Monument sans maures | Causeur

Monument sans maures

La Belgique, esclave de son passé ?

Auteur

Bernard Swysen

Bernard Swysen
est Scénariste-dessinateur

Publié le 15 juin 2011 / Monde

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Qu’il est agréable de déambuler nonchalamment dans le Parc du Cinquantenaire à Bruxelles ; de passer, insignifiante fourmi, sous les imposantes arcades surmontées par un immense quadrige représentant le Brabant – qui n’était pas encore divisé en Brabant-Flamand et Brabant-Wallon ; de flâner parmi les arbres et les monuments à la gloire d’un pays qui fut en son temps l’une des premières puissances économiques mondiales ; de parcourir les riches Musées Royaux d’Art et d’Histoire, le Musée de l’Armée ou même l’Autoworld (le Musée de l’automobile) qui y sont implantés… (Faites-moi penser à réclamer mon obole à l’Office du tourisme !). Et qu’il est doux et rassurant de s’allonger au soleil sur ses fraîches pelouses à regarder glisser de jolis cumulus.

On a l’impression d’être plongé dans un univers immuable. Le promeneur attentif sera pourtant attiré par une imperceptible altération d’un monument érigé en 1921 par Thomas Vinçotte. Intitulé « Les pionniers belges au Congo », affublé d’un écriteau éducatif signalant qu’il doit être compris au regard de la mentalité colonialiste et paternaliste de l’époque – précision utile, même si elle rappelle l’imbécile mise à l’index de Tintin au Congo -, ce monument représente en effet des personnages emblématiques d’un siècle révolu : le roi Léopold II entouré de courageux soldats, une jolie madame congolaise toute nue et ses adorables bambins, un vilain méchant crocodile représentant le fleuve en colère, des gentils missionnaires et gentils explorateurs, un soldat qui se dévoue pour son pauvre chef blessé et enfin un autre soldat se battant contre…Tiens, contre qui ? Mille sabords ! On dirait que le malheureux frappe dans le vide. Ils sont fous ces Belges ! On devine néanmoins une forme assez vague qui semble dessiner un corps allongé.

photo : Marie-Hélène Cingal (Flickr)

Un monument censuré : une première

Pas grave se dit-on, puisqu’une inscription gravée dans la pierre est là pour édifier le promeneur. « L’héroïsme militaire belge anéantit l’ (… ) esclavagiste », peut-on lire. Saperlipopette ! Il manque un mot. Il a été effacé. Et dans les deux langues.

Le mot disparu est « arabe ». Et la statue maladroitement corrigée qui donne l’impression que notre troufion se bat contre des mouches tsé-tsé représentait un marchand d’esclaves portant un turban.

Ce mystérieux évanouissement serait-il dû à la proximité de la grande Mosquée ? En 1967, cet imposant bâtiment, qui fut le « pavillon oriental » de l’Exposition Universelle de Bruxelles de 1880, a été offert par le roi Baudouin au roi Fayçal d’Arabie Saoudite. Lequel s’empressa d’en faire un centre wahhabite où l’on peut aujourd’hui entendre des prêches violents à l’encontre de Bruxelles, capitale des kafirs, c’est-à-dire des impies.

La grande mosquée de Bruxelles. photo : Bernard Swysen

Mais revenons à notre monument « censuré » – ce qui est, me semble-t-il, une première. Un certain Doryad Azefzaf, sorti d’on ne sait où, s’étant plaint auprès du CECLR (Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme) et du MRAX (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie), les ambassades d’Arabie et de Jordanie, ainsi que l’imam de la Mosquée ont exigé, très officiellement, que l’on gomme cette référence au rôle joué par les Arabes dans la traite des Noirs au Congo.

Mettons les pieds dans le plat. La communauté arabo-musulmane serait-elle seule à être dispensée de tout travail de mémoire ? Cette question n’a rien d’« islamophobe », ou alors il faudrait accuser de francophobie toute personne évoquant la Collaboration. À ce compte-là, effaçons le mot « allemand » de nos monuments aux morts pour ne pas froisser Angela Merkel, et rasons les ruines du dôme de Genbaku à Hiroshima, dont la vue chagrine sans doute les Américains.

