Millénium, une si moderne trilogie
Du roman au film de l’époque
Publié le 22 janvier 2012 à 18:30 dans Culture
Mots-clés : David Fincher, Mickael Blomkvist, Millenium, Stieg Larsson

La trilogie Millénium, œuvre du suédois Stieg Larsson, dont l’adaptation cinématographique par David Fincher est sortie en janvier, restera l’un des grands phénomènes d’édition des années 2000. Les raisons premières de cet engouement ont été largement établies : titres intrigants, qualité intrinsèque du récit policier, suspens prenant, personnages attachants, halo de mystère entourant l’auteur mort après avoir livré son ultime manuscrit, etc.
Argent facile
Mais allons un peu plus loin. Tâchons de comprendre comment la saga Millénium a pu entrer en résonance avec notre époque. Il apparaît en effet que la trilogie Millénium aborde en filigrane un certain nombre de thèmes situés au cœur des préoccupations contemporaines.
Millénium a beaucoup plu aux journalistes . Et pour cause ! Mickael Blomkvist, le héros de la saga, est à lui seul une sorte d’idéal du métier : patron d’un journal d’investigation engagé contre les puissants, il est un jour grassement payé et logé par un millionnaire, Henrik Vanger, pour enquêter, en toute liberté, sur la disparition non-élucidée de la petite-nièce du magnat. En ces temps de précarité dramatique et de bouleversements du métier, la situation de Blomkvist a de quoi faire rêver plus d’un pigiste en galère ! Comme Blomkvist, l’autre héros de l’histoire, Lisbeth Salander, connaît un heureux destin financier. Son emploi en freelance dans une société de sécurité et d’espionnage lui assure des revenus réguliers jusqu’à ce qu’elle décroche le « jackpot », la fortune de l’homme d’affaire Wennerström détournée grâce à ses compétences en piratage informatique.
Que ce soit pour Salander ou pour Blomkvist, un gros gain d’argent vient ainsi délivrer les protagonistes du souci de « travailler pour vivre ». Dans les deux cas, la fortune survient de manière miraculeuse, par un mécénat ou un acte de délinquance informatique.
Que nous disent ces facilités financières décrites par Millénium ? Que l’on est vraiment libre et indépendant que si l’on roule sur l’or. Que l’aisance n’est liée à aucune forme d’effort particulier (mais à un talent presque inné, une façon d’être plutôt qu’une façon de faire), que la fortune peut résulter du hasard des circonstances, voire du viol caractérisé des lois par une personne présentée comme une victime de la société (Salander). En définitive, que l’argent facilement obtenu, par tout moyen, est enviable comme condition de la liberté individuelle… et de la vérité, puisque c’est au terme de son enquête subventionnée que Blomkvist fait la lumière sur l’histoire de la famille Vanger. Dans Millénium, roman bling-bling, gagner beaucoup et vite, c’est moralement bien, peu importe les moyens.
Mickael Blomkvist a une vie sexuelle riche, faite de conquêtes multiples (Cécilia Vanger, Harriet Vanger, Lisbeth) et d’une relation suivie en la personne d’Erika Berger, son associée et collègue du journal Millénium, qui campe ce que l’on peut appeler sa « fuck friend ». A ce titre, le personnage deBlomkvist personnifie un deuxième fantasme, celui du quadra « séducteur malgré lui » qui tombe les petites jeunes en manque de figure paternelle et dont les collègues sont secrètement éprises. Une figure romanesque digne des plus belles pages de Biba, Cosmo, et autres merveilles iconoclastes de la presse féminine… De son côté, la bisexualité assumée de Lisbeth Salander lui ouvre les portes de nombreuses expériences, hétéro (avec Mickael Blomkvist, avec le jeune George Bland aux Caraïbes) ou homo (avec Myriam Wu), en une liberté totale guidée par l’instinct et l’instant.
Des méchants très méchants
En regard des deux figures attachantes, riches, libres, engagées et sexy du journaliste et de la hackeuse, les méchants de l’histoire font pâle figure. Dans le premier tome, icônes des anciens ordres patriarcaux, « les hommes qui n’aimaient pas les femmes » sont des homosexuels refoulés, des sadiques machos dominateurs qui abusent de leur position sociale (tuteur de jeune délinquante ou riche père de famille) pour assouvir de bas instincts misogynes et incestueux. Dans le second tome, les ennemis sont des bikers buveurs de bière et néo-nazis. Le troisième tome m’est, je l’avoue, tombé des mains. Figures du Mal, usées jusqu’à la corde, degré zéro de la création scénaristique, mais procédés inspirés par l’engagement personnel de l’auteur Stieg Larsson de son vivant. Entendons-nous bien : il n’est pas question ici de souhaiter lire ou voir des œuvres qui présentent l’extrémisme de droite comme une idéologie sympathique. Mais bien de déplorer le manque d’imagination des esprits créateurs quand il s’agit d’imaginer un mal absolu. Quel pire méchant peut-on trouver que des nazis pédophiles ? Des extra-terrestres cannibales nazis pédophiles peut-être… Amis auteurs et scénaristes, encore un effort !
Millénium, sous une apparence iconoclaste et innovante, reste donc un parfait roman de l’époque.
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Marie dit
http://www.nord-quotidien.info/2012/01/millenium-interdit-en-inde.html
Sophie dit
“Millénium, sous une apparence iconoclaste et innovante, reste donc un parfait roman de l’époque.”
Ben…. oui….
