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Merci Meirieu !

Le pire ennemi des écoliers est devenu le meilleur ami des écolos

Publié le 16 février 2010 à 5:49 dans Société

Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.

Philippe Meirieu, candidat d'Europe Ecologie en Rhône-Alpes.

Un article du Nouvel Observateur s’intéresse cette semaine à un phénomène relativement récent mais qui prend des proportions pour le moins inquiétantes : la phobie scolaire, qui toucherait 1 % des élèves en France. Au début, quand certains collègues m’avaient parlé du phénomène, j’avais souri. Mon vilain fond réac, mes vingt ans de ZEP, mon côté vieux con, adepte de la pédagogie du coup de pied au cul. “Arrête de me prendre pour une bille, si tu ne veux pas aller à l’école, c’est que tu tires ta flemme ou que tu n’as pas appris tes vers de Corneille ou ta leçon sur l’ablatif absolu et que tu as peur de te retrouver en retenue.” Mais voilà, il semblerait d’après le papier du Nouvel Obs, toujours confirmé par des témoignages de proches, qu’il s’agisse bel et bien d’une véritable souffrance, d’une pathologie douloureuse, assez semblable dans ses symptômes aux désordres du stress post-traumatique des soldats ayant connu l’épreuve du feu. Nausées, vomissements, cauchemars récurrents, crises de panique avec impression de mort imminente, voire tentatives de suicides, ce n’est pas compliqué, certaines gamines de 14 ans préfèreraient encore, même avec des menottes, aller en garde à vue que de partir en cours de maths.

Que se passe-t-il donc à l’école pour qu’elle soit devenue pour les plus fragiles un véritable enfer, que la simple idée d’y aller les rendent blêmes et suffocants ? Sont-ce les agressions ou la violence des cours de récréation due pour l’essentiel à la baisse tragique du nombre des professeurs dans les établissements remplacés par des équipes spéciales de sécurité (pour simplifier, des flics) ? D’après l’étude, il ne semblerait pas que ce ne soit le cas et cette pathologie de la “phobie scolaire” semblerait plutôt toucher des élèves d’établissements où il n’y a pas de problème de ce genre, des établissements où existe encore la mixité sociale.

Le Nouvel Obs, toujours dans son rôle de phare de la bien-pensance sociale-libérale, incrimine la pédagogie elle-même. Et de nous décrire des établissements où les élèves sont soumis à l’atroce pression des exigences professorales, au sadisme d’enseignants psychorigides qui veulent, les salauds, transmettre à la schlague d’inutiles rudiments d’histoire, de physique, de langues vivantes. Il faudrait donc repenser le système…

Oui, d’accord, mais je suis assez étonné tout de même. N’est-ce pas officiellement depuis 1989 que l’élève est au centre du système  et que Meirieu, ce Danube de la pensée dopé aux amphets bourdivines a tout fait depuis trente ans pour discréditer les savoirs des dominants et a voulu transformer l’école en “lieu de vie” avec maison du lycéen, heures de vie de classe et tout le toutim ? Alors comment se fait-ce, me demandé-je, que nos chères têtes blondes, tout au moins pour une partie d’entre elles, aient l’impression lorsqu’elles se rendent en cours, de partir pour Bagdad hors zone verte plutôt que dans un temple du savoir où l’on apprendrait dans la joie et la sérénité, puisque n’est-ce pas, ils sont, répétons-le, au centre du système ?

Et de me souvenir d’un livre déjà ancien de quelques années qui s’intitulait La barbarie douce, la modernisation aveugle des écoles et de l’entreprise (La découverte) de Jean-Pierre Le Goff. La thèse de l’auteur était lumineuse : la barbarie douce, c’est “Je suis ton copain, moi le patron de start up, moi le prof iueffèmisé, puisque c’est la mode. Je te tutoie, je te passe la main dans le dos, on est tellement égaux, mon chéri. Le problème, c’est que je reste ton patron et que même en te tutoyant, quand il faut te virer, je te vire et que moi le prof tellement « sympa », quand le système me demande de t’évaluer et de t’orienter, eh bien je le fais. Tout ce que l’on t’a raconté, c’est des carabistouilles, maintenant tu passes ou tu passes pas, c’est comme ça”. Situation éminemment schizophrénique, on en conviendra.

Et voilà pourquoi le petit Louis vomit son Benco à 7 heures du matin. Et voilà pourquoi votre fille est muette.

Dans le Nouvel Obs, quelques pages plus loin, un article sur Meirieu, candidat d’Europe Ecologie. Avec une photo de Cohn-Bendit qui lui passe la main dans le dos.

Comme quoi tout est cohérent. Surtout l’erreur.

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  • 18 February 2010 à 15h16

    Minos dit

    Meunniez-Tudor dit :
    18 février 2010 à 13:45
    @ Minos, bvb
    Que la jeunesse de Bégaudeau soit un atout , ça se discute. En tout cas, il n’y est pour rien ;-)

    Je sais bien!! Mais c’est tendance…

  • 18 February 2010 à 14h33

    expat dit

    @Meunniez Tudors : pas faux. Je pense que j’ai été sauvée par la passion de la lecture. Quand j’avais entre 6-12 ans ma bibliothèque du quartier était mon QJ (mais on n’a pas le même système en France qu’aux USA – là-bas tous les quartiers ont leur bibliothèque municipale énorme !)

