Maurice G. Dantec, auteur à réaction | Causeur

Maurice G. Dantec, auteur à réaction

Adieu l’ami

Auteur

Pierre Joncquez

Pierre Joncquez
est architecte.

Publié le 02 juillet 2016 / Culture

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Maurice G. Dantec à Paris en 2005 (Photo : SIPAUSA30051514_000006)

Je ne me souviens plus du moment exact où j’ai découvert son existence, mais je me souviens que c’était dans les méandres du web, dans le bouillonnement post-11-Septembre.

À cette époque-là, je me souviens que le monde tremblait. Avec l’effondrement du World Trade Center, une sorte de guerre mondiale était déclarée, mais nul n’imaginait la forme qu’elle prendrait, et nul ne saisissait vraiment le visage de l’ennemi. Nul ne savait vraiment, d’ailleurs, dans quel camp il se situait. L’anti-américanisme des uns donnait à imaginer des collaborations baroques avec les barbus, la paranoïa des autres laissait rêveur sur la santé mentale du « monde libre ». Le grand n’importe quoi était prêt à surgir. Le monde allait-il soudain s’embraser dans un conflit planétaire armé à l’issue hautement hasardeuse, ou bien au contraire entamer un inexorable et patient pourrissement par tous ses côtés, avec la lenteur d’une gangrène ? Les camps en présence avait-il encore des frontières à défendre ?

Quelqu’un écrivit alors que l’heure de la guerre civile mondiale était venue, et c’est Dantec qui était l’auteur de cette expression. La « guerre civile mondiale ». Personne n’a jamais mieux défini le décor – ou plutôt le Théâtre des opérations, pour reprendre le titre de son journal – dans lequel se déroulerait le XXIème siècle, décor avec lequel il faudrait composer de gré ou de force.

Voilà comment j’ai découvert Dantec. Avec la théorie de la guerre civile mondiale. Ça tenait la route.

Alors, intrigué, j’ai suivi le bonhomme de plus près. Pas franchement progressiste, le mec. Ça me plaisait : le catéchisme droit-de-l’hommiste de toute la presse et de toute la classe politique commençait à me donner la nausée. Homme du présent, et surtout homme du futur et de l’ailleurs, Dantec n’avait rien du passéiste non plus, ni du nostalgique borné. Très intéressant pour un réac. Monarchiste et catholique, il défendait pourtant avec force le camp de l’Amérique et la fraternité avec les juifs. De plus en plus intéressant. Il échappait aux clichés et aux associations automatiques. Il déployait une pensée plus vaste. Il connectait des logiques inhabituelles. Il liait des affinités plus hautes et plus profondes. Il se foutait bien des catégories confortables et des idées qui font plaisir à penser. C’était un cyberpunk.

Je me suis alors plongé dans son journal, avec le plaisir d’arpenter un sentier littéraire tout juste défriché, un territoire intellectuel à peine cartographié, avec des perspectives plus hautes sur le chaos contemporain. Dantec est celui qui me montra le mieux les « big pictures » du siècle à venir, la généalogie de ses lignes de force, et la terrible gestation qui grouillait dans les entrailles du monde moderne.

Dès 1789, c’était plié. On avait enclenché la machine à atomiser. Plus rien ne pourrait l’arrêter. On avait décapité à tours de bras et rempli des fosses communes, ça n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. On allait en chier. Ici, maintenant, là-bas, loin, partout en même temps. Et, arrivés au pied des tours jumelles en ruine, les fils du nihilisme allaient prendre cher, parce qu’ils allaient rencontrer encore plus nihilistes qu’eux. À l’épreuve de l’Histoire, le Mal n’était pas un concept philosophique, aussi le Christ n’était pas qu’une opinion. Avec Dantec, j’ai compris que le catholicisme n’était pas une kermesse avec des guirlandes en papier crépon.

Si Philippe Muray, faisant une analyse parallèle, rigolait du même spectacle présent et à venir, Dantec proposait de ne pas en rester là et avait toujours à cœur de regarder plus haut, plus loin, certes avec des circonvolutions brouillonnes et du lyrisme mystique à la limite du chamanisme hermétique, mais toujours avec des fulgurances imparables qui atteignaient la Vérité en plein dans le mille.

À Dieu l’ami, et merci pour tout.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 3 Juillet 2016 à 14h47

      Zinho dit

      Un maître pour moi, néo-reac enchanté.

    • 2 Juillet 2016 à 20h28

      ldm dit

      “Dès 1789, c’était plié. On avait enclenché la machine à atomiser. Plus rien ne pourrait l’arrêter. On avait décapité à tours de bras et rempli des fosses communes, ça n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. On allait en chier.”

      Salut l’Action Française !
      De quoi ils se plaignaient, à 10 dans leurs chaumières de 20 métres carrés ? Et il n’y avait jamais de massacres, c’est bien connu.
      Et les Juifs, les chouchous de Dantec, ils étaient pas bien dans leurs guettos ?!
      Nihilisme on vous dit…

      • 3 Juillet 2016 à 7h36

        dov kravi דוב קרבי dit

        c’est si bon d’être binaire ?

        • 3 Juillet 2016 à 11h42

          ldm dit

          C’est toi qui a 2 alphabets, trouduc kravi, pas moi

        • 3 Juillet 2016 à 22h27

          dov kravi דוב קרבי dit

          les binaires ne fonctionnent qu’à demi.
          j’ai deux alphabets, voire davantage. Et je vous plains, Idm, d’être si démuni.

    • 2 Juillet 2016 à 16h43

      disco dit

      J’avais déjà lu le gars mais ne connaissais pas spécialement ses idées.
      Dans la suite immédiate du 11/09, la découverte de son texte avait été un choc pour moi aussi.

      Ce texte s’intitulait “By all means necessary”, on peut le trouver par exemple ici :
      http://ghostgloss.blogspot.fr/2013/03/by-all-means-necessary.html

      RIP MGD.

      • 2 Juillet 2016 à 17h50

        dov kravi דוב קרבי dit

        je ne connaissais pas ce texte, merci. En 2001 il avait déjà prévu cette guerre qui commence.

    • 2 Juillet 2016 à 15h11

      riffcaster dit

      Il ne jouait pas dans OASIS, lui ?

      • 3 Juillet 2016 à 12h21

        Sancho Pensum dit

        Non. Mais ça ne l’a pas empêché d’être secoué !

    • 2 Juillet 2016 à 14h50

      dov kravi דוב קרבי dit

      Je ne résista pas à replacer ici.