Mémoire à l’école : les deux “non” d’Alain Finkielkraut
Le philosophe critique l’idée de “parrainage de la mémoire” lancée par Nicolas Sarkozy
Publié le 18 février 2008 à 0:26 dans Société
Mots-clés : École, Entretien, Histoire, Philosophie
Le philosophe critique l’idée de “parrainage de la mémoire” lancée par Nicolas Sarkozy, mais le tollé contre cette idée lui semble plus inquiétant que l’idée elle-même.
Vous avez beaucoup réfléchi et écrit sur les risques de la mémoire. Vous n’êtes ni un adepte de la “religion de la Shoah”, ni un défenseur du “devoir de mémoire”. On vous imagine spontanément plutôt hostile à l’initiative du président de la République. En refusant de répondre à chaud aux sollicitations, sans doute vouliez-vous vous donner le temps de réfléchir. Mais on dirait aussi que votre réserve traduit une sorte de gêne. Que vous inspire cette idée ?
La proposition de faire parrainer les enfants juifs français déportés par des élèves de CM2 est discutable. Elle n’a rien cependant d’obscène ou d’indigne. Nicolas Sarkozy observe que l’antisémitisme est une passion toujours vivante. Cette passion, il veut la tuer dans l’œuf. Et l’œuf, c’est l’enfant. Si les enfants sont avertis assez jeunes, si on leur ouvre les yeux sur les horreurs auxquelles une telle passion peut mener, on les vaccine. Contre l’ignorance, l’indifférence et le négationnisme qui s’ébroue sur Internet, le président de la République table, dès le plus jeune âge, sur la connaissance. Je ne vois rien là de scandaleux.
Peut-être, mais les bons sentiments ne font pas un bon enseignement. En général, vous n’approuvez guère la mobilisation émotionnelle.
L’opposition raison-émotion a ses limites. Le sentimentalisme est une menace pour la raison et l’insensibilité aussi. N’oublions pas Marc Bloch : “Il y a deux catégories de Français qui ne comprendront jamais rien à l’Histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au sacre de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération.” Ceux qui refusent de vibrer, ceux qui lisent sans émotion. Les morts ne sont jamais indifférents. L’histoire et la mémoire doivent être, l’une et l’autre, animées par le souci de la vérité, et elles relèvent, selon des modalités certes différentes, de la connaissance sensible. J’ajoute que si cette mesure devait voir le jour, les instituteurs auraient évidemment pour charge d’intégrer dans l’histoire générale l’histoire singulière de l’enfant dont chaque élève ou chaque classe serait dépositaire. Un autre élément doit être pris en compte, c’est le souci d’arracher les disparus à l’anonymat. Ils sont morts en tant que numéros. Les nazis, comme le rappelle Aharon Appelfeld, “ne demandèrent jamais à quiconque qui il était ou ce qu’il était”. Ils gazaient directement les uns et tatouaient des chiffres sur les bras des autres. Si nous n’avons de mémoire que statistique, nous perpétuons d’une certaine manière la déshumanisation dont ils ont été victimes. C’est une bonne action de leur rendre un visage.
Va pour l’émotion, même si, entre l’émotion et le pathos, la différence est ténue. Mais certains, à commencer par Simone Veil, ont attaqué ce projet sur la base d’arguments émotionnels. On risquerait, en somme de traumatiser les enfants.
Dire que les enfants sont tellement fragiles qu’on risque de les traumatiser, c’est nous parler d’une enfance qui n’existe plus. Le jeune habitant de la vidéosphère, ce n’est pas l’enfant fragile, c’est l’enfant blasé, l’enfant que les Guignols invitent sans cesse à rire de tout et que ses écrans plongent dans l’hémoglobine. Il n’est pas trop sensible mais gavé, repu d’images violentes. Rien ne l’étonne. Sera-t-il capable de percevoir ce que la Shoah a de singulier et d’élever ce malheur au-dessus du film ininterrompu de l’actualité, du cinéma d’épouvante et des videogames ? C’est désormais la question.
Notre ami Paul Thibaud, président des Amitiés judéo-chrétiennes, est très remonté. Il souligne qu’on n’enseigne pas l’histoire comme ça. Et l’association Liberté pour l’Histoire estime, dans une pétition lancée ce samedi, que cette “injonction de mémoire substitue une démarche purement émotive à un apprentissage critique de l’histoire qui demeure le premier devoir des éducateurs”.
