Souverainiste, je voterai Mélenchon | Causeur

Souverainiste, je voterai Mélenchon

Une tribune de Jérôme Maucourant

Auteur

Jérôme Maucourant
est économiste, auteur d’Avez-vous lu Polanyi ?, Flammarion, 2011.

Publié le 13 avril 2017 / Politique

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Malgré son économisme et toutes ses ambiguïtés, notamment autour de l'islamisme, Jean-Luc Mélenchon représente une sorte de vote utile souverainiste.Mais que sont les incohérences d’un politique devant la promesse démocratique qu’il porte?
melenchon souverainisme daech islam

Jean-Luc Mélenchon. Sipa. Numéro de reportage : 00798508_000004.

Après avoir été longtemps convaincu que le vote blanc était la seule réponse à la présente médiocrité politique, j’en suis venu à me décider, après bien des réticences et des hésitations, à voter pour le candidat de « La France Insoumise ». La raison essentielle, qui a fini par transcender mes doutes, est l’absolue nécessité de fermer la parenthèse ouverte par ce grave déni de démocratie que fut le coup d’État institutionnel de 2007, celui qui a annulé le rejet par référendum du Traité européen de 2005. J’espère ainsi inciter les lecteurs à se faire électeurs. Mais, il ne s’agit nullement de renier mes doutes à l’égard du programme de Jean-Luc Mélenchon, de son parcours politique et de son rapport ambigu aux questions du communautarisme et de la laïcité.
C’est une image étonnante qui a précipité ma décision : on y voit Benoît Hamon au centre avec l’étiquette avantageuse de « socialisme », à gauche celle d’un Mélenchon affublé du stigmate de « patriotisme » et à droite un Emmanuel Macron décrit par le mot de « libéralisme ».

Il y aurait donc une opposition de principe entre socialisme et amour de la patrie, affirmation en totale contradiction avec l’histoire du socialisme entre la Commune de Paris et les Pâques sanglantes de 1916 en Irlande, entre autres … Qu’elle est indigne cette volonté d’effacer la signification profonde du socialisme, au moment où Hamon ne songe nullement à contester sérieusement l’ordre européen et va chercher son adoubement auprès d’une Angela Merkel, qui ne cesse d’opprimer et d’humilier une Grèce ayant eu l’impudence de troubler la quiétude des puissants. Si Mélenchon effraye les socialistes par les drapeaux tricolores qui accompagnent ses interventions, eh bien que les socialistes en soient sanctionnés. Il n’est que trop temps de dissoudre un parti qui a sacrifié, dès 1983, la volonté de transformation sociale au profit de l’eurolibéralisme. Libérer la gauche du PS est donc une raison de voter Mélenchon.

Des macronistes aux fréquentations douteuses

Je ne peux accepter le principe d’une démocratie sans souveraineté, d’une  société des individus,où le règne des seuls droits formels devient une machine à détruire les droits des nations à décider de leur destin. Or, il se trouve que c’est dans les nations, organisations politiques des peuples, que bat le cœur de la démocratie ; c’est en elle que peut se faire la recherche du bien commun en dehors du cadre prédéfini de l’ordre concurrentiel. Le socialisme, comme prolongement à l’économie du principe de souveraineté nationale, peut – et doit – être internationaliste, mais en aucune façon transnational. A la différence de l’empire du capital, bien sûr … si la personne de Mélenchon doit porter ces marques infâmantes qu’on lui fait du patriotisme, du socialisme et de l’internationalisme, eh bien, qu’on lui fasse porter ! Que s’amplifie la vague montante du désir de récupérer la puissance souveraine et d’en revenir à l’idéal de justice sociale, si éloigné de la « concurrence libre et non faussée » défendue par François Hollande et son avatar, Macron.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : le soutien que j’apporte se limite au vote du 23 avril. Il ne s’agit nullement d’oblitérer les critiques tenant aux équivoques du chef des Insoumis en matière de communautarisme et de laïcité. Sans doute, si tous ceux qui fustigent les erreurs de Mélenchon en ces matières en avaient tiré la leçon – que j’ai longtemps tirée – pour leurs propres candidats, alors serais-je allé jusqu’à bout de ce désir de vote blanc. Mais, peut-on admettre les leçons des partisans de Macron alors qu’une de ses proches, Bariza Khiari, s’est compromise avec des émanations de la mouvance des Frères musulmans ?1 Et, ce alors que l’héritier de Hollande nie l’existence d’une « culture française » au profit de « cultures en France ?