  • 18 February 2010 à 13h45

    Meunniez-Tudor dit

    @ Minos, bvb
    Que la jeunesse de Bégaudeau soit un atout , ça se discute. En tout cas, il n’y est pour rien ;-)

    @ Expat.
    Finalement, vous confirmez ce que je vous ai écrit – sans les bases, il vous était plus difficile. Une autre chose est qu’il vous ait fallu quelques années pour «murir» et que vous avez eu la possibilité et le courage de le faire. Quand j’étais assistant à l’Uni, j’avais dans chaque groupe une ou deux personne dans la même situation que la vôtre – elles étaient toujours de loin plus intéressantes intellectuellement que celles qui suivaient le cursus normal. Néanmoins refuser le savoir que l’on nous offre au lycée entraîne un handicap et il faut beaucoup plus d’efforts pour le vaincre.
    BàV

  • 18 February 2010 à 12h00

    Minos dit

    @Coriolan

    Je ne suis pas croyant non plus. Mais je ne pense pas que l’on puisse marcher sans béquilles. L’homme a besoin d’idées pour vivre. D’ailleurs qu’est-ce que la liberté? Choisir entre plusieurs formes d’aliénation. Surconsommation, hygiénisme, combat politique….

  • 18 February 2010 à 11h50

    Minos dit

    @Coriolan

    J’avais très bien compris. J’approuve d’ailleurs. Je sens simplement (si vous me permettez) une certaine amertume dans vos propos. Pourquoi?

  • 18 February 2010 à 11h09

    expat dit

    @Meunnier Tudors : “vous etes une exception (ce qui ne m’étonne pas ;-)))
    Et puis, vous êtes quand même bien d’accord que le fait d’avoir interrompu votre scolarité ne vous a pas aidé, lorsque vous l’avez reprise ?”
    Well, pas vraiment. Quand je suis rentrée à l’université j’avais tellement envie de réussir que je bossais comme une folle. Les autres étudiants avaient 18 ans et ne faisaient que la fête – moi soit je travaillais pour payer mes études, soit j’étais à la Bibliothèque. (j’ai trouvé récemment mon agenda quand j’étais à l’université – crazy je n’arrive pas à le croire).
    Ce que je regrette est que je n’ai pas eu des bases de scolarité qu’on reçoit normalement au lycée, là où on doit apprendre les bases du ‘savoir’.
    J’essaie de me rattraper maintenant !

  • 18 February 2010 à 10h50

    Minos dit

    bvb09 dit :
    18 février 2010 à 0:19
    @ Meunniez et Minos
    je reviens de réplique et de l´émission de Durand.
    Bégaudeau jouant l´humble de service ne s´en tire pas mal, essentiellement parce qu´il ne dit rien tout en disant que c´est lui le meilleur parce que c´est ce qu´il faut faire: ne rien dire.
    Et je trouvais Finkielkraut très moyen: ce n´est pas le format qui lui convient. Il n´a pas le sens de la formule et faire court le rend presque outrancier

    Autre atout de Bégaudeau, et pas des moindres: il est jeune.

  • 18 February 2010 à 9h49

    Joëlle dit

    Je suis d’accord avec les derniers intervenants, j’ai regardé le débat avec Finkielkraut sur le CPE, il se montre un bon analyste de la situation.
    Mais pendant que vous étiez ici, vous n’avez pas pu regarder l’émission de Frédéric Taddéi sur la Russie, un sujet parfois abordé ici, mais mal débattu à mon avis.
    Personnellement, j’étais aux anges. Emmanuel Todd et Jacques Sapir ont tranché sur les analyses habituelles, mis un éclairage neuf sur la question, et au passage, traité de ringarde la grille de lecture d’autres intervenants. Certains restent scotchés à une vision ancienne de la Russie comme pays dangereux pour l’Europe et comme puissance inquiétante, perpétuant indéfiniment une approche qui aurait déjà mérité d’être nuancée (ou même combattue pour être dépassée) au temps de la guerre froide. Todd et Sapir n’étaient pas maladroits et ne manquaient pas d’arguments.
    Je vous l’avais dit : c’est un autre sujet. De toute façon, on peut revenir au problème de l’éducation avec le nouveau billet d’E. Lévy.

