“Mon rire est une pensée”
Entretien avec Philippe Muray
Publié le 01 septembre 2010 à 10:32 dans Culture
Mots-clés : Entretien, Philippe Muray

Philippe Muray
Vos Exorcismes spirituels sont des recueils de textes et entretiens parus dans la presse ou les revues littéraires qui définissent une vision du monde. Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous la résumer ?
Il y a près d’une quinzaine d’années maintenant, sur une société qui s’annonçait toute nouvelle, mais que la plupart décrivaient encore à l’aide de fragments de théories dont ils ne voyaient même pas qu’étant devenus obsolètes ils n’expliquaient plus rien, j’ai résolu d’essayer de porter de nouveaux éclairages. Mon but était − est toujours − de dresser le tableau de l’époque qui commence, de le faire le plus précisément et le plus agressivement que je pourrais ; et, à l’espèce de mort qui commençait à vivre joyeusement et globalement sous mes yeux une vie humaine, d’apporter une réponse, une riposte à la hauteur de ses hallucinantes gesticulations.
Je l’ai fait à partir de quelques thèses simples (identification forcenée du monde au Bien, fin de l’Histoire comme catastrophe déjà advenue, festivisation généralisée de l’humanité, loi comme bras armé de la morale, acharnement judiciariste comme compensation rageuse au désastre des existences particulières, maternification délirante élevée sur les ruines de la différence sexuelle, nouvelle police de la pensée, rébellion bidon, dérangeance en livrée de valet de chambre, etc.).
Je l’ai également fait en utilisant divers genres : essai, chronique, critique littéraire, roman, et maintenant aussi nouvelles ou poésie. J’ai essayé que mon constat, de toute façon, et quelle que soit la forme qu’il prenait, ne soit jamais triste. De ce point de vue, il est curieux que mes ennemis aient parfois parlé à mon propos d’“attitude déplorative” : sans doute ne parvenaient-ils pas à rire de ce que je disais, et c’est pourtant ce qu’ils auraient dû faire plutôt que de bavarder à côté ; car s’ils avaient ri, ils auraient aussi compris que mon rire est en même temps une pensée.
[...]
Cet article a été publié dans Causeur magazine n°27 – septembre 2010
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Causeur n° 27Septembre 2010

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laborie dit
Sur le fond et le long terme MURAY avait raison quand il faisait l’équation suivante: quelques milliards de dollars au complexe militaro-industriel contre des centaines de milliers de morts civils et militaires irakiens. Décréter par les armes la Démocratie n’a pas plus de sens aujourd’hui qu’hier…
En revanche l’équilibre des marchés pétroliers a été favorablement modifié en faveur des pays occidentaux.
laborie dit
…/…
Belle analyse sur ” l’envie de pénal”..mais ça manque de cul, Muray. Il aurait dû analyser l’envie de pénis qui est le grand sujet refoulé de notre époque, ce qui n’a rien à voir avec le porno comme le dit si bien Houllebecq.
Un espoir peut-être du côté ” de “Chignon”??
zenaztec dit
Benjamin
Je voulais dire au niveau des commentaires
VieuxPassage dit
Muray n’est jamais aussi bon que lorsqu’il tape sur la grande faillite sociale d’une société devenue radicalement infantile. Quant à son analyse de politique internationale, deux semaines après le début de la seconde guerre d’Irak, elle m’apparaît plus marquée par un ultime hoquet d’anti-américanisme instinctif (qui ne peut que surprendre chez un esprit aussi libre) que par une lucidité à long terme dont on commence seulement à voir apparaître, peut-être, les premiers résultats positifs.
Cela dit, ayez toujours à portée de la main le très libérateur Festivus Festivus qui, vous indiquant toujours le Grand Nord , saura vous rassurer sur une pensée solitaire que nous sommes de plus en plus nombreux à partager. Vive Causeurs !
laborie dit
Quel beau voyage que celui là, initiatique, que j’ai commencé en 85 avec son “Céline”.
Conservez en permanence dans votre poche “Le Portatif”, léger, 110 grammes de nitro à faire péter les certitudes et bel hommage au “Dictionnaire philosophique”
C’est pas du tourisme à la con, ça……..
Benjamin dit
@Zenaztec
Je n’entrave points de l’intention et du sens que vous donnez dans votre commentaire. Vous me laissez baba (aux roms aussi).
zenaztec dit
Face aux roms Muray semble etre un nain
Judith dit
Je suis littéralement sous le charme.
L'Ours dit
“Il m’est apparu aussi que ce nouvel Ordre mondial se différenciait des anciennes oppressions en ce qu’il devenait impossible de se révolter contre lui, sauf à apparaître comme un fou, puisqu’il ne communiquait plus que l’injonction de s’amuser, et ne semait plus autour de lui que le Bien. Avec la plus grande férocité au besoin. Telle est, très résumée, ce que vous avez l’amabilité d’appeler ma « vision »…”
“Je l’assume d’autant plus volontiers que je m’en fous considérablement. ”
“Les nouveaux imbéciles ont tout intérêt à vous entraîner dans des débats retardataires parce que ce sont les seuls où ils ont une petite chance de jouer le moindre rôle.”
… et tant d’autres…
JOUISSIF!
Lady dit
Ce qui est génial désormais avec Muray, c’est que la langue française s’est considérablement enrichie: Homo festivus, Murayisation (E.levy je crois?), Festivus Festivus, parc d’abstraction, mutin de panurge…et tant d’autres! Ces mots nés d’un sens aigu du diagnostic et de l’Art de “voir” , risquent malheureusement de se galvauder maintenant que Muray est reconnu et “adoré” par les bien pensants qui ne tarderont pas à se les approprier. Est-ce de leur part, la manifestation d’un instinct de survie devant cette pensée” tsunamique” et vraiment révolutionnaire?
Il est sacrément vivant et pour longtemps, et nous fera rire jusqu’à la mort