Peut-être. Le musée de l’Holocauste à Washington qui a bel et bien une visée pédagogique joue également sur ce registre, puisqu’à l’entrée, on vous remet la carte d’identité d’une victime. L’émotion et la pédagogie peuvent donc aller ensemble. Ce qui m’inquiète, ce n’est pas qu’on mobilise les affects au détriment de l’intelligence, c’est le postulat selon lequel un enfant de 11 ans ne peut être sensible qu’à la souffrance d’un autre enfant de 11 ans. Cela voudrait-il dire qu’on a choisi de commémorer l’exécution de Guy Môquet dans les lycées et collèges parce qu’il avait 16 ans et qu’il faudrait attendre d’avoir l’âge de Pierre-Brossolette et de Jean Moulin pour prendre la mesure de leur héroïsme et de leur calvaire ? Non. L’école est un élargissement. On s’y délivre peu à peu de son temps et de son âge. Si je devais pour ma part parler de l’extermination devant des élèves, enfants ou adolescents, je commenterais l’une des innombrables photographies où l’on voit des soldats nazis entourer un vieux Juif et rire à gorge déployée pendant que l’un d’entre eux lui coupe la barbe ou les papillotes. Cette hilarité, cette brutalité, c’est la négation de l’humanité à l’œuvre. Et l’enfant, s’il y prête attention, s’identifiera au vieillard. Il comprendra de surcroît qu’il y a toutes sortes de rires et qu’il faut, pour accéder au rire de l’humour, se soustraire à l’obscénité fusionnelle du rire barbare.
Vous êtes un peu hésitant, cher Alain. Tout bien pesé, pensez vous que l’idée du président n’est pas si mauvaise que cela ?
Tout bien pesé, je pense que c’est une initiative malheureuse. Nicolas Sarkozy ne s’est accordé ni le temps de la réflexion, ni celui de la consultation. Il a pris tout le monde de court, sauf Serge Klarsfeld. Et il s’est trompé d’époque. Le temps est révolu où la mémoire de la Shoah protégeait les Juifs de l’antisémitisme. Aujourd’hui, elle les y expose. Plus on en parle et plus ça énerve. Le premier impératif philosophique, c’est : “Connais toi toi-même” ; le premier impératif politique, c’est, comme le souligne Hannah Arendt : “Connais ton ennemi.” Et l’ennemi contemporain n’est pas l’idéologie raciste mais l’idéologie victimaire. D’autres descendants de victimes réclament leur dû, d’autres communautés exigent leur part de Shoah. Le geste de Sarkozy apparaît aux Indigènes de la République, aux héritiers des esclaves, aux ex-colonisés et aux défenseurs de la cause palestinienne, comme un cadeau supplémentaire à ceux qui sont déjà les chouchous de la mémoire. “Trop, c’est trop”, disent-ils de plus en plus fort.
En somme vous n’appréciez guère l’initiative du président et encore moins les critiques qui pleuvent sur elle ?
Je suis réservé, mais je ne joins pas ma voix au tollé, précisément parce que ce tollé confirme mon inquiétude. S’il n’y avait pas de conflit israélo-palestinien, peut-être une telle mesure aurait-elle été discutée calmement. Aujourd’hui, le calme n’est plus de mise, c’est la violence et c’est même la haine qui prévaut. Pourquoi les enfants juifs, entend-on, pourquoi pas les enfants noirs victimes de la traite, pourquoi pas les enfants victimes de la colonisation et, dernier exemple, extrêmement révélateur, dans Libération ce samedi, sous la plume d’un lecteur, pourquoi pas les enfants expulsés en vertu de la loi Hortefeux ? Cet argument a déjà été utilisé il y a quelques mois, au moment de la première célébration de la mémoire de Guy Môquet dans les écoles. Le président avait renoncé à se rendre au lycée Carnot car la colère montait et, sur un mur du lycée, une affiche proclamait ceci : “Hier exécuté comme résistant, aujourd’hui raflé comme immigrant.” Autrement dit, l’expulsion équivaut à la déportation et ceux-là mêmes qui s’identifient aux sans-papiers assimilent subrepticement, et peut-être à leur propre insu, l’Afrique à un gigantesque camp de concentration. Ce sont les avatars de l’anticolonialisme. A l’époque des luttes pour l’indépendance, on disait, comme Sartre : “L’Europe a mis les pattes sur les autres continents, il faut les taillader jusqu’à ce qu’elle les retire.” Aujourd’hui, “celui qui est ici est d’ici”, dit Alain Badiou. Tout le monde est européen et tout ce qui n’est pas l’Europe, c’est Auschwitz.
Laissons de côté cette dernière outrance, sans pour autant éluder la question. Faut-il singulariser le sort des enfants juifs, faire d’eux les porte-parole de toutes les victimes ? En proclamant pieusement l’exceptionnalité de la Shoah, on n’a pas abouti à grand-chose. Le slogan “plus jamais ça” prétendait inscrire la Shoah dans une histoire universaliste, elle est devenue l’affaire des Juifs.
