Mourir à Verdun | Causeur

Mourir à Verdun

Au temps du carnage industriel et de la déraison

Auteur

Patrick Mandon

Patrick Mandon
éditeur et traducteur.

Publié le 21 février 2016 / Culture

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Ce soir, France 2 diffuse «Apocalypse Verdun», documentaire bouleversant d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle.

Des soldats français sortent de leur tranchée pendant la bataille de Verdun (Photo : Collection DocAnciens/docpix.fr - Wikimedia commons)

La bataille dite des frontières, la Marne — le bombardement frénétique de Reims — firent des centaine de milliers de morts, désolèrent des villes et de vastes espaces. Mais, dans la litanie de l’effroi et de l’effarement que constituent le recensement des sites, où se firent face les ennemis pendant la première guerre mondiale, on ne voit pas d’équivalent à la bataille de Verdun (21 février-15 décembre 1916), si l’on rapporte son intensité, sa durée, les forces en présence, à l’étendue, relativement réduite, de son front (5 à 6 kilomètres). Il y eut avant elle, il y aura après elle, des affrontements d’une plus forte ampleur, et, bien sûr, des atrocités, mais Verdun fut le théâtre exemplaire de l’extrême conflit.

Bien que cela soit secondaire, on observera que cette tragédie se joua sur ce coin de terre lorraine, qui figurait parfaitement la tendre harmonie des paysages français, tels qu’ils étaient et tels qu’ils paraissaient sur les cartes postales. L’infernale réalité des combats qui s’y déroulèrent, leur férocité, en sont encore augmentées, et n’en paraissent que plus atroces.

Le commandement allemand avait une apparence, celle du Kronprinz Friedrich Wilhelm, de la maison Hohenzollern, fils de son père le Kayser Guillaume II, et une réalité, Erich von Falkenhayn. Le Kronprinz, chef des armées pour opérette viennoise, au visage en museau de renard, toujours fendu d’un sourire de malice gourmande, arbore sur son bonnet à poil la tête de mort des hussards prussiens. Il mêle la frivolité d’un Don Juan de sous-préfecture à un pangermanisme très agressif. Plus tard, il accueillera sans déplaisir apparent la prise de pouvoir par les nazis. Falkenhayn, quant à lui, veut une action massive, qui bousculerait (annihilerait) la seule armée française.

Trois-cent-soixante-deux-mille français, 337 000 allemands tués : Verdun n’inaugure pas mais amplifie l’ère du carnage industriel. Et voici les sacrifiés : une armée de paysans, d’ouvriers, qui souvent apparaissent en gros plan ou tout au loin, minuscules, courant sous la mitraille, avant d’être pulvérisés par des obus : comment, pourquoi ont-ils tenu, résisté, contre-attaqué, enduré une misère sans pareille ? Contrairement à une mauvaise légende, leurs officiers, eux aussi, sont tombés en les entraînant à l’assaut.

Il furent peu nombreux à démontrer de la clairvoyance : on évoquera seulement le général Edouard de Castelnau, qui fit acheminer à la hâte des renforts, et la belle figure du lieutenant-colonel Driant, brillant saint-cyrien, patriote, député, abandonnant le confort de l’Assemblée pour reprendre son commandement. Hostile au démantèlement des places fortes, inquiet des renseignements qui lui parvenaient, il avait lancé des alarmes, mais Joffre, semble-t-il, ne voulut pas en tenir compte. Au deuxième jour de l’attaque, le 22 février au matin, il se trouve dans le Bois de Caures, en première ligne avec ses Chasseurs. Les bombardements reprennent ; vers 16 h, il lui reste moins de cent hommes debout sur deux bataillons ! Driant donne l’ordre de se replier. Il s’effondre peu après, mortellement touché.

Isabelle Clarke et Daniel Costelle poursuivent, avec Apocalypse Verdun, leur « immense édifice de la mémoire » du tragique XXe siècle. Ils ne pensent pas seulement en documentaristes ; le soin qu’ils apportent à leurs réalisations, ce qu’on peut appeler leur « manière » les désignent comme de véritables cinéastes de ces temps de carnage et de déraison. Apocalypse Verdun est une œuvre bouleversante.

