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Mourir dans la dignité ? Et pourquoi donc ?

J’aime mon pays, mais… (2)

Publié le 22 décembre 2008 à 13:12 dans Société

Sans me vanter (un peu quand même, on est pas des amibes), je crois avoir été un des tous premiers journalistes (en vrai, le premier) à avoir interviewé Michel Houellebecq. Je travaillais alors pour Radio TSF, qui à l’époque ne diffusait pas de jazz dans les taxis de nuit, mais faisait de la propagande toddiste en contrebande, alors qu’elle était supposée être une station communiste orthodoxe (note pour les enfants : on parle là du PC et de l’Emmanuel Todd infréquentables du début des années 1990, pas de leurs avatars contemporains).

Ça se passait durant l’hiver 91-92, plus de deux ans avant Extension du domaine de la lutte, donc. Mais en vérité mon mérite n’est pas bien grand. Je n’aurais jamais croisé Houellebecq si Charles Dantzig ne l’avait introduit à L’Idiot International, où il fit ses premiers pas. Comme quoi la vie, c’est drôle, car Dantzig est incontestablement le roi des cons, et ce grand couillon aspirait déjà à l’être il y a dix-sept ans. La cuistrerie faite homme, ou disons, puceau. Monsieur Homais qui caste pour le rôle de Rimbaud en Abyssinie. Et pourtant c’est probablement grâce à ce chapon alettré que nous avons tous découvert Houellebecq ; les voies du rock n’roll sont mystérieuses, et c’est très bien comme ça.

Donc, mon émission sur TSF s’appelait “Non, non et non”. Sur deux minutes (parfois le client parlait pendant une heure, mais c’était rudement monté, pire que chez Barma et Ardisson), l’invité s’exprimait sur un sujet de détestation. Bien sûr, je n’en ai gardé aucune trace, ni audio, ni écrite (si Fatima, la terreur rouge de tous les maos repentis de Libé de 1974 à nos jours, me lit, et qu’elle a encore une trace des interviews qu’elle m’avait décryptées, qu’elle m’appelle, elle a gagné un bon dîner). Je n’ai plus que des souvenirs confus de ces “Non, non et non”. Je me souviens de Jean Tulard laissant un message sur mon répondeur pour me dire que finalement, il n’allait pas, comme convenu, faire un “Non au bovarysme” mais un “Non aux chiottes à la turque” et de ses exquis développements sur, je reprends ses mots, le signifiant et le signifié de la chose. Je me souviens de Patrick Besson et de sa longue sortie contre la sodomie hétérosexuelle, que je trouvais spirituelle mais superficielle. Je me souviens de Siné dans son pavillon de banlieue qui hurlait à la mort contre le port obligatoire de la capote, mais pas trop fort, de peur, sans doute, que son épouse l’entende.

Bref, en général, on rigolait bien. Avec Houellebecq, fini de rire. Rideau. Vin blanc, voix blanche. Je n’oublierai jamais les premiers mots de son texte : “Ce qui me dégoûte, c’est qu’on veuille mourir dans la dignité. Et il me dégoûte encore plus que des parlementaires s’apprêtent à faire une loi pour m’y obliger : je ne veux pas mourir dans la dignité…” Houellebecq était déjà dans Houellebecq, j’imagine qu’il a dû naître comme ça, et qu’il mourra pareil. Je ne me souviens plus aussi bien du reste de l’interview – qui n’exigea aucun montage –, mais l’idée générale était que la maladie, la déchéance et la mort s’accommodaient assez mal avec la dignité, voire le fun, dont on voulait à tout prix les parer. J’avoue qu’avant ce jour-là je pensais comme il faut. Que l’acharnement thérapeutique, c’était de l’acharnement thérapeutique. Que la mort devrait être plus cool. Que la loi devrait y pourvoir. Et bien sûr qu’il était abject de penser autrement. Heureusement, Houellebecq m’a déniaisé. (Note à l’attention de mes biographes : merci de ne jamais reproduire cette dernière phrase hors contexte.)

