Mourir pour l’Afghanistan ?
Hélas, l’ennemi n’est pas toujours animé des meilleures intentions
Publié le 27 janvier 2009 à 17:24 dans Monde
Mots-clés : Afghanistan
On peut faire semblant de l’oublier : mais la guerre, c’est moche. Et ça tue. Le 18 août, elle a fait brutalement irruption dans la réalité politique et médiatique française, quand dix soldats sont morts dans une embuscade dans une vallée reculée d’Afghanistan. Depuis 2001, la France est présente aux côtés de contingents américains, anglais ou allemands. Une action dans un “cadre multinational”, des troupes noyées dans un mille-feuille de commandements multiples. Autant dire que la France n’a pas de stratégie. Ce flottement, cette “impasse militaire totale et durable” a poussé Jean-Dominique Merchet, journaliste à Libération à écrire dans l’urgence Mourir pour l’Afghanistan, (Jacob-Duvernet éditeur).
Merchet ne peut guère être suspecté de ne pas aimer le drapeau et encore moins d’avoir viré antimilitariste. Il tient le blog le plus prodigieusement exotique de Libération, Secret défense, dans lequel à longueur de posts il donne la parole aux galonnés, stratèges militaires ou simples biffins en colère. L’enseigne des lieux dit bien ce qu’elle veut dire : “Rien de ce qui est kaki, bleu marine ou bleu ciel ne nous est étranger.”
En vertu de quoi, Merchet n’aime guère qu’on se planque derrière la dignité des militaires et qu’on se drape dans l’honneur de la patrie ou qu’on radote sur le courage de nos soldats, juste pour éviter de dire clairement pourquoi nous sommes en Afghanistan. “Le soldat peut mourir, mais pas en victime de la figuration internationale”, comme l’a dit François Sureau, dans un texte glaçant et sublime publié dans Le Figaro, en août dernier.
Mourir pour l’Afghanistan surprend : en effet, pour Jean-Dominique Merchet, il faut quitter l’Afghanistan et “le plus vite possible”. Au risque de laisser le pays aux Afghans, au risque de “baisser notre niveau d’exigence quant aux résultats obtenus et passer des compromis avec des gens peu recommandables”, en clair les islamistes ou trafiquants. Rappelons que la justification officielle de la présence de nos soldats sur place est simple voire simplette : “nous sommes en Afghanistan pour empêcher les attentats dans le métro à Paris”, lui explique un responsable militaire Français. Refrain repris en cœur par l’inénarrable ministre de la Défense, Hervé Morin.
Un conte de fées auquel Merchet ne croit pas : si les militaires occidentaux sont là bas pour détruire les « sanctuaires » où se planquent les djihhadistes d’Al-Qaida, qui ensuite visent des tours avec des 747 ou transforment des palaces indiens en Fort Chabrol, autant dire que les Occidentaux font mal leur boulot. En sept ans d’opérations militaires, une seule partie dudit sanctuaire est ratissée. Et personne surtout ne se hasarde à aller gratter du côté pakistanais de la frontière, là ou manifestement on se cache. “Nous luttons contre le terrorisme en Afghanistan, mais nous nous arrêtons à la frontière”, rigole Jean-Dominique Merchet. Résultat, non seulement Mollah Omar peut continuer à fuir à mobylette et Ben Laden à menacer la terre entière dans des vidéos collectors, mais en plus la Coalition offre sur un plateau des cibles de choix aux terroristes en la personne de ses vaillants soldats professionnels. Une aubaine pour des terroristes biberonnés à CNN et à Youtube, qui sentent bien que dix militaires tués, dans un petit pays comme la France peuvent déclencher un bordel politique monstre. Surtout quand le Président de la République se précipite sur place et que le ministre de la Défense est suffisamment stupide pour essayer de faire croire que nos “soldats ne sont pas là bas pour faire la guerre, mais pour faire la paix.”
Merchet s’agace aussi du manque de moyens dont disposent les militaires français et narre, par exemple un épisode qui pourrait être comique, la bataille des armées pour obtenir des “tourelleaux téléopérés”. Un truc qui, en gros, permet de tirer sur l’ennemi sans avoir à faire le mariole sur le capot des véhicules blindés, à portée de lance-pierre des talibans. Jean-Dominique Merchet en reste songeur : “Lorsqu’on se penche sur la manière dont fonctionnent conrètement les armements, on se demande parfois si les états-majors ont envisagé, ne serait-ce qu’un seul jour qu’ils puissent être employés à la guerre. La vraie, celle ou l’ennemi n’est pas toujours animé des meilleurs intentions.”
