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Modem est servie

Fred Vargas, auteur de polars calmants, rallie François Bayrou. Logique.

Publié le 04 octobre 2008 à 14:02 dans Culture

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Fred Vargas est au polar français ce que le fromage 0 % est à l’époisse, une version light, garantie sans matières grasses idéologiques mais aussi sans la moindre saveur. Le goût est toujours un risque et, à voir le succès des livres de Vargas, la société française, ou tout au moins sa frange petite-bourgeoise et féminine qui lit Elle et Télérama, ce risque, elle a décidé de ne plus le prendre. Quand on sait que ce genre littéraire a toujours été subversif, depuis les pères fondateurs américains (Hammett, Chandler, Thompson, Goodis) jusqu’aux “refondateurs” français des années 1970 (Manchette et Fajardie), on mesure à quel point Fred Vargas, dans son domaine particulier, participe à l’entreprise de domestication de l’esprit de révolte et à l’occultation de ce travail du négatif à l’œuvre aujourd’hui dans tous les secteurs de la réalité. Elle reconnaissait elle-même, dans un récent colloque Manchette, écrire des “polars calmants”. L’aveu est clair, l’oxymore charmant. Un polar calmant, c’est comme un centriste courageux, un socialiste avec des idées claires, un sarkozyste qui lirait des livres : il y a contradiction indépassable dans les termes.

Je sens les objections pleuvoir, le procès en sorcellerie se préparer dans les arrière-cuisines des listes associatives diverses. Fred Vargas est en effet l’objet dans le milieu du “noir” (le terme est ici aussi à prendre dans son acception mafieuse) d’un véritable culte de la personnalité. Critiquer Vargas, c’est être tour à tour réactionnaire, jaloux, méchant, alcoolique, intolérant, élitiste, stalinien (bon, j’arrête ici mon autoportrait). Et puis dire que Fred Vargas est une tiède, c’est une contre-vérité : la preuve, vont répondre les gardiens du Temple, vestales outragées de la créatrice du commissaire Adamsberg, c’est qu’elle a été l’indéfectible soutien de Cesare Battisti, auteur de romans noirs (des bons et des vrais, ceux-là) rattrapé naguère par son passé dans la lutte armée italienne des années 1970. Que les choses soient claires, l’auteur de cet article a été signataire des pétitions de soutien à Battisti qui risquait et risque toujours, en Italie, la prison à perpétuité pour des faits vieux de plus de trente ans, non avérés de surcroît. Que l’on soit d’accord ou pas sur cette question est une autre faire.

Il n’empêche, Battisti est typiquement une cause sociétale. Et le choix du sociétal (mariage homosexuel, consommation libre de psychotrope, repentance pour le passé colonial, j’en passe et des pires) est toujours, à un moment ou à un autre, un écran de fumée pour masquer le social, ce social qui gêne toujours un peu les journaux gentils de la gauche moderne et libérale et ses lecteurs qui aiment aussi le “polar calmant” : la violence des rapports de production dans le monde du travail, la précarité généralisée, la montée en flèche des crispations communautaires, la révolte des banlieues. Bref, tout ce qui a fait la matière et l’honneur du polar français des années 1980 et le fait encore parfois aujourd’hui mais de plus en plus rarement : Thierry Jonquet et Serge Quadruppani chez les anciens, Antoine Chainas ou Caryl Ferey chez les plus jeunes.

Ce divorce entre le social et le sociétal, Fred Vargas l’a illustré jusqu’à la caricature en annonçant son ralliement au Modem lors de la dernière université d’été du parti bayrouiste. Pour Manchette et Fajardie, un rebelle avait le visage de Durutti1. Pour Fred Vargas, il a les traits de François Bayrou. On mesure l’écart. Pour se justifier, Fred Vargas a expliqué que François Bayrou était le seul homme politique à lui avoir régulièrement apporté son soutien dans l’affaire Battisti. C’est sans doute vrai que Bayrou a apporté son soutien à Battisti. Qu’il ait été le seul est en revanche une jolie contre-vérité. Que je sache, le PS, le PCF, la LCR n’ont pas appelé à une collaboration inconditionnelle avec la police de Berlusconi. Ça se serait entendu, non ?

En réalité, le choix politique de Vargas est en parfaite harmonie avec ses romans. Il est tout simplement celui de l’hypocrite embourgeoisement d’une certaine gauche libérale-sociale qui veut le beurre de la bonne conscience progressiste et l’argent du beurre d’une politique fiscale qui ne soit point exagérément redistributive. Au-delà d’un certain montant de droits d’auteur, on veut bien soutenir Battisti mais pas financer le RSA.

Faut pas déconner.