Il faut savoir si la destruction des Juifs d’Europe est un crime contre l’humanité. Oui, elle est un crime contre l’humanité du point de vue juridique. Cette catégorie a fait son entrée dans le droit après le traumatisme de cet événement mais qu’en est-il de la conscience collective ? Ce que je conclus de “la compétition victimaire”, c’est que nous assistons à une fragmentation de l’humanité. Ce n’est plus l’humanité qui est victime du crime, ce sont les Juifs. L’humanité est devenue cette instance procédurale qui gère les différentes mémoires victimaires. L’erreur fatale de Nicolas Sarkozy a été d’annoncer cette mesure au dîner du CRIF, sans voir qu’il se mettait en contradiction avec lui-même. D’un côté, il affirmait : “l’antisémitisme n’est pas le problème des Juifs mais le problème de la République” ; de l’autre, il semblait, alors qu’on ne lui demandait rien, donner satisfaction à la revendication mémorielle de la communauté juive. Et maintenant, à qui le tour ?
A vrai dire, Serge Klarsfeld, dont on dit que c’est lui qui a soufflé cette idée au président de la République, encourage ce partage du gâteau mémoriel. Voilà ce qu’il a déclaré au Parisien : “Après, les enfants seront sensibilisés et pourront travailler sur la Shoah. Quitte à élargir cet effort de mémoire à d’autres questions, la colonisation par exemple.”
Serge Klarsfeld a toujours eu son propre agenda mais il est étrange de le voir, pour arriver aux fins qu’il s’est fixé, envisager sans états d’âme, la banalisation de la Shoah. Cette idée, pour autant, ne méritait pas les adjectifs dont l’a gratifiée Simone Veil : “inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste”, a-t-elle dit. Injuste pour qui ? Pour l’islam de France que cela risque de braquer ? Cette fureur verbale est d’ores et déjà pain bénit pour les tenants du nouveau conformisme idéologique, c’est-à-dire tous ceux qui dénoncent le blocus de Gaza en oubliant les tirs de roquettes ininterrompus sur le sud d’Israël ou qui disent, avec Régis Debray, que “la Shoah ne rentre pas, hélas, dans le champ de conscience oriental, parce qu’on a la conscience de son histoire et que le nazisme est d’Occident”. Comme si l’Occident, ce n’était pas aussi depuis Hérodote et même Homère, la conscience de l’histoire des autres, et comme si le nazisme n’avait eu aucune accointance orientale.
Il y a un ou deux ans, vous avez solennellement appelé les dirigeants de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et tous les gardiens de la mémoire juive à cesser les voyages à Auschwitz. Quelle différence faites-vous entre ces voyages et l’idée de Nicolas Sarkozy ?
Si cette mémoire est tellement lourde à porter que, nous dit Simone Veil, les survivants s’efforcent de l’épargner, aujourd’hui encore, à leurs enfants et petits-enfants, pourquoi envoyer par cars entiers les élèves de collège à Auschwitz ? Ce qui vaut pour le parrainage devrait valoir pour les voyages. Les uns et les autres attisent le ressentiment et la jalousie victimaire et les historiens ont tort de croire que leur discipline pourra régler le problème : elle fait l’objet de la même surveillance et de la même animosité. Il y a une autre raison à mon scepticisme sur les vertus pédagogiques du tourisme concentrationnaire. On croit mettre les élèves en contact direct avec l’horreur, or Auschwitz, Treblinka et tous les camps sont par définition des endroits abstraits où il ne se passe rien. Apprendre quelque chose à Auschwitz demande une connaissance et une capacité de recueillement qui ne sont pas à la portée d’enfants en groupe. Auschwitz ensoleillé, c’est le soleil qu’on voit, Auschwitz l’hiver, c’est la tentation de la bataille de boules de neige. Moi-même, à Auschwitz, j’étais distrait ; je n’ai pu me recueillir et méditer vraiment qu’à Birkenau, parce qu’il y avait moins de monde et aussi sans doute parce que mon père y avait été détenu. Il est totalement illusoire de croire que le camp, c’est concret. Le concret, on le trouve dans les livres. Il est infiniment plus formateur de faire étudier aux élèves Si c’est un homme de Primo Levi ou les pages incroyables de Vassili Grossman sur l’entrée dans la chambre à gaz dans Vie et destin que de les emmener à Auschwitz. A Auschwitz, il n’y a personne. Dans les livres, il y a quelqu’un.
Cela dit, il faut aussi compter avec l’inculture des professeurs sur le sujet. Contrairement à ce que l’on croit en général, l’histoire de la Shoah est peu enseignée à l’université. Au Mémorial de la Shoah, on a déjà entendu un professeur s’étonner car il croyait que Drancy était en Allemagne.
Cette inculture tient à la fois à l’ignorance et à l’idéologie. Aussi contestables que soient l’initiative de Nicolas Sarkozy et son cavalier seul, ce que je sens percer dans les critiques les plus stridentes, c’est une lassitude, une aigreur, une exaspération, à l’égard de l’événement même de la Shoah. On reproche souvent aux Juifs de voir l’actualité à la seule aune de leurs intérêts communautaires – “c’est bon pour nous ?” Aujourd’hui, il faut oser le dire : la mémoire et l’histoire de la Shoah, ce n’est pas bon pour les Juifs.