Apocalypse Verdun, ce dimanche 21 février, 20 h 55, France 2.

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    • 23 Février 2016 à 20h24

      Patrick Mandon dit

      thd o
      Vous argumentez essentiellement (exclusivement) avec les clauses financières du traité de Versailles. Cet aspect existe, mais il n’est pas l’essentiel, il ne fonde pas immédiatement la colère des allemands. Je maintiens que l’agressivité allemande, à l’époque, était constitutive de l’éducation. Son origine prussienne (lisez ou relisez « Les Cadets »), prédisposait les jeunes hommes à développer une rancune, une haine contre la France, qui prenait des proportions presque raciales. Falkenhayn, par exemple, fut très étonné de la capacité des français à résister aux premiers assauts de ses troupes, à Verdun. Il méprisait l’armée française. Il ne pouvait pas imaginer de telles ressources chez ses officiers comme chez ses hommes. L’armée allemande avait été modifiée au fur et à mesure de la formation de la nation et de l’état, qui, tous deux, s’appuyaient exclusivement sur eux. Après la défaite, les militaires vaincus rentrèrent chez eux avec une obsession : venger leurs camarades morts (culte « idéologique » des morts), abattre les politiciens : la France restait dans leur ligne de mire, les idéaux démocratiques ne pouvaient les convaincre.

      • 23 Février 2016 à 22h21

        Patrick Mandon dit

        À la place de « s’appuyaient exclusivement sur eux », lire « s’appuyaient exclusivement sur elle ».

      • 24 Février 2016 à 0h53

        thd o dit

        Je parle des clauses financières de Versailles car ce sont celles qui ont été le plus souvent critiquées à l’époque, et parce que les autres clauses sont à présent incontestables :
        - l’Allemagne a aujourd’hui des frontières plus étroites qu’en 1919, et vit très bien. Donc ses revendications sur la Pologne, etc étaient infondées ; de même pour ses colonies africaines.
        - l’Allemagne est aujourd’hui largement auto-limitée en armements, donc les plaintes à ce sujet étaient infondées. Et chacun conviendra que si tout le monde avait été d’accord avec la France sur ce point dans l’entre-deux guerres, tout le monde s’en serait mieux porté.

        J’ai lu Les cadets, je n’y vois pas une éducation à la haine contre la France mais une éducation militaire poussée. Je me souviens, il est vrai, de la mention de bombardement français sur la ville voisine, ayant conduit certains cadets à participer aux secours.

        En revanche, il est vrai par exemple qu’en 1913 toute l’Allemagne avait commémoré la bataille des nations de 1813, et le chant das Volk steht auf :

        https://www.youtube.com/watch?v=Y5gNrroNf-w

        repris ici au début du film Kolberg (1944)…

    • 22 Février 2016 à 18h20

      thd o dit

      ” 22 Février 2016 à 0h16

      Patrick Mandon dit

      Quelques éléments de réponse (1):

      thd

      Votre jugement sur Clark et Costelle vous appartient, je n’ai pas à le commenter, mais dire qu’ils sont des « donneurs de leçon politiquement corrects » me paraît inexact. En outre, dans la série Les Grandes Batailles, Costelle n’était pas un « employé », il co-dirigeait cette collection, avec Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne.”
      .
      .
      .
      Non, il me semble que le petit jeune de service (10 ans de moins que les deux autres, et 34 ans en 1970) était employé comme réalisateur alors qu’ils étaient producteurs.

      Quoiqu’il en soit, la présence de ces deux fils de militaires et journalistes qualifiés l’aurait empêché de sombrer dans le politiquement correct qui caractérise notre duo de coloriseurs.

