“S’en prendre à”, outil idéologique des médias | Causeur

“S’en prendre à”, outil idéologique des médias

Les mots ont un sens

Auteur

Ingrid Riocreux

Ingrid Riocreux
Agrégée de lettres modernes et auteur de "La Langue des médias"

Publié le 06 mars 2017 / Médias

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Kiosque parisien, novembre 2005. SIPA. 00520108_000004

Si un sale type vous frappe et que vous vous vengez en lui infligeant, à votre tour, une bonne baffe, vous n’agissez pas en bon chrétien, c’est sûr. Mais à rigoureusement parler, vous ne vous en prenez pas à lui.

Vilipender, railler, attaquer, invectiver, critiquer, dénoncer, condamner, désapprouver, blâmer, éreinter, répliquer, répondre, riposter, etc. Autant de verbes qui tendent à disparaître, comme absorbés en un seul, en l’occurrence une locution verbale : s’en prendre à.

Oh, elle n’est pas neuve, elle a presque 900 ans (sauf que l’on disait au départ « se prendre à »).

Mais elle se signale, dans le parler médiatique, par deux contextes d’utilisation contestables.

1. L’emploi impropre

Il n’est pas possible, quand (pendant la primaire de la gauche) Benoît Hamon répond à Manuel Valls qui a critiqué le principe du revenu universel, de titrer :

Lorsque le même Benoît Hamon rétorque aux identitaires qui l’ont surnommé Bilal que ce sobriquet moqueur est pour lui une source de fierté, il est maladroit de titrer :

 

« S’en prendre à » a toujours exprimé la position de l’attaque. Or, dans les deux cas, il s’agit bien plutôt de répondre à une attaque. On pourrait même noter que…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

 

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 7 Mars 2017 à 19h36

      Lector dit

      et si vous analysiez cette sentence débile que je viens encore d’entendre répétée par ce gros nul de Calvo réimplanté Calvi : “les paroles de meeting n’engagent que ceux qui les écoutent.” Parce que dans le genre c’est comac ! Responsabilité déplacée sur ces imbéciles de militants/électeurs qui croient comme des cons que la parole engage (c’est bête hein ? Quel mépris !) et déresponsabilisation totale des candidats/élus quant à leur discours voire programme. Dans un corpus constitué du sabir des médias serviles à la langue de bois, au double langage et autres mensonges éhontés du discours électoral et politique en général, ça tiendrait en bonne place.

      • 7 Mars 2017 à 22h44

        Hannibal-lecteur dit

        Fort bien vu !!  Pourtant il y a du vrai dans cet exemple de  langue de bois… Alors comment s’y retrouver? Il semble qu’un discours électoral soit obligatoirement à ne pas croire puisque son champ est limité à l’élection du candidat alors que les promesses concernent la gestion du pays : il y a deux mondes différents.
        Si les promesses concernaient uniquement les intentions du candidat, ses procédés, ses vertus, sa détermination, etc …elles pourraient être crédibles, car leur domaine serait bien celui qui concerne l’élection, alors que les promesses concernant la marche du pays ne dépendent que pour ( petite ) partie du futur élu. 

        • 7 Mars 2017 à 23h07

          Lector dit

          il n’y a rien de vrai dans cet adage médiatique aux bottes qui paradoxalement sert l’idée d’un “tous menteurs”. Les promesses n’engagent pas ceux qui les croient (qui ne seraient donc que d’imbéciles naïfs) mais bien les candidats qui les profèrent ; si tel n’était pas le cas cela voudrait dire que la parole donnée ne vaut plus rien, que l’expression “homme de parole” non plus et que tout politicien ment de facto comme un arracheur de dents… en France on ne jure pas sur la bible lorsqu’on prend un mandat politique n’est-ce pas, la parole donnée c’est une question d’honneur, si on la tient on en a et l’on est respectable, si on ne la tient pas on n’est plus respecté. Suivez mon regard qui scrute dans de nombreuses directions…
          Ce n’est pas parce que les exemples de manquement à la parole donnée deviennent légions que le principe change… par contre on a tendance à s’habituer à ce genre de parjure, ce qui est particulièrement délétère lorsque par mauvaise habitude, de guerre lasse en somme, l’on commence à prétendre que c’est normal, que c’est comme ça et qu’il faudrait être un con pour penser le contraire… comme on l’entend ou le lit en ce moment dans ces pages mêmes : “hoho nous sommes pas au pays des bisounours, on ne demande pas des pères la morale au pouvoir…” Ah bon ?! Nulle intégrité qui vaille donc (Mme lévy et tutti quanti) ?! Eh bien dans ce cas vive la mafia !