L’affaire est passée totalement inaperçue, la presse ayant préféré faire profil bas, de peur d’être maraboutée par les mots magiques « padamalgam ! » et « padestigmatisation ! » Je l’avoue, j’ai eu beau mettre tous mes hommes sur le coup, envoyant les plus fins limiers enquêter au sein des ministères et institutions concernés, j’ai fait chou blanc : impossible de savoir qui a autorisé le « maquillage » du monument. Je n’ai pas trouvé sur internet la moindre photo le montrant tel qu’il était avant cette opération de chirurgie politique. Et mes demandes pour reproduire une photo extraite d’un vieux bouquin conservé dans une bibliothèque publique sont restées sans réponse.

La colonisation belge contre l’esclavage

Pour les promeneurs soucieux de vérité historique plutôt que de réconfort mythologique, on me permettra de citer Stanley et Livingstone : « Dans les cent dix-huit villages mentionnés, les Arabes ont fait 3 600 esclaves. Il leur a fallu tuer pour cela 25 000 hommes adultes pour le moins et de plus 1.300 de leurs captifs ont succombé en route au désespoir et à la maladie. Étant donné cette proportion, la capture des 10 000 esclaves par les cinq expéditions d’Arabes n’a pas coûté la vie à moins de 33 000 personnes et encore quels esclaves que ceux que je vois là enchaînés et pour lesquels frères, pères et maris ont répandu leur sang… de faibles femmes, de tout petits enfants…». Et je rappellerai, pour défendre l’honneur de mon pays, que, si dès 1840, des commerçants arabes venus de Zanzibar avaient pénétré les territoires congolais pour y chercher des esclaves, Léopold II n’est devenu le roi de « l’Etat Indépendant du Congo » qu’en 1885 et que dès 1888, « La Société Antiesclavagiste belge » finançait et organisait « les Campagnes de l’État indépendant du Congo » contre les esclavagistes. Cette guerre sanglante s’acheva en 1894 par la victoire des antiesclavagistes. Cette histoire bien connue ne plait visiblement pas à tout le monde. On peut le comprendre : aucune nation, aucun groupe humain n’aime se souvenir de ses turpitudes passées. Ce qui est moins compréhensible, c’est que l’Etat belge ou certains de ses agents aient pu se montrer complaisants avec ceux qui demandent que l’histoire soit réécrite à leur avantage.

Ni l’Occident, ni l’Europe, ni la Belgique ne devraient accepter d’être affublés de la casquette de « méchant universel ». Certes, nous sommes responsables de pas mal de crimes et atrocités du passé. Nous n’en avons pas, loin s’en faut, l’exclusivité. Or, dans l’autocritique – qui dégénère aisément en haine de soi – l’Europe est seule. La Belgique a reconnu l’iniquité de la colonisation et mène sur son passé impérial un réel travail d’analyse et de débats, l’Europe passe son temps à s’excuser de son histoire, oubliant au passage qu’elle a mis fin au fléau esclavagiste et passant par pertes et profits les progrès accomplis, y compris dans ses colonies. En revanche, les traites interafricaines – que la loi Taubira passe soigneusement sous silence en France – ont tout simplement disparu : il faut croire qu’elles ne cadrent pas avec le récit binaire que l’on appelle aujourd’hui « histoire ».

En attendant, chers amis, dépêchez-vous d’aller place Royale à Bruxelles voir la statue équestre de Godefroy de Bouillon, premier souverain chrétien de Jérusalem. Ses jours sont peut-être comptés, des élus municipaux suggérant qu’on la remplace par un symbole de « tolérance religieuse » afin que « Bruxelles, capitale de l’Europe, puisse utilement adresser un geste d’amitié au monde musulman ». Moi, mes amis, je leur dis la vérité, même quand elle n’est marrante ni pour moi, ni pour eux. Notons que les mêmes élus réclament la disparition du monument érigé à la mémoire des victimes du génocide arménien.

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    • 19 Juin 2011 à 23h15

      didier H dit

      @Pirate

      on est d’accord sur l’essentiel: pas de compétition dans l’horreur et pas de guerre des mémoires. 

    • 19 Juin 2011 à 20h39

      skardanelli dit

      Salut Expat, cette blague-ci est détestable, mais comme disait bwana Sophie le la fut donné avec Tintin.

