Michel Onfray: triste entropie | Causeur

Michel Onfray: triste entropie

“Se sentir quelque peu Romain…”

Auteur

Françoise Bonardel
Philosophe et essayiste.

Publié le 04 février 2017 / Culture

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En plaquant des vérités astrophysiques sur le destin de notre société, "Décadence" de Michel Onfray fait bon marché de Dieu comme des hommes.

Michel Onfray

La messe est dite si on en croit Michel Onfray, et l’Occident judéo-chrétien dont la mort est programmée par ses ennemis autant que par ses propres lâchetés n’aurait plus qu’à « sombrer avec élégance ». En est-il même encore capable ? Embarqués sur ce Titanic qu’est Décadence, deuxième volet d’une Brève Encyclopédie du monde (rien que ça !) commencée avec Cosmos, les passagers que nous sommes peuvent néanmoins agrémenter leur traversée de ces 600 pages, qu’ils pressentent fatale, en regardant le très long métrage qui leur est projeté : une sorte de péplum historico-philosophique qui leur explique, non pas comment utiliser leur gilet de sauvetage ou s’entraider dans cette catastrophe collective, mais pourquoi ils vont nécessairement périr dans ce naufrage.


jacques brel-avec élégance

Tant pis pour eux d’ailleurs, qui n’avaient qu’à pas devenir chrétiens il y a deux mille ans et qui sont aujourd’hui acculés, faudrait-il ajouter, à devoir choisir entre deux maux : bafouer leurs principes en recourant à la force brutale afin de sauver la civilisation judéo-chrétienne qui prend l’eau, ou contribuer par excès d’humanisme au « déclin de la force vitale » qu’annonçait il y a plus d’un siècle Nietzsche, voyant dans cet épuisement la fatalité propre au nihilisme. Ces passagers peuvent d’autant moins compter sur l’ultime satisfaction de voir leurs ennemis se noyer avant eux qu’ils ignorent si l’ennemi est à bord ou commandite de l’extérieur le naufrage. C’est en tout cas une autre « fable » que celle rapportée par Hans Blumenberg dans Le souci traverse le fleuve que relate Onfray dans cette épopée qu’on ne peut dire « apocalyptique » puisque aucune révélation finale n’en résultera.

Pourquoi l’humanisme épicurien n’a-t-il pas réussi à fonder une civilisation puissante et joyeuse?

Voici bel et bien venu le temps de l’« apocalypse sans royaume » dont parlait Günther Anders (Le Temps de la fin), même si c’est moins une catastrophe nucléaire qu’il faut désormais redouter qu’un effondrement intérieur dont l’élan entropique remonterait selon Onfray à

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    publié dans le Magazine Causeur n° 43 - Fevrier 2017

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  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 8 Février 2017 à 11h12

      benjbench dit

      Tant qu’il y aura des plumes aussi talentueuses au service de la critique littéraire, celle-ci aura encore des lecteurs.
      Merci madame Bonardel.

    • 7 Février 2017 à 6h31

      Ligure dit

      Belle mise en perspective. Brillant. Merci.

    • 6 Février 2017 à 22h44

      rolberg dit

      Le dieu des chrétiens et celui des musulmans n’existent pas. Des dieux ethniques, rien de plus. Quant à Dieu, c’est une autre affaire. On peut l’appeler la Vie et y croire, et y faire confiance pour le meilleur et le pire. 

      • 8 Février 2017 à 14h32

        chlomo dit

        et le tiens rolberg , c’est quoi ton dieu pour ça écrire comme ça ?

        t’es comme les autres papy rolbeurk, tu t’assieds sur la lucarne pour chier et tu crèveras comme les autres .
        Tu n’es pas certainement pas supérieur aux autres à écrire “ça” comme ça : t’as la même carcasse que les autres avec plus ou plus moins de suif autour et les asticots qui te boufferont quand tu seras au trou sont restés les mêmes et ne feront pas la différence : même restes putrides

    • 6 Février 2017 à 21h30

      rolberg dit

      Le Jésus des évangiles est une fiction inventée par le Juif fanatique Saül devenu Paul le Romain. Il y a eu un vrai Jésus. Saül/Paul l’a récupéré pour fonder sa propre domination.

    • 6 Février 2017 à 19h05

      maxou dit

      Michel Onfray est l’apôtre de la désespérance.
      Je l’ai entendu présenter son bouquin, que je n’achéterai pas. Dans ce monde nous avons trop besoin d’espoir, sinon il n’y a qu’à se suicider.