Propos recueillis par Elisabeth Lévy et Gil Mihaely.
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L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
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guedj j. dit
Je pensais que ce blogg était terminé et par hasard je me rends compte que ce texte de Miranda que j’ai copié-collé a pu choquer certains.
Quand j’ ai pris connaissance de ce texte j’ai trouvé qu’il pouvait être versé au débat qui avait suivi le texte de Finkelkraut.
Loin de moi,certes,de mettre sur le même plan l’horreur absolue,la mort qui caractérisent la Shoah et la”vacuité”du mode et du train de vie des noceurs de la nuit.
Cette comparaison,ce lien sont de nature,je m’en rends de compte à l’instant , à relativiser l’aspect absolument meurtrier de la tentative de génocide et de la recouvrir d’un certain voile .
J’ai été trop spontané et je le regrette.
Que ceux qui en auraient été offensés ou blessés veuillent bien m’en excuser.
Langue-de-pute dit
et puis, j’ajouterai encore ceci, Ginette. J’ai peine à croire que ce soi-disant guedj, qui se présente comme un ex-élève de Jankelevitch, aît retenu si peu, de l’enseignement de son bon maître. Qu’il ignore jusqu’à l’existence, du fondamental ouvrage “L’imprescriptible”. Ou bien encore : qu’il orthographie le nom de son bon maître avec un “Y” au début -au lieu d’un “J”…
Ginette de Pestre dit
Oui, enfin, ce que j’ai à en dire, c’est qu’on ne parle pas de choses comme ça quand on fait de la moto et qu’on entretient une liaison avec David Abiker. Un peu de morale, Monsieur, tout de même !!!
guedj j. dit
Une civilisation de la fête et de l’oubli, par Luis de Miranda
En juin 2003, à l’âge de 32 ans, j’ai voyagé quelques jours en Pologne, seul, pour clore le chapitre d’une relation amoureuse de deux ans avec une jeune femme née à Cracovie. Ce fut une manière de la quitter : en découvrant la ville où elle avait grandi. En Pologne, j’avais une petite caméra vidéo avec moi. De temps en temps, rarement, je filmais quelques images. Ce fut le cas à Auschwitz.
Je ne suis pas juif, mes ancêtres sont chrétiens et, si ma mémoire est bonne, j’ai visité ce camp avec une motivation d’Européen moyen : un tiers de curiosité, un tiers de sens du devoir, un tiers pour méditer, vaguement, sur ce dont sont capables les humains envers d’autres humains. Pourquoi avoir tourné ces quelques images d’Auschwitz ? Peut-être parce que je voulais me donner la possibilité de les revoir, peut-être parce que c’était un moyen de garder une distance vis-à-vis de l’effet que cette visite aurait pu susciter, peut-être parce que j’espérais collecter sur ces images le substrat d’une révélation que donne rarement, à l’ère du tourisme massif, la découverte d’un tel lieu.
Rentrant à Paris, j’ai eu l’impression qu’il était vain de garder ce film : ces images semblaient neutres. Elles ne montraient rien d’autre que ce que l’on voit probablement dans la plupart des films des milliers de visiteurs qui se rendent chaque année à Auschwitz : un panneau “Arbeit macht Frei”, des immeubles de brique ressemblant étrangement à un campus d’université anglaise, des photos alignées de visages de déportés hommes et femmes au regard insistant. Je ne suis pas d’un tempérament archiviste, pas plus que je n’ai l’habitude de verser dans le fétichisme que peut susciter la culpabilité humaniste vis-à-vis du passé. J’imagine qu’en cela encore je dois être un Européen moyen : les faits qui se sont déroulés à Auschwitz me semblent appartenir à un autre monde, à une autre humanité, à une barbarie qui me semble étrangère.
Aussi, quelques jours après mon retour à Paris, j’ai fait ce que fait tout utilisateur d’une caméra vidéo ; j’ai filmé par-dessus mon petit film polonais. Je ne sais plus dans quelles circonstances, j’avais réussi à entrer avec ma caméra dans une discothèque parisienne à la mode nommée La Suite – ce qu’il est convenu d’appeler un haut lieu de la nuit. Toujours est-il que j’en filmai la faune et la flore, là encore sans véritable objectif, mais pour voir : de jolies femelles à l’air niais et malin dansaient ou posaient, des mâles à l’air malin et niais leur offraient des verres. Je ne restai pas longtemps : cet endroit est l’un de ces lieux à la fois surfaits et vides où je n’ai jamais pu me sentir à l’aise, depuis que je suis en âge d’y entrer, ce que j’ai rarement fait. Plus jeune, j’ai souffert de ne pas savoir me joindre à la banalité des conversations festives de groupe, un peu à la manière d’un René de Chateaubriand, ou, si l’on tient absolument à une comparaison plus contemporaine, d’un personnage houellebecquien.