      A titre d’exemple, vous pouvez comparer la première scène de la Bataille d’Allemagne :

      https://www.youtube.com/watch?v=sDttdKp5TDQ&t

      dont les images ont été reprises dans leur avant-dernier documentaire, sur la Russie, avec le commentaire bebête : “oh, on dirait nos fils…”.

      Eh bien non, après 27 millions de morts ce n’est visiblement pas ce que les soviétiques se sont dit. Et ils avaient bien raison.

      Autre exemple, l’excité Costelle qui ose dire que le traité de Versailles est l’acte de naissance de Hitler. Grand classique de la propagande anti-française, allemande ou anglaise, mais faux ; et politiquement correct, puisqu’il s’agit aujourd’hui, pour tous nos grands bâtisseurs de l’UE, de faire passer la France pour aussi coupable que l’Allemagne dans les deux guerres mondiales. Eh bien non, désolé. Sans moi…

      • 22 Février 2016 à 18h23

        thd o dit

        Images de la Bataille d’Allemagne reprises sans la petite dame qui leur crache dessus à 1mn45, bien entendu.

        • 23 Février 2016 à 1h05

          Patrick Mandon dit

          Laissons la question de l’employé et du patron (mais je maintiens mon information).
          Vous écrivez, précisant ainsi ce que vous entendez par sa tentation du politiquement correct : « Costelle qui ose dire que le traité de Versailles est l’acte de naissance de Hitler. ». Je comprends mieux. Néanmoins, on voit bien qu’il s’agit d’un raccourci « explicite ». Le nazisme n’est pas né avec le traité de Versailles, mais le sentiment de frustration d’une partie de l’armée, chez des individus dangereux, élevés dans l’idéologie de la force, s’est trouvé « naturellement » justifié par ce qu’ils ont ressenti comme une trahison politique. On consultera sur le sujet, l’œuvre d’un homme tel que Ernst von Salomon, qui poussa si loin l’engagement qu’il fut impliqué dans l’assassinat de Walter Rathenau, et condamné pour cela. Vous connaissez sans doute « Les Bannis », et son chef d’œuvre, « Les Cadets ». L’agitation violente, toute la colère de ces hommes, inemployées, ont tout de même bel et bien été récupérées par les corps-francs, l’extrême-droite, puis par le nazisme. C’est ainsi que Costelle peut dire que Versailles « est l’acte de naissance de Hitler ». En revanche, je ne crois nullement, et vous avez raison, que l’Allemagne et la France aient la même responsabilité dans le déclenchement des deux guerres.

        • 23 Février 2016 à 16h55

          thd o dit

          L’extrême droite allemande aurait eu du ressentiment pour la défaite de son pays quel que soit le traité finalement accordé. Aucun pays ne peut accepter facilement de perdre 2 millions d’hommes et d’être vaincu.

          Les clauses financières, si souvent mises en cause, sont du même ordre de grandeur que celles que l’Allemagne a régulièrement imposé aux pays qu’elle avait envahie, Danemark en 1864, Autriche en 1866, France en 1870 (la somme à payer par le pays, rapporté à son PIB, est du même ordre de grandeur ; ainsi, les Français ont payé un peu plus de 4 milliards de mark-or suite à 1871, et les Allemands 20 milliards de mark-or après la première guerre sur les 132 initialement prévus. Mais le PIB allemand des années 1920 était trois fois supérieur au PIB français des années 1870 ; et, surtout, la France n’avait pas cassé grand chose en Allemagne en 1870, à la différence des considérables dégâts, volontaires, réalisés par les soldats allemands dans le Nord de la France occupée. Mines inondées, arbres fruitiers coupés, maisons détruites, machines emportées en Allemagne…).

