Monsieur le Président, présidez !
L’orthodoxie budgétaire n’est pas une politique
Publié le 07 mai 2010 à 6:00 dans Politique
Mots-clés : Nicolas Sarkozy

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Photo Flickr / france.diplomatie
“Mi 2011, on aura fait passer toutes les réformes. Après, on ne fera que de la politique”. Ces propos tenus par Nicolas Sarkozy aux députés UMP au cours d’une séance de câlinage ont tout d’un aveu inconscient. Alors, on voit bien ce qu’il a voulu dire : le boulot sérieux et les mesures impopulaires maintenant, la bagarre électorale avec son cortège de coups plus ou moins bas et de promesses qui engageront ceux qui y croiront ensuite. Sauf que, Monsieur le président, les mots parlent. Vous n’avez pas été élu pour être un “entrepreneur en élection”, formule que j’emprunte à Marcel Gauchet, mais, précisément, pour faire de la politique. Beaucoup de verbe, souvent flamboyant, peu d’action : même pour ceux qui ne vous rendent pas responsable de tous les malheurs de la France et de l’Europe, le compte n’y est pas.
Mettez les pieds dans le plat bruxellois !
Faire de la politique, mais encore, me direz-vous ? Cela signifie reprendre la main, et pour commencer, faire taire tous ceux qui vous susurrent qu’on ne peut rien faire. Vous avez choisi, avec la loi sur le voile intégral, de ne pas suivre les conseils du Conseil d’Etat et de braver la réprobation médiatique, fort bien. Mais faire de la politique aujourd’hui, c’est peut-être prendre le risque d’irriter les Allemands, d’affoler les marchés et de réveiller Jean-Claude Trichet – encore qu’il serait peut-être préférable de le laisser dormir.
Faire de la politique, c’est avoir le courage de mettre les pieds dans le plat bruxellois et de dire que cette usine à gaz ne marche pas. Faire de la politique, c’est exiger qu’on cesse de torturer les peuples avec l’euro, comme le dit Emmanuel Todd.
Faire de la politique, ce n’est certainement pas se raconter, comme vous le faites avec madame Merkel, qu’on va créer un super-Etat auquel on délèguera le budget après avoir renoncé à l’arme monétaire. Faire de la politique, ce n’est pas nous offrir comme unique horizon de rentrer dans l’épure pré-dessinée des 3% de déficit – surtout quand vous savez que cet objectif, qui n’a pas grand sens dans la période que nous vivons, est, par surcroît, parfaitement irréaliste. Faire de la politique, c’est affronter le réel et le réel nous dit que tous les bons sentiments et pieuses proclamations européennes ne suffisent pas à faire disparaître les rapports de force et les divergences d’intérêts entre les vieux pays que nous sommes.
Sous prétexte de nous protéger de la guerre, ce qui est fort louable, l’Europe interdit en vérité l’expression de tout conflit, prétendant nous faire marcher du même pas d’Oslo à Athènes. Or, la politique, c’est le conflit mais aussi et par là-même la possibilité de sa résolution pacifique. Personne ne vous demande de faire sauter la baraque à coups de cocktails Molotov. Entre nations civilisées, on doit pouvoir négocier, faire des compromis et même, aller ensemble à l’épreuve de force. Ces fameux et étranges marchés qui semblent être devenus nos vrais dirigeants savent désormais que l’Europe est un ventre mou qui, justement, ne fait pas de politique. Aux Etats, donc à vous, de leur montrer qui sont les patrons. Faites leur la guerre avec leurs armes, ruinez quelques traders et banquiers indélicats, obligez la Banque centrale européenne à jeter son poids financier dans la bataille – c’est sur notre travail à tous qu’est gagé l’euro qu’elle défend avec des mines de veuve jalouse. S’il le faut, empruntez-leur l’argent qui les mettra à genoux. Ou alors, monsieur le Président, confiez-leur les clés et prenez du bon temps. Avec Madame Merkel si ça vous chante.