Les idiots utiles du capital global

En réalité, le multiculturalisme est l’idéologie montante au sein des intérêts établis, car elle est la mieux adaptée aux exigences de la mondialisation libérale. Et, comme toutes les idées dominantes d’un moment, elle irrigue toute la société, multipliant à l’envi les idiots utiles du capital global dans nombre de formations politiques ou de cénacles intellectuels. Le combat pour la démocratie, donc contre le communautarisme et son expression idéologique, le multiculturalisme, est un combat que tout laïc et républicain doit partout mener à droite et à gauche, qu’il soit libéral ou socialiste.

Je vais donc évoquer de graves dérives des Insoumis pour mieux contribuer à des débats qui, je l’espère, permettront d’en finir avec ces errements. Entre autres choses inacceptables, rappelons l’indigne participation d’Eric Coquerel, un très proche de Mélenchon, à deux défilés monstrueux – mars 2015 et 2017 –  où le raciste et homophobe Parti des Indigènes de la République était à la manœuvre. Ce signal adressé à une mouvance travaillée par un antisémitisme virulent était bien sûr discret : les Insoumis ne se sont pas fait le relais de cette forfaiture. Mais, ils ne l’ont pas dénoncée…  Cette équivoque permet d’affaiblir le NPA, d’engranger des profits électoraux d’une façon bien communautariste et de nourrir un discours victimaire qui désespère la morale des gens ordinaires.

Il est par ailleurs inacceptable de ne pas vouloir qualifier les faits pour ne pas froisser cette petite bourgeoisie communautariste émergente qui refuse d’accorder quelque importance au terrorisme et à l’idéologie religieuse qui l’encourage. Mélenchon a ainsi affirmé que le terrorisme était un « amusement » médiatique. Or, c’est le même qui comparait aussi les bombardements russes sur Alep aux actions américaine de 1944, précisant que les tueurs de Charlie étaient liés à Al-Qaïda. Mais, alors, si la liquidation d’une ville et son passé millénaire relève de la guerre juste, c’est que le terrorisme n’est pas un amusement. Désigner clairement les tueurs islamistes lui était alors utile pour justifier que la France ne déstabilise pas le régime syrien…

Misère de l’économisme

A cette incohérence, il ajoutait une lâcheté par la voix de son porte-parole qui osait vouloir faire une « révolution copernicienne » en faisant l’économie de nommer les tueurs pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des islamistes : « Cette mesure permettrait de recréer un lien social et d’apaiser les choses pour que la communauté musulmane n’ait plus à se justifier ». Copernic était courageux, mais voilà un usurpateur d’identité qui n’a pas le courage de nommer les choses, comme si, pour lui, la vérité n’était pas révolutionnaire…

Le fond de l’affaire est l’économisme, cette erreur qui consiste à vouloir expliquer la société par les contraintes de la production matérielle en reléguant dans le « reflets » de celles-là la politique ou l’idéologie (notamment religieuse). Mélenchon a fait pourtant observer, durant le débat des onze candidats, à Nathalie Arthaud que les superstructures comptent, ici l’État, et qu’il est donc légitime de parler de l’UE et non pas seulement de lutte des classes. Mais, dans le même débat, il explique que, pour rendre compte du terrorisme, on doit partir du pétrole. Incroyable incohérence que masque l’habileté du tribun ! Quand cela l’arrange, le déterminisme économique est mobilisé… L’idée insoutenable derrière ces bévues est que le fanatisme religieux découle d’une question de taux de chômage ou de luttes inter-impérialistes. Cette conception n’est pas simplement fausse, elle est dangereuse. Que Mélenchon aille lire Karl Polanyi pour sortir de son anthropologie désuète et cesse de faire la leçon à Arthaud qui, à défaut d’être pertinente, est cohérente…

Mais que sont les incohérences d’un politique devant la promesse démocratique qu’il porte ? Pas grand-chose. Il nous revient de contrer les dérives de la société politique face au danger du communautarisme et de l’antisémitisme. Certes, si mes amis laïcs et républicains s’étaient résolus à voter blanc pour parer ce danger, nul candidat n’étant assez sérieux sur ces sujets, alors je me serais abstenu. Mais, on ne peut voter pour Macron l’accommodant ou Fillon, le collaborateur de l’ami du Qatar, sans s’exposer ce que se réactivent d’autres clivages. Ma décision est donc prise pour le 23 avril.

En souvenir de l’histoire socialiste, des Pâques sanglantes irlandaises et de l’immortel Connolly, fêtons donc en ce siècle, les Pâques joyeuses du retour de la démocratie en Europe. Le bonheur y est une idée toujours neuve : que le vent se lève enfin !