          La mentalité des pangermanistes allemand existait bien avant la première guerre ; elle a été entretenue par nos grands amis anglais qui, dans la défense de leurs intérêts financiers, ont trouvé utile de peindre un tableau noir du traité de Versailles.
          Les réponses françaises à Keynes sont bien connues, notamment Les conséquences politiques de M. Keynes, par Paul Mantoux, mobilisé de 1940 et mort en 1945 :

          https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_Mantoux
          “Écrivant en anglais, Étienne Mantoux y comparait l’influence de ce livre sur l’opinion de l’époque au livre d’Edmund Burke : Réflexions sur la Révolution de France, mais c’était pour reprocher à Keynes d’avoir fait plus que tout autre auteur pour discréditer le Traité de Versailles et donc affaiblir les démocraties face au danger totalitaire et de mener vers une nouvelle guerre mondiale”.

        • 23 Février 2016 à 16h56

          thd o dit

          Il est donc stupéfiant que ces accusations soient relayées par les deux coloristes, alors même que l’historiographie anglo-saxonne (de Nial Ferguson à Margaret MacMillan) n’y ajoute plus la moindre foi, n’y trouvant plus son intérêt.

        • 23 Février 2016 à 16h57

          thd o dit

          Etienne Mantoux, pas Paul, fils de Paul Mantoux, interprète de Clemenceau lors de la conférence de paix.

    • 22 Février 2016 à 17h08

      baloubs dit

      Il est de bon ton , chez certains , de traiter les généraux de ganaches , incompétents, sadiques , justes capables de sacrifier des vies pour gagner honneurs et avancement…
      Il y en a eu , et il y en aura encore , malheureusement.Mais il ne faut pas généraliser!
      Prenons le cas de Nivelle , dont on dit pis que pendre : son plan de l’offensive de 1917
      a été approuvé par le Ministre de la Guerre ,
      par le Gouvernement Français , par l’Etat-Major et le Gouvenement Britannique ;
      il n’était donc pas si bancal ?
      La guerre ne se joue pas sur un tableau noir,
      ou un échiquier , elle se joue sur le terrain , contre un ennemi qui a aussi ses plans , ses moyens , et sa volonté…
      Le reproche , énorme et mérité , que l’on peut faire à Nivelle , c’est de n’avoir pas compris dès le troisième jour que c’était raté et qu’il fallait arrêter.!
      Enfin on ne parle presque jamais de l’intervention de la politique dans les décisions : pourquoi les Français étaient-ils sur la rive droite,alors qu’il est bien plus facile de mener une bataille défensive quand un fleuve vous sépare de l’ennemi ?

      • 23 Février 2016 à 9h26

        IMHO dit

        Ce n’était pas le troisième jour qu’il fallait arrêter, c’était trois heures après l’attaque, il était déjà clair que l’offensive échouait .
        Il est vrai par ailleurs qu’en France comme au Royaume-Uni on a laissé la bride sur le cou aux généraux, presque sans leur demander aucun compte de l’usage qu’ils faisaient de la vie des citoyens qui leur étaient confiés.
        Il est vrai que Joffre a été limogé, mais à la fin de 1916, soit après deux ans de meurtrières erreurs, et pour être remplacé par Nivelles! 
        Cette inaction des mandataires politiques vient sans doute de ce que la société de cette époque était pétrie de respect, de hiérarchie et d’ignorance, et aussi de violence . 
        On ne contestait pas la science des experts parce que leur savoir étaient malaisément accessible, et on ne discutait pas le pouvoir des chefs parce qu’il étaient des maîtres.
        C’est ainsi que l’on faisait des apprentis et des ouvrières , et des servantes corvéables à merci, et des médecins qui tuaient des patients en tout impunité .
        On lit dans la gazette de l’asile des tirades hystériques sur le nécessaire retour à l’ordre et à l’autorité mais je voudrais voir les auteurs de ces textes tâter de l’ordre et de l’autorité d’antan, ils en diraient des nouvelles !  

        • 23 Février 2016 à 10h21

          IMHO dit

          ….et des soldats sacrifiés 

        • 23 Février 2016 à 12h36

          BrunoDN dit

          On refait le match quoi.

