Mohamed Al Doura et le Parti des Médias
Image de guerre ou guerre des images ?
Publié le 17 avril 2008 à 20:43 dans Médias
Mots-clés : Mohamed Al Doura
Amende honorable. Depuis 2002, Philippe Karsenty a tenté, documents à l’appui, d’exposer sa version de l’affaire à plusieurs journalistes et à diverses personnalités (parmi lesquelles figure l’actuel président du Conseil représentatif des Institutions juives de France, Richard Prasquier). La plupart ont refusé non seulement de l’écouter mais aussi d’examiner ses documents, comme s’ils redoutaient que ce visionnage les mette en danger en entamant leurs certitudes. Pourquoi ? Parce que les médias façonnent non seulement notre “vision du monde” mais notre regard tout court. Même ceux des plus avertis.
La thèse de Karsenty paraissait tellement folle qu’on a préféré (sans en avoir vraiment conscience) récuser celui qui la défendait. “C’est un dingue”, voilà ce que nous nous répétions les uns aux autres sans jamais nous demander quelle était l’origine de cette affirmation. (N’était-il pas, horresco referens, “de droite1” ?)
Surtout, il y avait l’onde de choc suscitée par les images. Validée par l’émotion planétaire, la mort du petit garçon nous paraissait incontestable. La nier, c’était manquer de cœur, ajouter le mensonge au deuil, conjuguer complotisme et cynisme. La peur de prêter le flanc à des thèses conspirationnistes fait que l’on s’arrête au seuil du vraisemblable ou, en tout cas, de ce que la majorité considère comme vraisemblable. Un mensonge répété devient vérité, dit l’adage. Un mensonge partagé aussi. A partir du moment où le monde entier avait vu un petit garçon mourir dans les bras de son père, cela ne pouvait être que vrai. Envisager le contraire revenait à quitter le monde commun. Et nous appartenons au monde commun. Aujourd’hui comme hier.
Autant dire que, dès le début, le débat a dérivé sur un terrain peu favorable à la pensée critique. De plus, l’hostilité de certains milieux juifs en France envers Charles Enderlin, le caractère outrancier des accusations parfois proférées contre lui l’ont en quelque sorte dédouané, le dispensant de répondre de sa légèreté. Ses propres explications avaient pourtant de quoi semer le trouble. “Pour moi, écrit-il début 2005 dans Le Figaro, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. (…) Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes.” L’image correspondait à la réalité. L’ennui, c’et qu’Enderlin n’est pas cinéaste mais journaliste. Il est supposé rapporter des faits, pas orner ses opinions d’images.
J’ai revu par hasard Philippe Karsenty à Nice où je me suis rendue en mars dernier à l’invitation de Jacqueline Quehen, déléguée à l’éducation aux médias du Rectorat qui organise chaque année une “Journée du journaliste junior”.
J’ai bien dû reconnaître qu’il ne semblait pas particulièrement “cinglé” – habité, certainement, mais quand un chercheur est habité par son sujet, nul n’y trouve rien à redire. Il m’est apparu que refuser de voir ses documents était intenable. De plus, la répugnance de France 2 à montrer ses rushes et la susceptibilité voire l’énervement de nombreux journalistes dès que le nom de Mohamed Al Doura était prononcé finissait par être suspect (et par éveiller mon esprit de contradiction).
J’ai donc assisté à son exposé (qui était peu ou prou le même que celui qu’il avait présenté au tribunal le 27 février 2008), fruit d’une enquête de plusieurs années. Outre les rushes de France 2 dans leur intégralité, Karsenty a récupéré plusieurs films tournés le même jour et au même endroit par d’autres journalistes, ainsi que de nombreux entretiens portant sur l’affaire. Tout comme Ivan Levaï, patron de Tribune Juive et chroniqueur à France Inter, qui était également invité à manifestation, j’en suis sortie très secouée. “J’ai vu les documents et je suis convaincu d’avoir assisté à une manipulation grossière”, affirme-t-il plusieurs semaines après, visiblement hanté par ce qu’il a vu. Et comment ne le serait-on pas ? J’ai donc demandé à Gil Mihaely qui a été officier dans l’armée israélienne de visionner les documents. Après avoir vu les images ensemble plusieurs fois, notre conclusion est que France 2 ne disposait pas au soir du 30 septembre et ne dispose toujours de preuves visuelles lui permettant d’étayer son récit, à savoir la mort du petit garçon dans les bras de son père. Tout repose sur les déclarations de deux témoins oculaires – Talal Abu Rahma et Jamal Al Doura. Or, les versions contradictoires successivement fournies par le caméraman permettent de douter de sa fiabilité. Bref, nous n’avons pas assisté à la mort d’un enfant mais au récit de cette mort.