La fin, on la connaît : il est probable que, dans quelques mois ou dans quelques années, il se trouvera un ministre Français pour dire : “Le départ de nos troupes n’est pas une défaite. L’armée est en excellente condition et le moral est élevé. C’est un départ organisé d’un pays que nous n’avions pas l’intention d’occuper.” Il suffira aux officiels français de copier-coller cette déclaration signée des responsables soviétiques en Afghanistan. Entre experts en déculotée, on devrait se comprendre.
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L'auteur
Aimée Joubert est journaliste.
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Patrick Mandon dit
Marcel Meyer,
Permettez-moi de vous dire que, si j’observe sans déplaisir vos justes corrections apportées à des «détails» d’importance, je ne partage pas ce qui semble être votre point de vue sur la guerre en Irak. Celle-ci demeure toujours pour moi une faute grave de l’Occident. Non pas seulement pour des raisons strictement humaines (le nombre de morts et de mutilés est ahurissant), mais encore et surtout pour des raisons politiques. La coalition, qui, grâce à Jacques Chirac, ne comptait pas de soldats français (mourir pour l’Irak est une faute contre l’esprit et et l’équilibre géostratégique) ne laissera derrière elle, lorsqu’elle partira, qu’une région en état de guerre intestine, ravagée matériellement et moralement. Où sera sa victoire ?
Alors que, châtié une première fois, puis repris intelligemment en main, «drivé» par une diplomatie digne de ce nom (depuis quand la France n’a-t-telle plus de diplomatie ?), la brute sanguinaire nommée Sadam Hussein eut fait un encombrant mais efficace allié de l’Occident. Il tenait ses terroristes sous une férule implacable, il intimidait encore un peu l’Iran, et il laissait les belles irakiennes se promener en jupe légère dans les rues de Bagdad. Et, avec lui, point «d’arc Chiite»…
Dites-moi, Marcel Meyer, où est la victoire de l’Occident en Irak ?
J’ai bien conscience que je vous aurai grandement irrité en argumentant comme je l’ai fait ici, et que les aboyeurs habituels feront entendre leurs cris de roquets effrayés. Je vous prie de vouloir bien m’en excuser, Marcel Meyer
Docteur John Wayne dit
Faisant partie des salauds de défaitistes qui réclament le retour des soldats français et de leurs chars avec planchers en alu de cette terre sur laquelle la coalition défend la liberté des zommes comme le dit le président Sarkozy qui entend concurrencer Poincaré, l’homme qui rit dans les cimetières comme l’appelait les cocos des années 1920, j’ai trouvé cette conclusion dans un excellent reportage photographique inséré dans XXI.
« Quinzième jour
Fin de l’opération Rock avalanche
Le colonel Ostlund et ses officiers, et le gouverneur de Kunar et ses officiels tinrent une réunion pendant toute une journée avec les anciens de Korengal. Les anciens voulaient parler de Rock avalanche, et de la dévastation qui s’était abattue sur eux. Le colonel Ostlund leur dit « Si quoi que ce soit arrive au capitaine Kearney, la douleur et la misère vont frapper à beaucoup de portes à Korengal ». Il leur donna dix jours pour choisir leur camp : les insurgés ou le gouvernement.
Dix jours plus tard les insurgés tendirent une nouvelle embuscade à une section de la 173ème. Tous les membres de la patrouille furent blessés ou tués.
Libéro dit
Merci Marcel ! J’aime Aimée, mais…
Marcel Meyer dit
Cet article n’est pas bon. Aimée Joubert, journaliste, amène ici une bonne partie des défauts de sa corporation alors que Causeur nous en avait en général préservés :
Le langage de cour de récréation : « un bordel politique monstre », « un truc qui, en gros, permet de tirer sur l’ennemi sans avoir à faire le mariole »
La novlangue journalistique : “… à la frontière”, rigole Jean-Dominique Merchet.
Les informations approximatives : « des djihhadistes d’Al-Qaida qui visent des tours avec des 747 » (il n’y avait pas de Boeing 747 parmi les avions détournés le 11 septembre) ; « personne surtout ne se hasarde à aller gratter du côté pakistanais de la frontière » (ah bon ? Aimée Joubert n’a donc pas entendu parler des tirs de missiles « vraisemblablement » américains contre les talibans dans les zones tribales du Pakistan ? Il y en a un qui a fait huit morts il y a quelques jours !).
Les affirmations péremptoires : « un petit pays comme la France » (ah ? et que sont alors la Suisse, la Belgique, l’Islande, etc… ?) ; « le ministre de la Défense est suffisamment stupide » ; et surtout « La fin, on la connaît ». Cette fin est possible, probable même (surtout si tout le monde se met à parler de la situation là-bas comme cette dame), mais certaine ? Aussi certaine que l’était la débâcle américaine en Irak, unanimement prédite, que dis-je, affirmée, déjà « constatée » par la presse française depuis des années ?
naoufel dit
candide:
géopolitique
candide dit
@T-REX : Quels sont les intérêts POUR la france ?