    • 22 Février 2016 à 16h06

      MGB dit

      Merci et respect pour tous ces hommes qui ont tenu bon, même s’ils n’ont fait que leur devoir.
      Malheureusement, la France est morte pendant cette guerre. Elle ne s’est démographiquement jamais remise de cette saignée à blanc d’un million de jeunes hommes qui n’ont pu créer une famille.
      Cent ans plus tard, on constate que pour faire tourner la machine industrielle au coût salarial le plus bas possible, il a fallu faire venir des millions d’immigrés et leurs familles.
      Qui donnerait aujourd’hui sa vie pour défendre un pays où nous les Français ne sommes plus qu’une communauté parmi d’autres, sommée d’entretenir grassement les autres en silence ?
      En 1914, le Boche a envahi la France et son peuple, très divers mais uni, mal commandé mais courageux, a permis que l’ennemi soit battu et repoussé. Mais au prix d’un suicide.
      En 1940, le Boche a envahi la France et son peuple, mal préparé, mal commandé, soumis à la propagande pacifiste, s’est débiné devant l’ennemi. La lâcheté générale de l’époque a néanmoins permis d’éviter une nouvelle saignée démographique. Mieux vaut un lâche vivant et père de famille, qu’un héros mort au combat sans descendance.
      En 2015, les immigrés et l’islam submergent l’Europe et la France et nos élites politiques laissent faire. On ne peut quand même pas tirer sur le petit Elyan.
      Soumission…
      La France n’est-elle plus qu’une vielle pute qui ouvre ses jambes au premier venu ? Céline nous aurait pondu un nouveau chef d’oeuvre.

    • 22 Février 2016 à 15h13

      végèce dit

      Le débat qui suivait l’émission était assez inégal. J’en retiens que ces films “colorisés” présentent assurément un certain intérêt en rendant plus accessibles les événements relatés. Ils nous rapprochent effectivement des acteurs, mais quelle est la valeur réelle de ces documents ? On apprend ainsi que la proportion des images “reconstituées” est majoritaire puisque les opérateurs ne pouvaient accéder en première ligne. D’autre part, il ne semble pas que toutes les images présentées aient été tournées dans le secteur de Verdun. C’est donc par le commentaire que ce genre d’exercice reste fécond ; il n’y a rien à en redire, sauf qu’il été assez mal servi par une cartographie améliorable : pourquoi inverser la carte présentant l’assaut initial Allemand à l’envers, le Nord étant en bas de l’image ? L’affaire n’en paraît que plus confuse ! Les “reconstituteurs” ont été bien utiles, avec des explications qui complétaient l’enchaînement de ces belles images colorisées. Intervenants suscitant l’intérêt, notamment Volker Schlöndorff qui a bien su transcrire la perception allemande de l’évènement. Regret : la proposition perdue de Philippe Torreton présent à cause de sa magnifique prestation dans le film “Capitaine Conan”, sans doute le meilleur film récent produit par notre pays sur le sujet première guerre mondiale. Philippe Torreton n’est pas un ignorant. Il a suggéré de sortir un film qui permettrait de mieux transporter le citoyen-spectateur dans cette première ligne bien particulière de Verdun selon ce qu’en ont rapporté les combattants. Il a été interrompu par le professeur Prost qui en a souligné l’impossibilité : “on n’a jamais pu filmer un assaut de face et l’on ne peut savoir quelle était l’expression du visage de ces combattants !”. Cela paraît bien court comme réplique ! Pourquoi « l’exception culturelle » française ne serait-elle pas capable de sortir une production enfin à la hauteur, niveau “Il faut sauver le soldat Ryan”, sur ce sujet ?

      • 22 Février 2016 à 16h17

        MGB dit

        Torreton, cet acteur engagé de gôche, capitaine Conan de pacotille, jouant avec la grâce d’un fer à repasser, qui vient donner des leçons de cinéma patriotique, c’est trop drôle. Avec Jean-Michel Ribes au scénario ? Manquerait plus que le chanteur officiel du régime socialiste mitterandien, Renaud, pour en faire la musique !
        Tiens, “filmer un assaut de face”, ca me rappelle la célèbre photo de CAPA censée montrer un combattant républicain, frappé par une balle en pleine course. On sait aujourd’hui que c’est une photo bidonnée. Mais attention, hein, cela n’enlève rien au courage de CAPA qui était au milieu des soldats lors du débarquement en 1944. Contrairement à un certain philosophe français contemporain marié à une très jolie femme qui s’est vanté d’avoir été la cible des soldats serbes, CAPA a réellement entendu siffler les balles autour de lui.

