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Mort d’un romancier populaire

Patrick Cauvin s’est éteint à 77 ans.

Publié le 19 août 2010 à 18:16 dans Culture

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Dans les années 70, Guillaume Musso et Marc Levy s’appelaient Patrick Cauvin. C’est dire si l’époque était plus sympathique. Un écrivain pouvait vendre des centaines de milliers d’exemplaires sans prendre ses lecteurs pour des cons. Il pouvait aussi écrire un français dont la pauvreté n’annonce pas la novlangue de demain, à base de sabir informatique et d’anglais véhiculaire.

Adolescents surdoués dans la France de Giscard

Mais Patrick Cauvin vient de mourir. Il avait 77 ans et avait obtenu un succès phénoménal avec E=Mc2 mon amour. C’était l’histoire de Roméo et Juliette, ou plutôt de Tristan et Iseult vécue par des adolescents surdoués dans la France de Giscard. On se souvient de l’avoir lu en édition club. C’était un livre de « la bibliothèque des parents. » On n’était un peu méfiant, toujours, avec les livres de la « bibliothèque des parents. » On avait seulement treize ans mais on était déjà très snob : on ne croyait qu’à la littérature et la littérature était une affaire d’écrivains morts. On avait dû lire ça un jour de disette. Et la disette s’est transformée en festin.

On aurait voulu être comme les héros : très intelligents, très amoureux, très drôles et puis s’enfuir à Venise. On se souvient d’avoir lu dans la foulée un autre roman de Cauvin sur un sujet similaire, l’amour impossible. Les protagonistes étaient un catcheur et une libraire qui louchait. Impossible de retrouver le titre mais, en même temps, il n’y a pas beaucoup d’histoires dont je me souvienne trente ans après. Même en admettant que l’adolescence fasse de nous des particulièrement plaques sensibles, les photographies de la mémoire pâlissent tout de même assez vite.

Si par hasard vous lisez un Musso ou un Lévy (on a tous le droit au mauvais goût), il est possible que vous passiez un moment distrayant mais ne venez pas me dire que vous vous en souvenez six mois après.

…alias Claude Klotz

Patrick Cauvin était sur le plan littéraire le représentant des années minitel là où Musso et Levy (Marc) sont ceux des années téléphone portable. Le minitel, c’était une technologie faite pour relier tout le monde sans distinction d’origine. C’était gratuit, ou presque. Un genre de service public. Le portable, lui, n’est pas là pour relier mais pour montrer que son porteur est dans le vent dominant de la quincaillerie électronique. Quand Musso et Levy mettent en scène des riches et des fantômes, Cauvin mettait en scène des vivants un peu cassés par leur intelligence ou leur physique. Cela ne l’empêchait pas de faire des best-sellers. Il était d’un temps où la littérature, et donc la société, savaient encore s’occuper des perdants, et les aimer aussi.
Prof de français dans une banlieue d’avant l’effondrement, Patrick Cauvin s’appelait en fait Claude Klotz. Il avait choisi de nom de Cauvin pour raconter ses histoires d’amour parce qu’il avait déjà utilisé le vrai pour raconter des horreurs. Les horreurs en questions étaient des genres de polars très brefs, très violents, écrits dans un style behavioriste qui est aussi à la même époque, celui de Jean-Patrick Manchette.
Ils mettaient notamment scène un héros récurrent Reiner et avaient pour titre Sbang Sbang, Putsch Punch ou Darakan. On les trouvait, au début des années 80, édités ou réédités par 10-18, avec des couvertures de Monory. C’était bien vu pour ces romans glacés qui sont peut-être les véritables chefs d’œuvre de l’écrivain : le froid, en littérature comme pour l’alimentation, ça conserve mieux.
Sous le nom de Klotz, parce que décidément, comme tout romancier populaire, il savait d’instinct ce qui travaille l’imaginaire d’une époque, il a aussi connu un grand succès aves Les Innommables, un roman sur la préhistoire qui prenait pourtant un parti-pris à la limite de l’expérimental : écrire dans le langage des hommes préhistoriques eux-mêmes.
Il croyait parler du passé. On peut se demander s’il n’annonçait pas l’avenir.