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L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
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Clapclapclap dit
Accusé Clinton de tous les maux est devenu un leitmotiv, particulièrement chez les Républicains. En Europe continentale, le parti Démocrate serait classé comme parti de droite.
Clinton a lancé (ou approuvé) un programme d’aide à l’accession à la propriété à destination des classes moyennes. Mais ce sont les Républicains qui ont déréglementé les prêts. On a reproché à Clinton de n’avoir pas mis son véto. Mais faisait face à un veto-proof, la loi serait donc passée. C’est vrai que pour le symbole… Mais qu’ont fait les Républicains de leur côté pendant huit ans ? Rien. Dès 2006, certains signaux auraient dû les alerter. Still nothing.
Ce que je reprocherais plutôt à Clinton, c’est l’abrogation du Glass-Steagal Act. Il est vrai qu’il fuyait de toute part (que voulez-vous, dans des sociétés fondées sur l’agôn, le plus sûr moyen de l’emporter, c’est contourner la règle du jeu), mais aurait du être remplacé par une version plus évoluée.
Saul dit
l’ europe n’ est qu’ une illusion…
honnie par tous…
expat dit
@ valentin fiumefreddo : woah ! super vos peintres !
valentin fiumefreddo dit
Le super Etat existe déjà et restera là. Ce n’est pas l’Euro qui ne correspond pas à la réalité économique de l’Europe, mais les petits Etats souverains, structures inutiles, ruineuses et qui ont failli tuer l’Europe et sa civilisation par trois fois. Avoir 16 monnaies pour 16 pays dont certains on la taille de trois départements français était une aberration dont nos enfants nés en 1998 rigolent déjà. Des frontières entre ces pays étaient aussi une aberration. Je n’ai aucune envie de changer à nouveau trois fois de monnaie pour aller à Aix la chapelle, que je ne peux par ailleurs absolument pas considérer comme l’étranger.
Non, vraiment, depuis le traité de Verdun, tout fout le camp…
Marie dit
@expat merci je vais transmettre au commentateur .
turbo 22 dit
@Saul
Bonjour,
Merci pour le tuyau.
expat dit
@ Marie : l’article ; excellent “Il ne faut tout de même pas oublier que ce ne sont ni les banques, ni les spéculateurs qui ont inventé les subprimes, c’est Bill Clinton un homme de gauche qui le premier a engagé cette politique.”
Marie dit
@Memento Moulod
L’orthodoxie budgétaire n’est pas une politique”, comme Sarkozy n’est pas un président, ça tombe bien, non ?
Et bien voila un article à lire…
http://www.saladelle.fr/?p=6442
Saul dit
Turbo 22,
“Je ne sais pas si causeur peut, avec mon accord, vous transmettre mon adresse Email, si oui, je leur en donne ici l’autorisation.”
allez dans la rubrique “Contact” ( en bas de page ), choisissez en destinataire “administrateur” et laissez votre demande ( type “pourriez vous donner mon adresses mail à…” )
en général ça marche
turbo 22 dit
Chere Claudine,
Je suis desole. Je suis deja reparti a Beyrouth.
J’avoue ne pas avoir ouvert causeur lorsque j’etais chez moi avec ma famille a Ploubazlanec.
Je pense revenir fin juillet/debut aout pour une quinzaine de jour.
Je ne manquerai pas, cette fois, de vous donner rendez-vous a l’Epoque sur le port.
Je ne sais pas si causeur peut, avec mon accord, vous transmettre mon adresse Email, si oui, je leur en donne ici l’autorisation.
Claudine dit
@Turbo 22
Je vous cherchais sur tous les fils depuis quelques jours. Etes-vous près de mon caillou ? Je comptais vraiment partager une galette avec vous ( pas de celles dont vous causez ici-même hélas, l’autre…) mais je suis absente. Quand repartez-vous?
