonymes loqueteux qu’ils interrogent : de toute façon, ils s’en fichent, puisque la plupart du temps, ils ne font que passer et se moquent bien de savoir s’ils retranscrivent rigoureusement les propos qu’on leur a tenus. La guerre, les conditions de travail difficiles, fourniront toujours un alibi le moment venu.

      Sur le fond, cette divinisation du reporter de guerre pose un autre problème, très embarrassant pour le fonctionnement de notre démocratie. Il est plus facile d’aller déterrer des cadavres sur des champs de bataille à l’étranger, que d’aller enquêter sur ce qui se passe près de chez soi, à sa porte : car là, c’est votre voisin que vous croisez tous les jours qui risque de vous mettre une beigne dans la rue.

      Il y a pourtant beaucoup à faire et à dire en ce domaine.

      Le vrai courage serait là.

      Répétons, donc, que le journalisme n’est pas une question de kilomètres.

      P.-S. Là où je ne suis pas d’accord avec vous, en revanche, c’est lorsque vous critiquez le “terrain qui ment”, dans une subtile allusion agrarianiste (prôner les vertus du terrain, ce serait être pétainiste?).

      Je crois au contraire que le bon journalisme, s’il existe et s’il est possible, provient d’un bon équilibre entre expertise personnelle, nourrie par des lectures, la fréquentation de spécialistes du sujet et de spécialistes d’avis opposés, sans oublier une pratique intensive du terrain, donc du reportage. Ne faire que l’un ou que l’autre, c’est se persuader d’avoir raison et de tout savoir, ce qui est à l’opposé d’un bon journalisme.

      Les experts ne sont certainement pas une référence absolue et ils mentent aussi parfois : quand on voyait certains “spécialistes” du Machrek commenter la chute de Kadhafi ou la situation en Egypte dans une célèbre émission de débat télévisée, et quand on connaît les liens que certains avaient avec ces régimes, ça fait doucement rigoler!

      Bien à vous. 

    • 17 Février 2012 à 18h43

      Marie dit

      Cher Gil

      J’ai beaucoup aimé cet article , il reflète ce que je pense et ce qui m’est remonté du Caire…

    • 17 Février 2012 à 18h02

      mictor dit

      je suis simplement heureux car je viens de m’abonner a CAUSEUR  un journal qui je cherchais depuis longtemps étant souvent nauséeux a cause de la guimauve nous étant servis habituellement  

      • 17 Février 2012 à 18h34

        laborie dit

        Bienvenu au club. L’apéro c’est zéro dosage et Jérôme Leroy qui régale

      • 19 Février 2012 à 17h13

        saintex dit

        Ah ben alors, bienmenue mictor, u go

    • 17 Février 2012 à 17h11

      Bibi dit

      @Gil,

      Certaines questions posées dans votre article sont encore plus générales. Par ex., à quoi sert le JT ou les émissions “d’information” comportant des documentaires? Quelle est la valeur informative des impressions et des sentiments d’un individu peu ou prou formé d’une situation qui a ses particularités mais aussi ses similitudes avec d’autres cas? 

      Et il faut aussi tenir compte des technologies court-circuitant “la messe” (vidéos “amateurs” postées sur le net, de plus en plus utilisées par les “médias traditionnels”), ainsi que les moyens permettant “d’arranger” les images – employés par des organes professionnels. Là, se pose la question cruciale de la fiabilité des infos servies au lecteur/spectateur, quel que soit le medium.

      Enfin, la formation des “collecteurs d’infos” que sont les reorters, celle qui les fait se plaindre des conditions restrictives lorsqu’ils sont “embedded” avec “nos forces”, mais qui les fait taire leur dépendance des “fixeurs” souvent imposés par “l’autre côté” ainsi que leur incapacité à vérifier la véracité des récits (ou leur traduction) qu’on leur fait écouter en tant que témoignages. Bien sûr en plus de la connaissance des armes, des lois de la guerre, des langues et jargons des militaires et “militants”, etc.
       
      A quoi servent ou qui servent les reporters? 
       