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  • 19 August 2010 à 22h23

    Grandgil dit

    Le feuilleton c’était l’étrange monsieur Duvallier

  • 19 August 2010 à 22h01

    Grandgil dit

    Robert,
    Vous me confirmez dans l’opinion que j’ai de certains identitaires qui ne connaissent rien de leur identité et en ont une idée floue.
    “Cela n’a certainement rien à voir avec la vieille France, qui était autrement plus virile !”
    Vous auriez été surpris à la cour de :louis XIV le nombre de types qui se maquillaient, les hommes qui portaient une perruque, ou s’inquiétaient surtout de leurs fringues et de décoration. Cela ne les empêchait pas de chasser et faire la guerre.

  • 19 August 2010 à 21h25

    Patrick Mandon dit

    Robert Marchenoir, à défaut d’en être le héraut, vous êtes la vuvuzela du libéralisme foldingue.

  • 19 August 2010 à 21h22

    Procope dit

    @jerome dit :
    19 août 2010 à 20:01
    “Au passage, le minitel etait *cher* – a coup de 3 francs la minute avec une vitesse de connexion d’une lenteur meme pas imaginable aujourd’hui, je vous raconte pas les factures pour mes parents :-). Au point que j’etais interdit de minitel.”

    Euh…ça servait à quoi le Minitel ?
    A part le 3615 Alice qui permettait des rdv rapides et clairs – c’était avant le sida -, il ne fallait pas essayer de prendre une place de théâtre par minitel.

  • 19 August 2010 à 21h22

    Totirakapon dit

    Pourquoi pas nous ?
    C’est le titre du roman sur le catcheur et la libraire….

  • 19 August 2010 à 21h16

    Benedicte2 dit

    Bel hommage, JL. Je vous aurais cru plus “snob” dans vos goûts littéraires.
    Marchenoir, vous avez souvent le sentiment d’être pris pour un imbécile? C’est surement pour de bonnes raisons. Leroy n’est pas “sublimina”l. Il relie une société et la littérature “populaire” qu’elle produit. On peut ne pas être d’accord avec ses idées mais moi je sens plutôt chez lui quelque chose de réactionnaire. Comme dans son article sur Hélène et les garçons. Ce qui prouverait, a contrario, que vous n’êtes pas réactionnaire. Juste un butor obsessionnel et raciste qui trolle une nécro.

  • 19 August 2010 à 20h52

    Robert Marchenoir dit

    Venik : Leroy prend tous ses lecteurs pour des imbéciles, parce qu’il leur ment à la face, parce qu’il base un argument politique sur un mensonge évident, ouvert, et qu’il le fait sans aucune honte.

    Maintenant, si vous ne voyez pas en quoi c’est un mensonge, même après que je vous l’ai expliqué, eh bien je vous laisse en tirer les conséquences tout seul.

  • 19 August 2010 à 20h47

    Robert Marchenoir dit

    Par ailleurs, qu’est-ce que ça veut dire que vous appartenez à cette vieille France qui range les armes en certaines circonstances ? Est-ce que par hasard il s’agirait de cette monstrueuse stupidité qui tourne en boucle sur les blogs, selon laquelle sous prétexte que quelqu’un est mort, il faut suspendre toute critique, il faut se répandre en sanglots pour quelqu’un dont on n’a rien à foutre en général, toute liberté d’expression étant momentanément suspendue ?

    Mais, contrairement à ce que vous croyez, c’est extrêmement récent, cette attitude de Bisounours infantiles et sentimentaux ! Cela n’a certainement rien à voir avec la vieille France, qui était autrement plus virile !