Sur la manie typiquement française de vouloir légiférer en tout, qui ces jours-ci nous promène de la piqûre létale et légale, donc, jusqu’aux braseros pour fumeurs en passant par les prétendus génocidés ukrainiens, je n’ai rien à dire : Philippe Muray a purgé la question dès 1992, là encore dans les colonnes de l’Idiot. Ça s’appelait “L’envie du pénal”. En voici un extrait : “Comment se fait-il que nul ne s’inquiète de ce désir de loi qui monte sans cesse ? Ah ! la Loi ! La marche implacable de nos sociétés au pas de Loi ! Nul vivant de cette fin du siècle n’est plus censé l’ignorer. Rien de ce qui est législatif ne doit nous être étranger. “Il y a un vide juridique !” Ce n’est qu’un cri sur les plateaux. De la bouillie de tous les débats n’émerge qu’une voix, qu’une clameur “Il faut combler le vide juridique !” Soixante millions d’hypnotisés tombent tous les soirs en extase. La nature humaine contemporaine a horreur du vide juridique, c’est-à-dire des zones de flou où risquerait de s’infiltrer encore un peu de vie, donc d’inorganisation.” (On retrouvera l’intégralité de cette pépite dans Exorcismes spirituels, pensez-y pour Noël, si vous avez des amis intelligents.)

Quant à la manie encore plus typiquement française de vouloir imposer à tout prix par la loi le droit de mourir dans la dignité, elle me sidérera toujours. Je vais finir par croire que la mort est un problème strictement franco-français : depuis vingt ans, en effet, il ne se passe pas une année sans qu’une nouvelle affaire d’euthanasie ne vienne reposer le “douloureux problème de la fin de vie”. Et qu’une flopée de bonnes consciences harcèle nos députés pour qu’enfin ils nous permettent de mourir dans la dignité. En clair de légiférer sur l’euthanasie. Au passage, on remarquera avec amusement que les partisans de l’euthanasie évitent soigneusement le mot, sans doute pour cause de rime trop riche.

Il paraît qu’une bonne moitié des Français sont favorables à cette loi, et qu’ils veulent mourir dans la dignité. Je ne me suis même pas donné la peine de les regarder, ces sondages…

Mais c’est sûr que si on me posait la question : est-ce que vous préférez crever en souffrant ou en ne souffrant pas, je sais, moi aussi, ce que je répondrais. Et j’imagine que les résultats seraient encore plus spectaculaires, si on me demandait si je préférais crever comme le premier venu ou bien alors être immortel, et puis avoir toujours vingt ans, et puis avoir en plus le talent de Glenn Gould, la classe de Finkie, le physique de Marcello et les costumes du Prince Charles…

Ce qui est peut-être le plus exaspérant chez les lobbyistes du droit à mourir dans la dignité par voie parlementaire, c’est leur volonté d’officialiser, de clarifier, de décomplexifier la question.

C’est vrai, ça : pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Et bien, je vais vous le dire : parce que la mort, bordel, c’est compliqué, et passablement intime, de surcroît.

Alors, qu’on ne vienne pas nous raconter de conneries : à défaut d’être inscrit dans la Loi, dans les faits, le droit à mourir dans la dignité existe déjà. Même si vous êtes atteint d’un locked in syndrom, vous trouverez forcément un médecin compatissant, pour venir vous délivrer. La plupart de ceux qui le font se débrouillent pour le faire discrètement. Ils violent la loi discrètement avec les gestes qu’il faut, et sans conférence de presse. Et dans ces cas-là, en général, la justice, qui est parfois bonne fille, a le bon goût de faire, tout aussi discrètement, comme si elle n’avait rien vu. Quand les affaires d’euthanasie sortent et font la “une”, c’est qu’on a voulu faire d’un drame intime une affaire de portée universelle. Avant de se donner ou de se faire donner la mort, le moureur dans la dignité fait un livre, il passe à la télé, il écrit au président de la République. Bref, il a son quart d’heure de célébrité warholienne, et hop, au lit ! Et pour toujours. Il sombrera dans le néant en pensant que même s’il n’a pas fait grand chose de sa vie, au moins il n’est pas mort pour rien. Il est mort pour le droit de mourir dans la dignité et la légalité. Pour le droit de mourir dans la dignité et la publicité. Et avant de partir, il évitera surtout de se poser les questions qui fâchent. Parce qu’en vrai, le jour où on aura enfin légiféré sur l’euthanasie, il ne fera pas bon être pauvre, moche et gravement malade, dans un hôpital en fin de vie du 9/3…

J’imagine que personnellement, si j’étais atteint d’une maladie incurable et furieusement douloureuse, je saurais me débrouiller pour trouver les pilules qu’il faut, ça ne peut pas être beaucoup plus dur que de trouver un exemplaire en bon état des Cadets d’Ernst von Salomon, et ça, je sais faire, ben oui.

