Miles Davis : un carnage !
Kind of Blue déconstruit pour son cinquantenaire
Publié le 11 octobre 2009 à 18:07 dans Culture
Mots-clés : Musique

Par la bedaine de Bird, il y a vraiment des anniversaires qui sont de trop ! Regardez un peu comment l’on fête, dans les marges, le cinquantenaire de Kind Of Blue. Cinq gaillards pratiquant la chiptune music (une sorte d’électro à base de sons extraits de consoles de jeu 8 bits) viennent de sortir Kind Of Bloop, un “hommage” au trompettiste. Ça n’a l’air de rien, mais punaise, je vous prie de croire qu’il y a de quoi gloser.
Une des preuves récurrentes du génie de Miles Davis était son obsession pour le rôle des pauses, dont Kind Of Blue et, à près de dix ans d’écart, In A Silent Way restent les exemples les plus frappants. Ainsi, lorsque sur Shh/Peaceful, McLaughlin égrenait les twangs ferrailleux-douceâtres de sa Jazzmaster, que l’étirement des arpèges couronnait le duo de claviers Hancock-Zawinul, que le charleston de Williams trissait une assise subtile, le marbre des entrelacs Adderley/Coltrane de Kind Of Blue passait à une nouvelle dimension de l’orchestral, électrifié et nuancé.
Je serais bien en peine, vous vous en doutez, de tartiner autant de mirifique poésie musicoïde sur ce Kind Of Bloop ! Cet album livre un traité de passage à la moulinette de la nuance. Nos cinq rénovateurs de l’extrême assassinent, pixellisent, hachent l’une des tentatives les plus incroyables de la musique populaire de se hisser vers l’éternité des grands compositeurs, sous le prétexte de la sublimer et de la repeindre pour l’époque qui commence. Les versions de So What, Freddie Freeloader prouvent que cette génération (les trentenaires et son public, les “miens”, vingtenaires fluos décérébrés), celle du culte du kitsch et du renversement mauvais goût/bon goût, a très bien identifié son ennemi : le silence, cette saloperie mortifère si ardue à faire rentrer dans l’essoreuse gamer. Mais, malheureusement pour nos amis briseurs de barrières, il reste quelques sanctuaires, et nombre d’érudits ou de simples mélomanes amateurs ne sont pas prêts à échanger un disque-témoin de la grandeur d’un mort contre sa célébration dénaturée gerbant un ersatz de vie par tous les pores. La paix des cimetières du monde réel n’est pas encore le décalque de son équivalent vidéo. N’en déplaise aux bidouilleurs, il faudra probablement patienter pour que nos tertres deviennent des wagons de train-fantôme et que nous puissions tous nous faire inhumer au son des consoles de l’enfance de nos parents.
“La communautés jazz et celle des jeux-vidéos sont restés très séparées jusqu’à maintenant”, écrit une journaliste de Time, presque effarée devant tant de cloisonnement, de consanguinité. Oui, ces deux mondes étaient encore il y a peu étrangers l’un à l’autre… Et le sol ne menaçait pourtant pas de se dérober sous nos pieds, il me semble ! Le jazz avait certes “une drôle d’odeur”, selon le mot devenu célèbre de Zappa, mais si moisissure il y avait, on pouvait autant l’imputer aux expérimentations hasardeuses des fusion-boys privés de patron (Weather Report, Mahavishnu Orchestra en tête) qu’à un discutable esprit de préservation militant pour une audience de happy few experts.
Bon, tentons une approche de la chose par le bas-ventre : est-ce seulement du “bon son”, comme dit l’autre ? Mouais… Comme si la question avait de l’importance, comme si 8 pauvres bits pouvaient saisir autre chose que la couche la plus apparente, la crête de la bruine de l’écume de la vague d’un Flamenco Sketches !
En tendant l’oreille, le constat saute aux tympans : c’est un carnage, mais le procédé sort vainqueur de l’écoute. Au sortir de cette thérapie Amigaga, que peuvent les longues constructions, le jeu permanent autour de la blue note originelle ? Les dernières notes de l’ancien monde périssent dans ce bruit fun qui se réclame, sans accroc dans la voix mais en mimant les trémolos transis des visionnaires, de “l’esprit libre du jazz”. Quand on sait la piètre opinion que Davis avait déjà d’Ornette Coleman et du free, le crasseux de la manœuvre s’en fait encore plus frappant. Bien entendu, cette réappropriation se drape dans le prétexte d’une nouvelle culture (comme on ne cesse d’en inventer depuis que l’art a clamsé, il y a bien longtemps), histoire de dresser bien haut la tête et d’envoyer paître la déférence à l’égard d’icônes que l’on déboulonnerait bien s’il ne restait plus qu’elles pour empêcher – tant bien que mal – les populaces de crever d’insuffisance transcendantale.