    • 7 Mars 2017 à 18h58

      Terminator dit

      Foin de ces querelles de salon : la France a la presse qu’elle mérite, c’est à dire une presse de caniveau partisane et stipendiée par ses actionnaires et ses sponsors. Ses fautes de style ne sont rien à côté de ses fautes contre la déontologie de la véritable information qui doit être objective (reposant sur les faits, rien que les faits) et équilibrée. N’oublions jamais que la France est extrêmement mal classée en ce qui concerne la liberté de la presse.

      • 7 Mars 2017 à 21h20

        GHMD dit

        Non, non, je crois moi, qu’elle échappe complètement à ses actionnaires et sponsors, lesquels se foutent pas mal de ce qu’elle dit pourvu qu’elle rapporte un peu et qu’il puisse de glorifier d’aider à la liberté de la presse….

    • 7 Mars 2017 à 16h19

      Anouman dit

      Hélas les journalistes manquent cruellement de vocabulaire. Plus grave, ils font des fautes tant à l’oral qu’à l’écrit. Quant à leur prétendues “analyses”… Mais c’est un autre sujet.

      • 7 Mars 2017 à 21h21

        GHMD dit

        Les journalistes sont des mauvais élèves qui n’ont par réussi en mathématiques car cela les dépasse et qui n’ont par réussi en littérature française car cela leur aurait demandé de travail.

    • 7 Mars 2017 à 15h08

      clorouk dit

      Quand un type vous colle une baffe et que vous la lui rendez, vous ne vous vengez pas: vous ripostez. Pour le reste, vous faites, Ingrid, le bonheur de tous ceux qui aiment leur langue et s’attachent à son bon usage. Parlez-nous, un de ces jours, du verbe “exécuter” qui est utilisé par les médias aux lieu et place de “assassiner”. Car exécuter renvoie à une décision de justice en réponse à un crime, et écrire qu’un otage a été exécuté implique que le malheureux avait bien commis quelque faute et été condamné de son fait.

    • 7 Mars 2017 à 13h17

      netrick dit

      Hamon s’appelerait Bilal ?! Tiens, je croyais que c’était Ben Oït !

    • 7 Mars 2017 à 10h12

      QUIDAM II dit

      Il est permis de penser que l’utilisation de l’expression « s’en prendre à » est tout autant liée à la paresse (ou bien la nullité) stylistique de nombre de journalistes qu’à une intention politique.
      Ingrid Riocreux pourrait-elle nous faire un papier sur cette autre expression très répandue dans la presse et les médias : « un risque potentiel » (sapeur pléonasme, veuillez sortir des rangs !)

      • 7 Mars 2017 à 10h20

        QUIDAM II dit

        Il y a également « être en capacité de »… 

      • 7 Mars 2017 à 13h17

        Flo dit

        Ingrid Riocreux montre que l’intention politique est bien là puisque l’expression “s’en prendre à” n’est utilisée que pour certains candidats et pas d’autres.

      • 7 Mars 2017 à 14h17

        rolberg dit

        À mon avis, liée à la paresse, comme ces journalistes sautent à pieds joints sur les anglicismes pour faire cool, moderne.

