Loi Bayrou: la morale contre la politique | Causeur

Loi Bayrou: la morale contre la politique

Le lynchage de Fillon n’était-il qu’une mise en bouche?

Auteur

Régis de Castelnau

Régis de Castelnau
est avocat.

Publié le 16 juin 2017 / Politique

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Sous prétexte de lutter contre « les affaires », on accroît encore la mainmise des médias, des magistrats et de l’appareil d’État sur la vie politique.

François Bayrou à Pau, juin 2017. SIPA. AP22064185_000001

Le feuilleton des affaires politico-financières aura bientôt une bonne trentaine d’années. Trente ans que la classe politique essaie désespérément de reconquérir la confiance de l’opinion en se trompant de diagnostic et en cédant à la double pression des médias et de la justice. Dans ce triangle pervers, les responsabilités sont partagées. Les différentes représentations du cirque médiatico-judiciaire sont pour la presse autant d’occasions, dans une surenchère délétère, de vendre du papier mais aussi de tenir en respect les politiques. La justice, au moins dans une partie des appareils syndicaux jouant sur le corporatisme, y a vu l’occasion de conquérir une indépendance, non pas garantie de l’impartialité nécessaire, mais de véritables pouvoirs qui en ont fait désormais un acteur politique comme vient de le montrer l’affaire Fillon. Les politiques, quant à eux, tout en conservant plus ou moins discrètement les mauvaises habitudes, n’hésitent pas à instrumentaliser les affaires pour affaiblir les adversaires. Depuis 1988, selon la bonne vieille méthode « un fait divers, une loi », une collection impressionnante de textes a vu le jour, chacun d’eux voulant laver plus blanc, aggravant le précédent, affaiblissant les pouvoirs politiques en leur imposant des contraintes irréalistes et en en faisant des cibles commodes pour des institutions judiciaires zélées. Et en mettant à mal, au passage, un certain nombre de principes fondamentaux des libertés publiques.

Mesure phare du non-programme de Macron

Emmanuel Macron, successeur adoubé de François Hollande, avait besoin de se distinguer de ses concurrents. Faute de programme politique, ce fut donc jeunesse, renouvellement et probité. La composition du gouvernement d’Édouard Philippe a montré ce qu’il fallait penser du renouvellement, mais aussi du sérieux de l’exigence de probité. Richard Ferrand se retrouve collé, non pour avoir fait pire que les autres, mais pareil. Et puis l’idée saugrenue de confier à François Bayrou, vieux cheval de retour politique qu’accompagnent toutes les rumeurs, le poste de garde des Sceaux et la responsabilité de « porter » le fameux texte sur la moralisation de la vie publique.

Celui-ci a présenté les grandes lignes de son texte à la presse avant de le soumettre au Conseil des ministres. L’abandon du terme de « moralisation » au profit de celui de « loi de confiance » montre qu’on en a rabattu par rapport aux rodomontades de la campagne électorale. En particulier avec l’abandon de la surenchère sur

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  • couv.causeur.#47

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    publié dans le Magazine Causeur n° 106 - Juin 2017

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    • 20 Juin 2017 à 8h22

      QUIDAM II dit

      « Danton, plus franc que les Anglais disait : ” Nous ne jugeront pas le roi, nous le tuerons.” Il disait aussi : ” Ces prêtres, ces nobles ne sont point coupables, mais il faut qu’ils meurent parce qu’ils sont hors de place, entravent le mouvement des choses et gênent l’avenir.”
      CES PAROLES, sous un semblant d’horrible profondeur, n’ont aucune étendu de génie : car elles SUPPOSENT que l’innocence n’est rien, et QUE L’ORDRE MORAL PEUT ËTRE RETRANCHE DE L’ORDRE POLITIQUE SANS LE FAIRE PERIR, CE QUI EST FAUX. » (Source : “Mémoires d’outre-tombe”, François-René de Chateaubriand)

    • 19 Juin 2017 à 10h20

      ChtiREGARD dit

      Rien à ajouter. Tout à fait d’accord sur les nouvelles modalités de contrôle.