Le lecteur aura peut-être du mal à croire ce qui suit : le lendemain matin, lorsque j’ai voulu voir ce film, j’ai découvert que les images d’Auschwitz ne s’étaient pas totalement effacées. Par je ne sais quel caprice de la tête de lecture de ma caméra mini-DV, de la cassette elle-même ou, pour une raison moins technique que j’ignore, les allées du camp de concentration, l’enseigne “Arbeit macht Frei” ainsi que les visages des déportés dont j’avais filmé les photos apparaissaient par moments, tantôt par flashs, tantôt en sous-impression, au milieu des danseurs de la discothèque parisienne.
On pourra douter de ce que je raconte : aujourd’hui, plus de quatre ans après, je ne sais plus ce que j’ai fait de ce film. Peut-être l’ai-je une fois de plus effacé, peut-être l’ai-je égaré, peut-être le retrouverai-je un jour. Je me souviens avoir pensé à l’époque qu’un artiste contemporain assoiffé de succès aurait peut-être profité de l’occasion pour tenter de provoquer quelque scandale. Le parallèle visuel entre les jeunes fêtards superficiels de ce début de siècle et les morts absurdes du siècle passé aurait pu paraître chic et choc. Toujours est-il – c’est un constat – que j’ai préféré oublier cette coïncidence, la refouler peut-être, jusqu’à ce que le souvenir vif m’en revienne la veille de ce Noël 2007, alors que quelqu’un évoquait le souvenir de l’essayiste Philippe Muray, qui a produit la notion d’homo festivus, cet humain contemporain pour qui la fête et l’hypocrisie positiviste sont des impératifs.
Cette histoire de vidéo hantée, je vous l’ai racontée telle qu’elle s’est réellement passée, bien qu’elle me paraisse presque irréelle (comme la plupart des coïncidences qui font l’étoffe de nos vies). Je n’en peux pas fournir la preuve (et quand bien même le pourrais-je, le voudrais-je ?), autorisant ainsi toutes les hypothèses révisionnistes sur ce qui vraiment se passa en juin 2003. Je n’ai pas eu l’intention de créer, encore moins d’exhiber des images choquantes, malignes ou naïves, quand bien même elles seraient venues illustrer de manière fascinante un parallèle entre l’homo festivus et la barbarie. Il y a d’autres façons de penser la chimère que ma caméra a générée avec ma complicité inconsciente : je vous y invite.
Il me reste cette idée personnelle : de la même façon que l’humanité qui a produit Auschwitz me paraît étrangère, autre, lointaine, c’est aussi l’impression que j’ai souvent eue, à quelques exceptions près, depuis mon adolescence, dans les soirées festives avec des inconnus. Les fêtards extasiés au discours minimaliste et répétitif que l’on rencontre dans les lieux dédiés à la fête m’ont souvent paru appartenir à une autre humanité, lointaine, étrangère, et j’ai parfois souffert, plus jeune, de ne pas parvenir à être si futile, ou si l’on préfère, léger.
De là cette question : si l’on ne se sent appartenir ni à l’humanité qui a produit Auschwitz ni à celle qui s’agite au rythme du fun standard, est-ce à dire que ces deux humanités-là sont toujours la même : une humanité qui préfère ne pas penser et qui taylorise ses crimes comme ses joies ?
Ludovic Lefebvre dit
Oui, cher Guedj et je le maintiens en me référant à l’inuento, celle de Nietsche faire de la philosophie ou de la philologie pour être plus exact et celle d’Althuser être philosophe. Entre la démarche et le bristol, je choisis évidemment toujours la première.
Sinon, je suis (agréablement) surpris que nous partagions exactement les mêmes divergences vis-à-vis de Finkielkraut (je ne suis pas pour le mouvement “La paix maintenant”, ni pour le Kosovo, mais pour un Israël qui n’a d’autres choix que de se défendre et qui a trop sacrifié pour la paix tout comme la Serbie), mais aussi les mêmes convergences (l’éducation, le racisme anti-blanc, les révoltes ethnico-reliogieuses des banlieues, le communautarisme etc).
Je crois que Finkielkraut gagnerait beaucoup à ne plus être un “sioniste” (entre guillemets parce que ce terme est devenu désuet lorsque ce mouvement s’est éteint par la force des choses, il est donc inapproprié) honteux, il n’y a aucun mal à cela et ses contradicteurs ont remarqué cette faille et s’en servent à son détriment et celui du débat.
Ravi de cette “rencontre” en tout cas et de constater que des gens partagent cette opinion marginale s’appuyant sur l’Histoire, la culture et la véritable justice plutôt que sur la propagande télévisuelle et autres.
guedj j. dit
Je ne peux pas ne pas revenir aux sévères critiques faites à l’égard de Finkelkraut.