    • 6 Mars 2017 à 22h12

      Cyranitto dit

      Bonsoir,
      merci d’analyser l’une des manifestations de l’appauvrissement du vocabulaire que je déplore.
      “S’en prendre à” s’ajoute à une liste qui sera d’autant plus courte qu’elle s’allongera. Ces mots totems remplacent de nombreux mots dans la bouche de tous ceux qui ne veulent pas se “prendre la tête” à nuancer leurs propos ou à faire des efforts de précision.
      Les “ça me saoule” (pour énerver, exaspérer, agacer, ennuyer, fatiguer, horripiler…), les “pas d’souci” (pour pas de problème, avec plaisir, volontiers…), les “au final” (pour finalement, en définitive, en conclusion, au bout du compte….) et les “voilà…” (pour tout ce que ce mot “magique” sous-entend et que l’on peut donc s’abstenir de formuler) me hérissent le poil.
      Nombre de français considèrent leur langue comme un outil de communication qui doit être efficace sans faire trop d’effort.
      Notre réputation de peuple lettré, amoureux du mot et du verbe nous file entre les doigts. Nous nous transformons, insidieusement, en peuple “d’américains au rabais” au niveau culturel.

      • 7 Mars 2017 à 2h05

        Nolens dit

        Connaissant un certain nombre d’américains, je peux vous assurer qu’ils ne sont pas un peuple au rabais.
        Par contre, le niveau du français utilisé par les français est de plus en plus bas. A commencer par celui utilisé par les journalistes actuels. Mais cela permet de caresser le bon peuple de France dans le sens du poil, cela conforte ces drogués de l’assistanat dans la fausse certitude qu’ils sont supérieurs.
        La France est sur la voie de la disparition, y compris dans les livres d’Histoire.

      • 7 Mars 2017 à 21h59

        Cyranitto dit

        justement Nolens, c’est le peuple français que j’accuse de n’être plus qu’un peuple “d’américains au rabais” : ils ne pensent qu’à consommer, ne parlent plus politique ni littérature, ils se moquent de leur langue et de leur culture…l’alpha et l’oméga de tout devient son dernier i-phone et sa capacité à consommer…comme les américains, mais au rabais, dans le sens où ils se croient, en fait, au-dessus de tout cela

    • 6 Mars 2017 à 20h28

      Ambrosius dit

      Bravo pour ce décryptage très intéressant, Ingrid. Ne faites pas attention aux jérémiades de Sancho Torquemada… elles n’en valent pas la peine.

      • 7 Mars 2017 à 2h11

        Nolens dit

        Sancho a sa place en hôpital psychiatrique, c’est un inconditionnel (ce qui est synonyme d’abruti) de beaucoup de choses et de beaucoup de pauvretés (notamment ce qui tient lieu d’idées à la gauche).
        Il doit sans doute aimer le verbe tacler issu du vocabulaire footballistique, qui est un modèle pour les crétins comme lui.
        Heureusement qu’Ingrid est là pour rappeler que le français est une langue magnifique, comme beaucoup d’autres d’ailleurs.

    • 6 Mars 2017 à 20h10

      Sancho Pensum dit

      On s’en fout complètement. Non mais, elle se prend pour qui celle-là ?!
      Pour pimenter ses soirées, voilà le thème que je lui propose : au tant pour moi / au temps pour moi.

      • 6 Mars 2017 à 21h56

        jeanpierremartin dit

        Personnellement je trouve sont article très intéressant. Par contre votre commentaire… beaucoup moins.

      • 6 Mars 2017 à 22h12

        Flo dit

        Quel pisse-vinaigre ce Sancho, toujours là à montrer son aigreur.  

      • 7 Mars 2017 à 12h07

        Bébert le chat dit

        Si vous vous “en foutez complètement”, pourquoi lire les articles de “Causeur” et surtout pourquoi les commenter de façon si indigente ?

      • 7 Mars 2017 à 19h43

        Lector dit

        fastoche : “au temps pour moi” = historique ou plus exactement militaire ; voire snob puisque dans “au tant pour moi” l’orthographe admise de longue date, c’est, comme la grammaire le précise, l’usage qui prime.

        • 7 Mars 2017 à 19h46

          Lector dit

          flûte ctrlC-ctrlV = faute répétée : “autant” sans espace.

    • 6 Mars 2017 à 18h00

      jeanpierremartin dit

      Dans le cas de Marine Le Pen, « s’en prendre à » est employé 15.2 fois plus que « critiquer », et 1.1 fois plus qu’« attaquer ». Même recherche, avec cette fois Macron en position sujet : « critiquer » apparaît 1.1 fois plus que « s’en prendre à »
      L’idées étant de bien faire comprendre au citoyen que Marine est méchante alors que Macron est gentil.