Montebourg: vous reprendrez bien un peu de “redressement”? | Causeur

Montebourg: vous reprendrez bien un peu de “redressement”?

Made in France, VIe République et ban bourguignon

Auteur

David Desgouilles

David Desgouilles
Blogueur et romancier. Prochain roman à paraître : janvier 2017, aux Editions du Rocher.

Publié le 22 août 2016 / Politique

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(Photo : SIPA.00768770_000001)

Frangy-en-Bresse, dimanche 21 août 2016, vers 17h00 – François Kalfon, qui n’a guère quitté Arnaud Montebourg en cette nouvelle édition de la Fête de la rose, peste au pied du podium. Il s’agace parce que ceux qui précèdent l’ex-ministre de l’Economie à la tribune sont trop lents. Il ne veut pas que l’annonce de la candidature passe à la trappe des chaînes d’info. Il n’y a pourtant guère de suspense.

Depuis son appel du Mont-Beuvray, dans un autre coin de la Bourgogne, on sait que le traditionnel rendez-vous de Frangy sera l’occasion pour Arnaud Montebourg de se lancer dans la bataille présidentielle. Devant une grosse assistance – on disait hier que la Fête de la rose avait battu son record de participants, établi en 2006 lors de la visite de Ségolène Royal, mais aussi une belle flopée de journalistes, l’ancien député local a bien tenu sa promesse. Il s’est lancé. Pas dans la primaire. A l’élection présidentielle. La nuance est de taille.

En novembre 2010, dans la même commune, il avait dit son intention d’être «candidat à la primaire » de 2011. Cette fois, il a prononcé les mots suivants : « Je suis candidat à la présidence de la République française ». Il n’a pas prononcé le mot « primaire ». Aux journalistes, il précise qu’il décidera de passer ou non par la case primaire si et seulement si les conditions sont réunies pour qu’elle soit « loyale ». Un nombre de bureaux de vote similaire à celui de 2011, et un Premier secrétaire neutre. Le PS a-t-il aujourd’hui assez de militants pour jouer le rôle d’assesseurs de 10 000 bureaux de vote ? Beaucoup en doutent. Quant à la seconde demande, elle nous arrache un sourire. Camba neutre ? Camba remplacé ? La barre est haute. Montebourg met la pression. Il ne veut pas participer à une compétition taillée sur mesure pour Hollande. Et comme il a le sentiment, sans doute justifié, qu’elle le sera si le président choisit d’être candidat, on comprend qu’il sera directement candidat au premier tour si Hollande ne renonce pas ; et que la primaire sera le meilleur terrain de jeu pour battre un éventuel remplaçant, Valls ou Macron. Alors Montebourg développe son « Projet France ».

Inspiré du « gaullisme social »

Car il nous dit aller à la rencontre de tous les Français. Cela tombe bien, ledit projet est « socialiste, mais pas seulement ». Il doit aussi affirmer « une conviction écologique », puiser « son inspiration dans les sources du gaullisme social », être « républicain », « volontariste » et « de gauche ». Il doit surtout être « audacieux », « unificateur » et « patriotique ».

La première partie de son propos, consacrée aux raisons de sa candidature ressemble à un réquisitoire des quatre années de François Hollande au pouvoir. Montebourg dit « en prendre sa part », n’ayant pas réussi à « infléchir, corriger, convaincre » à l’intérieur du gouvernement lors des deux premières années, celles où il fut quand même un pilier du dispositif Hollande. Il y a deux ans sur ce même stade de Frangy, Arnaud Montebourg proposait d’envoyer au président de la « cuvée du redressement » ; aujourd’hui, il l’invite à prendre conscience que les Français ne veulent pas de sa candidature.

Puis il développe longuement son projet qui doit venir à bout des périls présents et à venir : austérité, attaques terroristes, dislocation de l’Europe, dérèglement climatique, discrédit du système politique. Montebourg veut « organiser le retour de la France ». Il a un programme de redécollage de l’économie française à base de soutien sans faille au « Made in France », assurance-vie mobilisée pour les PME, marchés publics réservés à celles qui travaillent sur le sol national (à hauteur de 80%). Et il prévient : la Commission européenne s’opposera certainement à ses mesures. Il n’en a cure. Il préfère payer les amendes. Le redémarrage de l’économie française est à ce prix. Tiens, pourquoi les payer, les amendes, au fait ? Car Montebourg veut un Etat fort, il souhaite une relance budgétaire massive et pourquoi pas des nationalisations, que pratiquent des pays « même les plus libéraux », « un outil de souveraineté à utiliser avec tact et mesure lorsqu’une Nation veut se faire respecter ».