  • 18 February 2010 à 9h16

    coriolan dit

    @Minos

    1-Je ne suis pas chrétien, ni quoi que ce soit d’autre : je marche sans béquilles.
    2- Vous me parlez de chrétienté : je vous réponds chaisière. Vous savez, genre Martine Aubry, la larme à l’oeil, le fanon en bataille, le fibrome proéminent, et prête à le faire payer au monde entier.
    Moi, lorsque l’on m’agresse avec la bien-pensance, les larmes, la misère, les pauv’ gens, les djeunz en déserrance, je ne vais pas me gêner pour répondre.
    Je suis un salarié, c’est à dire que je fais partie de ces gens que l’on ponctionne sur tout, et pour tous. En conséquence de quoi, je m’estime caritativement correct, et dûment estampillé par le fisc en cela, je ne filerai pas un kopeck de plus à une quelconque cause, ce que je laisse aux artisans, professions libérales, et autres forces vives dont le point commun est la pratique de haut niveau de la fraude en tout genre, et qui ont besoin de se racheter une chrétienne conscience en contribuant à une “oeuvre”. Le simple fait de verser plus que ma part, puisqu’il faut bien compenser la fraude des autres en augmentant mes propres impôts, je suis incontournablement fondé à donner mon avis.
    Ce qui m’intéresse dans la vie, voyez-vous, c’est la Vérité. Car il n’y en a qu’une, contrairement aux opinions qui sont multiples. Je me fous de savoir la forme qu’elle prend, ni comment je l’exprime, pourvu que je l’approche. Je ne suis pas bien-disant.

    Bref, le compassionnel et le reste, on me les sert assez pour que je ne m’en serve.

  • 18 February 2010 à 0h25

    bvb09 dit

    Finkie avec du temps sur le CPE c´est effectivement grand.
    Rien à dire

  • 18 February 2010 à 0h19

    bvb09 dit

    @ Meunniez et Minos
    je reviens de réplique et de l´émission de Durand.
    Bégaudeau jouant l´humble de service ne s´en tire pas mal, essentiellement parce qu´il ne dit rien tout en disant que c´est lui le meilleur parce que c´est ce qu´il faut faire: ne rien dire.
    Et je trouvais Finkielkraut très moyen: ce n´est pas le format qui lui convient. Il n´a pas le sens de la formule et faire court le rend presque outrancier

    Dans le top 3
    Edwy Plenel, Daniel Mermet ( France Inter)

  • 18 February 2010 à 0h10

    expat dit

    @ Tudor : excellent, je vais dormir. Merci à Minos aussi.

  • 17 February 2010 à 23h48

    Meunniez-Tudor dit

    Minos :-)
    Ça me rappelle les figures des deux «djeuns» quand Zemmour leur a dit que s’il ne restait que des commissariats dans les cités, c’etait parce qu’ils avaient brulé le reste ;-)

  • 17 February 2010 à 23h39

    Minos dit

    Meunniez-Tudor dit :
    17 février 2010 à 23:36
    Minos,
    Je ne sais pas. Il me semble que c’est tout simplement un grand malin ;-)
    Il aime tellement ce système qu’il s’en est vite tiré…

  • 17 February 2010 à 23h38

    Minos dit

    http://www.dailymotion.com/video/x5w5z_finkielkraut-sur-le-cpe

    4 minutes jouissives.. La tête des syndicalistes!!!

  • 17 February 2010 à 23h36

    Meunniez-Tudor dit

    Minos,
    Je ne sais pas. Il me semble que c’est tout simplement un grand malin ;-)

  • 17 February 2010 à 23h34

    Minos dit

    Meunniez-Tudor dit :
    17 février 2010 à 23:32
    @bvb, Minos
    En ecoutant la polemique avec Begaudeau, une reflexion m’est venue :
    1789 : «Liberté, égalité, fraternité»
    1968 : «Il est interdit d’interdire»
    2005 : «De la thune et des meufs»
    Ça se passe de commentaire.

    Bégaudeau est le synchrétisme de tout ce que le pédagogisme a produit de pire. Insupportable.

  • 17 February 2010 à 23h32

    Meunniez-Tudor dit

    @bvb, Minos
    En ecoutant la polemique avec Begaudeau, une reflexion m’est venue :
    1789 : «Liberté, égalité, fraternité»
    1968 : «Il est interdit d’interdire»
    2005 : «De la thune et des meufs»
    Ça se passe de commentaire.

  • 17 February 2010 à 23h24

    Minos dit

    bvb09 dit :
    17 février 2010 à 23:23
    @ Minos
    Bien le lien sur Finkie parlant de 68 , de la jeunesse et de Kundera.
    Simplisme et mimétisme: simple clair et évident comme l´oeuf de Colomb
    Je salive rien qu´à penser au lien sur sa confrontation avec Bégaudeau, que je n´ai pas encore vue. Bégaudeau fait en effet partie de mon top 3 des types que j´aimerais rencontrer sur un ring (je sais c´est enfantin, ou plutôt c´est ma culture Sergio Leone)

    Quels sont les deux autres?

  • 17 February 2010 à 23h23

    bvb09 dit

    @ Minos
    Bien le lien sur Finkie parlant de 68 , de la jeunesse et de Kundera.
    Simplisme et mimétisme: simple clair et évident comme l´oeuf de Colomb
    Je salive rien qu´à penser au lien sur sa confrontation avec Bégaudeau, que je n´ai pas encore vue. Bégaudeau fait en effet partie de mon top 3 des types que j´aimerais rencontrer sur un ring (je sais c´est enfantin, ou plutôt c´est ma culture Sergio Leone)