Montluçon: qu’elle était verte ma friche industrielle | Causeur

Montluçon: qu’elle était verte ma friche industrielle

Reportage autour des campagnes perdues de la République

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 28 mai 2016 / Économie Politique Société

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Naguère haut lieu de l'industrie, Montluçon s'est vidée de ses usines. Mais à cause des terrains ultrapollués,la population continue de polluer le prix du progrès.
montlucon industrie dunlop landis

Photo : Pierre Gleizes/REA.

« Avec moi, c’est soit le nirvana, soit Montluçon », lance un dragueur lourdingue. Et sa proie de lui répondre aussi sec : « T’as plutôt une gueule à venir de Montluçon que du nirvana »1 Cette scène de cinéma prête à rire pour quiconque connaît la ville du Bourbonnais, passée en quelques décennies de fleuron industriel à mouroir pour retraités.

Un soir de février, devant une assemblée de cheveux blancs ou grisonnants, le conférencier de la Société des amis de Montluçon retrace l’âge d’or de « la Manchester de la France ». L’historien du dimanche ironise : « À chaque friche industrielle sa zone commerciale. À l’emplacement de l’ancienne forge Saint-Jacques, La Fonderie n’est plus que le nom du restaurant de l’hôtel ! » En langage marxiste, on dirait que le « capitalisme de la séduction » (Michel Clouscard) a supplanté le bon vieux productivisme de papa. Mais nous y reviendrons.

Dans la salle comble, le public boit du petit-lait. Il fut un temps où la déesse Industrie et Progrès avait élu domicile dans l’Allier. Au faîte de la révolution industrielle, Montluçon tirait orgueil de sa proximité avec les gisements de matières premières (minerai de fer du Berry, houille du Bourbonnais), tant et si bien qu’en 1840 l’État fit percer une voie navigable artificielle – le canal de Berry – pour faciliter la circulation des marchandises.

Pionnière de l’industrie (métallurgie, chimie, caoutchouc), Montluçon a aussi été précurseur de la désindustrialisation.

[...]

  1. Extrait du nanar culte 4 garçons pleins d’avenir (1997), écrit et réalisé par notre chroniqueur Jean-Paul Lilienfeld.

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    publié dans le Magazine Causeur n° 94 - Mai 2016

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    • 30 Mai 2016 à 9h57

      Habemousse dit

      Otez lui son école de Gendarmerie, la plus grande de France il me semble, et cette ville redevient un trou perdu, comme Vierzon, un autre ex-ancien bastion communiste, qui, à son image, n’est plus que ruine après une cure à la faucille et au marteau, dont les résultats vous amaigrissent pour toujours.

    • 30 Mai 2016 à 6h01

      thierryV dit

      Montluçon c’est la porte de la creuse. Une sorte de basculement dans le vrai sud. Cité de la croisée des chemins près de laquelle passait une voie romaine importante venant de Bourges .
      Quand au canal du Berry, des son abandon, il fut saccagé, bouche par endroit . De gabarit trop étroit il n’a pu survivre et vanter son emplacement lui aussi central. L’histoire de ce canal c’est un peut celle des tramways de notre pays . Supprimés sur l’hôtel du progrès et reconstruit sur l’hôtel du progrès. Une logique que nous reproduisons dans bien des domaines .
      Combien savent que dans leur villages passaient parfois des tramways longeant les roues et pénétrant jusque sur les places dans un nuages de fumée ?
      Nous mourront coupables d’avoir cru qu’en dehors de notre présent le monde n’existait plus  

    • 29 Mai 2016 à 9h54

      bea33 dit

      Je suis passé dans le coin il y a quelques semaines. Des petites routes surchargées de camions en transit et au bord des tas de maisons fermées d’une tristesse sans égal.

    • 29 Mai 2016 à 4h30

      thierryV dit

      Cela fait un certain temps déjà que nous industries lourdes ferment. On aurait pu penser que cela engendre un certain réalisme. Que cela nous aide à faire le point sur les contraintes incontournables de la compétition commerciale . Eh bien non ! On en est toujours à s’indigner des fermetures et à en refuser les conséquences . 
      Cet aveuglément d’ancien peuple besogneux nous conduit à la disparition et nous empêche d’accepter de partager.
      Car en fait c’est note propre confort qui est en cause . Nous refusons de l’adapter et de nous adapter. Les asiatiques, eux, n’en ont rien à faire…