Du (bon) français pour les migrants | Causeur

Du (bon) français pour les migrants

Le niveau exigé est actuellement trop léger

Auteur

Alexis Brunet
Professeur de français langue étrangère.

Publié le 22 février 2017 / Société

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Un migrant étudie dans une école montée par des volontaires à Calais, septembre 2016. SIPA. 00773938_000055

Depuis le « contrat d’intégration républicaine » décrété en 2016 par le gouvernement Hollande, le renouvellement des cartes de séjours ne se fait plus seulement pour des durées de quelques mois ou d’un an, mais pour des périodes de quatre ans. Les étrangers concernés n’ont plus à faire plusieurs heures de queue dans le froid devant les préfectures mais sont reçus sur rendez-vous. En contrepartie, le niveau de français minimal requis pour renouveler sa carte de séjour n’est plus de A1.1 comme auparavant, mais de A1 sur l’échelle de CECR, ces niveaux de maîtrise du français s’échelonnant progressivement sur A1, A2, B1, B2, C1 et C2. Mais que signifie tout ce charabia ? Vous avez raison de vous le demander.

Le niveau de français exigé est trop léger

Petite virée dans le monde du FLE (français langue étrangère). Dans la noble aventure de l’enseignement du français aux non francophones, on raffole de sigles et acronymes en tout genre. Le FLE bien sûr, mais aussi le FOS (français sur objectifs spécifiques), le FLI (français langue d’intégration), ou encore le FOU (français sur objectif universitaire). Et le CECR, donc ? C’est le Cadre européen commun de référence pour les langues. Sorte de Nouveau Testament des pédagogues « interactionnistes » des langues étrangères, ce gros document fut conçu par le Conseil de l’Europe (ou CE) pour « harmoniser l’enseignement des langues étrangères » dans l’Union européenne. Ainsi, au niveau A1, l’« apprenant » est capable de dire s’il est sensible à la poésie des films de Jean-Luc Godard par exemple, ou s’il préfère les coups de savate de Jean-Claude Van Damme, et peut aussi parler de la pluie et du beau temps. On doit au gouvernement Hollande d’avoir commencé à prendre l’intégration des nouveaux venus en main en estimant qu’une meilleure maîtrise du français était plus efficace que ce qui était requis auparavant  – le niveau A1.1, où il fallait essentiellement être capable de réciter son état civil et écrire correctement ses noms et prénoms pour faire renouveler sa carte de séjour. Mais est-ce bien suffisant ?

Un coup d’œil chez nos voisins permet une rapide comparaison. En Belgique, pays plus réputé pour ses bières que pour ses exigences d’intégration envers ses étrangers, aucun niveau de langue n’est exigé, et les cours d’éducation civique pour migrants sont assurés dans leurs langues maternelles. En Allemagne en revanche, où comme chacun sait, on a décidé d’accueillir de nombreux migrants l’année dernière, le niveau d’allemand requis pour une carte de séjour de six mois oscille entre A2 et B1. En Finlande, il est quasiment impossible de décrocher un emploi sans parler un minimum finnois. Et puisqu’on parle de français, allons voir chez nos compères francophones d’Outre-Atlantique dont le modèle multiculturel est parfois critiqué par certains dans ces colonnes et célébré par d’autres ailleurs. Figurez-vous que pour travailler au Québec, le niveau de français requis est fixé à B2, un niveau de français fort correct, qui permet de converser politique et de comprendre l’essentiel des articles de Causeur par exemple. Là-bas on ne plaisante pas.

Pas d’intégration réussie sans une bonne maîtrise de notre langue

Revenons chez nous. Dans le cadre du changement du niveau de français nécessaire au renouvellement des cartes de séjour, le gouvernement a eu la chouette idée, avec l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), de fixer au sein même de la formation de français un programme de connaissances de la vie civique et républicaine. Ainsi, le nouveau venu devra savoir qu’ici, il est souhaitable qu’une femme travaille, que les parents doivent nourrir et habiller leurs bambins tout le temps de leur scolarité, que l’on a le droit de caricaturer le prophète sans se faire zigouiller, etc. Mais peut-on vraiment saisir les paroles de La Marseillaise, la notion de laïcité, ou l’histoire de la séparation des Eglises et de l’Etat avec un niveau de français grâce auquel l’utilisateur ne peut comprendre, selon le CECR, que « des noms familiers, des mots ainsi que des phrases très simples, par exemple dans des annonces, des affiches ou des catalogues » ? J’en doute. Et plus encore pour décrocher un emploi.