Face au terrorisme, Montebourg dégaine son service national, militaire ou civil et obligatoire pour tous les « jeunes gens, hommes et femmes, enfants de riche ou de pauvre, traités sur un pied d’égalité ». Tous ces jeunes gens permettraient de soulager les militaires professionnels et les policiers. Et ce nouveau service serait un meilleur service rendu à la cohésion nationale que « le concours Lépine des surenchères dangereuses pour nos libertés, au point de réclamer un camp d’arrestations sur simple soupçon administratif, un Guantanamo à la française, dérisoires [relevant] de la politique-spectacle, [ouvrant] la porte à l’arbitraire qui se retournerait contre nous ».

Fin du 49.3 et retour au septennat

Sur le terrain institutionnel, Montebourg continue de préconiser une nouvelle République « qu’on pourrait appeler VIe » : fin du 49.3 sauf sur le budget, la moitié des sénateurs tirés au sort, suppression d’autorités administratives indépendantes et rétablissement du septennat, qui ne serait pas renouvelable. A l’annonce de cette dernière proposition, je souris. Un militant montebourgien me demande pourquoi. Je lui réponds que je fais partie de la petite minorité ayant voté « non » à l’établissement du quinquennat, et que je trouve ça plutôt drôle. Beau joueur, le militant sourit à son tour. Pas sûr qu’il n’applaudisse pas une mesure qui condamne son vote d’il y a seize ans…

Et l’Europe, dans tout ça ? Montebourg est là le plus offensif. Cette partie du discours est la plus applaudie : suppression unilatérale de la directive « travailleurs détachés », « obtenir des Français un mandat non négociable, inflexible et irréfragable de dépassement des Traités dans l’intérêt général européen et dans l’intérêt national de la France », gouvernement économique de la zone Euro sous le contrôle démocratique d’un Parlement, redistribuer « les pouvoirs entre la souveraineté partagée avec les Européens et la souveraineté nationale reconstituée », limiter la production de normes provenant de la Commission. Mais Arnaud Montebourg ne nous dit pas ce qu’il ferait si nos partenaires refusaient cette nouvelle façon de faire l’Europe. Sur l’euro avec l’Allemagne, notamment. A ce sujet, dans l’entretien informel qu’il a accordé à la presse après le discours, on lui citera les propos de Joseph Stiglitz, économiste qui fait partie de ses références habituelles. Le prix Nobel d’économie préconise le démontage « en douceur » de la monnaie unique. Alors pourquoi ne pas l’assumer aussi lui-même ? Montebourg a lu le livre en entier ; il explique que Stiglitz propose un euro du Nord et un euro du Sud. On le sent plutôt ouvert voire enthousiaste à cette mesure naguère proposée par l’économiste français Christian Saint-Etienne. Dommage que ce ne soit pas dans le discours et seulement dans un entretien sans micros ni caméras.

La Fête de la rose se termine. François Kalfon peut être content : BFM TV a pu diffuser le discours en direct. On sent que Montebourg veut se montrer moins fantasque, davantage sur la réserve, avec un style plus présidentiel. Il parle moins fort quand il déambule entre les tables et interpelle les vieux amis. Il n’est pas le grand ordonnateur du fameux « ban bourguignon ». Il parle moins fort mais il ne doute toujours de rien : les parrainages pour la présidentielle, le financement de la campagne, tout ça les doigts dans le nez. Frangy a parlé : Montebourg est là, et Montebourg est toujours Montebourg.

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    • 24 Août 2016 à 15h11

      player210 dit

      Bonjour,
      J’ai retenu une phrase de son discours. L’école produit des “travailleurs prêts à travailler et des consommateurs prêts à consommer”. Derrière cette phrase deux choses sont surprenantes, les adultes instruits ne sont que entités vivantes au service de l’économie et de la société. Et l’école, loin d’être au service de l’accomplissement personnel, c’est juste un lieu de dressage. La gauche de M. Montebourg ne semble pas très soucieuse de la liberté individuelle. C’est un euphémisme.

    • 24 Août 2016 à 13h38

      la pie qui déchante dit

      et de toutes manières , s’il veut se rapprocher de l’ineffable Hamon , il faut un redressement avant d’effectuer une jonction , c’est bien connu …

    • 24 Août 2016 à 6h03

      la pie qui déchante dit

      Montebourg a toutes ses chances:

      Il est beau beau beau ….

    • 23 Août 2016 à 18h50

      QUIDAM II dit

      Montebourg, Macron… ou la “peopelisation” des candidatures sur un champ politico-médiatique devenu l’espace privilégié d’expansion de narcissismes exacerbés.
      Et la gauche, dans tout cela ?… comme aurait questionné feu Jacques Chancel. 