Je viens de relire le texte qui a été le support de ce blogg.Je trouve ce texte lumineux.
Je ne partage pas ses idées pacifistes sur le conflit israélo-arabe et j’ai eu l’occasion de le tancer.Je n’ai jamais apprécié ses positions sur la Bosnie.Je remarque même qu’il n’a pas dit grand chose sur l’autoproclamation récente,par les leaders musulmans,de l’indépendance du Kosovo….Et je n’ai jamais apprécié ses références constantes,obsessionnelles,il y a encore peu de temps à Heidegger dont la seule intuition importante et retentissante a été sa critique de la technique.Sinon tout le reste a été dit avant lui par Nietsche auquel il s’est souvent référé.J’ai été choqué par la manière violente ,superbe,arrogante avec laquelle il a rejeté le livre érudit de Victor Farias sur Heidegger traduisant par là une assurance immodorée .
Cette attitude,d’absence d’humilité,est celle de son milieu.Souvenons nous de Sartre et de S de Beauvoir(sur laquelle il y aurait beaucoup à dire…).
Pourtant,j’ai trouvé ce texte lumineux,intelligent,politique,parfait et trop vrai concernant les visites des scolaires dans des camps…. déréalisés. A partir de 1988 et l’ouverture de la Pologne ,on s’est mis à vendre toutes sortes de parfums ,d’objets de mode, de vêtements à Auschwitz 1 aux nombreux touristes qui ne manquaient pas lors de leur voyage d’aller visiter l’ancien camp de la mort.J’ai été témoin de comportements inqualifiables d’élèves de Première ,venus de Fontainebleau,avec la chaine FR3,et leur professeur passif malgrè ma réaction.Autant en emporte le vent .
Aujourd’hui,je maintiens que seules les familles sont habilitées d’après leurs motivations …à décider pour leur progéniture.Mais le projet du Président élu n’est pas pour autant condamnable et y a rien d’essentiel à en dire .
Il ne mérite pas cette condamnation,Luc Nemeth.Il s’est beaucoup inspiré de Georges Mandel,homme digne,sur lequel il a écrit un livre.Ce dernier a été assassiné par des gens de la Milice.Mais ,il était menacé par les gens de Doriot (ex leader P.C.F) et par ceux de Déat(ex chef socialiste ).
Quand on voit la frivolité des gens de la classe politique actuelle(Emeline),on peut s’attendre à tout chez les apprentis sorciers comme chez les littéraires.Diderot a écrit:”mes idées se sont mes catins.”Les chercheurs bio-mathématiciens ,mon fils en un,ne se contentent pas de spéculer ou de rêver.Pour trouverla molécule qui permettra de juguler le virus du Sida ou celui de l’hépatite C ,il faut “s’éreinter”,travailler pour trouver une partie de modéle mathématique.le résultat erroné,on l’évacue sans tarder.Il n’en est pas de même dans le monde politique où les joueurs de bonneteau sont légion.
L. Lefebvre,merci de toutes vos remarques;une réserve toutefois,vous dites apprécier Nietzche et abhorrer L. Althusser.Il y a pourtant une ligne directe entre ces deux auteurs:Gaston Bachelard campe sur cette ligne.
Cordialement à tous.
I
Ludovic Lefebvre dit
Finkielkraut devrait aller vers ce qui lui semble correspondre à ses propres idéaux et non pratiquer une contre-doxologie systématique,il arrive même si cela devient rare en ce moment que la vulgate, la vox populi ne dise pas que des sotises. Il risque d’être classé ainsi par les simplificateurs médiatiques comme un contradicteur systématique, un jeu qui peut se retourner contre lui. “On” peut se mettre à inviter Finkielkraut parce qu’il ne sera pas d’accord et que cela fera de l’agitation, un peu comme on invitait Bourvil, non pour son talent, mais pour se foutre de sa gueule. Attention à Alain Finkielkraut donc de ne pas devenir un amuseur public malgré lui, la gladiateur ou le taureau de l’arêne. Il serait dommage que son point de vue souvent intéressant soit relégué au second plan.
E. Caminade dit
A Besse Saige
Merci de vos conseils.
J’ai rajouté à ma commande, vu le prix modique de l’ouvrage, “Les naufragés du Batavia”. Pour le reste, j’attends d’avoir lu mes deux premiers livres de Simon Leys pour explorer son oeuvre plus à fond.
E. Caminade dit
La tempête s’est apaisée, les invectives se sont tues et , depuis l’appel à l’aide d’Emeline, la conversation a aimablement dérivé. Les invités s’échangent leurs dernières recommandations avant de se quitter , le débat touche à sa fin.
Malgré son cours chaotique, ce dernier a quand-même eu lieu mais , visiblement, Luc Nemeth, il n’a pas réussi à vous faire prendre le recul nécessaire pour vous dégager de vos a priori au sujet d’Alain Finkielkraut.