    D’autre part, si vous en faites une règle, eh bien elle vaut pour tout le monde, et pour Leroy en particulier ! Donc Leroy aurait le droit, en plein milieu d’une nécrologie, de faire de la propagande gauchiste subliminale, basée de surcroît sur un mensonge flagrant, et on n’aurait pas le droit de le lui reprocher, “parce que quelqu’un est mort”, et que ce n’est pas convenable de dire un mot plus haut que l’autre en pareille circonstance ?

    Quelle hypocrisie !

    D’autant que je n’ai pas dit un mot sur le défunt : c’est au nécrologue que je m’en prends.

  • 19 August 2010 à 20h35

    Robert Marchenoir dit

    Hyperno : oui, j’aurais pu relever la phrase que vous citez. Ou pas. Et j’aurais pu relever chacune des autres phrases de Leroy. Ou pas. C’est hallucinant, cette propension française à dire aux autres ce qu’ils auraient dû faire, ou pas faire , ou écrire, ou pas écrire.

    Je ne suis pas payé pour faire une critique exhaustive des papiers de Leroy, qui d’ailleurs n’en mérite pas tant. C’est cela qui a attiré mon attention dans ce texte,c’est cela dont je parle. Quoi de plus naturel ?

    Si vous, vous avez quelque chose à écrire sur cette fameuse phrase de Leroy qui vous attire tant, que ne le faites-vous ? Qui vous en empêche ? D’ailleurs, vous vous gardez bien de le faire. Vous ne vous exposez pas beaucoup .

    Qu’est-ce que c’est que cette mesquinerie française, ce totalitarisme français, qui consiste à contester aux autres leur liberté, au lieu d’utiliser la sienne propre ?

  • 19 August 2010 à 20h15

    Grandgil dit

    “E=MC2 mon amour”, premier amour, premier roman de “grand”, j’adore Claude Klotz…
    Il y avait aussi ce feuilleton avec Louis Velle dans les années 80.

  • 19 August 2010 à 20h01

    jerome dit

    Je rejoins Marchenoir a 200%. D’abord qu’estce que cette phrase vient foutre dans cet article, ca n’a rien a voir. Et puis un tel condense de connerie en quelques lignes ca fait peur, dommage parce que le reste de l’article etait interessant et effectivement Levy et Musso c’est de la merde.

    Au passage, le minitel etait *cher* – a coup de 3 francs la minute avec une vitesse de connexion d’une lenteur meme pas imaginable aujourd’hui, je vous raconte pas les factures pour mes parents :-). Au point que j’etais interdit de minitel.

    Alors que l’horrible technologie moderne liberale elle est 100 fois moins chere, plus rapide, plus efficace, mais pas francaise. Je me demande si c’est pas ca qui vous gene en fait.

  • 19 August 2010 à 19h38

    hyverno dit

    Robert Marchenoir
    Pourquoi Pas ?… Mais vous auriez pu, a contrario, relever cette phrase : ” … Les Innommables, un roman sur la préhistoire qui prenait pourtant un parti-pris à la limite de l’expérimental : écrire dans le langage des hommes préhistoriques eux-mêmes.
    Il croyait parler du passé. On peut se demander s’il n’annonçait pas l’avenir. ”
    Tout ça pour dire que j’appartiens à cette vieille France qui range les armes en certaines circonstances. C’est incurable.

  • 19 August 2010 à 19h22

    Venik dit

    Marchenoir, l’auteur de l’article ne prend personne pour un imbécile, mais vous vous sentez visé..

  • 19 August 2010 à 19h12

    Robert Marchenoir dit

    Hyverno : ce que je retiens, surtout, c’est qu’un écrivain qui se dit lui-même communiste ne peut pas s’empêcher de faire de la propagande politique au détour d’une nécrologie et d’une critique littéraire, et de mentir une fois de plus, de façon éhontée, en se délectant de prendre ses lecteurs pour des imbéciles, en disant que noir c’est blanc, que blanc c’est noir, que le faux c’est le vrai, que le mal c’est le bien, et vice-versa.

    Comme il l’a toujours fait ici.