Ce que je sais aussi, c’est que si je n’avais plus les moyens physiques de me tirer seul d’affaire et si j’étais tombé par malheur entre les pattes d’un médecin fou et furieusement pro-life, ma foi, je ne doute pas qu’il se trouvera forcément un ami ou une amie pour me rendre un petit service, quitte à risquer six mois avec sursis.

Et là, j’entends déjà les pro-death m’objecter de leurs voix de faux-derches : “Mais que préconisez vous si on n’a pas la volonté, ou bien si on n’a pas d’amis, ou encore si l’on veut faire les choses dans les règles ?” A ceux-là, je répondrai simplement : pas de volonté, pas d’amis prêts à donner une livre de leur chair, et l’obsession de respecter la loi à tout prix, même une fois mort et enterré ? Eh bien, la conjonction de ces trois symptômes signale sans erreur possible une vie de merde. Alors, dans le simple souci d’éviter les solutions de continuité, je pense que ces gens-là méritent aussi une mort de merde.


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  • 30 Décembre 2008 à 16h07

    motopolitain dit

    Gasp ! Je n’ai aucun souvenir de cette émission sur TSF (et gardé, égoïstement et uniquement mes propres bobinos d’époque, devenus illisibles à l’ère numérique). Mais merci MC pour cette madeleine radiophonique (sans compter l’honnêteté intellectuelle qui consiste à ne rien renier d’un parcours).

    Pour le message à Fatima de Libé, je peux transmettre je pense…

  • 28 Décembre 2008 à 18h46

    FXL dit

    Il n’y a rien à retirer à l’article de Marc Cohen qui choisit le seul registre disponible, celui de l’humour et de la provocation, pour contrarier l’entreprise criminelle des promoteurs du meurtre en blouse blanche. Un tel article est utile. Il constitue l’une des seules répliques pertinentes pour éclairer une opinion prise en otage par les sinistres militants de l’APMD qui ne reculent devant aucune manipulation pour nous fourguer une loi homicide qui, pour la première fois depuis que la médecine existe, consacrera dans un code le droit de tuer, reconnu au médecin.
    Contrairement à ce que laissent entendre certains causeurs qui ont des comptes à régler avec la religion, l’église catholique ne jouit d’aucun monopole en matière de respect de la vie et l’on peut fort bien, sans être religieux, ne pas se résoudre à admettre qu’un médecin se verra reconnaître par un texte de loi le droit de buter un de ses patients dont la vie « ne vaut plus la peine d’être vécue ». Le « Tu ne tueras pas » du Décalogue, n’est pas un interdit catholique mais un impératif catégorique, fondateur de toute société. Cela nous a pris des siècles pour revenir sur l’exception que constituait la peine de mort. On ne va pas réintroduire la peine de mort pour cause de souffrance. Le respect de la vie est une règle fondamentale, non négociable, à laquelle il est impossible de déroger sans tomber dans la barbarie. Aujourd’hui, on ne tue plus les Dutroux ou les Fourniret et c’est probablement mieux ainsi. Comment admettre que l’on pourrait reconnaître à un médecin le droit de tuer un patient innocent ? Si c’est la souffrance qui nous effraie (qui n’en n’a peur ?), c’est son traitement et sa prise en charge qui doivent être améliorés. Soins palliatifs et sédatifs sont la seule réponse admissible. De grâce, pas le meurtre. Si c’est la lassitude de vivre et la volonté d’abréger une vie qui ne nous procure plus aucun agrément qui fondent la demande de mise à mort, c’est ignoble de demander aux médecins de prendre sur eux un tel acte et les souffrances existentielles des malheureux. Ils n’en ont aucune envie et la médecine n’est pas là pour répondre aux envies suicidaires d’un patient en fin de vie. On ne peut pas imposer cela à un médecin sans porter une atteinte grave au lien qu’il entretient avec son patient. Le suicide est un acte éminemment personnel que l’individu ne peut demander à la société de prendre en charge et d’assumer.
    Voilà pourquoi je suis séduit par la justesse et l’intelligence de cet article de Marc Cohen, même si je ne me fais guère d’illusions et reste persuadé que, comme toutes les évolutions les plus effroyables, celle-ci finira par nous être imposée.

