Débat: Un bordel bien tempéré par Ferrari et Elkrief | Causeur

Débat: Un bordel bien tempéré par Ferrari et Elkrief

L’émission fait le spectacle, pas l’élection

Auteur

Luc Rosenzweig

Luc Rosenzweig
Journaliste.

Publié le 05 avril 2017 / Politique

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Ruth Elkrief et Laurence Ferrari arbitrent le grand débat. Sipa. Numéro de reportage : 00801028_000029.

Vers minuit et demi, les deux taulières du « Grand Débat Historique BFM-TV, TMC, CNews », Ruth Elkrief et Laurence Ferrari étaient rayonnantes. Le pire avait été évité : le risque n’était pas mince qu’une confrontation à onze entre les qualifiés à l’élection présidentielle ne parte en sucette dans une mêlée confuse impossible à maîtriser par les animatrices, ou, au contraire ne s’enfonce dans l’ennui de la juxtaposition de discours en langue de bois de diverses essences, poussant les téléspectateurs à fuir vers d’autres cieux plus récréatifs.

Une tragédie antique en trois actes

Le vainqueur de cette soirée n’est pas à rechercher dans la liste des candidats présents sur le plateau. C’est incontestablement le pool de chaines privées d’information continue organisatrices de l’événement : la mise en scène a été ultraprofessionnelle sur tous les plans, la dramaturgie bien maîtrisée, le décor fignolé au petit poil pour que tous les acteurs, majeurs et mineurs soient bien mis en valeur, et que le « before » (l’arrivée des candidats) et « l’after » (commentaires à chaud après le débat par les éditorialistes patentés) fassent partie du spectacle comme le prologue et l’épilogue d’une tragédie antique. L’arrivée  des débatteurs fut la copie conforme de l’ouverture du « Loft », première émission de téléréalité lancée en 2001 sur les antennes françaises.

Poutou-la-provoc se surpasse

Il faut bien constater que les protagonistes se sont prêtés de bonne grâce aux rôles qu’on leur avait attribués. On annonçait des « petits candidats » prêts à casser les codes de la bienséance et de la raison pour profiter au mieux de leur quart d’heure warholien et ils furent au rendez-vous. Poutou-la-provoc, le petit chose tête de turc chez Ruquier s’est surpassé avec son pull Celio, son refus de poser pour la photo de famille, son débit précipité, son attitude relâchée pendant le débat, ses invectives contre François Fillon et Marine Le Pen, qui ont réussi à faire sortir le premier de ses gonds et des convenances du parler bourgeois lorsqu’il marmonna, furieux : «Je vais lui foutre un procès ! ». Il fut, de plus l’auteur de la seule expression propre à faire le buzz dans la semaine à venir: « il n’y a pas d’immunité ouvrière pour refuser de se rendre à une convocation de la police ! ».

Jean Lassalle tient un discours qui donne à penser qu’il ne pousse pas seulement de l’herbe à fourrage dans les vallées pyrénéennes, François Asselineau en Caton l’Ancien sentencieux répétant que « la France doit quitter l’UE » comme le Romain voulait détruire Carthage… Nathalie Arthaud, trotskiste bien propre sur elle assurait avec talent la relève de l’inoubliable Arlette, et Cheminade dans le rôle du doux fada complétaient le casting d’une comédie où les premiers rôles devaient gérer au mieux le script qui leur était imposé, celui de l’égalité du temps de parole avec des « petits » qui n’allaient pas manquer de se faire leur pelote sur leur dos…

Fillon plombé par les “affaires”

Malgré l’omniprésence du spectacle, et son caractère haché par les interruptions des gardiennes de l’horloge, les fans de politique, les analystes de comptoir auront eu leur pitance : Macron a réussi à placer sa tirade anti-Marine, l’accusant de fomenter la guerre à venir par son nationalisme outrancier, mais sans pouvoir sortir de l’impression de flou qu’il donne de l’avenir d’une France macronisée. Dupont-Aignan dispensa les deux favoris de prendre Fillon bille en tête en lui opposant son bilan au gouvernement, notamment la «  forfaiture » européenne après le référendum de 2005. Fillon a réussi à démontrer, une fois de plus, qu’il pouvait  le mieux« faire président », mais n’a pu se débarrasser de son sparadrap haddockien de ses petites « affaires ». Hamon  a concentré ses tirs sur Mélenchon, de bonne guerre, mais un peu tard pour arrêter l’hémorragie de ses électeurs potentiels vers le champion des insoumis.