- La preuve est désormais faite : Philippe Karsenty vient d’être élu à Neuilly sur la liste de Jean-Christophe Fromentin (celle qui a évacué David Martinon). ↩










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karim dit
http://www.amnestyinternational.be/doc/article7893.html
En novembre, le commandant d’une compagnie de l’armée israélienne a été acquitté de tous les chefs d’accusation concernant l’homicide d’Iman al Hams. Cette adolescente de treize ans avait été abattue par des soldats israéliens en octobre 2004 à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, alors qu’elle passait à proximité d’une tour fortifiée de l’armée israélienne érigée en face de son école. Selon un enregistrement des transmissions de l’armée, le commandant avait affirmé que « tout ce qui bouge, se déplace, dans la zone, même un enfant de trois ans, doit être tué ». Le chef d’accusation d’homicide n’a pas été retenu contre le commandant ni contre aucun autre soldat, le tribunal ayant considéré que l’officier supérieur n’avait pas enfreint les règlements relatifs à l’utilisation des armes à feu. Le tribunal s’est limité à la question de savoir s’il avait eu un comportement inconvenant en tirant à plusieurs reprises sur l’enfant alors qu’elle était blessée ou déjà morte.
Bernard CHOURAQUI dit
Il est curieux que toute demande d’explication soit interprétée comme un lynchage.
dans cette affaire, il est patent :
1°) Que ce reportage a eu des conséquences immenses et désastreuses en ce compris des violences à travers le monde avec la résurgence du vieux thème du crime rituel sur les enfants-
2°) Qu’il est totalement inacceptable de prétendre que l’armée israélienne ait pris un enfant pour cible (même s’il peut y avoir des individus isolés qui soient tarés)
3°) Qu’il est de nombreux éléments laissant à penser qu’il est possible que l’enfant n’a pas été tué par Tsahal.
Il serait bon qu’une enquête sérieuse soit faite.
Dans tous les cas, et même si malheureusement mohamed a été tué par Tsahal, le reportage et les commentaires d’ Antenne 2 sont pour le moins partiaux.
metzger dit
“l’option communautaire ” dont il est question dans le post précédent procède , non d’un choix idenditaire mais d’une réaction de défense et de dépit de la part de français juifs intégrés ou qui se sont crus tels et qui digèrent mal la fait d’étres plus ou moins lachés(ils ne sont d’ailleurs pas les seuls )par les autorités de la république ,dans l ‘indifférence de l’opinion publique; il convient cependant de souligner que les médias ont une responsabilité importante dans cette indifférence ,………………
BOGGIO dit
É. Lévy suscite, dans l’ensemble, les commentaires qu’elle mérite.
Heureusement qu’un certain nombre d’intellectuels et de journalistes israéliens remettent un peu les pendules à l’heure au sujet du conflit Isr. Palest, car s’il fallait compter sur les journalistes et intellectuels parisiens qui manient courageusement la critique en pantoufles ou entre amis branchés et devant un cocktail, ce serait plutôt sec.
Questions
Comment Finkielkraut peut-il défendre le principe de la survie culturelle juive (c’est à dire l’intégration mais non l’assimilation) et exiger, pour tous les autres, l’assimilation totale?
Pourquoi ne dit-on pas qu’environ 40 p. 100 des enfants juifs fréquentent des écoles juives depuis les années 80, une augmentation exponentielle qui s’explique d’une part, par une volonté d’affirmation identitaire (à l’américaine) et, d’autre part, de contournement de la crise de l’éducation par le biais de “l’option communautaire”.
Il serait bon de savoir ce que Finkielkraut, votre gourou, nous dise ce qu’il pense de cette massive débandade communautariste des familles juives et de ce que cela signifie pour l’avenir.
perplexe dit
il y avait d’autres journalistes ce jour là selon des articles
Avez-vous leurs noms ? leur témoignage, sur la scène qu’ils ont vu
je suis perplexe, pourquoi aucun autre journaliste que Tahal n’a filmé cette scène ce jour là ?
daniel dit
Féiicitation pour votre exposé. Je pense qu’il est important également de faire le bilan du relatif silence médiatique à la nouvelle de la relaxe de Karsenty. Etant donné la caisse de résonnance des médias à chaque nouvelle concernant Israël, il y a de quoi rester perplexe.
cyclomal dit
Franchement, il manque un numéro 5, 6, 7 et plus dans votre article. Je me risquerai même volontiers au cent quarante huitième: Mohammed Al Doura porte plainte contre Charles Enderlin pour diffusion tapageuse de sa mort imaginaire. Il nie être palestinien et saurait gré à la communauté occidentale de se consacrer aux souffrances d’Israël confronté à la barbarie jusque dans les images qui le diffame. Une soucoupe volante doit venir le rechercher pour le ramener sur Aldébaran où il s’était exilé en espérant que ce tapage médiatique cesserait.