  • 28 Décembre 2008 à 10h06

    salenson dit

    “Même si vous êtes atteint d’un locked in syndrom, vous trouverez forcément un médecin compatissant, pour venir vous délivrer. La plupart de ceux qui le font se débrouillent pour le faire discrètement. Ils violent la loi discrètement avec les gestes qu’il faut, et sans conférence de presse. Et dans ces cas-là, en général, la justice, qui est parfois bonne fille, a le bon goût de faire, tout aussi discrètement, comme si elle n’avait rien vu.”
    ce n’est pas vrai! si vous le pouvez, vous avez de la chance!
    moi, je n’espère rien des médecins qui ont peur, peur de la mort, peur d’aider à mourir, peur de la justice, pas si clémente que çà, (et puis, pourquoi aller en justice lorsqu’on a fait quelque chose de bien? empêcher un être de souffrir, comme on le fait généreusement pour les animaux domestiques, sans doute valons-nous moins qu’eux?) et qui ne pense qu’à leur porte monnaie, et je n’en connais pas d’autres: il est vrai que je suis nomade, je déménage souvent, et trouver un médecin compréhensif est le parcours du combattant
    “Parce qu’en vrai, le jour où on aura enfin légiféré sur l’euthanasie, il ne fera pas bon être pauvre, moche et gravement malade, dans un hôpital en fin de vie du 9/3…”
    calomnie et idiotie: les belges et les hollandais ont légiféré, et ils n’ont tué personne, c’est la maladie et la vieillesse, l’accident qui tue, pas le médecin.
    la loi que le “lobbie admd”, comme vous dites, réclame, c’est une loi de liberté, où justement les médecins ne pourront plus euthanasier en cachette, comme ils le veulent, comme c’est le cas actuellement,
    ils devront le faire uniquement sur la demande précise, réfléchie, réitérée de la personne concernée, pas sa famille ni ses amis, c’est pourquoi il y a peu de demandes: beaucoup n’ont pas réfléchi au fait que nous sommes tous mortels, ils n’ont pas pensé à leur fin de vie et n’ont donc émis aucun souhait, pour ceux là, s’ ils ont encore leur conscience, il sera temps pour eux de considérer la chose au dernier moment, sinon, la famille et les médecins décideront à leur place bien évidemment
    mais pour tous ceux qui ont réfléchi depuis toujours ou depuis plusieurs années à ce qu’ils souhaitent comme fin de vie, à ce qu’ils veulent accepter ou non comme traitements médicaux, alimentation forcée ou non, respiration avec machine ou non, de quel droit la société leur refuse-t-elle leur droit à leur choix de vie, jusqu’à la fin? conscient ou inconscient (on devrait tenir compte de leur déclaration de volontés écrites avant leur perte de conscience) pourquoi veut-on les obliger à recourir au fusil ou à la pendaison, les médicaments étant normalement inaccessibles?
    je suis favorable, plus qu’à la possibilité d’euthanasie, à l’aide à mourir qui pourra prendre plusieurs formes au choix: sédation terminale de M. Leonetti, théorie du double effet, casuistique catholique, mort lente, ou auto délivrance( fournir le médicament adéquat), ou euthanasie (mort douce et rapide) lorsque la personne n’est pas capable d’autodélivrance, après accompagnement par la famille, les médecins, des amis, des personnes salariées pour çà, selon les possibilités, accompagnement avec des soins palliatifs, à la maison ou à l’hôpital, qui ne sont absolument pas contradictoires avec la possibilité de l’autodélivrance ou de l’euthanasie, sauf selon la théorie des accompagnants ultras cathos de soins palliatifs, qui préfèrent l’acharnement et la mort lente en fin de vie, la souffrance ouvrant tout grand les portes du paradis
    lors de la loi sur l’avortement, j’ai applaudi, alors que jamais je n’aurai avorté personnellement, mais je savais que les femmes en détresse le font au risque de leur vie, au risque de leur fécondité future, et la loi a permis d’éviter des drames trop fréquents du temps de ma mère
    lors des lois sur les droits des malades, car c’est de cela qu’il s’agit, des lois existent qui sont contraires aux droits de l’homme, à sa liberté sur lui-même, sur son corps (pour moi corps et âme ne font qu’un, c’est d’ailleurs l’avis récent des biologistes), la loi leonetti me livre pieds et poings liés entre les mains des médecins qui vont décider de mon sort, je ne le veux surtout pas, je veux qu’on respecte mon libre arbitre, et pour moi, j’envisage l’autodélivrance, mais si j’en suis empêchée, je demande l’euthanasie.
    je veux que tous ceux qui ont réfléchi à leur fin de vie, qui ont écrit, réécrit leurs voeux, soient enfin respectés, pas seulement en cachette, par chance de tomber sur un médecin non peureux et capable, compréhensif
    on ne peut pas compter sur la chance, on doit pouvoir compter sur la loi
    la loi actuelle ne respecte pas la personne, changeons là!!!