Sophie dit
expat dit :
7 mai 2010 à 17:51
@Sophie : avec plaisir, lors d’un déj ?
D’acc! Mais à l’eau pétillante, alors.
fatback dit
@ expat (17:51)
Warren reste le meilleur :)
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@ Florence (18:35)
On s’amuse comme on peut…
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@ Aristote (18:35)
Très juste. Mais en l’absence d’un homme nouveau et vertueux, nous devrions quand même réfléchir aux incitations :)
fatback dit
Odilon,
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En fait, dans ce système on ne peut pas exécuter d’ordre au marché. Au delà de l’exemple de l’odre à $1, le simple fait qu’il soit possible qu’un panier d’ordre soit intégralement composé d’ordres au marché (auquel cas il vous est impossible de déterminer le prix d’exercice) vous interdit d’accepter ce type d’ordres.
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Même chose pour des ordres assortis d’une limite. Par exemple :
(1) Vente de 100 à $109 minimum
(2) Achat de 100 à $110 maximum
La seule chose que vous savez c’est que le prix se situe entre $109 et $110… Mais vous ne pouvez pas le déterminer… Sauf éventuellement à faire une moyenne pondérée des volumes mais ça n’est pas très propre comme solution.
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Les seuls ordres que vous pouvez accepter à coup sûr sont les ordres fermes (achat de 100 à $100) mais là, vous avez un autre problème :
(1) Achat de 100 à $109
(2) Achat de 100 à $110.5
(3) Vente de 100 à $110
(4) Vente de 100 à $111
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Bug :)
Aymenon dit
La tiers-mondisation est en marche, rien n’est fait aujourd’hui pour l’empêcher!
Aymenon dit
“Le néolibéralisme n’est pas une affaire de principes mais d’intérêts ; les règles recouvrent donc des desseins beaucoup plus pesants et sacrés que les principes affichés. On va le vérifier dans les mois et les années à venir.”
Gérard Duménil et Dominique Levy, août 2008.
Aymenon dit
La finance est sensée être au service de l’économie. Aujourd’hui, comme avant la crise de 1929, ce n’ést pas le cas.
Aymenon dit
“remplacer les requins de la finance par de vertueux fonctionnaires”.
Aymenon dit
Aristote, le b-a-ba c’est que la nouvelle hégémonie de la finance est destructeur. Il s’agit d’un énorme problème parmi d’autres. Je ne vois pas où il y a écrit qu’il faut “remplacer les requins de la finance” par de vertueux fonctionnaires. Des mesures contraignantes sont nécessaires.
Aristote dit
@ Aymenon
La plupart de vos suggestions sont éminemment discutables. La taxe Tobin ne serait pas payée par les actionnaires des banques, mais par leurs déposants et/ou leurs emprunteurs, c’est le ba.ba de l’économie.
Le problème massif du système financier, déjà noté à propos des agences de notation, c’est la grande difficulté qu’il y a à aligner les intérêts des “financiers” avec ceux de leurs actionnaires ou des clients. Un trader qui prend des risques gagne un gros bonus s’il gagne, mais s’il perd, il perd son job, pas les millions qu’il a fait perdre à la banque. Oui, mais son patron peut le surveiller. Certes, mais le PdG est dans la même position que le trader : gros bonus si la banque est très rentable, mais ce sont les actionnaires qui essuient les pertes, et si vraiment cela va très mal, les contribuables !
Il y a beaucoup à réfléchir dans ce domaine. Mais l’illusion qu’il ne faut pas avoir, c’est que la solution est de remplacer les requins de la finance par de vertueux fonctionnaires. Dans tous les systèmes “étatisés”, la corruption gangrène vite tout.
En fait, aucun système ne peut fonctionner sans un minimum de vertu “vraie”, de souci de ses responsabilités qui va au-delà du légal, de la réglementation, etc.
Benoît XVI est mal vu ces temps-ci, mais son Encyclique Caritas in Veritate est ici profondément lucide.