T-Rex dit
Les soldats français ne sont pas morts pour l’Afghanistan. Ils sont morts EN Afghanistan ou ailleurs mais pour la France. Nuance et maigre consolation.
claude b. dit
sans doute faudrait il relire le fameux article de Marcel Déat, partisan des accords de Munich et collaborateur, écrit dans l’Oeuvre en mai 1939: mourir pour Dantzig?”
je sais que l’Histoire ne se répète jamais, mais pour autant faut il en oublier, ou faire semblant d’oublier, les enseignements?
candide dit
Basile moins rapide …mon précédent est pour @Marignac …. et la correction de Basile ….” Piré me rejoin(t ) …
candide dit
De l’Indochine à l’afghanistan en passant par l’irak même combat .Mais j’approuve PIrée qui me rejoins la dessus :envoyons y nos énarques qui savent si bien préparer les futurs conflits .Voir le raisonnement des plus puissants à cet égard en cliquant sur mon site !Pas obligatoire de lire ts les sujets sinon vous y passerez l’année …
Marignac dit
Ce journaliste qui m’est inconnu puisque je ne lis pas le torchon prétentiard de gauche où il travaille, à l’air de poser une question judicieuse : pourquoi mener pour les autres une guerre qui este également perdue par les autres, et depuis un certain temps ?
naoufel dit
Bonjour
La guerre en Afghanistan est peut être aussi:
- géostratégique (consultez une carte et jetez un oeil sur ses frontières et pays limitrophes)
- stratégie énergétique
- géopolotique
et donc pas forcément une guerre du bien contre le mal, guerre de religion, ou tout autre concept utilisé par les politiques… et encore moins une guerre de civilisations.
Concernant le métro de paris, les terros afgans n’ont commencé à faire allusion à Paris qu’en 2008 et pas avant.
rocardo dit
L’article néglige deux faits:
*la défaite des islamistes aux élections pakistanaises.
*l’accord de Bush pour des frappes dans les zones tribales pakistanaises,sans en référer au gouvernement de ce pays.
nchlebem dit
je n’ai pas lu l’article de mademoiselle pour une bonne raison toute simple et évidente : meilleurs intentions, quand on a du boulot , on passe. Il faut un bon comportement grammatical et syntaxique… si on en vient aux SMS moi m’barre, si vous en êtes déjà là il se peut que ça aille très vite.
Salut les filles.
rocardo dit
Retirer l’armée d’Afghanistan?Pas de problème,si c’est pour la redéployer dans le 93,à Vénissieux,au Mirail,etc…
Rotil dit
@ expat,
Puique vous aimez Mozart,j’ai mis le larghetto du K.491. Celu en ut mineur.
Mais comme vous n’êtes pas la seule, je l’ai mis pour tous ceux qui apprécient…
Tant que les talibans ne sont pas ici, on a le droit d’écouter.
Pépine iériste dit
Un pays, quel qu’il soit, qui désire tenir un rang dans le monde, se doit d’être là où se fait la politique. C’est le même endroit où se font aussi les guerres. Quel dommage ! Mais c’est comme çà. Ce n’est pas à l’ONU que se règlent les problèmes. C’est d’abord sur le terrain. Si vous n’y êtes pas, vous avez perdu. Qu’on le veuille ou non, notre non-participation à la seconde guerre contre l’Irak, nous fera sans doute plus de mal que d’y avoir été.
Si nous gardons une petite influence en Afrique, c’est parce que nos soldats y sont déployés.
Quant aux motifs de nos interventions, on peu dire tout et n’importe quoi, mais c’est d’abord et avnt tout un terrain d’entraînement, des manoeuvres à tir réel et grandeur nature, pour les hommes, les états-majors, les matériels, et plus tard, pour les conférenciers de l’Ecole de Guerre.
Emilie dit
@ Patrick
Vous êtes bien trop galant homme et fine mouche pour vous tromper de prénom, alors, sans doute, mon rire vous est-il parvenu au loin, là-bas, dans vos brumes parisiennes, pendant que malicieux et incertain, vous hésitez encore devant votre armoire à cachemires ! In cauda venenum, je n’en dirai pas plus ! Très heureuse année à vous aussi, cher Patrick !
Patrick Mandon dit
Jules,
Quand on est chez soi, pourquoi «se cacher la tête dans le sable» ?
Quant à votre raccourci historique depuis Waterloo, il est vertigineux ; qualité tout à fait exceptionnelle chez un raccourci !
expat dit
@ Jules : d’accord avec vous, c’est triste…