Ce n’est qu’une question de temps avant que ce bazar passe officiellement l’Atlantique en grande pompe et vienne tortiller du bloop devant nos chers réinventeurs de la vie culturelle hexagonale. Et là, mes amis, ce ne sera pas la même chanson. Tenez, Gainsbourg était déjà pillé, singé par Air, son œuvre réduite à sa dimension de vieux satyre pop ou de soûlard grommelant ? Que diriez-vous d’un mashup décalé, “iConoclaste” de Black Trombone avec les pizzicati de Pacman ? Je connais un paquet de gogos qui mouilleraient leurs fonds de culottes devant ces fonds de tiroirs, et dégaineraient leur larfeuille à l’idée d’une compilation “rassemblant les meilleurs artistes chiptunes du pays”, rendant “hommage à l’homme à la tête de chou”, et portant un titre débilissime du genre Initials Bip Bip1 !
“Qui sait ce que le trompettiste faisait de son temps libre ?”, demande la journaliste de Time, en utilisant un de ces procédés hideux de fausse suggestion, équivalent à un “clin d’œil complice” censé emporter le cœur du lecteur, à condition qu’il soit branché, bien entendu. Question rhétorique, habileté journaleuse qui n’appelle pas de discussion : il faut bien entendu imaginer, non, se pâmer à l’évocation de Davis en pyjama fluo se régalant comme un môme éternel ou un cadre hilare (deux synonymes) à une soirée Casimir, s’appliquant, comme tout le monde, à faire tournicoter Mario ou Sonic dans son petit écran. Que d’élégance, en effet, dans cette vision : un vieil homme émacié, presque squelettique, abandonnant cette suspicion carnassière, cette paranoïa du regard, bref cette putain d’humanité qui contribua à faire de lui un des plus grands musiciens et compositeurs du siècle passé pour se vautrer dans l’hébétude vidéoludique, la bave perlant au coin de ses lèvres tuméfiées ! Voilà ce qui prétend remplacer l’image d’Epinal du trompettiste tout en courbes, atomisant la 52nd Street, soufflant le public de Newport 1956 ou la foule hallucinée de l’île de Wight 1970.
Quel programme ! Tout déconstruire. Puis déconstruire ce qui a été déconstruit, dès que le procédé commence à sentir le renfermé, le “daté” (ce qui a l’avantage d’abolir, tout simplement, le temps). C’est la version poussée à son extrême des méfaits acclamés de ce crétin intersidéral de Danger Mouse. L’attaque de la naphtaline par le synthétique-lave-plus-blanc, avec enrobage alternatif et arrogance pseudo-révolutionnaire en sus. Miles Davis devient un Pokémon en puissance sous les traits de Kind Of Bloop, ce qui le place en concurrent sérieux de Kanye West, qui ferait bien de se bouger l’auto-tune avant qu’une peuplade de connards à Gameboy ne lui chip sa gloire.
Si les icônes du jazz ou de la pop music sont aujourd’hui les plus révérés de nos contemporains, elles le sont avant tout par l’a priori sociétal leur attribuant un “esprit aventureux” et une “irréductible modernité”. Une cage dorée pour l’artiste et un devoir de ridicule pour le “fan” qui ne peut que s’achever par un fanatisme tâcheron prenant le plus souvent deux formes : la vénération confinant au mimétisme, ou, comme dans le cas de Kind Of Bloop, une mission sacrée de relecture dont l’impératif frappe le plus souvent la partie du public la plus sévèrement écornée du ciboulot.
On pourra rétorquer à mes galéjades que j’extrapole, que les bidouilleurs incriminés ne sont pas ces postmodernes repus et sûrs de leur bon droit. Il est vrai qu’Andy Baio, le sympathique initiateur de ce projet2, souhaitait simplement “voir comment Miles Davis pouvait sonner en 8 bits”. Soit. Il s’est toujours trouvé des bricolos pour triturer la musique et le son sous toutes ces formes, et nous devons aux meilleurs d’entre eux des chefs d’œuvre d’inventivité. Sauf qu’applaudir la traduction bâclée en bips d’un concentré de beauté musicale au nom du “faut évoluer”, pardon, c’est moche. Un minimum de sens esthétique l’aurait probablement fait s’abstenir.