Parti Multiculturel dit
Pourquoi tant d’acharnement sur Mr Enderlin, il a osé brisé l’omerta journalistique sur la question c’est pour cela que la haine des lobbies Israeliens s’abat sur lui…c’est une honte aux pays de la liberté d’expression.
En Tchétchénie, l’armée Russe à tué des enfants, en Afghanistan les armées occidentales ont bombardés plusieurs fois des écoles, en Irak…l’armée américaine a abattu des enfants….et en ISRAEL ON VEUT NOUS FAIRE CROIRE QUE C’EST IMPOSSIBLE….arrêtez tout !
Bombes à sous-munitions israéliennes qui estropieront des enfants:
http://fr.youtube.com/watch?v=DAoPgLj0EBQ
Snipers israeliens qui abattent des femmes à Gaza
http://fr.youtube.com/watch?v=_uSY-QiP7iI
Checkpoint les palestiniens traités comme du bétail :
http://fr.youtube.com/watch?v=E_ui2BB2zGM
http://fr.youtube.com/watch?v=MRhneXQwDYQ
Journaliste tué par l’armée israelienne :
http://fr.youtube.com/watch?v=_jNCkKucht4
http://www.dailymotion.com/video/x54n8s_palestine-journaliste-assassine-par_news
http://www.dailymotion.com/video/x1h17p_barbarie-israelienne_politics
Les vidéos ne manquent pas….il y en a des millions, la censure ne marchera pas eternellement !
S’acharner sur Mr Enderlin est inutile…..
Charles Enderlin dit
Chère Madame Lévy
J’ai probablement mal entendu lorsque, au cours de votre émission sur France Culture en compagnie de Daniel Leconte vous avez déclaré à plusieurs reprises : « Charles Enderlin n’était pas sur place.. » Mais bon…
Je suis d’accord avec vous : nous avons deux manières différentes de faire notre métier. Vous êtes à Paris, je suis un envoyé spécial permanent et le parti auquel j’appartiens est celui des journalistes aux premières loges d’un conflit sanglant. Qui couvrent les attentats, les opérations militaires. Les morts. Le parti des journalistes qui sont allés et vont encore à Gaza et que, bien entendu vous n’interviewez pas. La liste est pourtant longue.
La vérité n’est ni à Paris, ni à Boston mais à Gaza. Pourquoi n’iriez vous pas vous-même à Gaza rencontrer l’ambulancier de Netzarim, Talal le cameraman, le médecin qui a soigné le père, le médecin qui a examiné le corps, les autres journalistes palestiniens qui étaient sur place ? Pourquoi n’allez-vous pas à Amman interviewer les médecins qui ont opéré Jamal a Dura, ou rencontrer le roi Abdallah qui lui a rendu visite dans sa chambre d’hôpital et parler à l’ancien ambassadeur de Jordanie en Israël qui a accompagné Jamal en ambulance jusqu’au pont Allenby ? Et tous les autres. Aucun de ceux que vous citez n’a mis les pieds à Gaza ou n’a personnellement assisté à un affrontement armé dans ces territoires. Luc Rozenzweig affirme que la police palestinienne lui a interdit l’entrée de Gaza. Membre du bureau de l’association de la presse étrangère, je vous assure qu’aucun de nos membres ne nous jamais informé d’une telle mesure venant du côté palestinien. Par contre, à de nombreuses reprises, ce sont les autorités israéliennes qui ont empêché le passage de journalistes étrangers.
Vous rappelez fort justement que je n’ai aucune idée de la raison pour laquelle Mohammed et Jamal a Dura ont été la cible de tirs venus de la position israélienne. L’armée a refusé d’autoriser les équipes de télévision à filmer l’angle de tir depuis le fortin ou, à interviewer les soldats qui s’y trouvaient. J’en avais fait la demande dés le lendemain. Elle a été refusée. Deux de ces militaires ont, depuis, fait des déclarations parfois contradictoires. Il y aurait eu ultérieurement une enquête classée secret défense… comme s’il s’agissait d’un secret atomique… Pour le reste, je ne reviendrais pas sur les interprétations de Philippe Karsenty et de Luc Rozenzweig que vous citez abondamment. Voyez l’article publié par Maître Guillaume Weill Raynal sur le site de Marianne.
Je constate aussi que nous avons des conceptions différentes du travail de l’envoyé spécial en zone de guerre. Là aussi, nous ne serons jamais d’accord. Sur le déclenchement de l’Intifada, découvrez mes sources en vidéo dans mes deux documentaires : « Le rêve brisé » et « Les années de sang », également dans mes deux ouvrages parus chez Fayard : « Le rêve brisé » et « Les années perdues ».
Avec mes sentiments les meilleurs.
Charles Enderlin
Robert Marchenoir dit
Excellent article.
Khenkine dit
Clair, précis, circonstancié, votre papier me semble d’un professionnalisme qui, à tout le moins, a manqué à Ch. Enderlin.