Je ne souhaite pas que les migrants retournent d’où ils sont venus, surtout s’ils arrivent d’Erythrée, mais puisqu’on a choisi de les accueillir, on doit œuvrer à les intégrer sans faire les choses à moitié. Avec le niveau de français actuellement exigé, beaucoup obtiendront leur attestation de bonne conduite (l’OFII stipule que le seul fait d’avoir été à tous les cours permet d’avoir l’attestation même sans avoir vraiment réussi les examens…) puis retourneront travailler sur leurs chantiers communautarisés entre Serbes, entre Turcs, entre Maghrébins, etc. Où ils n’auront guère l’occasion de papoter en français. Des situations qui ne sont pas tenables tant pour eux que pour le bien du pays. Quatre ans c’est long. On vise l’intégration des nouveaux-venus n’est-ce pas ? Pour que cela marche, ces derniers doivent s’approprier nos valeurs, notre héritage culturel, se sentir chez eux et vivre tous comme nous. Ils doivent donc vraiment maîtriser notre langue, comprendre les péripéties d’Astérix d’abord, puis la presse et les savoureux épisodes du feuilleton Fillon par exemple. Et qui sait plus tard, pourquoi pas comprendre un épais roman d’Emile Zola ?  Dans le jargon du FLE, on considère le niveau A2 comme le niveau « survie ». Le niveau requis actuellement en est encore loin. Mais qui payera les cours ?, me direz vous. L’Etat, bien parti, pourrait s’en charger. Reste à voir si le contribuable – que je suis – serait prêt ou non à partager l’addition.

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    • 26 Février 2017 à 14h28

      papazulu dit

      “Du (bon) français pour les journalistes
      Le niveau exigé est actuellement trop léger”…
      A lire ou entendre les paroles de journalistes en devenir (?), on désespère du niveau des écoles (dites) spécialisées.
      On parle ici du renouvellement des cartes de séjour, quand s’interrogera-t-on sur celui de la carte de presse (culture générale comprise)?
      J’assume le fait que ce genre de réflexion fait vieux c…

    • 25 Février 2017 à 14h44

      vincentcause dit

      bonjour
      le niveau exigé par l’OFII pour une carte de resident est A2. 200 heures de cours pour le niveau A1 et 100h pour le niveau A2 sont proposées.
      cordialement

      • 26 Février 2017 à 2h15

        Alexis Brunet dit

        Exact Monsieur Vincent. Pour la carte de résident (dix ans), on demande le niveau A2, pour reprendre le langage de l’Union Européenne. Mais en dessous de B1, pour continuer avec le fameux CECR(L), on ne fait pas grand chose dans une langue. Les Canadiens ou même les Allemands l’ont compris.

    • 24 Février 2017 à 5h06

      francause dit

      Il faudrait que ceux qui veulent accueillir,garder et intégrer des étrangers dans notre société, qu’ils soient migrants, réfugiés, expatriés ou coopérants, précisent les communautés ciblées et ce qu’on peut leur offrir: un asile provisoire, à 6 mois ou à 4 ans? La possibilité de travailler temporairement, définitivement, sous contrat de détachés, de saisonniers ou pas?…Tant qu’on ne saura pas exactement ce qu’on veut et qui on vise, qu’on mettra tout ce monde là dans le même panier,qu’on persistera à mélanger volontairement migrants économiques, demandeurs d’asile et réfugiés de guerre, légaux et illégaux, on restera dans le flou et on gaspillera l’argent du contribuable en mesures inefficaces, tant les statuts et les motivations sont variés. La langue est essentielle mais pas l’unique source d’intégration. Le sport, les loisirs créatifs, l’armée, les oeuvres sociales ou bénévoles, les associations, les clubs… en sont d’autres, à condition qu’elles favorisent tout sauf l’oisiveté et le communautarisme.

      • 26 Février 2017 à 2h26

        Alexis Brunet dit

        A part le sport, je souscris. Et j’ajoute qu’il faudrait différencier ceux qui ont essentiellement des besoins écrits en matière de français, mais qui le parlent bien, de ceux qui ne le parlent pas du tout (mais parviennent un peu à l’écrire). Parce qu’on ne peut pas faire des cours particuliers au sein d’un cours collectif.