    • 6 Février 2017 à 12h35

      G. COLLET dit

      Si le christianisme avait contrebalancé – et oui le monde est binaire – l’amour par de la rigueur, tout autant nécessaire, nous n’en serions pas là.
      Songez seulement que si les lois de la nature disparaissaient – la mort, à le dire vite, et bien ce monde s’évanouirait…plus quelques autres considérations.
      A faire de l’amour l’alpha et l’oméga de toute chose, on se condamne simplement à assister …avec amour ! au saccage de notre civilisation et au viol de nos enfants.

    • 5 Février 2017 à 15h41

      Sancho Pensum dit

      Effectivement, voir manier le concept d’entropie  par celle qui fut membre du jury de la thèse d’Elisabeth Tessier est délicieux…

    • 5 Février 2017 à 10h38

      floréal50 dit

      Absolument d’accord avec ce propos et sa conclusion.Contrairement à rvbubu, je pense que l’entropie a un sens dynamique négatif qui convient parfaitement ici, sauf à rester accroché au premier degré. Si dans un système clos l’entropie ne peut que croître, la vie elle crée de l’ordre. C’est ce que Camus a parfaitement développé.

    • 5 Février 2017 à 5h23

      rvbubu dit

      Mais le clin d’œil Lévy-Straussien du titre est réussi, je le reconnais…

    • 5 Février 2017 à 5h20

      rvbubu dit

      Dommage que, comme souvent, utiliser un terme scientifique qu’on ne maîtrise pas conduise à un mauvais résultat ( cf. “Impostures scientifiques”, Sokal et Bricmont).
      Du coup, la phrase “la séduction de l’inertie…suscitée par l’entropie dont…” n’a strictement aucun sens.
      L’entropie est une mesure, qui rend compte de la variation d’état d’un système.Attelez vous à l’étude du deuxième principe de la thermodynamique, Mme Bonardel, et vous cesserez d’utiliser ce terme d’entropie à tort et à travers.
      Bon courage, c’est tout sauf simple!

      • 5 Février 2017 à 9h23

        Aristote dit

        Madame Bonardel, dont je trouve l’article bavard, emploie “inertie” et “entropie” dans un sens métaphorique qui n’a pas de prétention scientifique. Il n’y a donc pas de raison de s’offusquer.

        Sokal et Bricmont s’élevaient contre la prétention de tirer directement des leçons philosophiques de résultats scientifiques non maîtrisés par les littéraires, comme le théorème de Gödel.

        • 5 Février 2017 à 12h00

          floréal50 dit

          Scientifiquement parlant, vous avez raison. Mais philosophiquement, vous avez tort. Rien ne permet de penser que les “systèmes” scientifiques échappent au relativisme et il appartient à la philosophie de montrer que l’intuition de la pensée raisonnable peut dépasser l’esprit de système qui condamne à la déconstruction.
          Vaste sujet, j’en conviens.

    • 5 Février 2017 à 1h47

      Monge dit

      Excellent article qui a, entre autres mérites, celui d’étriller un peu Onfray, ce qui lui fera circuler le sang. Onfray se construit une statue en pillant un peu celles des géants qui l’ont précédé et c’est dommage car c’est lorsqu’il parvient à être modeste qu’il est meilleur. 
      Que la tragédie du temps soit celle qui est énoncée est presque certain et nul ne sait comment en sortir même si Camus (toujours) nous fait une proposition qui demeure paradoxale car faire “volte-face pour mieux faire face”, oui, mais à quoi bon ?!
      C’est ce qu’attendent les occidentaux, quelqu’un qui ne se pose pas la question et qui pousse ses chevaux sur le pont d’Arcole. C’est peut-être les anti-nihilistes qui ont voté Trump et chez les musulmans ce n’est pas envisageable d’être nihiliste. Le choix de l’Occident est donc bien celui du “chemin de crête” !
       