  1. On peut lire : « 11 décembre 2013. Bariza Khiari reçoit le prix Cojep 2013 de la personnalité politique. Cette organisation regroupant une partie de Turcs alsaciens est surtout connue pour son soutien sans faille de l’AKP et de Recep Erdogan. L’organisation, n’hésite pas à protester lorsque certains politiques d’origine turque s’avisent de soutenir les manifestants de Taksim. Dans un communiqué du 5 juin 2013, on peut lire : “Cette attitude froisse en outre, la majorité des associations turques de la ville, favorables en très grande majorité au parti de l’AKP et de Recep Erdogan, et qui correspond à une part non négligeable de l’électorat strasbourgeois” La Cojep lutte aussi contre la vilénie de la gauche française au sujet des arméniens : “le PS semble vouloir rester sous l’emprise du discours de la diaspora arménienne de notre pays” ».

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    • 18 Avril 2017 à 5h03

      keizer dit

      “Je suis pour une France métissée” le patriotisme (sic) made in Meluche

    • 16 Avril 2017 à 7h20

      QUIDAM II dit

      Mélenchon, souverainiste ?… je le croyais internationaliste… Il est le deux, il est absurde, il était partisan de Chavez (ex-dirigeant du Venezuela) qui a ruiné son pays pourtant richissime et dont il veut s’inspirer.

      Ce vieux sénateur ex-socialiste, démagogue et narcissique, se révèle à lui-même sur le tard par une métamorphose en star du show-biz politique.
         

    • 16 Avril 2017 à 0h03

      Warboi dit

      Les obsessions souverainistes de l’extrême droite, ses poussées racistes, ses tropismes étrangers pour des Poutine ou des Assad masquent les thèses cousines que l’autre extrême défend avec la fougue et le talent que l’on sait du tribun de La France insoumise.
      Mais la qualité de la performance ne doit pas brouiller le fond du propos, puisque les deux leaders extrémistes chassent sur les mêmes terres et s’adressent au même électorat, les “laissés pour compte”. Ils rejettent les mêmes valeurs (la démocratie représentative, l’Europe), ils touchent la même sensibilité (le nationalisme), ils ont les mêmes admirations pour tous les satrapes du monde. Comme toutes les enquêtes d’opinion le montrent, leur électorat est très perméable. Ce qu’on appelle, par commodité de langage, le populisme revêt là des couleurs politiques différentes, mais nous sommes bien en face d’un phénomène commun qui réduit d’autant le champ démocratique.
      Aujourd’hui, à la vue des sondages, les extrêmes frôlent les 50% de l’électorat, ce qui est déjà une défaite pour le camp de la démocratie.
      Les raisons de ce rejet massif sont connues, elles ont fait l’objet de multiples études, là n’est pas le propos. Le plus troublant dans cette campagne réside dans la cécité qui accompagne la poussée populiste rouge-brun, si l’on peut dire. La diabolisation de Le Pen sert la sanctuarisation de Mélenchon. Le danger “fasciste” permet de relativiser l’avancée “gauchiste”, en fait le mal absolu sert à escamoter le mal relatif.
      Alors qu’ils nous mèneront exactement au même résultat.

      • 16 Avril 2017 à 0h51

        Fioretto dit

        Après avoir passé leur temps à diaboliser Fillon et s’extasier devant un Poutou qui est pire encore que mélenchon les centristes commencent à se rendre compte que méluche est un embuscade, 20% le dernier sondage. Quelque soit le résultat les législatives devront être la VRAI élection pour définir la ligne politique qui est majoritaire dans ce pays. Les français doivent arrêter de prendre le parlement comme une chambre d’enregistrement. C’est un contre pouvoir si on arrive a élire des président qui ne représentent que 20% de l’électorat.

    • 15 Avril 2017 à 18h52

      Schlemihl dit

      Je n’ ai rien contre l’ UE sinon qu’ elle est à chier debout

      Je n’ai aucune objection contre le refus d’ obéir à la volonté clairement exprimée du peuple français sauf que c’ est un crachat à la gueule de tous les citoyens

      je serais un partisan enthousiaste du socialisme si je pensais qu’il puisse fonctionner

      je chercherais sans remords à détruire le capitalisme si je savais comment le remplacer

      Je salue le courage des révolutionnaires de Dublin en 1916 mais pas leur manque de sens commun

      Je n’aime pas les Black and Tan mais j’ai peur des gens comme de Valera , plus dangereux

      Je suis partisan de l’ indépendance de mon pays et je refuse de le voir avili par des alliances avec MM Madeiro et Poutine

      Nous autres les démocrates on doit voter pour qui ?

      • 15 Avril 2017 à 23h45

        Clash75 dit

        Fillon par défaut

        • 16 Avril 2017 à 1h51

          Schlemihl dit

          Hum , je pense , mais il aura des problèmes si il est élu . on ne l’a pas raté .