    • 23 Août 2016 à 13h57

      nico dit

      Ces oligarques autosatisfaits incarnent jusqu’à la caricature ce qu’est devenue la classe politique, ce ramassis de notables impotents, d’apparatchiks ringards, de paresseux de l’esprit formatés jusqu’à l’os, incapables d’articuler autre chose que le prêt-à-penser routinier et gâteux dont on leur a farci le crâne à Sciences po ou à l’ENA et qui, depuis, leur garantit une « respectabilité » médiatique (chacun ses valeurs) et un joli train de vie.
      L’homme politique contemporain est un illettré. Il ne lit jamais, sinon des prompteurs. Il n’écrit rien, sinon des communiqués de presse — rédigés par ses assistants. Il n’a pas de vocabulaire, il a des éléments de langage. Il n’a pas de pensée, il a un programme. Pas d’éloquence, mais des petites phrases. Pas de repartie, mais des sarcasmes. Pas d’arguments, mais des insultes. Toujours les mêmes.Depuis trente ans.
      http://les-minuscules.blogspot.fr/2016/02/lultraliberalisme-en-une-minute.html
      Nl

      • 23 Août 2016 à 22h05

        expz dit

        Exact,nous vivons une époque moderne,vulgaire et surtout médiatique:”faire simple”,”aller à l’essentiel”,”toucher le plus grand nombre”avec un temps minimal…Mais sauriez-vous citer quelques exemples d’hommes politiques qui trouveraient “grâce” à vos yeux?Pensez-vous ,alors qu’ils convaincraient aujourd’hui?

    • 23 Août 2016 à 11h02

      beornottobe dit

      MONTEBOURG??????? est le digne représentant des différentes gauches!

    • 23 Août 2016 à 10h36

      adadaf dit

      Montebourg, Montebourg … C’est pas celui qui a fait un service militaire de planqué en 85/86 à rédiger les discours d’inauguration des chrysanthèmes d’André Giraud, ministre de la défense giscardien de l’époque ? C’est pas aussi celui qui s’est fait recaler à l’ENA en obtenant un magnifique 3 sur 20 à l’épreuve de droit ?

      • 23 Août 2016 à 11h10

        Flo dit

        Je ne porte pas spécialement Montebourg dans mon cœur , je le prends pour un beau parleur. Mais perso, je me fous qu’il ait eu 3/20 en droit à l’ENA. Cela n’a rien d’un critère. Quant à son service militaire de planqué, cela ne m’étonne pas :-D. Cela dit, son argument est qu’il faut redresser la France moralement en demandant à chacun de participer à sa défense. Ce n’est pas idiot en soi.

    • 23 Août 2016 à 10h30

      Flo dit

      Je l’ai entendu ce matin à la radio. Il est bon. Je sais que c’est un beau parleur mais il met les pieds dans le plat et ce n’est pas désagréable.

      Ce qu’il dit sur les PME est très intéressant. Pareil pour l’UE.

      • 23 Août 2016 à 10h30

        Flo dit

        Même sur le service militaire sur lequel je ne suis pas d’accord, il a des arguments valables.

    • 23 Août 2016 à 8h17

      QUIDAM II dit

      Beau gosse, bourreau des coeurs passant bien à la télé (surtout en tricot rayé) notre sémillant ex-ministre a bien voulu quitter sa pantoufle d’IKEA pour “redresser” la France.
      Nul doute que “le peuple de gauche” lui en sera éperdument reconnaissant et lui donnera quelques pour-cents qu’il pourra chèrement négocier. 

    • 23 Août 2016 à 1h20

      Warboi dit

      Mélenchon, Monteborg, Macron, les trois M de la gauche vont se présenter hors primaire. A quoi sert-elle encore ? A désigner Hollande qui fera 12% ?
      Mais qu’on cesse cette mascarade. La gauche va passer son tour.

      • 23 Août 2016 à 1h28

        eclair dit

        lol

        montebourg essaie juste de peser pour avoir un poids aux legislatives de 2017.

        macron lui se positionne pour 2022.

        melenchon il n’est pas au PS.

      • 23 Août 2016 à 3h08

        beornottobe dit

        “M”….???? comme manche? (bon à rien)

      • 23 Août 2016 à 8h51

        expz dit

        Bonjour Warboi,elle sert à créer de l’occupation médiatique en organisant des débats artificiels,cette stratégie ayant pleinement fonctionné en 2011 pour le P.S.
        Je pense ,au contraire, à une alliance tacite PS-FNG-FN contre la droite activant les peurs et angoisses antilibérales des Français.C’est le problème de l’UMP:quel est son adversaire principal? Qui faut-il attaquer?Comment garder son centre sans perdre sa droite?