    • 4 Février 2017 à 22h07

      lili23 dit

      Etre médIocre. l’homme-moyen comme on dit l’homme-fusée. II est au niveau des moyens. Il se perd exprès dans l’infini des moyens pour ne pas regarder la fin en face. La fin est sous-entendue. En outre il est Victime de la solidification des moyens qui deviennent eux-mêmes des fins. En sorte que la tragédie de la poursuite de l’être se transforme en comédie. L’homme moyen est l’homme de la comédie. Epaississement du moyen. Par l’habitude, et par la satisfaction d’être jeté dans un procès infini où on ne sera jamais en face de l’essentiel. Par pédantisme aussi: l’homme moyen est pédant parce qu’il accorde une importance primordiale aux préparatifs. S’il peint, l’essentiel est le choix du pinceau. Ou ,bien ils se masque la fin ou bien elle devient rêve ou idée régulatrice. en second lieu l’homme moyen se veut moyen (médiocre). C’est-à-dire qu’il veut être « comme tout le monde, pour réaliser par lui-même l’unité de l’Esprit. Aussi pour l’anonymat des foules. S’il est moyen, il est perdu dans la foule des moyens. Donc rien ne vient le toucher qui lui soit destiné. Les malheurs sont effets du hasard. Statistiquement improbables. Toujours l’épaisseur de la foule avant lui. L’homme moyen est homme statistique. Il refuse le destin. Du coup il voit le monde en moyen. Généralisation de la médiocrité : les objets de qualité moyenne, les spectacles moyens de nature (qualités esthétiques moyennes : douceur, discrétion, etc.). En troisième lieu, il est à la fois justifié et inessentiel. Justifié parce qu’il est un moyen pour atteindre des fins apodictiques (parce qu’elles ne sont jamais remises en question) et inessentiel parce qu’interchangeable avec n’importe quel autre moyen, donc sans responsabilité écrasante. Il fait toujours ce que n’importe qui pourrait faire à sa place.

      • 4 Février 2017 à 22h19

        lili23 dit

        Extrait de cahier pour une morale jean-paul  sartre

    • 4 Février 2017 à 21h51

      lili23 dit

      Pour moi  Onfray a ceci de fâcheux c’est qu’il fait que de nous rappeler que dieu est mort. 
          «   L’oublie » n’est pas une perte de mémoire mais la condition idéale des moyens d’une action, contrairement au médiocre au pédant au moyen «  si ile médiocre peint l’essentiel sera dans le choix du pinceau » 

      • 4 Février 2017 à 22h17

        lili23 dit

        l’oublie , le sous-entendu

    • 4 Février 2017 à 21h26

      lili23 dit

      Epicure est une honte la traduction et la lettre à Ménécée une nullité je préfère lire «  le manuel d’épithète » 

      A avec élégance Epicure est mort dans d’atroces souffrance dans son bain en laissant un testament dans lequel il  s’exprima sur la question  de la religion pour lui il fallait mieux être un incroyant hypocrite et participer aux cérémonie que d’affirmer ses convictions. 

      De plus il laissa de nombreuses instructions comment gérer son «  jardin » et son argent après sa mort. Sartre était plus dans la thématique qui se soucie des morts.  

    • 4 Février 2017 à 14h59

      Cardinal dit

      Le curieux est que l’on écoute encore des gens comme Onfray, Zemmour où autres qui nous parlent du fond de leur dépression mentale et dont la myopie les limitent à contempler leur nombril.
      Que de mots pour rien !
      Un jour viendra où ils regarderont le monde, tout le monde, verrons que les footballeurs, handballeurs et autres ont plus de fans qu’eux et incontestablement plus joyeux qu’eux.
      Ils remarqueront qu’une élite scientifique vastement plus intelligente qu’eux est en train d’accomplir des miracles.
      Comprendrons enfin la nature de Daesh et le rapport de force et d’intelligence entre Daesh et nous, et comprendrons la raison pour laquelle nos gouvernants, qui ont les moyens d’éliminer Daesh en quelques semaines, ne le font pas en laissant les musulmans du Moyen Orient s’autodétruirent… tant qu’il y aura du pétrole.
      Bien sûr l’excuse que nos bombes font des dizaines de victimes parmi les civils est là pour justifier le fait que nous n’écrasons pas ces parasites, en occultant le fait que des milliers de victimes se noient en Méditerranée, le problème étant de savoir si ce sont des victimes collatérales ou non dans leur cas.

      Il faudrait peut être encourager Onfray et Zemmour = faire comme Thomas Pesquet, aller passer quelques jours dans l’ISS et regarder la Terre de 450 kms de haut. Mais pour cela il faut du courage, être pratique, avoir du bon sens, ce que malheureusement ils n’ont pas. Ils sont plus tranquilles dans leurs coins, à cogiter sur leurs problèmes psychologique et nous en donner les conclusions en tapotant sur le clavier de leur ordinateur, le cul sur un fauteuil.

      • 4 Février 2017 à 16h46

        jcm dit

        je ne suis pas pessimiste; je crois que l’issue sera un effondrement, une disparition de l’islam , lié au malheur que cette religion aura engendré, entrainant les musulmans dans un tel ostracisme généralisé qu’ils renonceront d’eux-mêmes à leur religion épouvantable, pour autant que l’ostracisme soit un peu plus explicite, et que les gens qui pourfendront l’islam comme le fait très bien trump et bientot le reste du monde, le nferont en visant l’islam et non les personnes qui l’auront suivi ( le padamalgam n’est pas un vice en soi mais plus simplement une charrue avant les beoufs ).