J’aimerais bien qu’il s’agisse d’une initiative proprement individuelle d’une poignée de bozos sous perfusion Nintendo, mais c’est bien d’un forfait commis avec le blanc-seing de Sa Majesté le Web 2.0 dont nous parlons. Baio, co-fondateur du site de soutien financier participatif en ligne Kickstarter, a explosé en moins de deux heures son budget requis (2000 $), propulsé par les dons du tout-venant. Ce qui veut tout simplement dire que plus rien n’est à l’abri de ce genre de gravillons sonores, et qu’il y a de très bonnes raisons de voir des tentatives, plus bas-du-front3 encore, soutenues par une armée de twitteurs féroces.
Si vous croyez que cela ne peut pas arriver, vous êtes probablement trop vieux, ou très mal renseigné. Car, pour qui côtoie le djeunisme en congénère, ce sont des galaxies de potentialités approchant ou dépassant l’angélisme de Kind Of Bloop qui défilent quotidiennement.
“Il n’y aura pas de Bossuetland”, se réjouissait il y a dix ans Philippe Muray4 à propos de l’échec de la récupération de l’évêque de Meaux à des fins festives par une municipalité peu scrupuleuse. Hélas, comme il y a déjà un Neverland ou un Graceland, ce n’est qu’une question de temps avant qu’un Miles Park apparaisse à St Louis. Et je vous parie mon billet que Kind Of Bloop tonitruera dans toutes ses attractions.
- Grosse légume/huile du remix au hachoir, responsable entre autre du Grey Album, mix informe (et infâme ?) entre le White Album des Beatles et le Black Album de Jay-Z. ↩
- Frank Lepage a raison : c’est vraiment le mot le plus hideux que le XXIe siècle débutant ait glorifié. ↩
- Ne jamais désespérer de la bêtise humaine. L’immonde Toi + Moi de Grégoire, c’était déjà du 100 % participatif. ↩
- Après L’Histoire I, p. 203, éd. Tel Gallimard, 2007. ↩
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L'auteur
Baptiste Foulquier un jeune emmerdeur freelance.
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Liliane G. dit
Les sonneries des téléphones portables massacrent de jour, de nuit et en tout lieu “la quarantième” de Mozart. Johnny Hallyday a fait son slam (bien avant l’heure) sur “la septième” de Beethoven. Lara Fabian a “revisité” Albinoni (!) et Dave (…) le 1er sextuor de Brahms (!). Une manière de se grandir à peu de frais. Jean-Sébastien Bach n’en finira jamais de servir, tout comme Mozart qui nous reviendra toujours avec son réquiem ou la sombre beauté de son 23ème concerto pour piano. Car il faut de la grande pointure pour crédibiliser le label d’une bagnole, d’un café, d’un papier hygiénique ou tout simplement pour venir en aide à un imaginaire indigent (je ne vise aucun rappeur…). Mais si l’emprunteur a du talent – voire s’il en a plus que l’ “emprunté” – alors là on assiste à un travail de recréation qui peut se révéler intéressant.
Gaétan Brunoy dit
Brillant !
Ce qui me console, c’est que mes chers Mahler, Richard Strauss ou Messiaen ne sont pas près de subir le même traitement. Il faudrait encore qu’ils soient connus des gamers décérébrés.
Shane_Fenton dit
Donc, je reviens sur la définition de “video-game-music community”, la “communauté” dont on nous a dit qu’elle n’avait encore jamais rencontré celle du jazz. Selon la journaleuse, elle se résume aux gens qui font du chiptunes, et c’est tout.
Donc, si on la suit, le chiptunes suffit à résumer l’ensemble des joueurs qui font de la musique, ou qui en composent, ou qui s’intéressent aux musiques de jeux en général (comme d’autres s’intéressent aux musiques de films). Ce qui est d’une délicatesse exquise, non seulement pour les compositeurs de musiques de jeux déjà cités (qui ont généralement suivi une formation classique et même appris à jouer d’un instrument), mais aussi pour ceux qui s’intéressent à ces compositions, justement parce qu’elles vont au-delà de simples bip-bip.