  • 19 August 2010 à 19h07

    F-Cat dit

    Merci pour ce bel hommage à ce très remarquable écrivain. Cauvin avait une plume, du talent, de la tendresse, un humour débordant et une très remarquable capacité à marier son univers personnel aux éléments romanesques de la littérature de genre. Il a abordé le polar donc, le fantastique (“Bélange”, “Hautepierre”, “Le Silence de Clara”), le mélo (“Héloïse”), le roman historique (“Théâtre dans la nuit”, “Villa Vanille”…)….
    Comme beaucoup d’ écrivains, il avait une certaine tendresse envers ses alter-égos romanesques (quadra/quinquas un peu mous, un peu losers, un peu effrayés par la vie – il faut dire qu’il y a de quoi) mais dans son cas, elle était amplement compensée par une autodérision élégante (cf : “Menteur”, “Belles galères”…).
    Ses bouquins étaient toujours tendres, parfois âpres (voir : “un théâtre dans la nuit”, “Venge-moi” ou “le sang des roses”) , mais totalement exempts de ce mépris pour les autres que les abrutis prennent pour de la lucidité.
    On abordait ses bouquins avec la certitude de se distraire sans s’abêtir, de rigoler sans se salir, d’avoir les yeux mouillés sans en avoir honte.
    C’est surtout un des rares auteurs à avoir fait parler si bien les enfants et adolescents dans une langue pas toujours très réaliste mais ô combien savoureuse. Outre “E=Mc2″ et son dernier opus “Une Seconde Chance”, on pourra citer le délectable “Tout ce que Joseph écrivit cette année-là”).
    Au revoir, Monsieur Cauvin…

  • 19 August 2010 à 19h02

    hyverno dit

    Caïn Marchenoir, puis-je vous appeler ainsi ?
    Je trouve dommage que vous ne reteniez que ça de cette nécro : le Minitel, dont vous auriez pu dire aussi qu’il n’était pas si gratuit que ça. Je me souviens de quelques notes salées !
    Un écrivain est mort, un autre lui rend hommage, avec nostalgie. Voilà tout.

  • 19 August 2010 à 18h57

    BArry dit

    Même moi je me souviens vaguement de E= mc ². Et j’ai aimé!

  • 19 August 2010 à 18h44

    Robert Marchenoir dit

    “Le minitel, c’était une technologie faite pour relier tout le monde sans distinction d’origine. C’était gratuit, ou presque. Un genre de service public. Le portable, lui, n’est pas là pour relier mais pour montrer que son porteur est dans le vent dominant de la quincaillerie électronique.” (JL)

    Mais bien sûr. Le téléphone portable est raciste (puisque ultra-libérâââl), tandis que le Minitel était anti-raciste (puisque socialiste fraônçais).

    Sauf que si on tient vraiment à trouver du racisme et da le “fermeture à l’Autre” dans ces deux technologies, c’est le Minitel qui était raciste, car reliant uniquement des Français en France.

    Tandis que le téléphone portable est une technologie mondiale, adoptée dans tous les pays, y compris les moins développés, et permettant effectivement, elle, de “relier tout le monde sans distinction d’origine” . Parmi les rares entreprises prospères créées par des Africains en afrique noire, on trouve des opérateurs de téléphonie portable.

    Et on connaît l’amour de nos sacro-saints immigrés, aussi français que vouzémoi, pour les babioles technologiques, notamment volées, et notamment les téléphones portables.

    Vous avez souvent vu une racaille tapoter sur un Minitel, vous ?

  • 19 August 2010 à 18h43

    hyverno dit

    Très bel hommage, incisif comme du Klotz.

  • 19 August 2010 à 18h37

    Procope dit

    je connaissais Klotz mais pas Cauvin et je n’ai jamais fait le rapprochement.
    J’adorais ses polards et regrettait qu’il n’ait pas plus écrit.
    Bon, maintenant c’est foutu, il n’y en aura pas d’autres.
    Il ne me reste plus qu’à me procurer E= mc ².