    • 17 Juin 2017 à 16h14

      keg dit

      Ne pouvait-on, à la veille du rAppel du 18 Juin, faire l’économie d’un tel oxymore “Bayrou-probité”. Il est des ridicules qui ne tuent pas, mais assassinent en attentat non déjoué, les électeurs.
      Il est urgent de créer un état d’urgence de la transparence réelle.
      Combien de temps, au delà du rAppel (et pas seulement à l’ordre) du 18 juin, cet oxymore sera d’actualité?
      La tentation serait forte d’en faire l’économie. Chevènement disait “un ministre ça ferme sa gueule ou ça dégage” (surtout quand en plus il est chargé de ce qu’il n’est et ne peut!

      http://wp.me/p4Im0Q-1YN

    • 17 Juin 2017 à 15h20

      L'Ours dit

      Ils passent leur temps à parler de morale uniquement pour faire avaler leurs pilules. Bref ils ont raison sinon on est coupable.
      Exemple (entre mille).
      Augmentation de la CSG et baisse des retraites. Jusque là on est pour ou on est contre, OK. Mais quand ils ajoutent: “au titre de la solidarité intergénérationnelle”, alors là j’ai envie de sortir mon flingue!

    • 17 Juin 2017 à 15h13

      Bacara dit

      On attend la réponse du fameux FF , ce valeureux porteur des idées de la Droite . On attend qu’il restitue les 3 millions d’euros récoltés dans son micro-parti “Force républicaine”.

    • 17 Juin 2017 à 11h17

      Lecteur 92 dit

      Après les leçons de morale qu’il a fait à FF, il peut maintenant se les appliquer à lui même.
      Attendons le résultat des élections, je pense que s’il continu à jouer la danseuse, il va sûrement aller voir ailleurs.

    • 17 Juin 2017 à 9h40

      EDNALLOH dit

      De quel droit cet individu se permet de donner des leçons de morale? Les bobos macronisés qui sont une classe de parvenus sans scrupule se permettent de donner des leçons de comportement alors qu’ils sont malpropres dans leurs moeurs et leurs comportements. C’est strictement insupportable.

    • 16 Juin 2017 à 19h12

      Caminho dit

      Bayrou Grade des Sceaux et expliquer que “l’on refonde le monde” est du dernier comique.

    • 16 Juin 2017 à 15h46

      A mon humble avis dit

      Le contrat de confiance -comme disait Darty- entre élus et électeurs repose sur 2 principes majeurs:
      1) les engagements des élus donnent les résultats escomptés, et ne sont pas des promesses électorales sans lendemain;
      2) les élus (auxquels s’ajoutent ministres et hauts fonctionnaires) ne profitent pas de leur prérogatives pour en abuser, se hisser au-dessus des lois et s’enrichir.
      Pas de morale là-dedans, seulement le respect du peuple et des lois. Nul besoin de nouvelle(s) loi(s) pour (r)établir la confiance: il suffirait d’appliquer celles qui existent, en toute impartialité.
      Et c’est bien là que le bât blesse: on parle de morale et de confiance, mais rien ne vient établir cette indispensable impartialité, bien au contraire. Des parties censément indépendantes mais qui ne le sont pas, deviennent juges et on appelle ça un progrès démocratique.
      En oubliant bien sûr la première condition précitée: tenir ses engagements de campagne. On dira que c’est même fait pour ça: verrouiller l’emprise des “élites” sur le peuple, et lui faire oublier que les élus ne sont engagés par rien, et surtout pas par leurs promesses.

      • 16 Juin 2017 à 17h44

        gigda dit

        Tout à fait opportun votre comparaison avec  ”le contrat de confiance ” de Darty ! La langue politique se fait de plus en  plus communication, pub de commerçants :)

        • 16 Juin 2017 à 19h52

          Don QuiRote dit

          Comparaison fort avisée, je l’entends bien ainsi, et plus encore si l’on considère la garantie quinquennale !

      • 17 Juin 2017 à 8h39

        Lecteur 92 dit

        @A mon humble avis
        Il existe un principe simple qui est de faire son travail, celui pour lequel on est payé, c’est à dire faire passer les intérêts de la Nation avant les siens.

