Victimes du terrorisme ou héros? | Causeur

Victimes du terrorisme ou héros?

L’expiation coupable de la République

Auteur

Sami Biasoni
est banquier d’investissement, professeur chargé de cours à l’ESSEC et doctorant en philosophie à l’ENS.

Publié le 19 septembre 2016 / Politique

Mots-clés : , ,

Natacha Polony a raison lorsqu’elle écrit : « Les Français ne veulent pas être des victimes décorées, mais des femmes et des hommes debout ». Debout parce que l’honneur provient du mérite, valeur cardinale de notre République.
medaille victimes terrorisme

© POOL/AFP Michel Euler

« Combien de fois ai-je regretté de voir des soldats et des sous-officiers rentrer dans leurs foyers sans récompense, quoique par la durée de leurs services, par des blessures, par des actions dignes d’éloges, ils eussent mérité un témoignage de satisfaction de la patrie ! […] le ruban que vous porterez sur la poitrine […] dira à vos camarades, à vos familles, à vos concitoyens que celui qui la porte est un brave. » Ce fut par ces mots que Louis-Napoléon Bonaparte consacra la Médaille Militaire, afin que les non-officiers pussent être décorés pour leurs actes de vaillance, alors même que la Légion d’Honneur fut réservée aux officiers.

S’inscrivant dans la filiation de Bonaparte (Légion d’Honneur) et du Général de Gaulle (Ordre de la Libération et Ordre du Mérite), nonobstant le fait qu’aucun autre président de la Ve République ne l’a envisagé avant lui, François Hollande institue par un décret du 12 juillet 2016 une nouvelle décoration : la « Médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme ». Deux jours plus tard, le fracas du drame de Nice couvre les premières protestations de ceux qui doutent de la pertinence d’une telle décoration. La torpeur estivale des semaines qui suivent achève le prompt avortement d’un débat qui ne s’est finalement jamais vraiment tenu. À quelques semaines des premières attributions effectives, de nouvelles voix s’élèvent : associations de victimes, anciens combattants, élus, condamnent l’inadéquation d’une décision hautement politique révélatrice de la faillite idéologique d’une gouvernance dépassée.

Mourir par les armes, aux mains des autres 

Parce qu’elle émane de la « volonté » présidentielle, la médaille aux victimes du terrorisme figure de jure au 5e rang protocolaire des décorations nationales. Ainsi, précède-t-elle les croix de guerre et médailles de la résistance française acquises au prix du sang par ceux qui ont jadis combattu pour la liberté de la France, face à l’oppression.

Avoir eu le malheur de fréquenter une place publique, un magasin, un lieu de spectacle visé par une attaque terroriste relève de la plus terrible fatalité, nul ne le contestera. Pour autant, cela justifie-t-il la gloire d’une récompense honorifique nationale ?

Natacha Polony a raison lorsqu’elle écrit : « Les Français ne veulent pas être des victimes décorées, mais des femmes et des hommes debout ». Debout parce que l’honneur provient du mérite, valeur cardinale de notre République.

Une certaine métaphysique du vide

Percluse par le lourd héritage d’une vision post-bourdieusienne lénifiante, la doxa socialiste abhorre autant qu’elle craint toute forme de violence symbolique. À ce titre, elle révère inconditionnellement la victime, cherche à excuser le bourreau et instille la suspicion quant au mérite du héros. L’incapacité profonde du pouvoir à traiter convenablement des faits de terrorisme intérieur relève malheureusement de cette dynamique aussi inepte que dangereuse.

Que le blessé de guerre ne bénéficie pas de la préséance institutionnelle sur le blessé d’attentat, que l’on se préoccupe dans l’urgence de la communication mémorielle au détriment de l’amélioration discrète de l’indemnisation et de l’accompagnement post-traumatique, cela doit nous alerter et collectivement nous concerner au premier chef.

Communier, célébrer, rendre hommage à l’envi : l’expiation coupable

Vingt ans après la série d’attentats de 1995 attribuée au GIA, la France a connu en 2015 un annus horribilis qui a auguré une nouvelle ère, celle de l’état d’urgence permanent. Kouachi, Coulibaly, Ghlam, Abballa, Bouhlel : ces funestes noms et tant d’autres figureront au rang de nos plus terribles contempteurs, bras armés d’un islamisme impérialiste implacable qui ne différencie pas ses victimes, qui vicie notre liberté de l’intérieur, qui nous aliène à notre peur.

Avec stupeur on découvre que nombre de ces ennemis sont nos compatriotes ; ceux-là mêmes que plusieurs décennies d’antiracisme moralisateur et de repentance postcoloniale ont ménagé et qui aujourd’hui – paradoxalement – se vengent.