Patrick dit
Et voilà que notre Conférencier, M. Nemeth, qui s’était tenu à l’écart depuis quelque temps, est repris par son prurit anti-Finkielkraut. Je cherche en vain, une fois de plus, dans ce fielleux billet, une idée que lui inspirerait un autre esprit que ceux de la médisance et du ressentiment. Les «gens de gauche» sont sans vergogne, tout au moins de cette gauche qui, désormais, est assurée d’un bel avenir, alors qu’elle s’était elle-même déconsidérée ; ainsi, cette Mme Voynet, dont l’inénarrable François Bégaudot (qui n’en finit pas de tenter de se faire remarquer des excellences socialistes et vertes en multipliant les dodelinements à la manière d’une otarie de cabaret) nous affirmait hier qu’elle était «sa grande copine» et qu’elle méritait de gagner contre M. Brard, communiste. Eh bien, quant à moi, je souhaite la victoire de ce brave communiste contre la terreur verte (et pourtant trop mûre dans le cas de la Voynet).
J’arrête, car je sens que je m’emporte, et l’on va encore me le reprocher…
Luc Nemeth dit
@guedj
Ma participation se voulait encore plus limitée, et limitée à ce qui constituait en principe l’objet de cette causerie : une interview, publiée ci-dessus par ce site, et par laquelle le pas-beau très-vilain Finkielkraut, non content d’accorder quitus à Sarkozy, prétendait en prime, s’offrir le luxe de… “marquer sa différence”, et de se poser en tenant d’on ne sait quel “juste milieu”. Je n’ai sincèrement rien d’autre à dire, sur ce point. Cordialement
guedj j. dit
Je rentre de voyage et je lis avec plaisir ces échanges fructueux.
Dès que je pourrais ,je tenterai d’apporter ma contribution.
Je suis chagriné que Luc Nemeth n’ait pas apporté saparticipation toujours bien avisée J’espère avoir de ses nouvelles .
A bientôt,à tous.
Besse Saige dit
Eh, vouiii.. Emeline, c’est ça la vie, c’est jamais comme on veut, c’est comme les hommes, vous savez : Vous écrivez quelques choses sur les hommes politiques et…ils se barrent !
Emeline dit
Les hommes politiques sont emplis d’une audace à nulle autre pareille. Je les nomme avec plaisir: “les quatre saisons”; non en raison de mon penchant à l’endroit des pizzas, mais en lien avec la fluctuation perpétuelle de leurs opinions et de leur couleur politique! Ils sont inconstants, comme les quatre saisons.
Besse Saige dit
A Caminade,
Merde! vous exagérez, j’ai plein de boulot en retard, et la tentation me vient d’aller j’etais un coup d’oeil sur causeur et là je tombe sur un mot qui me fait plaisir, alors je fonce vers une des bibliothèques, trouve “Orwell ou l’horreur de la politique” de Leys; cet introuvable a été réédité chez Plon en 2006:
” (…) il faut d’ailleurs ajouter que, si sa conversation affecta de manière décisive la totalité de sa vie et de son être, il se dispensa toujours allégrement des liturgies, des offices et des rites et des Ecritures: à l’occasion même, et au desaroi de ses confrères plus conventionnels, il montra qu’il était vraiment un de ces moines iconoclastes et inspirés qui pour ré -chauffer le couvent par une froide nuit d’hiver, n’hésitent pas à prendre une hache et à faire du petit bois avec les statuts saintes.”
J’ajouterai ” Les naufragés du Batavia”, suivi de Prosper, ed Point Seuil!
Patrick dit
Ludo,
Votre remarquable questionnement demande une vraie et longue discussion. Pour ma part, cela m’intéresse vivement. Dès que mon emploi du temps me le permettra, comptez sur moi.
Merci Ludo,
Patrick
E. Caminade dit
Vous avez raison, L. Lefebvre, Internet offre de magnifiques opportunités et les individus doués de quelque raison ont toujours la possibilité de délaisser le pire pour choisir le meilleur.
Vivant, depuis longtemps déjà, à l’écart de l’agitation urbaine et parisienne, je m’empresse , de mon désert fort heureusement relié à Fnac.com, de commander “Le bonheur des petits poissons” dont Besse Saige m’a donné l’avant-goût.
Ludovic Lefebvre dit
Voici en tout cas que je découvre Henri Lefèvre et Leys grace à Christian et Guedj que je remercie, puis par votre intermédiaire Patrick ce pamphlet de Jean Daniel Bensaïd que je vais également tenter de me procurer. Quel enrichissement que ce salon dans les articles comme dans les commentaires !
Lisez et remarquez Alain Finkielkraut qu’il n’y a pas que des débiles qui vous nomment de façon immonde Finkielcrotte sur le net, qu’un homme habillé de raison saura faire la part des choses entre le florilège de fausses-informations, de conspirations fantasmées, de déversements de haine et les innombrables découvertes, empathies comme dans la vie finalement.
