Merci Meirieu ! | Causeur

Merci Meirieu !

Le pire ennemi des écoliers est devenu le meilleur ami des écolos

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
est écrivain.

Publié le 16 février 2010 / Société

Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.

Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.

Un article du Nouvel Observateur s’intéresse cette semaine à un phénomène relativement récent mais qui prend des proportions pour le moins inquiétantes : la phobie scolaire, qui toucherait 1 % des élèves en France. Au début, quand certains collègues m’avaient parlé du phénomène, j’avais souri. Mon vilain fond réac, mes vingt ans de ZEP, mon côté vieux con, adepte de la pédagogie du coup de pied au cul. “Arrête de me prendre pour une bille, si tu ne veux pas aller à l’école, c’est que tu tires ta flemme ou que tu n’as pas appris tes vers de Corneille ou ta leçon sur l’ablatif absolu et que tu as peur de te retrouver en retenue.” Mais voilà, il semblerait d’après le papier du Nouvel Obs, toujours confirmé par des témoignages de proches, qu’il s’agisse bel et bien d’une véritable souffrance, d’une pathologie douloureuse, assez semblable dans ses symptômes aux désordres du stress post-traumatique des soldats ayant connu l’épreuve du feu. Nausées, vomissements, cauchemars récurrents, crises de panique avec impression de mort imminente, voire tentatives de suicides, ce n’est pas compliqué, certaines gamines de 14 ans préfèreraient encore, même avec des menottes, aller en garde à vue que de partir en cours de maths.

Que se passe-t-il donc à l’école pour qu’elle soit devenue pour les plus fragiles un véritable enfer, que la simple idée d’y aller les rendent blêmes et suffocants ? Sont-ce les agressions ou la violence des cours de récréation due pour l’essentiel à la baisse tragique du nombre des professeurs dans les établissements remplacés par des équipes spéciales de sécurité (pour simplifier, des flics) ? D’après l’étude, il ne semblerait pas que ce ne soit le cas et cette pathologie de la “phobie scolaire” semblerait plutôt toucher des élèves d’établissements où il n’y a pas de problème de ce genre, des établissements où existe encore la mixité sociale.

Le Nouvel Obs, toujours dans son rôle de phare de la bien-pensance sociale-libérale, incrimine la pédagogie elle-même. Et de nous décrire des établissements où les élèves sont soumis à l’atroce pression des exigences professorales, au sadisme d’enseignants psychorigides qui veulent, les salauds, transmettre à la schlague d’inutiles rudiments d’histoire, de physique, de langues vivantes. Il faudrait donc repenser le système…

Oui, d’accord, mais je suis assez étonné tout de même. N’est-ce pas officiellement depuis 1989 que l’élève est au centre du système  et que Meirieu, ce Danube de la pensée dopé aux amphets bourdivines a tout fait depuis trente ans pour discréditer les savoirs des dominants et a voulu transformer l’école en “lieu de vie” avec maison du lycéen, heures de vie de classe et tout le toutim ? Alors comment se fait-ce, me demandé-je, que nos chères têtes blondes, tout au moins pour une partie d’entre elles, aient l’impression lorsqu’elles se rendent en cours, de partir pour Bagdad hors zone verte plutôt que dans un temple du savoir où l’on apprendrait dans la joie et la sérénité, puisque n’est-ce pas, ils sont, répétons-le, au centre du système ?

Et de me souvenir d’un livre déjà ancien de quelques années qui s’intitulait La barbarie douce, la modernisation aveugle des écoles et de l’entreprise (La découverte) de Jean-Pierre Le Goff. La thèse de l’auteur était lumineuse : la barbarie douce, c’est “Je suis ton copain, moi le patron de start up, moi le prof iueffèmisé, puisque c’est la mode. Je te tutoie, je te passe la main dans le dos, on est tellement égaux, mon chéri. Le problème, c’est que je reste ton patron et que même en te tutoyant, quand il faut te virer, je te vire et que moi le prof tellement « sympa », quand le système me demande de t’évaluer et de t’orienter, eh bien je le fais. Tout ce que l’on t’a raconté, c’est des carabistouilles, maintenant tu passes ou tu passes pas, c’est comme ça”. Situation éminemment schizophrénique, on en conviendra.