  • 26 Décembre 2008 à 12h02

    Odilon dit

    Nicolas,

    je vais essayer de ne pas répondre sur le même ton que votre premier message. Je suis heureux de voir que vous avez pris un alka-seltzer avant de rédiger le deuxième.

    Il y a effectivement des raccourcis dans ce que j’ai écrit: c’est qu’il faut faire court, ne pas ennuyer. Je compte sur l’effort de compréhension du lecteur pour combler les vides. Je ne répondrais pas à celles de vos critiques où cet effort est manifestement absent.

    D’abord, sur la dignité. Je suis entièrement d’accord que ce terme est mal choisi, et qu’il est parfaitement digne de vouloir vivre sa vie jusqu’au bout de la souffrance. N’inversez pas ce que j’ai dit: les masochistes peuvent s’accommoder de cette souffrance, supporter une souffrance n’est pas du masochisme.

    Les termes qu’il faudrait utiliser sont les mêmes qu’au sujet du droit à l’avortement: pro-life et pro-choice en anglais. Car il s’agit essentiellement du même problème: à qui appartient une vie? Comme nous ne sommes pas tous d’accord, je défends le droit de choisir.

    Vous dites que condamner l’infanticide est normal. C’est évident, et il faut que ça le reste. Légiférer sur le suicide assisté ne signifie pas supprimer l’interdiction du meurtre, c’est de la mauvaise foi d’assimiler les deux. Et ne me dites pas qu’il est impossible de faire l’un sans l’autre, car ça a bien été fait, par exemple en Suisse.

    Le problème est qu’en l’absence d’une loi idoine, on doit condamner quelqu’un qu’on ne veut pas condamner (d’où ce sursis hypocrite). Si on ne le veut pas, ce n’est pas au nom d’un Bien qui permettrait tout (et dont vous m’accusez tout en jugeant l’acte de cette mère “objectivement mauvais”, ce que je trouve assez gonflé). C’est parce que la société, dans son état actuel, refuse de condamner cet acte. Et avec quelque raison, à mon avis.

    J’aurais aussi voulu évoquer le cas de cette infirmière qui se prenait pour Thanatos, je me suis contenté de dire que les médecins n’étaient pas au-dessus des lois. Or, l’argument de Marc Cohen, défendant l’euthanasie médicale hors du droit, consiste précisément à placer les médecins au-dessus des lois. Le cas de cette infirmière en montre clairement le danger. Je me doute que l’argument de Marc ne vous convient pas non plus.

    Enfin, je ne suis pas cathophobe obsessionnel, et je ne crois pas que l’Église soit “cachée derrière toute interdiction du meurtre”. Il me semble que l’Église a très ouvertement condamné le suicide assisté, corrigez-moi si je me trompe.

  • 26 Décembre 2008 à 1h56

    Nicolas O-F dit

    Afin de poursuivre et d’expliquer rapidement la question :

    Un acte = une fin (but poursuivi) + un objet (l’acte que l’on accomplit) + des circonstances

    Donc, l’euthanasie = éviter ou supprimer la souffrance (la finalité) + un meurtre (l’objet de l’acte) + climat idéologique, pression médiatique, souffrance de voir la souffrance d’un être cher, etc (les circonstances).

    Votre système éthique, Odilon, est un système finaliste : la fin qualifie l’acte. Une fin bonne rend l’acte bon (on dirait “la fin justifie les moyens”). Donc, peu importe l’acte commis, du moment que le but recherché est bon. Cette forme de pensée légitime les totalitarismes politiques et le terrorisme qui estiment que tout est permis quand on poursuit le bien. Pour le “bien de l’humanité” on a ainsi tué quelques millions de personnes. Relisez “Brave New World” ou “Les Justes”.