Moralité : laissez cette journaleuse se pignoler dans son coin, et ne confondez pas ses pignolades avec la réalité du sujet qu’elle vient de (mal)traiter.
Shane_Fenton dit
Bon, par curiosité, j’ai lu en entier l’article du TIME (disponible ici : http://www.time.com/time/arts/article/0,8599,1917577,00.html ).
Il est vrai qu’il est crispant, écrit en “journalangue” et truffé d’affirmations ahurissantes tout droit sorties du chapeau de l’auteure (“the video-game community can’t wait to hear it”, non sans blague, qu’est-ce qu’elle en sait ??). Mais bon, comme pour les innombrables articles élogieux sur les geeks, ces affirmations n’engagent qu’elle et ceux qui veulent bien adhérer à sa vision du monde.
J’en profite pour pointer une petite erreur, commise par Foulquier et Paul Castaing : la journaleuse ne parlait pas de cloisonnement entre jazz et jeux vidéo (ou entre leurs communautés), mais de cloisonnement entre la communauté du jazz et ce qu’elle appelle “video-game-music community”, ce qui n’est pas la même chose.
A suivre dans le prochain commentaire…
cormano dit
Très bon article.Je rappelle juste pour mémoire que même si Mile Davies a réalisé d’authentiques merveilles au court de sa longue carrière il s’est illustré dans pas mal d’horreurs (comme ses reprises de michael jackson ou de Ciny Lauper) surtout à la fin.
Paul Castaing dit
For the record, il est idiot de reprocher à l’auteur de ce texte de “comparer ce qui n’est pas comparable”. C’est bel et bien la journaliste de Time Magazine qui, toute frétillante de modernité, se plaint du cloisonnement entre jazz et jeux vidéo et compare les deux projets avec délectation.
Quant au manque d’ambition des auteurs de Kind of Bloop, j’en suis bien convaincu, merci. C’est justement cette absence d’ambition artistique qui est la marque de notre temps, où n’importe quel clampin avec un Mac et GarageBand se revendique artiste et squatte les ondes diverses et variées avec ses petites créations nullardes. On croule sous les petites conneries insignifiantes érigées en œuvre d’art, qui réclament le statut de “culture”.
Jazzman dit
Allei, un peu de culture, une fois:
So What s’appelle peut-être ainsi parce qu’il est en do/do dièse. So what ?
Geoffroy dit
On se révolte de bien peu de choses il me semble.
Vous comparez des choses incomparables et qui n’ont pas demandé à l’être. Il s’agît ici d’un simple exercice de style basé sur la nostalgie d’une génération Gameboy™. Qui n’a pas l’ambition de rentrer au panthéon de la musique, je vous rassure.
A ce petit jeu je vous suggère de ne pas aller regarder les “oeuvres” pixels de ces dangereux ayatollah d’ e-boy© qui mettent en péril l’oeuvre d’un Jérôme Bosch!
http://nekid.fr/wp-content/uploads/2009/08/090804_eboy_foobar.png
A moi! Au Louvre! Fuyons!
Shane_Fenton dit
Question pour rafraîchir ma mémoire : je connais l’opposition entre les “figues moisies” et les “raisins secs”, mais je ne sais plus trop qui a été catalogué dans quoi.
De toute manière, au-delà d’Hugues Panassié et de Boris Vian, je m’y perds un peu.
azamael dit
Certes Miles peut se défendre tout seul. Mais il n’est pas inutile de rappeler les massacres qui ont été commis en son nom. N’est_ce pas lui qui disait ” Pourquoi jouer tant de notes quand il suffit de jouer les plus belles ?”
Paul Castaing dit
Très bon billet, bravo. Quant aux contre-arguments crétins à base de “tu pleures la mort d’une époque révolue, man”, ils ne tiennent pas une seconde quand on lit honnêtement le texte de B. Foulquier. Cette innovation fantastique qu’est le mouvement be-bop a bien sûr déchaîné les protestations des partisans du jazz traditionnel (les “figues moisies”), mais cela ne veut certainement pas dire que toute “innovation” est bonne en soi, parce que c’est “nouveau” !