      • 17 Février 2012 à 17h16

        isa dit

        Bibi, vous avez parfaitement résumé le côté sertàrien des reportages actuels dans les zones de conflit.

        • 17 Février 2012 à 17h25

          Bibi dit

          M et Mme Untel se fait une idée de l’idée que s’est fait le reporter de ce qu’il/elle devait transmettre. Ce n’est pas rien.
           

    • 17 Février 2012 à 17h08

      Impat1 dit

      Excellent, Gil Mihaely.
      Le terrain ment, bien sûr, puisque ne voyant qu’une infime partie de la réalité il fait ou laisse croire qu’il voit l’ensemble.
      Les images mentent, elles aussi, et plus encore. Car au manque d’envergure ci-dessus elles ajoutent l’émotion trompeuse.
      Seule la réflexion ne ment pas. Mais elle n’est pas infaillible.
       

    • 17 Février 2012 à 16h27

      pirate dit

      pour une fois je suis notablement pas d’accord avec vous. Puisque vous citez le vietnam, sans Page, Capa, Flynn et les autres, la figure du conflit aurait eu celle donné tous les jours par ceux que les USA ont produit sur l’Irak. Le terrain ment dites vous ? Je ne crois pas non, même si en effet cela doit passer par une analyse, de l’intelligence. Par exemple quand il y a eu le tremblement de terre de Mexico en 88, selon les dépêches AFP les reportages montés, la ville était rasée. Alors qu’on ne devait déplorer que quelques démolitions dans le centre. Ce qui est faux également c’est de prendre l’exemple de Kahn, le reporter de guerre ne va pas filmer des faits objectifs, il le sait parfaitement (le bon en tout cas) ni même chercher l’info au sens strict du terme, il tente de révéler ce qu’aucune information ne peut révéler, l’agent humain, le vécu, le sien également, capter l’impalpable d’un conflit, ce qui n’apparaitra jamais dans les dépêches et les JT, mais qui les nourrissent. Alors oui ils sont nécessaires, et peut-être plus qu’une bande de soiffard s’ennuyant dans un hôtel en attendant le porte parole de l’armée débitant que tout va bien. Et heureusement qu’ils prennent des risques. Cette notion émise par Guéant est une ineptie de plus à son actif, des risques il n’y en pas trop ou pas assez, il y en a, point. Maintenant je me demande, serait-ce une façon de dire pour vous que celle qui correspond pour vous depuis l’Afghanistan ne sert à rien ? Désolé mais ses papiers ne nous informe pas, ils offrent une autre perspective, et même si le terrain lui ment, il est le témoignage d’une sensibilité essentielle qui se défie de la question strictement intellectuel, froide et analytique dont vous êtes un bon représentant, car contrairement à ce que vous prétendez, elle ment autant que le terrain. L’un et l’autre sont complémentaires. La première nourri la seconde et vis versa. Ici vous défendez un journalisme de gestionnaire, réduisant Londres ou Hemingway à la stricte observance d’un fantasme nourricier (et qui est sans doute celui qui a nourri également des carrières). dans son livre par exemple Chauvel, n’a pas la prétention d’émettre une vérité sur la guerre au Sierra Léone mais de nous offrir une tranche d’instantanée de vie et qui se mêle du reste à la sienne. Ce que défendait, également, à sa façon décalé, Hunter Thomson et ce qu’il appelait le journalisme gonzo. en gros vous défendez votre strict vision du journalisme, intellectuel, analytique et si possible distancier comme si elle était plus sérieuse que celle du reporter. Et encore une fois votre exemple sur Kahn est bon dans votre démonstration, mais mauvais dans ce qu’il est du reportage de guerre, et Kahn n’a pas compris ce qu’il faisait, sans quoi il ne serait pas aller chercher de l’info sous une pluie de balles.

    • 17 Février 2012 à 14h57

      Pierre Jolibert dit

      ***
      Vous êtes courageux, Gil Mihaely, et je vous admire. 

    • 17 Février 2012 à 14h47

      isa dit

      Rappelons aux héros les paroles du vieux <georges "mourir pour des idées d'accord, mais de mort len-en te".