  1. Buenaventura Durruti, 1896-1936 : militant anarchiste espagnol.
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  • 9 October 2008 à 15h39

    L. dit

    oui bien sûr, les droits de l’homme sont encore embryonnaires, mais même ce qui en tient lieu n’est jamais acquis une fois pour toutes : il s’agit de les défendre. On pouvait difficilement imaginer il y a encore une dizaine d’années que la voyoucratie chiraquienne (puis sarkozienne) viendrait un jour livrer des réfugiés politiques, pour complaire à l’Italie de Berlusconi…

  • 9 October 2008 à 15h16

    Amalthée dit

    Vous montâtes vite sur vos grands chevaux, je ne vous reproche rien. Et vous ne répondez pas sur le fond alors que c’est pourtant une constatation intéressante : finalement les droits de l’homme sont encore embryonnaires. Pour en revenir au fil de la discussion, sur Fred Vargas, c’est la différence entre ceux qui restent au stade des bonnes intentions et ceux qui vont plus loin. Pas de paix sans justice, pas de justice sans redistribution. Si l’on est vraiment de gauche, et que l’on croit à la phrase précédente, l’on ne va pas à un meeting du Modem.

  • 9 October 2008 à 14h30

    LN dit

    je crains fort, qu’emporté par le plus-c’est-de-droite-mieux-c’est, Pirée ne lance le bouchon un peu loin… Tout au plus peut-on reprocher à la Révolution Française d’avoir quelque peu attendu, pour proclamer l’abolition de l’esclavage. Mais ce fut bien son oeuvre. Et ce fut bien Bonaparte, qui le rétablit en 1802…

  • 9 October 2008 à 13h43

    Pirée dit

    “Ça vous chatouille, ou bien ça vous gratouille?” Ça me barbouille : vais-je vomir?
    “Les hommes naissent libres…” Ceux qui votèrent cela s’empressèrent de confirmer l’esclavage aux colonies. Ce n’est pas la littérature bien-pensante, donc non-maurrassienne, et plus précisément repentante, qui manque là-dessus.

  • 9 October 2008 à 12h43

    LN dit

    @Amalthée

    je n’ai pas le souvenir de vous avoir traitée de salope, ni de facho, pour la simple raison que je ne l’avais pas pensé. Mais peut-être après tout, si vous vous défendez ainsi expressément de l’être, c’est peut-être, que vous avez quelque raison de craindre que l’on vous prenne pour telle. Bref c’est peut-être : que çà vous grattouille, en quelque sorte… Ou encore : que j’ai apppuyé là çà fait mal.

  • 9 October 2008 à 11h29

    Amalthée dit

    C’est une phrase que l’on ne peut pas dire sans rire jaune aujourd’hui. Le contrat social est à rédiger une nouvelle fois de nos jours, le premier ne tenait pas compte de la nature humaine qu’il croyait naturellement bonne. 90% des richesses qui vont à 10% de la population, nous dans nos pays riches, c’est ce qui nous permet d’être plus ou moins insouciant, moins depuis quelques jours, bien qu’une certaine nuit du 4 août il y a déjà un certain temps paraît qu’on a aboli les privilèges.
    On cite un maurrassien, on est donc une salope de facho qui rejette les droits de l’homme ? J’espère que vous êtes plus fin que ça.

  • 9 October 2008 à 11h13

    LN dit

    si vous aimez les citations qui grattouillent, Amalthée, j’en ai une pour vous, super : “les hommes naissent libres et égaux en droit”.

  • 8 October 2008 à 14h40

    Amalthée dit

    Je sais bien LN mais c’est amusant de faire des citations qui grattouillent un peu. A tout prendre, pour continuer sur la discussion, ce que la postérité retient ce n’est pas l’engagement d’un auteur, ou bien qu’il dorme sous une soupente ou dans un palace, ce qui réduit la littérature au témoignage et la thérapie et classe l’écrivain dans un camp, ce qui compte c’est son talent, son écriture et son style. Monsieur Leroy a un très joli style pour ses poèmes, il écrit des nouvelles bien tournés, dans un style ironique et au bout du compte tendre, et des livres parfois plus intéressants que ceux des auteurs portés aux nues. C’est quand il est le plus introspectif qu’il est le mieux, ses romans post-apocalyptiques sont bien mais en-deça (votre héros, Jérôme est souvent enseignant de lettres dans le Nord et soldat perdu, bien, mais, c’est mon opinion et je la partage vous êtes capable mieux).

  • 8 October 2008 à 12h29

    LN dit

    Amalthée, pour ce qui est des citations, vous auriez tort de vous embarasser de ce vieux maurrasssien : Orwell (que je cite de mémoire) disait dans ses “Carnets” qu’un cerveau normalement constitué devrait être capable de reconnaître que Salvador Dali est un peintre de génie, et un parfait salaud.

  • 8 October 2008 à 0h54

    JSA dit

    Moi c’est pile l’inverse, je ne lis ni Télérama ni Fred Vargas, en revanche je lis Jérôme Leroy (et actuellement l’excellent Antoine Chainas qui, lui n’est certainement pas calmant).

  • 7 October 2008 à 18h36

    Lulu dit

    Je viens sur Causeur pour la première fois, attiré par la signature d’E. Levy. Et je tombe sur la chronique de ce Mr Leroy, dont je n’ai jamais rien lu. En revanche je lis Fred Vargas (et Télérama, aussi) et j’aime bien, la plupart du temps. Alors, tenue correcte et courtoisie obligent, je ne dirai pas ce que je pense du billet de Mr Leroy, mais je m’abstiendrai désormais de fréquenter le même site que lui.