        Parallèlement à l’horreur islamiste, il y a la névrose de l’Occident, phénomène qui est indépendant de l’explosion de l’islam en vol. L’occident est clairement post-chrétien, l’enfant et le père sont les mêmes gênes mais ne se ressemblent pas. la crise actuelle résulte selon moi du vieillissement de la population et de la mainmise politique des plus âgés sur tout le pouvoir , financier, rentier, etc….au détriment de la jeunesse qui n’aura jamais aussi mal vécu .
        Vos jeunes vous détestent et vous le savez. Ils ne sont pas mal élevés , ils perçoivent parfaitement vos privilèges doubles : retraites surpayées dans le présent après que vous ayez vécu dans le bonheur des 30 glorieuses, dans le plein emploi, sans sida, sans craindre que regarder une femme mène en prison, et déshérité vos descendants en livrant votre économies aux quatre vents.

        • 4 Février 2017 à 21h43

          Barbapapa dit

          Est-ce que par hasard vous n’auriez pas la fièvre ?
          Vouloir dresser les jeunes contre l es vieux est hautement risible dans votre cas avec les pseudos arguments que vous présentez mais ça reste dangereux (calomniez, il en restera quelque chose…)
          Si l’Islam doit s’effondrer en générant autant de malheurs que l’a fait le nazisme on doit se préparer au pire. Mais peut-être, après tout, verra-t-on l’islam prendre une voie compatible avec nos valeurs actuelles ? Le pire n’est jamais certain même s’il faut toujours l’envisager en souhaitant que ça reste du domaine des supputations.
            
           

    • 4 Février 2017 à 14h28

      Aristote dit

      Nietzsche a signé un constat de décès de Dieu. La science, du néo-darwinisme aux neuro-sciences, se donne comme objectif de signer celui de l’homme, au prétexte de le “naturaliser”.

      Pourquoi pas. Mais alors il ne faut pas se leurrer, il n’y a pas d’échappatoire au nihilisme et toute tentative de consolation ne peut illusionner que les midinettes.

      “Un oui inconditionnel à la vie”, mais pourquoi donc ma petite Madame ?  Et je dois payer combien pour cela ?

      Récuser Nietzsche au seul motif que sa pensée est pour le moins inconfortable serait lâche. Maintenant peut-être Nietzsche a-t-il signé trop tôt son constat de décès, sait-on jamais… 

      • 4 Février 2017 à 15h33

        accenteur dit

        Nietzsche ? Et Sade alors ? Et sa “philosophie dans le boudoir” ? Sade a été enfermé à Charenton parce qu’il a écrit n’était pas à mettre entre toutes les mains.

    • 4 Février 2017 à 12h20

      A mon humble avis dit

      Beaucoup de philosophes, d’économistes et d’écologistes aiment jouer les Cassandre: prédire des catastrophes qu’eux seuls voient sans être crus.
      Le monde étant toujours plein de bruit et de fureur, de sang et de larmes, il est en effet préférable pour avoir raison d’annoncer des malheurs, ceux-ci étant plus probables qu’un avenir radieux pour l’humanité.
      Certains préfèrent être seulement observateurs, et regarder les civilisations s’écrouler sans sembler éprouver le moindre sentiment, tel des Bouddhas ou des stoïques, ou des figures divines détachées des aléas humains. C’est le cas d’Onfray.
      D’autres -les plus nombreux- veulent proposer des solutions, politiques, économiques ou environnementales, d’abord pour faire parler d’eux, et ensuite éventuellement pour prendre un pouvoir.
      Mais contrairement à Cassandre qui voyait réellement l’avenir (elle au moins avait séduit un dieu), les Nostradamus d’aujourd’hui ne visent que la notoriété et tout ce qu’elle peut apporter. Peu leur importe au fond que leurs prédictions se réalisent ou non, du moment qu’ils arrivent à le faire croire pendant un moment, en monopolisant la presse et les réseaux sociaux, ou en se faisant élire.
      Il est un constat que l’on peut faire: ce que l’on attend ne se réalise jamais, seul l’imprévisible a lieu. Ceux qui prétendent avoir prévu tel ou tel événement l’ont en fait deviné par chance et pour de mauvaises raisons, qu’ils s’emploient à dissimuler a posteriori pour faire croire à leur prescience exceptionnelle.
      Cela dit, nous pouvons tomber d’accord avec eux sur un point: rien de ce qu’on voit aujourd’hui autour de nous ne porte à l’optimisme. On se demande tous si l’avenir sera seulement très mauvais ou pire encore.
      Je partage aussi l’avis de Françoise Bonardel: “l’homme révolté” est le meilleur guide, pratique et spirituel; à ne pas confondre avec “l’homme indigné” d’une gauche qui se perd en se cherchant.