        • 22 Février 2016 à 16h25

          C. Canse dit

          À MGB

          Avec une telle distribution, aucun producteur ne vous donnera le moindre centime.

          Mieux vaut engager le fer à repasser ! 

        • 22 Février 2016 à 16h33

          C. Canse dit

          Il brûlera les planches. ;-)

        • 22 Février 2016 à 18h00

          MGB dit

          Pour C.Canse. Mais si, vous savez bien ! Il y a bien eu le film “Indigènes”. Il suffira de mettre en scène une compagnie de tirailleurs sénégalais avec Omar Sy à leur tête et une autre de tirailleurs algériens commandés par Djamel Debbouze, tous envoyés au casse-pipe par une vieille ganache sanguinaire et raciste. Partis à 300, ils reviendront à 10, ils auront repoussé l’ennemi et sauvé la France.

        • 22 Février 2016 à 18h19

          C. Canse dit

          À MGB

          Pas vu “Indigènes”.

          Omar Sy la branche ?

          Je préfère Corneille : “Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort,
          Nous vîmes trois mille en arrivant au port, (…)”
          :-) 

        • 22 Février 2016 à 18h20

          C. Canse dit

          Nous nous vîmes….

        • 22 Février 2016 à 23h02

          végèce dit

          Torreton est plus qu’à gauche puisque soutenant Mélanchon, mais cela n’enlève en rien à la qualité du film Capitaine Conan où tous ceux qui ont eu l’occasion de “porter la musette” peuvent sans difficulté se retrouver.
          Et ceux-là, seulement !
          Le mérite en revient sans doute à Tavernier qui a su notamment s’appuyer sur de bons documentalistes. Il s’est dépassé par rapport à d’autres de ses productions particulièrement contestables. Le film est irréprochable sur le plan documentaire, jusqu’à la chanson d’époque ” la Mouker” qui est introuvable. Bien que ne partageant pas du tout les idées de votre “fer à repasser”, j’ai été agréablement surpris de constater qu’il savait parler de la Grande guerre, beaucoup mieux que certains qui nous gouvernent, de quelque bord fussent-ils. Et même d’intervenants dans cette causerie… Il faut rendre à César ce qui est à César. Vous avez répondu à côté de ma réflexion : Pourquoi sommes-nous incapables de produire un “Soldat Ryan” pour nous ramener au cœur de ce traumatisme dont le pays ne s’est toujours pas remis ? Catharsis salutaire et attendue, au-delà des grandes manifestations où nous plions le genou face à la violence du moment, et où nous prétendons nous retrouver entre Français…

        • 22 Février 2016 à 23h21

          Lector dit

          “Pourquoi sommes-nous incapables de produire un “Soldat Ryan””
          Parce que notre registre critique artistique fut bien supérieur à ce mauvais film américain, du “J’accuse” de Gance au “Voyage” de Céline, par exemple.

        • 22 Février 2016 à 23h25

          Lector dit

          ou de Barbusse à Y. Gibeau…

        • 23 Février 2016 à 12h17

          Boomer dit

          Je cite : «Le mérite en revient sans doute à Tavernier qui a su notamment s’appuyer sur de bons documentalistes.(…). Le film est irréprochable sur le plan documentaire, jusqu’à la chanson d’époque ” la Mouker” qui est introuvable.