Et voilà pourquoi le petit Louis vomit son Benco à 7 heures du matin. Et voilà pourquoi votre fille est muette.

Dans le Nouvel Obs, quelques pages plus loin, un article sur Meirieu, candidat d’Europe Ecologie. Avec une photo de Cohn-Bendit qui lui passe la main dans le dos.

Comme quoi tout est cohérent. Surtout l’erreur.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 21 Février 2010 à 18h17

      Candide dit

      Il n’y a pas d’autres solutions constructives, qui ouvrent vers l’avenir et l’espoir …C”est le “seul combat qui vaille !”

    • 21 Février 2010 à 17h50

      Candide dit

      suite: ces lignes ont été écrites il y a quelques 40 ans ! Rien de nouveau…

    • 21 Février 2010 à 16h37

      Candide dit

      Entre le lycée napoléonien, rigide, figé, sclérosé, pétrifié…et la colonie de vacances ou “club med”, il y a de la marge…il suffit de faire preuve d’intelligence,tolérance, respect mutuel, compétence, courage, imagination, créativité, et d’abord et surtout BON SENS !

    • 21 Février 2010 à 9h56

      Minos dit

      François Delpla dit :
      21 février 2010 à 5:49

      Bien sûr. Mais l’équilibre est justement ce qu’il y a de plus difficile à trouver et à maintenir. Lorsqu’on marche sur une corde, on finit toujours par tomber soit d’un côté soit de l’autre.
      L’école que vous décrivez a peu de chance de voir le jour. Malheureusement.

    • 21 Février 2010 à 5h49

      François Delpla dit

      Francois Delpla dit :
      17 février 2010 à 6:48

      Les questions scolaires sont des plus importantes, des plus délicates, et de celles que nous avons tous moyens de résoudre sur place avec du bon sens et de la persévérance. Car pour rétablir l’emploi il faudrait savoir parler haut et fort aux pays qui pratiquent le dumping salarial et social, et surtout aux patrons bien de chez nous qui en profitent doublement, pour baisser leurs coûts et faire chanter ceux qu’ils continuent noblement à embaucher par ici.

      Dans l’espace scolaire hexagonal, nettement moins de données nous échappent. Mais il y a sans doute un préalable à toute amélioration, la fin du manichéisme et de toute opposition binaire, soit de notions, soit de personnes censées les symboliser : entre le laxisme et l’exigence de niveau, entre la demande de moyens budgétaires et celle de leur meilleur rendement, l’apprentissage de la liberté et celui du respect, l’ectoplasme Meirieu et le porc allègre…

      Il faut de tout pour refaire ce monde, notamment de l’argent ET des idées !
      Signaler un abus
      ***************************************************************

      Ben voilà, je signale un abus !
      Ce post a été cité une fois et TOUS les autres ont été binaires.
      Les partisans de la trique feraient bien d’imiter Jean-Paul II !

    • 19 Février 2010 à 23h44

      Minos dit

      Florence dit :
      19 février 2010 à 23:21
      Minos dit :
      19 février 2010 à 11:43
      “Voilà pourquoi je ne peux comprendre que vous qualifiiez indifféremment tout ce qui permet d’avancer de béquilles. je ne vois pas comment être plus explicite…”
      J’avais bien compris, ne vous désolez pas… Je pense simplement que des croyants qui vivent leur foi dans la joie et la tolérance ne considèrent pas avancer avec des béquilles… Ils pourraient vous tenir le même discours et vous affirmer que leur spiritualité leur donne des ailes. Question de point de vue.
      Bien dit !