Mélenchon acrobate

Jean-Luc Mélenchon se révéla une fois de plus le plus pro en politique-spectacle : il arrive bien avant les autres, fait donner Clémentine Autain pour chauffer la salle avant que le show commence. Il a même réussi à se sortir d’un mauvais pas, dans une pirouette qu’aucun commentateur à chaud n’a relevé. Écoutant d’une oreille distraite un dégagement de Marine Le Pen voulant remettre les crèches dans les mairies, il a confondu la crèche pour les petits des gens avec l’évocation traditionnelle de la naissance de Jésus-Christ. S’apercevant de sa bourde en regardant la mine de Marine prête à le fracasser, il effectue en un quart de seconde un rétablissement acrobatique en fustigeant les religions en général, et la catholique en particulier. Du grand art !

Alors, la question à un million de maravédis (monnaie neutre dans le débat sur l’euro) : ce show a-t-il fait bouger les lignes ? Et lesquelles ? Fillon a-t-il réussi à mobiliser le voté caché qu’il prétend avoir en réserve ? Mélenchon va-t-il coiffer Fillon au poteau pour la troisième place ? J’ai le sentiment qu’à ces questions la réponse est non, car le spectacle, ce mardi 4 avril a submergé la politique.

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    • 6 Avril 2017 à 21h11

      colin@iap.fr dit

      Article intéressant. Mais pourquoi posé comme une évidence que les deux gagnants du premier tour seraient Le Pen et Macron. Ce sera peut être Mélenchon et Fillon.

    • 6 Avril 2017 à 13h49

      keg dit

      L’équipe de France putative est enfin prête. Elle se doit un sans faute, sans sortie de terrain, car elle n’a aucun remplaçant. Peut-être arrivera à une finale à deux candidats…. faute de quoi se serait une élection par des faux et usages…..

      http://wp.me/p4Im0Q-1CO

    • 6 Avril 2017 à 13h30

      lorenzo84 dit

      j’ai beaucoup apprécié la “neutralité” d’Elkrief.

      • 6 Avril 2017 à 17h12

        Ex Abrupto dit

        Dire du bien de Fillon l’étouffe. Cette femme a été infecte.

    • 6 Avril 2017 à 13h23

      2211 dit

      Sancho grand Pensum, et d’un : on ne vote pas pour un escroc ou pour un saint, on vote pour NOUS ! Et de 2, dans cette formidable démocratie qui adoube aussi des candidats grotesques, 35 000 élus n’ont pas fait le job et n’ont parrainé personne (cf. Henri Guaino, et je me fous de savoir si vous l’aimez ou non).

    • 6 Avril 2017 à 12h55

      alainpeulet dit

      Insupportable , la”prestation de Poutou !!! et surtout la publicité qui en a été faite par les médias qui repassent en boucle son intervention contre MLP et Fillon ! C’est tout ce qu’il aura été retenu par les gens accros à ce KhoLanta ou TopChef de la cuisine politique dont se repaissent les chaines de TV !!!

    • 6 Avril 2017 à 6h33

      Lector dit

      Hamon a concentré ses tirs sur Mélenchon ? De l’avis de la majorité des commentateurs politiques ce ne fut pas le cas.
      Ce qui était à noter était la considération -mimée-, “à l’écoute” de certains favoris pour le discours des primo candidats : une manière comme une autre de récupérer possiblement des voix sans avoir à se positionner clairement en faveur de ceux-ci.

      “Mélenchon va-t-il coiffer Fillon au poteau pour la troisième place ?”
      La question serait plutôt : les sondages vont-ils être démentis une fois de plus par les suffrages ?
      Etant donnée l’abstention large probable (le plus souvent des “déclassés” comme disent les médias) Fillon a encore toutes ses chances avec son socle de retraités votant.
      Ainsi de Mélenchon mobilisant à gauche malgré le choix d’un frondeur à la primaire PS.

      • 6 Avril 2017 à 17h28

        Ex Abrupto dit

        Encore une fois les sondages MESURENT un rapport de forces, à un MOMENT DONNE sur un ECHANTILLON donné. La façon dont est constitué cet échantillon a un grand impact sur le résultat. Grand nombre, méthode des quotas (quels quota). Par contre présenter ces résultats sous forme de courbe, sondage après sondage, est éclairant sur ce qui peut advenir.
        Si vous voulez un pronostic: voyez les méthodes plus récentes (mais en fait encore en cours d’évaluation scientifique) que sont les analyses du big data. (genre Filteris ou autres…)
        On va bientôt mettre WATSON (le moteur d’IA d’IBM, celui qui a gagné le jeu “Jeopardy”) à contribution. (Si ce n’est déjà fait pour des clients privilégiés….)

        • 7 Avril 2017 à 21h39

          Lector dit

          encore une fois c’est encore une fois de trop parce que ce catéchisme des statisticiens rebaptisés politologues on ne le connaît que trop. Filteris n’est plus un scoop non plus d’ailleurs. Si vous n’avez que la statistique pour méthode d’analyse, c’est mal barré.