Dans l’impossibilité idéologique et stratégique de traiter les racines du mal, François Hollande commémore ad libitum, espérant s’extraire par le « haut » du bourbier sécuritaire dans lequel notre pays se trouve désormais. Au mépris de la temporalité nécessaire au façonnement d’une mémoire pérenne, la célébration se fait instrument politique. La médaille aux victimes du terrorisme n’en est autre que la triste breloque.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 23 Septembre 2016 à 8h06

      beornottobe dit

      n’est pas “victime” qui veut !…….c’est “selon” , c’est “socialiste”

    • 20 Septembre 2016 à 10h05

      keg dit

      Mais de tout temps une victime est un héros ou un héros est une victime.
      C’était le cas en 39/45 et c’est toujours le cas en 2016 et après….

      Il n’y avait plus d’ordre alors dans le désordre, on crée une nouvelle distinction posthume…. Dommage que l’on n’ai pas créé un autre statut d’enfants de morts non pour la France, mais à cause….

      http://wp.me/p4Im0Q-1hY

    • 19 Septembre 2016 à 22h53

      Orwell dit

      Suite Je leur pardonne de ne pas aimer le saucisson ou le camenbert, mais pas de renier leur race, leur patrie, leur racines culturelles. Et ces ordures ont pour nom Hollande, Plenel, Jofffrin et autres Les propos de Maurras furent ignobles lorqu’il disait de LéoN Blum qu’il fut “un homme à fusiller dans le dos” J’en suis moins sûr lorsque nous parlons de tous ces gens actuels qui ont creusé la fosse de la France J’ai encore plus honte lorsque élisabeth accorda la Victoria Cross aux Beatles Là, affaire de cupidité nationale, ici, aveu d’un enfumeur qui cherche à abuser de la souffrance de son peuple Et vu le nombre de Français congénitalement crétins, nul doute qu’il y parviendra Je garde un souvenir ému pour ceux qui on eu tout à perdre pour défendre notre pays de nos ancêtres =Je respecte la mort d’un attentat. Mais cette innovation es ignoble car elle exprime le mensonge d’un clown hilarant face la souffrance de son peuple en même temps que le cerveau d’un homme sans âme, le pire individu qui acquis le pouvoir depuis Philippe Pétain

    • 19 Septembre 2016 à 22h30

      Orwell dit

      Avoir été la victime d’un terroriste mérité à la fois la compassion et la solidarité Le fait d’avoir perdu la vie ou l’un de ses membres n’a rien d’héroïque Si un civil, tout âge et sexe confondus, a seulement eu la malchance de se trouver au mauvais endroit et à la mauvaise place Si le choix entre sacrifier ce que l’on dispose de plus cher, et assurer votre instinct de survie, vous étai proposé, opteriez-vous nécessairemet pour le premier ou pour le second chois ? Vous n’avez pas eu le choix Alors vous attribuez une breloque quelconque ou l’hommage que vous rendra un chef de gouvernement tient de la farce la moins drôle possible Cela apportera confort et fierté aux proches qui vous ont perdu, j’en doute fort Donc une mascarade émanant non seulement d’un incapable responsable de votre mort, ou encore d’un stratagème inventé par le salaud qui s’est fait le complice objectif de vos assassins, auriez vous assez de pudeur pour cracher au visage de ce cynique dont l’absence de scrupule dan son cerveau de mygale de vouloir à tout prix être réélu ? Ah oui, “stupeur on découvre que nombre de ces ennemis sont nos compatriotes ; ceux-là mêmes que plusieurs décennies d’antiracisme moralisateur et de repentance postcoloniale ont ménagé et qui aujourd’hui se vengent Individus mdétestables et ingrats Et pourtant, ceux qui suscitent le plus ma haine, ce ne sont pas eux mais les traitres descendants des porteurs de valise FLN A savoir des Français qui n’ont pas hésité à causer la mort de leurs compatriotes en les trahissant, e les lardant d’un couteau entre les omoplates, et qui aujourd’hui consituent à la fois la cinquième colonne, la race des collaborateurs du PPF et de Marcel Déat, qui ont eu le sang de leurs compatrotes sur les mains Je peux détester l’immigré qui abuse de la situation actuelle, mais je hais mon semblable dont l’esprit est animé de la haine de moi en tant qu’ennemi de la France De bons Français “bien de chez nous” et qui haissent leur patrie

    • 19 Septembre 2016 à 20h17

      marcopes dit

      comme élément de réponse , il faut savoir que la légion d’honneur a été donné à un prince Saoudien

    • 19 Septembre 2016 à 18h34

      oups dit

      Hollande va quitter l’Elysée dans quelques mois , le reste est anecdotique.

    • 19 Septembre 2016 à 18h15

      charkey dit

      Je n’ai rien à dire, j’ai juste honte pour mon pays, et mon mépris pour “ces gens” …

    • 19 Septembre 2016 à 16h34

      gigda dit

      Mais voyons ne faites pas semblant … Dans un pays en paix il n’y a de héros que les victimes de… des … ? Sinon ce serait … la guerre! Et on serait obligés de tout nommer … et nommer ce serait … la guerre! Par contre il faut commémorer … béatifier sinon ce serait vraiment trop … insensé, insensible ?  Je ne trouve pas le mot juste…