          M Macron ? je n’ en veux pas , je le trouve trop colonial
          M Mélenchon ? je ne veux pas d’ une France Vénézuélienne
          Mme Le Pen ? Cette dame m’ inspire la plus profonde méfiance
          M Hamon ? non merci

          jamais vu ça . 

    • 14 Avril 2017 à 13h38

      Tyler D dit

      Triste M. Maucourant.
      La promesse démocratique d’un homme politique admirateur de Chavez ? Je m’insurge contre l’image d’un Mélenchon démocrate propagée par les médias. Qui crache du sang ? les français soi-disant miséreux après 5 ans de hollandisme ou les vénézueliens qui n’ont jamais profité de la manne pétrolière confisquée par leur oligarchie bolivarienne ?
      La seule promesse de Mélenchon, c’est plus de dettes, plus d’impots, et plus de pauvres ! Si c’est pas de l’égalité, ça !
      Quant à son soi-disant patriotisme, il est le même que celui de l’autre bord, un peu racisme en moins : le multiculturalisme chez nous au lieu de renvoyer les autres cultures chez elles, c’est mieux, mais ça ne fait pas du patriotisme.

    • 14 Avril 2017 à 11h51

      José Bobo dit

      Tout ce baratin tortueux pour nous expliquer que vous êtes entièrement d’accord avec Le Pen mais que vous ne l’assumez pas ?

    • 14 Avril 2017 à 8h26

      curnonsteen dit

      Avec des électeurs comme J. Maucourant, Mélenchon n’est pas sorti de l’auberge ! Il paraît que D. Cohn-Bendit (qui est un connaisseur) aurait dit : ” Si Mélenchon avait le pouvoir, il mettrait en prison tous les Mélenchons”

    • 14 Avril 2017 à 1h31

      Clash75 dit

      Cher Will, souverainiste mais pas melenchoniste, sors de ta retraite ou réserve et envoie quelques saillies

    • 13 Avril 2017 à 23h39

      Alex Z dit

      Mélanchon se dit pacifiste. “Je suis pour la paix” Mais chacun de tant soi peu intelligent, sait que le pacifisme, c’est un autre mot pour désigner la soumission, à la loi du plus fort. Et Mélanchon c’est pas un secret, a fait allégeance à la Russie, à l’Iran, et si on creuse un peu plus, on va y découvrir aussi la Corée du Nord, pourquoi pas, même s’il ne l’avouera pas. Quand on adule à la passion un dictateur comme Castro, on ne sait pas jusqu’où ça peut mener. Voilà à quoi conduit l’antiaméricanisme primaire et forcené de cette mouvance de gauche, qui à la Libération manifestait à l’instigation de Staline pour que la France ruinée et en cendres refuse le plan Marshall qui devait la remettre sur les rails. Le communisme n’existe plus, mais ceux qui se réclament encore de cette mouvance, demeurent plus que jamais antiaméricains.

      • 13 Avril 2017 à 23h51

        Lector dit

        en Russie comme en URSS on flingue les opposants, aux USA on flingue les présidents. La droite française soumise à l’OTAN, à l’euro-mark, aux Qatar et saoudiens… voilà où conduit l’aveuglement de ceux qui demeurent anticommuniste alors même que cette idéologie est plus que moribonde, déjà dans la tombe historique. Quel progrès !

        • 14 Avril 2017 à 0h04

          durru dit

          Je crois que celui qui s’est pris en photo avec un sabre, et qui a décoré un certain prince héritier, n’est pas vraiment un représentant de la droite.
          Sinon, il y a un certain nombre qui disent que la droite française est plutôt de gauche (d’où aussi certains comportements).

        • 14 Avril 2017 à 0h10

          Lector dit

          :D comme la gauche de gouvernement est plutôt de droite ça devrait équilibrer, mais en fait non, ça penche le plus souvent du même côté.

        • 14 Avril 2017 à 0h17

          durru dit

          Ah bah oui, ça c’est sûr, ça penche! On a touché le fond, mais on creuse encore, comme on dit.

        • 14 Avril 2017 à 0h21

          Lector dit

          et c’est comme ça qu’on se retrouvera aux antipodes.

    • 13 Avril 2017 à 20h27

      Simbabbad dit

      Cet article dissuade de voter Mélenchon plutôt qu’autre chose. Les propos et actes rapportés sont épouvantables.

    • 13 Avril 2017 à 17h42

      Aristote dit

      Mais votez Fillon que diable !

      Chavez et Maduro aussi sont des “souverainistes” à la sauce Mélenchon.