C’est être fidèle au génie novateur de Miles que de rejeter ce procédé idiot et criminellement “sympa” qui consiste à épurer une œuvre pour en enlever toutes les nuances. Comme souvent, les faux progressistes qui “réinventent” et “rendent hommage” sont les vrais réactionnaires : c’est pas une régression, ça, de “8-bitiser” un truc aussi chiadé et tout en velours que Kind of Blue ?
psautier dit
Pff, que de bruit pour rien. Soit Miles est grand et son oeuvre peut se défendre de tout retraitement douteux, soit une amusette au Bontempi peut en venir à bout et dans ce cas quelle importance a-t-elle ?
xly dit
Gainsbourg était un champion du pillage (Chopin,Tchaikoski), les Beatles aussi (Michelle), le jazz ne tient que sur le pillage des standards, mais évidemment la différence entre le pillage et la création c’est le génie.
Mofok dit
Je suis assez d’accord avec Matthieu, ça n’est en rien comparable, et je trouve l’initiative flatteuse et tout sauf ratée ! Si certains dégénérés en fluo passaient par là, je vous recommande de garder un œil sur le nouvel album de PDF Format.
En lien, son excellent “Inexpensive Sauropods”: http://8bitcollective.com/music/PDF+format/Inexpensive+Sauropods+-+From+my+Last+Album/
Shane_Fenton dit
Pour ceux que cela intéresse, deux morceaux tirés de la bande-son du jeu Heroes of Might and Magic III sorti en 1999, composés par Paul Romero :
http://www.youtube.com/watch?v=EsYjN4wFw4o
http://www.youtube.com/watch?v=MZ2WOnnekW4
Et ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres.
On en pensera ce qu’on voudra, mais je crois qu’on peut reconnaître qu’il y a un gros effort de fait pour obtenir de “vraies” compositions (même courtes).
Shane_Fenton dit
Il me semble que le terrain était bien préparé par certains rappeurs-remixeurs. Souvenez-vous de Manau massacrant Alan Stivell, de l’album “L’hip-hopée” entièrement consacrée aux standards de la chanson française, de Lil’ Kim reprenant Phil Collins… Ils ont même samplé le générique des Feux de l’Amour, c’est dire…
D’autre part, ça fait tout de même longtemps (15 ans ?) que les jeux vidéo du commerce ont dépassé le stade du bip-bip. Je ne sais pas si Miles Davis apprécierait (vous êtes sûrs que ce n’est pas une blague de potache ? je n’ai même pas réussi à écouter la “reprise” de So What plus de 10 secondes). Mais je doute encore plus que les vrais compositeurs de musiques de jeux apprécieraient de se faire voler la vedette par ces gusses. Je pense aux gens comme Jeremy Soule, Paul Romero et plein d’autres,qui se cassent la tête à faire de vrais morceaux de musique, avec de vrais orchestres et une qualité équivalente aux musiques de film (ils en font aussi, d’ailleurs).
Matthieu dit
Je suis l’un de ces vingtenaires fluos décérébré comme tu dis, passionné de musique électronique et de musiques en général. Passion qui embrasse également l’oeuvre du grand Miles. Mais contrairement à toi je sais faire la distinction entre un exercice de style, certes assez douteux, qui consiste passer Kind of blue à la moulinette du 8 bit et l’oeuvre originale, et par là même apprécier les deux à leur juste valeur. C’est une distinction que tu n’as apparemment pas sû faire, ou préféré ne pas faire, et dont tu tires une vigueur toute chevaleresque pour fustiger toutes ces cultures décadentes nées ces dernières décennies et pleurer la mort d’une époque révolue.
En un mot tu es un snob. Et la vraie bêtise c’est toi qui la commet, celle de comparer ce qui n’est pas comparable et qui n’a jamais demandé à l’être si ce n’est qu’avec beaucoup de réserves. Mais je te l’accorde, il est bien plus confortable de se glisser dans le rôle de l’esthète outré et de se réfugier derrière le consensus.
rackam dit
Foulquier,
quoique je vous soupçonne apparenté au peintre-qui-a-fait-de-la-radio et attire des hordes de huns à La Rochelle chaque été, je vous tire mon chapeau.
Mais attendez-vous à ce que les critiques post-modernes vous morigènent au motif que Miles serait (pensent-ils) aujourd’hui aux côtés des jeunes informaticiens qui croient “faire” de la musique…
En attendant de lire ça, je vous remets un Zawinul on the rocks! Santé.
BArry dit
Waouw!
PS: Je confirme que “The Grey Album”, c’est du bruit!