      Merci Florence.
      Pour vous: un lien où Finkielkraut analyse la violence scolaire. Très pertinent comme d’habitude.
      http://www.dailymotion.com/video/x2c391_finkielkraut-violences-scolaires-1_people

    • 19 Février 2010 à 23h21

      Florence dit

      Minos dit :
      19 février 2010 à 11:43
      “Voilà pourquoi je ne peux comprendre que vous qualifiiez indifféremment tout ce qui permet d’avancer de béquilles. je ne vois pas comment être plus explicite…”

      J’avais bien compris, ne vous désolez pas… Je pense simplement que des croyants qui vivent leur foi dans la joie et la tolérance ne considèrent pas avancer avec des béquilles… Ils pourraient vous tenir le même discours et vous affirmer que leur spiritualité leur donne des ailes. Question de point de vue.

      Bien dit !

    • 19 Février 2010 à 15h46

      dan dit

      Voui voui!
      Votez pour lui :
      votre région sera ,dans 4 ans ,
      dans l’état où il a mis l’école !

    • 19 Février 2010 à 13h30

      Grandgil dit

      Pour revenir au fil, à mon avis l’école est encore à inventer. Que pensez-vous des propositions d’Ivan Illich dans “une société sans école”?…

    • 19 Février 2010 à 11h43

      Minos dit

      “Voilà pourquoi je ne peux comprendre que vous qualifiiez indifféremment tout ce qui permet d’avancer de béquilles. je ne vois pas comment être plus explicite…”

      J’avais bien compris, ne vous désolez pas… Je pense simplement que des croyants qui vivent leur foi dans la joie et la tolérance ne considèrent pas avancer avec des béquilles… Ils pourraient vous tenir le même discours et vous affirmer que leur spiritualité leur donne des ailes. Question de point de vue.

    • 19 Février 2010 à 11h30

      Coriolan dit

      @ Minos
      Vous avez dit que vous ne pensiez pas qu’on puisse marcher sans béquilles.
      Je vous ai répondu, moi, qu’il y a avait des béquilles, qu’il y avait des jambes, qu’il y avait des ailes.
      La particulirité des béquilles, c’est qu’on a besoin suite à un handicap, passager ou non. J’espère que vous faites la différence avec les jambes, avec les ailes.
      Par voie de conséquence, quand je dis que l’humanisme de l’athée lui tient lui d’ailes, j’espère que vous voyez quand même la supériorité que je lui attribue par rapport au secours des béquilles de la religion. Voilà pourquoi je ne peux comprendre que vous qualifiiez indifféremment tout ce qui permet d’avancer de béquilles. je ne vois pas comment être plus explicite…

    • 18 Février 2010 à 22h54

      Minos dit

      expat dit :
      18 février 2010 à 20:36
      @ Minos : si, maintenant si. Carnegie (avant de faire son don) a demandé que l’état suit tout ça avec les impôts etc. Mais c’est quand même lui qui a lancé la chose.
      Lisez cela :

      Done. Thanks.

    • 18 Février 2010 à 20h36

      expat dit

      @ Minos : si, maintenant si. Carnegie (avant de faire son don) a demandé que l’état suit tout ça avec les impôts etc. Mais c’est quand même lui qui a lancé la chose.
      Lisez cela :
      ” Carnegie, however, thought libraries and books should be available to everyone. Interestingly, he was attacked by both the right, which called him a Communist for wanting to use taxes for libraries, and the left, which viewed taxes as a drain on the working man. By 1920, the Carnegie estate had donated $50 million to erect 2,500 library buildings, including 1,700 in the U.S.–by far the most sustained and widespread philanthropic enterprise ever devoted to libraries. Carnegie’s donations got libraries started in small towns, not just big cities, throughout America. Some communities refused Carnegie’s money because it was tainted, but basically we can thank Carnegie for the modern U.S. public library system.”

    • 18 Février 2010 à 20h26

      Minos dit

      expat dit :
      18 février 2010 à 20:20
      @ Meunnieur-tudor et Alpin : bonsoir : mais oui le système des bibliothèques publics aux USA a commencé avec Carnegie – qui a légué une fortune pour commencer le réseau.