Il n’a jamais prétendu être autre chose qu’une actualisation des récits qui, depuis Homère, tiennent l’auditoire en éveil et remplissent la gamelle du conteur….
livia dit
Pris à la biblio du quartier comme tout ce que je lis, j’ai lu la trilogie un peu à la fois et à chaque fois(,meme si mal écrit ou/et mal traduit,) ce dont je me souviens c’est de l’effet addictif de ces polars.. pourquoi un tel succès ? et bien les ingrédients de l’addiction justement ( rires) les questions à ce sujets,? et je les laisse “à ceux qui sont censés savoir” ;-)
Sinon il y a bcp d’autres polars addictifs aussi mais très bien écrits:et ou traduits, moins connus .
Ex: Auteur – Lars Kepler (pseudo d’un couple)…
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laborie dit
C’est aussi et surtout l’addiction au Malin qui est le thème le plus et le mieux abordé dans la littérature.
Il faut lire “La littérature et le mal” de Georges Bataille .
“La littérature est l’essentiel, ou n’est rien. Le Mal – une forme aiguë du Mal – dont elle est l’expression, a pour nous, je le crois, la valeur souveraine. Mais cette conception ne commande pas l’absence de morale, elle exige une ‘hypermorale ‘. La littérature est communication. La communication commande la loyauté : la morale rigoureuse est donnée dans cette vue à partir de complicités dans la connaissance du Mal, qui fondent la communication intense. La littérature n’est pas innocente, et, coupable, elle devait à la fin s’avouer telle. L’action seule a les droits. La littérature, je l’ai, lentement, voulu montrer, c’est l’enfance enfin retrouvée. Mais l’enfance qui gouvernerait aurait-elle une vérité ?
[...]
Mangouste1 dit
Guenièvre,
Ah mais je ne reproche rien de tout cela à ce roman et je ne pense pas que l’auteur de cette critique fasse quoi que ce soit de tel. Il explique simplement la réussite de cette trilogie par son adéquation à l’air du temps. Ce n’est peut-être pas très original et je veux bien en convenir, mais vous avouerez que ça explique mieux son succès que des qualités littéraires exceptionnelles qu’après avoir lu le premier tome je cherche toujours.
Angel dit
Bonjour Mangouste, il existe pourtant de tres bons ecrivains
nordiques. Comme Strindberg, Knut Hamsun (meme si son attitude durant la seconde guerre mondiale n’est pas tres nette), Actuellement Hnning Menkell ou le Finlandais Mika Waltari et bien sur Andersen de notre enfance
isa dit
J’avais beaucoup aimé un roman norvégien (nan, tout de suite, pas Cholly), de Wassborg, je crois ‘le livre de Dina” (trois tomes aussi, ça doit être une mode).
Quant à andersen, je me régale d’avance à l’idée de repleurer avec “la petite fille aux allumettes” en choeur avec mes petits-enfants.
Mangouste1 dit
Merci pour les conseils Angel. C’est noté.
pirate dit
Personnellement je recommande Pär Lagerkvist, auteur de Barabbas et du Nain, ou de l’humanité chez les salauds on va dire pour faire court. Le Nain on pense immédiatement au personnage de Richard III. C’est cruel est superbement écrit.
L'Ours dit
Ok Isa et mangouste,
mes excuses, j’avais mal interprété vos propos.
Mangouste1 dit
Il n’y a pas de mal!
kravi dit
Marie, “c’est un roman policier et non de la littérature avec un grand L “.
Là, je m’insurge. Le roman policier fait partie intégrante de la littérature. Il y a même abondance de bons romans policiers.
borgoloff dit
J’ai vu qu’il serait le premier invité de la fiancée de Hollande. Normal, Joey est certainement un homme de gauche.
pirate dit
ca vous fatigue pas vos obsessions ?
borgoloff dit
Ben le problème, c’est que j’en entends parler tous les jours…
Quel talent ce Joey !
borgoloff dit
Manque Joey Starr pour que ce film soit parfait.
Guenièvre dit
En fait Mangouste je n’ai pas compris la finalité de cet article . L’auteur veut nous démontrer que ces polars ont eu du succès parce qu’ils sont dans « l’air du temps » ou plutôt qu’ils concentrent les « défauts » de notre époque : valorisation de l’acquisition d’argent facile , peu de sens moral etc…. Quelle découverte en effet ! N’est-ce pas le cas de la plupart des romans à succès ? Et en quoi est-ce que cela délégitime le travail de l’écrivain ? En quoi est-ce que ce serait mauvais esthétiquement parlant que les personnages principaux soient des hommes modelés par leur temps ? C’est la même chose pour les reproches concernant « les figures du Mal » jugées trop stéréotypées. Outre que le stéréotype n’est pas forcément l’ennemi de la littérature S.Larsson n’a pas fait prétendu faire œuvre d’originalité il a pris son inspiration dans l’histoire de son pays et dans son propre engagement . Cela n’a pas donné un chef-d’œuvre c’est certain mais c’est un travail honnête et j’ai passé un bon moment avec le premier tome en tous cas…
Mangouste1 dit
Pirate,
Je sens que nous ne sommes pas d’accord et que ça ne risque pas de s’arranger. Pour ce qui est de la Suède qui serait très différente d’ici, je dois dire que je n’ai pas été très dépaysé, à aucun point de vue. Ah si! La neige remplaçait la pluie et ce qu’on mange là-bas m’a paru assez exotique.
pirate dit
ah merdum je suis tombé sur un gus qui connait la suède, il y est allé…