Avec Iglesias, Mélenchon n’a pas changé | Causeur

Avec Iglesias, Mélenchon n’a pas changé

Face au Front de gauche, Podemos veut ratisser large

Auteur

Christophe Barret

Christophe Barret
est chercheur en sciences de l'éducation.

Publié le 11 septembre 2015 / Monde Politique

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Pablo Iglesias prononçait samedi soir son premier discours en France. Invité par les militants du cercle parisien de Podemos – dans leurs grande majorité, des migrants économique victimes de la terrible cure d’austérité qui saigne le pays depuis quelques années –, on l’a trouvé bien seul, sur l’estrade de la faculté de médecine où un meeting avait attiré nombre d’électeurs espagnols de l’étranger. Certes, il s’agit bien d’un énième discours de campagne, même si le Premier ministre vient enfin de fixer la date des prochaines élections législatives au 20 décembre et bien que le royaume d’Espagne s’engage donc dans la dernière ligne droite d’un très long cycle électoral entamé avec les élections européennes de juin 2014.

Mais c’est bien un peu de soutien qu’est aussi venu demander, à nous Français, celui qui a su capitaliser à partir de l’insatisfaction exprimée par le mouvement des Indignés. Preuve en est : le petit costume bien taillé par Pablo Iglesias à notre président de la République et à la social-démocratie européenne, en référence aux promesses non tenues en matière de politique économique. La passe difficile dans laquelle se trouve le camarade Tsipras, acculé à l’organisation de nouvelles élections et pas certain de garder son poste de Premier ministre, contraint aujourd’hui le challenger de la politique espagnole à envisager – pour la première fois dans un discours public ! – une sortie de l’Espagne de la zone euro. Pour lui, il est certes hors de question que l’Espagne franchisse seule le pas. De même, les camarades de Syriza qui ont mis un pied à terre et accepté le diktat des institutions européennes trouvent-ils toujours grâce aux yeux du chef de Podemos. Ce dernier mise sur une victoire d’Alexis Tsipras, à l’occasion des élections grecques du 20 septembre. Mais, à terme, Pablo Iglesias pourrait bel et bien être contraint d’entamer un virage eurosceptique bien plus prononcé que ne l’autorise l’internationalisme banal de la gauche de la gauche, ou une opinion publique espagnole que l’Histoire a rendu très européiste. Dans son discours de Paris, il l’a bien précisé : une sortie de l’euro peut devenir défendable, pour une économie « périphérique » comme celle de l’Espagne, à condition qu’un plus grand pays – comme la France – assume d’abord ce choix.

De toute évidence, Pablo Iglesias pourrait un jour ou l’autre avoir besoin d’alliés plus radicaux que ceux dont il dispose aujourd’hui, en matière de politique économique. Thomas Piketty, auteur euro-compatible du Capital au XXIe siècle, a certes été coopté par Podemos en tant que conseiller. Mais le promoteur d’un « Parlement de la zone euro » pourrait déchanter d’ici quelques mois. Et il n’est pas sûr que Jean-Luc Mélenchon ait quelque chose à proposer… C’est d’autant plus dommage pour les Espagnols qu’au Parti de Gauche, on commence à s’interroger sérieusement sur la question de l’euro. Mais le dernier congrès de la formation a montré que la ligne de la direction, pour l’instant opposée à toute remise en cause de la monnaie unique, l’emporte encore. Officiellement, Mélenchon et Iglesias n’en restent pas moins dans les meilleurs termes : le chef de Podemos ne vient-il pas de préfacer la traduction en castillan du Hareng de Bismarck ?

En cas de bon score de Podemos en Catalogne à la fin du mois, et aux Cortès de Madrid avant Noël, le patron du Parti de Gauche pourrait cependant prendre un peu plus ombrage des audaces d’un héraut de la gauche bien plus jeune que lui. Pablo Iglesias proclame sans honte que, parce qu’il accepte toutes les voix, même venues de droite, il n’est pas effrayé par le fait de devoir renoncer au drapeau rouge, à l’Internationale et aux références au clivage gauche-droite. Le leader de Podmeos, dans son discours de Paris, a encore défendu la pertinence de ses vues. Et si l’union des patriotes des deux rives ne pouvait plus se faire que sur celles de la Bidassoa ?

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    • 21 Septembre 2015 à 11h22

      Jacques des Ecrins dit

      Les internationalistes français tels Mélenchon ne lâcherons pas de sitôt le “rêve européen” (sic!) et donc l’euro.