Le désastre politique adjoint à cette compétition victimaire qui n’a décidemment pas cessé d’enfler jusqu’à en devenir inquiétante dans la montée de l’antisémitisme comme dans le sentiment antifrançais m’amènent à une question qui me torture et que j’aimerais exposer aux autres causeurs et pourquoi pas aux journalistes s’ils désirent prendre part au débat.
Pensez-vous que moi petit blanc attaché au souverainisme, à l’idéal républicain vais je devoir être amené à choisir un clan autre que la France, devoir devenir communautaire en acceptant de ce fait les donnes qui se jouent à mon grand désespoir ?
Il existe bien sûr des mouvements de ce type, mais assez peu organisés, sans grande solidarité ni efficacité, il me semble. On vient de me faire deux propositions politiques justement, mais qui appartiennent à l’ancien régime (gauche-droite), or je trouve ce combat terminé idéologiquement autrement que dans l’apparence ou la bataille de pouvoir. L’avenir prochain en France, bien que cela déplaise à la plupart d’entre nous me semble dans le lobby ce qui ne devrait pas exclure de nombreuses alliances et des domaines variés dans lesquels nous nous retrouvrions parfois.
Il y a par exemple Loprêche qui vient de se présenter à Strasbourg sous l’enseigne du PMF(parti musulman de France). Pourquoi dans cette ville ne pas proposer Paul Jaurion dans le cadre des amitiés judéo-chrétiennes puisqu’il y a de nombreux juifs, catholiques et protestants dans cette ville ? S’il n’y a rien d’indécent à ce que Loprêche mène une campagne politique sous l’égide de l’ oumma, quelle outrance à ce que la diaspora juive,soûchienne qu’elles soient religieuses ou laïques en fassent de même ?
Puisque cette guerre est là, même si nous nous en serions bien passés, je pense qu’il est judicieux et presque vital de l’accepter, de la mener également sinon les autres acquièrent des droits privilégiés qui nous feront perdre les nôtres lorsque l’on connait un peu les exigences (dhimmitude and co) et nous deviendrons des républicains idéalistes “beautiful in the caniveau” !
Qu’en pensez-vous Guedj, Patrick, PP, Christian etc ?
Patrick dit
À Besse,
Excellent, votre billet, Serge ! Comment dire ? Goûteux, c’est cela, et qui donne envie d’aller sur vos pas. Vous l’avez particulièrement soigné, ce billet. Comment faire partager à plus de monde encore, tout cela : ces conseils, ces confidences, ces échanges, ces disputes, ces lectures, ces formules, ces suggestions, ces idées. Depuis un mois ou deux, ce site s’est réveillé, des talents s’y sont pleinement manifestés. Salut, l’artiste !
Besse Saige dit
Aux mousquetaires et aux autres
Je sors d’un petit livre délicieux de Simon Leys : Le bonheur des petits poisson, Lettres des Antipodes ( ed JC Lattès2008), aussi beau qu’après une nuit d’amour quand on file, serein, dans le petit matin… Ce Leys est vraiment pas comme tout le monde, un peu bizarre, « décalé » comme dit ma boulangère ( qui a fait socio à Nanterre). Plutôt un mousquetaire flegmatique au culot bien calculé, à l’ironie aussi douce que violente, il laisse ses ongles glisser le long du tableau noir sans user de son pouvoir de vous faire crier, c’est ça Leys le type qui n’élève jamais la voix mais qui en 1971 vous balance qu’en même “Les habits neufs du président Mao”, publié dan une officine situationniste, à une époque où la gauche comme la droite tressaient des couronnes de fleurs au guide suprême. “Ombres chinoises” en 1974 conclura la démolissions du mythe.
“Orwell ou l’horreur de la politique ” paraît justement en 1984, réédité en 2006 chez Plon ( il aura commencer chez l’éditeur de Debord pour arriver à l’éditeur de De Gaulle !?) . Une magnifique traduction en 1990 de Deux années sur le gaillard d’avant de Richard Henry Dana, livre inconnu en France, l’histoire d’un jeune garçon d’une famille bourgeoise ; son père lui fait changer d’air car sa santé et mauvaise, il reviendra après avoir bourlingué sur les océans et deviendra un grand avocat (Petite bibliothèque Payot 1995) “La mer dans la littérature française”, en plusieurs tomes est à lire aussi etc…
Leys vieilli doucement en Australie, mais il est toujours ce contemplatif, ce sage qui nous rappelle de temps à autre ce qui se passe, et pas avec les mots des petits maîtres, non, avec une belle langue classique, nettoyée du bavardage. Les chroniques du “Bonheur des petits poissons” est l’évangile du bonheur de vivre, dans un monde qui se chie dessus.