    • 24 Février 2017 à 1h39

      Lector dit

      et avez-vous remarquer le niveau des rédacteurs de programme tv ? Je pense régulièrement à faire une compile de perles mais déroge chaque fois à ce terne projet. La dernière en date : Meurtre au pied du volcan “Il soupçonne le compagnon de sa fille, Raggi, le toxicomane qui s’est subtilisé avec la petite Vera, de l’avoir volé.

      • 24 Février 2017 à 1h44

        Lector dit

        oups “remarqué” :)))))))

    • 23 Février 2017 à 14h06

      rolberg dit

      La langue ne sera plus bientôt un signe d’appartenance à la nation. Les élites à qui l’on doit l’UE ont gagné sur toute la ligne.

    • 23 Février 2017 à 11h54

      Patrick dit

      Ainsi, le nouveau venu devra savoir qu’ici, il est souhaitable qu’une femme travaille, que les parents doivent nourrir et habiller leurs bambins tout le temps de leur scolarité, que l’on a le droit de caricaturer le prophète sans se faire zigouiller, etc.
      Il doit surtout renoncer à vouloir nous infliger la charia. Et il faut le virer au moindre doute.
      Accueillons les chrétiens et les Yésidis, on aura moins de problèmes et on leur rendra réellement service.
      Reste à voir si le contribuable – que je suis – serait prêt ou non à partager l’addition.
      Le problème, c’est que l’Etat ne demandera pas votre avis, ni le mien d’ailleurs.

    • 23 Février 2017 à 11h50

      golvan dit

      Puisque l’article cite le Canada, et le Québec en particulier, il est bon de savoir que dans ce pays qui donne volontiers des leçons de générosité migratoire, parler la langue est une chose, mais si vous n’avez pas de contrat de travail, vous êtes expulsé.
      Il semble donc que la notion de générosité dans l’accueil soit à géométrie variable, et que la pratique de la langue n’en soit qu’un élément.
      Par contre, contraindre les femmes musulmanes à parler un français parfait de telle façon qu’elles sortent de l’enfermement imposé par les maris qui sont allés les chercher au bled, incultes et soumises, les aiderait grandement à s’émanciper.
      On peut toujours rêver.

    • 23 Février 2017 à 0h39

      Sancho Pensum dit

      ” Reste à voir si le contribuable – que je suis – serait prêt ou non à partager l’addition.”
      Faudrait savoir. Tu veux ou tu veux pas ? 

    • 22 Février 2017 à 22h26

      Lector dit

      ah tiens ça ne passe pas ce commentaire ? Faudrait voir à fournir la liste des mots clés interdits par le robot censure automatique… on se fatiguerait moins…

    • 22 Février 2017 à 18h09

      L'Ours dit

      Ce ne sont plus des réfugiés? ce sont juste des “migrants”? Et si on ne veut pas plus d’islam chez nous?

    • 22 Février 2017 à 17h12

      Mitidja dit

      Bof… quelques rudiments suffisent, pour trouver la sécu, les allocs, le RSA et la mosquée.

      • 23 Février 2017 à 0h34

        Sancho Pensum dit

        Idem pour comprendre Causeur : “moi y en a vouloir taper sur les bougnoules”…

    • 22 Février 2017 à 16h56

      Moumine dit

      Que deviendront ceux qui n’atteindront pas le “niveau requis” ni ne s’approprieront “nos valeurs”, en dépit de tous nos efforts ?

      • 23 Février 2017 à 0h37

        Sancho Pensum dit

        Pas sur que la transmission de vos “valeurs” à autrui soit une chose positive…

        • 23 Février 2017 à 11h31

          persee dit

          Pourquoi ne pas aller au bled pour vivre les vôtres , vous seriez en accord avec vous -même, et l’idéologie de ce pays  et du coup votre relation névrotique à la France disparaitrait . Le risque alors serait  de vous retrouver face à la vacuité de votre existence . Et là il faut être autrement courageux,  Isn’t it ?

    • 22 Février 2017 à 16h44

      A mon humble avis dit

      L’intégration a un coût, comme la démocratie. Si les immigrés font les efforts pour ça, les contribuables doivent faire leur part.
      L’impôt est obligatoire, et les efforts d’intégration devraient l’être aussi: tout immigré ne réussissant pas un test de vie en France (langue, culture, travail, procédures administratives) après un an de présence, doit être expulsable dans son pays d’origine.
      S’il est vraiment motivé, ça ne lui posera aucun problème; les seuls à pouvoir être expulsés seront donc ceux qui auront fait exprès de ne pas s’intégrer.