      Ce n’est donc pas l’Etat.

    • 18 Février 2010 à 20h20

      expat dit

      @ Meunnieur-tudor et Alpin : bonsoir : mais oui le système des bibliothèques publics aux USA a commencé avec Carnegie – qui a légué une fortune pour commencer le réseau. (voir wikipedia – ce n’est pas mal dans la matière).
      Donc dans mon quartier de Wash D.C. on avait une bibliothèque énorme, complètement gratuite – avec tous les livres du monde. Et si on ne trouvait pas, on pouvait ‘commander’. Les bibliothèques là-bas sont pour tous le monde, ce n’est pas une histoire de recherche etc. C’est comme aller à la Fnac – sauf que c’est gratuit – parfois on doit attendre un livre, ou se mettre sur une liste d’attente.
      Mais voilà, pour moi, ça c’est une vraie service de l’état – la lecture pour tous !
      (la seule chose qui me tracassait, est que je ne pouvais prendre que 10 livres à la fois ! ce n’était pas assez ! Et les bibliothèquaires – géniales géniales géniales).

    • 18 Février 2010 à 19h19

      Minos dit

      Coriolan dit :
      18 février 2010 à 17:09
      @ Minos
      Vous confondez amertume et révolte.
      Et pourquoi révolte ?
      Parce que je suis républicain, et parce que certains font tout pour abandonner la république sur une aire d’autoroute, attachée à un arbre.

      La révolte est l’opium du lyrique, et le lyrique a besoin de chasser des dragons…
      J’essayais simplement de vous expliquer qu’à chacun son moteur. C’est vous qui parliez de béquilles, pas moi.

    • 18 Février 2010 à 18h25

      Meunniez-Tudor dit

      @ Expat
      « aux USA – là-bas tous les quartiers ont leur bibliothèque municipale énorme »

      Mon Dieu, Expat, mais quelles fables vous nous racontez là ! Personne ne va vous croire ! C’est impossible que ce pays ultralibéral, mangeur de pauvres et patrie des incultes et des ignorants puisse offrir autant de bibliothèques à ses habitants. Dans ce pays où tout est fric, ce sont sûrement des fausses bibliothèques Potemkine, en carton-pâte, faites pour impressionner les étrangers. Quelle odieuses propagande impérialiste.

      Sinon, je rejoins Alpin dans ses félicitations. D’autant plus que ça me reconforte dans mon attitude face aux livres.

    • 18 Février 2010 à 17h52

      Alpin dit

      @Expat,

      Bonjour,

      Bravo,pour votre parcours,cela me rappelle le cas de l’ami américain d’un jeune
      couple de proches,il y a quelques temps déjà.

      Ingénieur de formation,dans la vie active,il avait décidé de se reconvertir à la trentaine
      et avait effectué et réussi des études de médecine aux USA (ou elles sont encore plus sélectives qu’en France),et commençait son nouveau métier de Médecin.

      Il nous expliquait que c’était possible et considéré comme tel aux Etats-Unis.

      Impressionnant!

    • 18 Février 2010 à 17h16

      Coriolan dit

      @Minos

      Les jambes portent ceux qui n’ont pas besoin d’aide, et les ailes élèvent l’être qui en est pourvu. Mais pour vous tout ne serait que béquilles. L’égalitarisme dans l’allégorie, pour le coup ?.
      Permettez-moi de vous dire que quelqu’un qui réussit à avancer sans le secours d’un quelconque Paradis, et se nourrit à la place d’humanisme, ne marche pas : il vole.

    • 18 Février 2010 à 17h09

      Coriolan dit

      @ Minos

      Vous confondez amertume et révolte.
      Et pourquoi révolte ?
      Parce que je suis républicain, et parce que certains font tout pour abandonner la république sur une aire d’autoroute, attachée à un arbre.