  • 7 October 2008 à 18h03

    Amalthée dit

    C’était, je crois, Kleber Haedens, vieux maurrassien mais critique subtil.

  • 7 October 2008 à 17h51

    Amalthée dit

    Il y a un point qui n’a pas été discuté dans la discussion, parasitée par des attaques personnelles, c’est de se demander si l’engagement d’un auteur implique du talent. Or, cela n’a rien à voir. ADG était un facho quant à ses opinions et un auteur de talent, Céline était un immonde salopard mais un génie des lettres, Aragon une vieille stalinienne béate et un romancier ainsi qu’un poète remarquable. Des messages y’en a plein les journaux. Et comme disait un critique des années 50 apparenté à Nimier, le fait de clamer son amour de la liberté et de la justice est très vulgaire car cela va de soi pour un honnête homme ou une femme honnête quoique cette espèce ait quasiment disparue.

  • 7 October 2008 à 16h26

    Luc Nemeth dit

    On sait où commence une cause, on ne sait pas toujours où elle s’arrête. Même une cause dite sociétale peut parfois permettre de poser la question sociale ; et tel fut bien l’argument utilisé dès le départ (fin 1897) par Sébastien Faure et qui permit d’obtenir la rapide mobilisation du mouvement anarchiste en faveur du capitaine là où après tout le sort de celui-ci, quoi qu’il advienne, avait peu de chances de transformer les rapports de production.
    Mais la petite bourgeoise Fred Vargas, elle, sait clairement où elle veut que le combat s’arrête : ce qu’elle réclamait c’était que Cesare Battisti aît droit à… un nouveau procès, équitable ! Certes, écrire des romans policiers n’implique pas d’autre finesse de jugement politique, mais on reste confondu devant tant de puérilité, quand on sait ce qu’il en est de la “justice italienne”.

  • 7 October 2008 à 11h29

    Quadruppani dit

    Je suis impressionné par l’extraordinaire courage de Mao Meeh qui insulte un homme aujourd’hui en prison après avoir vécu traqué. Sans doute MM pense-t-il que puent et puaient aussi tous ceux qui, en butte à des répressions étatiques, essaient ou essayaient d’y échapper. Ça fait tant de monde, à commencer par les résistants (attention, je n’assimile pas Cesare aux résistants) traqués par les gestapistes (attention, je n’assimile pas Mao Meeh et ses copains flics aux gestapistes) que la profondeur du maomeehisme me laisse (presque) sans voix.
    En fait, c’est vraiment bien, ce salon, l’obligation de rester poli fonctionne comme les contraintes dans la littérature, ça pousse à inventer des manières détournées de dire à quelqu’un qu’il est un sale con. Attention, je ne dis pas que Mao meeh est un sale con, puisque je n’ai pas le droit de le dire. Mais le simple fait que je ne dise pas qu’il n’est pas un sale con devrait vous renseigner sur ce que je pense. (On aura reconnu une rouillonade, figure de rhétorique inventée à ses dépens par Jean-Marc Rouillan)
    To Ilaria: thank you, I know very well what Fred did and has done for Cesare, and for that, she will have my respect for ever, but I’m not obgliged to follow her in every blind bends (in french: virage sans visibilité) she takes.
    Bises à Mimi mais pas à MM

  • 7 October 2008 à 2h06

    ilaria dit

    as far as i know fred has been the most active person in battisti’s freedom campaign.
    she has used her money to travel to brasilia and visit cesare in jail.
    her support is both spiritual and material.
    she is envolved with all her energy to get cesare free.
    all my respect and love to fred vargas,
    and to serge quadruppani,
    for being so lovely with cesare.

  • 7 October 2008 à 0h31

    Leroy dit

    Provocation de basse police. Vous voulez faire quoi Mao meuh? Vous allez finir par me rendre Vargas sympathique et puis surtout n’achetez pas mon livre: 1°) J’ai déjà mangé aujourd’hui
    2°Je ne veux pour lecteurs que des gens que je voudrais pour amis (Chardonne)

  • 7 October 2008 à 0h20

    Mao meeeh dit

    Je te trouvais sympa, Jérôme, mais depuis que je sais que tu soutenais cette saloperie de lavette de Battisti, d’un coup, je te trouves moins sympathique. Du coup, je ne vais certainement pas acheter ton bouquin, “La minute prescrite pour l’assaut” (Mille et une Nuits).
    Au fait, toi qui as bien connu Battisti, il puait, non ? Tous les lâches qui fuient puent.

  • 6 October 2008 à 19h25

    Mimi dit

    La hache de guerre est enterrée des deux côtés.
    On rentre dans le tipee et on va jouer….
    Calumet, vin…on va voir.
    A bientôt pour la Révolution et merci à tous.
    Mimi

  • 6 October 2008 à 19h17

    Coleman dit

    …et le dauphin était pédé comme un phoque.
    Sinon, ça commence à ressembler aux Moissonneuses, ici.