        • 17 Juin 2017 à 10h49

          accenteur dit

          Lecteur 92 “faire son travail pour lequel on est payé”… comme le plupart des individus. Je suis frappée de voir autour de moi des gens honnêtes, intègres qui font leur travail sans voler ou tromper. Il faut quand même le dire.

        • 17 Juin 2017 à 11h14

          Lecteur 92 dit

          @accanteur
          On est d’accord il y a beaucoup de gens honnètes, mais je voulais parler de nos politique dont l’on souhaiterait qu’ils soient, plutôt, des hommes d’Etat.
          Ceux qui ont été élus doivent s’occuper de l’intérêt public et non pas de gérer leur carrière.

    • 16 Juin 2017 à 15h34

      lafronde dit

      Moraliser la vie politique.

      Une commission d’enquête parlementaire serait nécessaire pour évaluer la régularité de l’élection du Sieur Macron à la présidence !

      Il me semble que ni le gouvernement Cazeneuve, ni le président Hollande n’ont garanti les libertés publiques nécessaires à la régularité d’un scrutin national.

      Je vise l’Art. 34 de notre Constitution. Dénommé “Libertés publiques” il stipule “la liberté, le pluralisme et l’indépendance des medias”.

      Le CSA, régulateur de l’Audiovisuel a pour mission de garantir le pluralisme des medias, il ne l’a pas fait pour cette fin de quinquennat. Les chaines privées et publiques ont des obligations sur le pluralisme de l’information, obligations contractuelles qu’elles n’ont pas rempli.

      Or le citoyen est lésé dans ses libertés publiques lorsque le régulateur public de l’audiovisuel est défaillant. Ceci remet en cause la légitimité d’une régulation publique – le marché ferait sans doute mieux – et ensuite la question est posée : “quelle légitimité possède le vainqueur d’une telle campagne ?”

      Différentes enquêtes sont nécessaire – journalistique, universitaire, parlementaire – pour une information complète de l’Opinion publique.

      • 16 Juin 2017 à 15h42

        lafronde dit

        Pour aller plus loin.

        Les arguments qui précèdent remettent en cause la légitimité du CSA – instance politico-mediatique désignée par les dirigeants de l’Etat – et la légitimité du PAF : TV et radio. et a fortiori la légitimité du Service public de l’Audiovisuel.

        Il est clair que la Loi Léotard n’est pas appliqué sur France Inter et France Info, non plus que sur France 2

        La première moralisation à faire est celle des medias audiovisuels !
        Mais l’Exécutif actuel leur doit son élection !

        En fait l’intervention de l’Etat dans les medias permet un système clientéliste. “Echange subventions contre complaisances mediatiques”
        c’est En Marche !

        • 16 Juin 2017 à 20h09

          Don QuiRote dit

          Pour prouver les actes déshonnêtes de la corporation dont vous nous entretenez, il ne suffit pas de mâcher et remâcher les mêmes rancoeurs, il faut avoir un grand jugement et un entendement mûr. Votre esprit ne me semble doté ni de l’un ni de l’autre. D’où je conclus que vos paroles n’ont pas plus de valeur que de la fausse monnaie.

      • 16 Juin 2017 à 19h13

        Caminho dit

        Il ne faut pas oublier ce que les juges et les journalistes ont fait durant le 1er tour. C’est indélébile, infâme.

    • 16 Juin 2017 à 15h28

      L'Ours dit

      S’ils veulent faire un truc utile, qu’ils foutent en l’air cette p. de loi ALUR.

    • 16 Juin 2017 à 14h49

      JeanBart dit

      “Les parlementaires contrôlés comme des employés ? ” Non, comme des responsables de budget. Ca vaut pour tout le monde, dans toutes les organisations humaines.
      Et par qui ? Par eux mêmes. Les parlementaires seront ainsi responsables de leur image. il me semble que de nombreuses professions fonctionnent de la sorte, avec un comité d’éthique ou une chambre. l

    • 16 Juin 2017 à 14h28

      Aristote dit

      Et avec tout ça, Ferrand peut continuer à entuber les sociétaires des mutuelles. Moraliser les mutuelles est plus urgent que moraliser les parlementaires !