    Aussi, que l’on condamne l’infanticide est normal. Tuer son enfant est un meurtre ; on pourra user de toutes les contorsions verbales que l’on veut, c’est comme ça. On n’a pas plus le droit de tuer son enfant que de tuer ses propres parents ou le voisin du dessus (qui pourtant…). Ceci est relatif à l’objet de l’acte : le meurtre. Le droit pénal (et pas seulement l’Eglise des gros cathos) condamne le meurtre.

    Maintenant, les circonstances (climat idéologique, pression médiatique, souffrance de la mère à voir la souffrance de son enfant, etc.) viennent, non pas transformer l’acte, mais atténuer la responsabilité (sans la nier pour autant) de la mère. On tient compte de sa souffrance à voir mort son enfant (qui est déjà une peine qu’elle-même s’est infligée), du fait que le meurtre ne répondait pas à un désir mauvais mais à la volonté de soulager quelqu’un, parfois à la présence d’autres enfants qu’il faut continuer à élever…

    C’est pour cela, que souvent, le juge pénal prononcera une peine avec sursis, montrant, de fait, que l’acte est punissable (car objectivement mauvais), mais que la personne qui l’a commis avait une responsabilité atténuée, du fait de circonstances fragilisant son jugement objectif.

    Maintenant, restent les militants qui pour des raisons diverses veulent nous faire avaler qu’on peut tuer “pour la bonne cause”. Qu’ils soient catophobes obsessionnels ou non…

  • 26 Décembre 2008 à 0h41

    Nicolas O-F dit

    Odilon,

    Votre obsession à voir l’Eglise cachée derrière toute interdiction du meurtre m’inquiète. Savez-vous que le code pénal français punit le meurtre, y compris dans le cas où il est demandé par la victime (oui : le droit français considère comme victime une personne que l’on tue) ? L’ethnologie révèle que l’interdit du meurtre est un élément structurant de toute société organisée (le meurtre rituel n’étant pas une négation de ce principe).

    Comme beaucoup de gens qui “pensent” (répéter des âneries, c’est pas penser, au sens strict) comme vous, vous utilisez un langage qui joue sur l’euphémisme et la parabole. Au risque de prendre un point Godwin, je ne peux que faire le rapprochement avec les termes un peu vagues utilisés dans l’administration après la conférence de Wannsee. Appeler un chat un chien, comme disait l’autre. Pourriez-vous nous expliquer le rapport entre la dignité et la souffrance ? Est-ce un rapport d’antinomie ? J’ai du mal à comprendre…

    Vous évoquez un “infanticide au sens de la loi” ; je réponds non : un infanticide au regard de l’étymologie.

    Je cite encore “Qui voulait que cette femme soit jugée pour son acte” : vous préférez juger quelqu’un pour quoi d’autre qu’un acte ? Pour sa religion ? Pour ses opinions ?

    Je cite encore “Si l’on admet que la vie d’un homme n’appartient ni à Dieu ni aux cathos, mais seulement à lui-même, et qu’il (ou elle) est donc libre d’en disposer à sa guise, il faut que cela soit reconnu dans une loi.” Bien sûr, et on devrait même faire une loi affirmant la non-existence de Dieu, comme ça les gens seraient enfin fixés…

    Vous dites que “la paresse intellectuelle ne protège pas mieux de l’erreur” : paresse dont vous ne faites pas preuve, bien sûr. Quant à vos arguments, ils sauraient vaincre toute forme de paresse intestinale.

    Traiter de “masochistes” ceux qui endurent la souffrance jusqu’au bout de leur existence est probablement ce qui me fait le moins rire dans votre propos. Oser parler de dignité quand on méprise, comme vous le faites, ceux qui montrent le courage de lutter à ce moment de leur vie finissante est peu digne, je trouve. Disons même dégoûtant.

    Je me réjouis d’une seule chose : que vous ne soyez pas infirmier. On a assez de ceux qui se sentent investis de la mission d’abréger l’existence de personnes “dont la vie n’a plus de sens” qui n’ont rien demandé, mais qui certainement n’en pensent pas moins, et qui en plus coûtent plein de sous à la collectivité en période de crise boursière et de hausse de l’immobilier.

  • 25 Décembre 2008 à 19h06

    Odilon dit

    Robert,
    catho est péjoratif, et ne fait référence qu’à une partie des catholiques.