      C’est leur boussole. Leur unique boussole. Leur dernière boussole.

      Le contorsionniste Mélenchon est donc condamné aux contorsions à perpète. Cela va finir par être lassant.

    • 19 Septembre 2015 à 12h16

      walkyrie dit

      Franchement il renonce à rien du tout. L’internationale ? Le drapeau rouge ? Mais c’est fini tout ça. Il n’y a que des morts-vivants dans les partis de gauche aujourd’hui. Regardez Mélenchon, il n’a plus d’idées claires. Il éructe. Il crache. Mais rien de bien philosophique sinon un stalisnisme dépassé. La gauche d’où il vient, le Ps, n’est même plus socialiste. Hollande est aux ordres de Bruxelles et de Washington. Ils ont tous renié De Gaulle, et ça va leur péter à la gueule.

    • 12 Septembre 2015 à 12h36

      salaison dit

      “Mélenchon” ??….. 
      OU
      “Mélange tout” ?……  c’est très socialiste (ou communiste)…. c’est selon…..

    • 12 Septembre 2015 à 1h47

      Patrique dit

    • 11 Septembre 2015 à 14h44

      eclair dit

      Différence grece Espagne et France. C est que c est encore identitaire dans les deux premiers seulement dogmatique en france

    • 11 Septembre 2015 à 12h52

      thierryV dit

      Les bouleversements qui se profilent , vont limiter le volume de nos apprentis révolutionnaires qui n’ont vraiment rien compris au film .Beaucoup défendent par exemple l’immigré musulman par posture , oubliant que dans leur immense majorité , la gauche , ils s’en tapent et la haïssent . Cette culture est fondamentalement attachée au pouvoir pyramidal et a sa force . Alors les humanistes d’extrême gauche , pensez…

    • 11 Septembre 2015 à 11h20

      kersablen dit

      Pablo Iglesias, c’est bien le chanteur folklorique espagnole ?

    • 11 Septembre 2015 à 11h14

      gaze dit

      Le mythe de l’union des patriotes des deux rives… La gauche ne peut en aucun cas être patriote, elle souhaite faire du passé table rase et nie le facteur identitaire dans l’unité du peuple. Elle peut de temps en temps être nationaliste, comme lorsque Mélenchon et Montebourg insultent l’Allemagne, mais pour des raisons purement idéologiques. La France de Mélenchon n’est qu’une continuation socialiste des principes de la révolution de 1789; et encore, il serait même prêt à lâcher du lest sur la laïcité pour attirer à lui les masses musulmanes, plus enclines à le suivre selon lui que les “petits blancs” passés à l’ennemi absolu frontiste.

      • 11 Septembre 2015 à 17h10

        golvan dit

        @ gaze
        Exactement. L’amicale des gauchistes éternels ne peut renier son internationalisme constitutif de son identité.
        En conséquence, cette amicale se condamne à être à la remorque de l’UE qu’elle feint de croire réformable de l’intérieur.
        Les gauchistes, idiots utiles de l’internationalisme financier, sont de tout petits opportunistes qui ne peuvent abuser que des gamins lobotomisés par l’EN en France, et d’irréductibles vieux imbéciles qui refuseront toujours le constat de la simple réalité.  

    • 11 Septembre 2015 à 11h05

      scylax dit

      Pablo Iglesias est plus proche de Pepe Grillo que de Melanchon.
      D’ailleurs,  le destin de ce dernier est de se “grilliser” s’il veut avoir une chance minimum de devenir incontournable (15 à 25% des suffrages).
      A préempter un nom de chanteur espagnol, Paul les Eglises aurait du choisir Julio Iglesias. Entre bouffons…  

    • 11 Septembre 2015 à 10h44

      politshouk dit

      un autre Iglesias

      Je n’ai pas changé
      je suis toujours ce jeune homme étranger
      qui te chantait des romances
      qui t’inventait des dimanches
      qui te faisait voyager…
      Je n’ai pas changé
      je suis toujours ce garçon un peu fou
      qui te parlait d’Amérique
      mais n’était pas assez riche
      pour t’emmener à Corfou

    • 11 Septembre 2015 à 9h41

      Garmin dit

      Mélenchon, Iglesias et autres, rentreraient dans le rang, comme Tsipras, s’ils devaient par malheur accéder au pouvoir. Discours démagogiques et promesses intenables sont leur lot commun. Le seul bénéficiaire est le dénommé Piketty qui vend ses livres aux gogos.