    • 19 Juin 2011 à 20h33

      rackam dit

      Sorry, expat, je maintiens RON Paul
      http://www.ronpaul2012.net/ 

      • 19 Juin 2011 à 20h40

        expat dit

        Et moi RAND (son fils) et pas aussi goofy http://paul.senate.gov/

    • 19 Juin 2011 à 20h33

      expat dit

      Zut c’est parti trop vite ! Toutes ces blagues ! En tout cas merci à Bernard pour cet article qui illustre BEAUCOUP de choses néfastes qui opèrent aujourd’hui, surtout dans la ‘mainstream media’.  

    • 19 Juin 2011 à 20h33

      pirate dit

      Mon cher Didier H il y a deux choses diamétralement différente, d’une part inviter au débat sur un sujet mal connus, et utiliser ce même sujet pour opposer une horreur contre une autre, mais pas seulement, réduire ad nominem la première sur la seconde. Par exemple dire “ah la la un million de blanc réduit en esclavage par ces saletés d’arabes c’est quand même pire que 800.000 noirs qui en plus aujourd’hui nous la ramène sur le Code Noir et les caprices de Napoléon.
      Opposer une doxa par une autre c’est comme de mutiler un monument pour satisfaire le ministère de la Vérité. C’est Big brother soft où on refabrique l’histoire à l’aune de ses sentiments délétères.

      • 19 Juin 2011 à 20h34

        expat dit

        Hello Pirate, rien compris à ton poste, désolée. 

    • 19 Juin 2011 à 20h30

      expat dit

      Salut Skarda, ça va ? Toutes ces

    • 19 Juin 2011 à 20h29

      expat dit

      Ou Michelle Bachmann. Elle tient la route aussi je pense mais mon préfèré c’est Chris Christie. But he won’t run. Zut.  

    • 19 Juin 2011 à 20h29

      skardanelli dit

      Mauredieu Rackam un feu de Saint-Elme ne saurait faire frémir un vrai pirate !

    • 19 Juin 2011 à 20h26

      expat dit

      @ Rackam : non non non. RAND Paul. 

    • 19 Juin 2011 à 20h12

      didier H dit

      @Expat

      il ne nous reste plus que l’humour. La presse belge se tait dans toutes les langues. Je pourrais multiplier les exemples de petits renoncements qui, lorsque vous les accumulez, peuvent être assimilés à une capitulation en rase campagne. Personnellement, j’ai bien profité de l’existence et de la liberté d’expression, des acquis de notre civilisation et j’ai pu construire une vie de famille sans la menace d’une quelconque oppression morale religieuse. C’est pour ceux qui nous suivent que je crains le pire. On en a déjà assez des menaces qui pèsent sur notre économie et notre vie professionnelle pour qu’on y ajoute celle d’un obscurantisme négationniste, assassin et qui conçoit le monde en mode binaire: les élus et une sous-humanité de dhimmis et d’esclaves. J’espère simplement me tromper et que nous aurons la dignité de réagir avec la force et les moyens de notre humanisme.

      • 19 Juin 2011 à 20h21

        expat dit

        @ didier H : vous prêchez à une convaincue. Je suis d’accord avec vous. En même temps, étant libertarian, je suis sure que si l’état ‘got out of the way’ tous ces problèmes se régleront par eux mêmes. Mais bon, malheureusement l’etat ne va jamais s’éclipser.  

    • 19 Juin 2011 à 19h10

      expat dit

      Aie ! C’est de l’humour Belge ? Sinon bonjour à Guinièvre et entièrement d’accord avec vous. Belle analyse !

    • 19 Juin 2011 à 19h00

      didier H dit

      @Rackam

      ils ont pris le Maure aux dents. 

      • 19 Juin 2011 à 19h24

        rackam dit

        A moins que les arabes effacés aient enrichi un négrier moderne.
        Qui fait sa galette de sarrasins. 

    • 19 Juin 2011 à 18h46

      rackam dit

      Il suffit parfois d’un éclair et le fil est comme foudroyé.
      Sous quel arbre se sont réfugié les  mômes qui jouaient ici il y a encore peu de temps? L’orage les a mis en fuite; mauretris, mauretifiés, maures de peur ils se cachent…