          “Irréprochable” je n’irais certainement pas jusque là, car les documentalistes de Tavernier ont fait endosser aux soldats du capitaine Conan des uniformes kaki en 1918-1919.  Seuls les soldats de la coloniale portaient en parti ce genre d’uniforme à cette époque et je ne vois pas de coloniaux dans le film de Tavernier.  http://image.toutlecine.com/photos/c/a/p/capitaine-conan-02-g.jpg
          Je soupçonne Tavernier de s’être rabattu sur des uniformes kaki (dit américain) adoptés dans l’armée française seulement à partir de 1921, parce que l’uniforme bleu horizon était devenu trop rare pour le nombre de figurants poilus qu’il envisageait.

          Depuis, je ne cesse de lire des commentaires d’experts sur la prétendue irréprochabilité de la reconstitution historique de Tavernier.  Alors que cette erreur sur la couleur des uniformes pourtant crève littéralement les yeux.  

      • 23 Février 2016 à 17h54

        végèce dit

        Bravo Bloomer, je lève le pouce devant le fidèle lecteur de la Gazette des uniformes… Coup au but ! Je note que Conan porte cependant son uniforme de chasseur signalé par Roger Vercel dans son roman, le régiment du roman étant le 50ème (?) certainement pas colonial qui n’a jamais existé, ni même le 50ème RI qui était sur le front Italien en 1918. Nous sommes dans l’imaginaire…
        Puis-je rappeler que mon propos initial portait en fait sur notre incapacité, à l’occasion de ce centenaire moultement célébré, à réaliser une grande fiction de ce genre sur le thème 14-18. Comme toute fiction, elle sera sans doute imparfaite, mais ce genre permet de mieux rendre la réalité perçue par les acteurs qu’une série documentaire qui vole des images d’un lointain rapport avec le sujet et qui est surtout porté par le commentaire. Dans ce cas l’image illustre sans rapporter réellement la réalité. Un film de fiction comme Soldat Ryan, dont le scénario est totalement ubuesque mais qui est cependant très réaliste au registre technique et vécu des acteurs, provoque mieux ce transport vers la réalité. Le Jour le plus long a, en son temps, atteint le même but mais on réalise à présent que l’épisode du débarquement n’a pas été la promenade de santé qui y est relatée. Soldat Ryan a salutairement procédé à la correction nécessaire. C’est paradoxalement la supériorité du roman sur la relation historique. La réalité y est dans doute trahie dans les faits, mais pas dans sa perception.
        Notre cher vieux pays est tétanisé par des démons qui lui interdisent de réaliser un tel projet qui aurait sans doute mieux sensibilisé les foules et surtout la jeunesse que ce programme de commémorations et de mièvres festivités, si ce n’est de glauques téléfilms (avez-vous vu le nanar diffusé en ouverture des commémorations : “ceux de 14″, prétendant s’inspirer de Maurice Genevoix, le meilleur chroniqueur du conflit ?). C’est ce que je regrette… tout en maintenant mon intérêt pour Capitaine Conan.

    • 22 Février 2016 à 14h54

      golvan dit

      Depuis Verdun et son horreur il y a eu de nombreuses batailles, de nombreux massacres, et parmi ceux qui fustigent le comportement des états majors de cette guerre on n’a hélas pas de mal à trouver des partisans enthousiastes des combattants vietcongs, éblouis par les images de la propagande communiste, alors que l’on sait maintenant que toute baisse d’enthousiasme pour aller affronter les mitrailleuses américaines (et françaises auparavant) était immédiatement sanctionnée dune balle dans la nuque par un commissaire politique. 
      Et même si je comprends le profond scepticisme quant à la compétence d’états- majors découvrant la “guerre hécatombe”, il ne faut pas pour autant s’imaginer que les populations de cette époque auraient préféré être allemandes plutôt que françaises.
       J’adhère complètement au post d’Alcmène de 12H18. Certes Verdun était une boucherie sans nom, mais un homme digne de ce nom de cette époque ne pouvait sans doute pas laisser les autres mourir à sa place, alors ils mouraient ensemble.
      Difficile de comprendre ça à une époque où ceux qui nous dirigent prétendent être plus européens que français, mais pas impossible.