Martti Ahtisaari, prix Nobel de la quoi ?
Il ne faut pas désespérer Betancourt
Publié le 12 octobre 2008 à 16:02 dans Monde
Mots-clés : Prix Nobel
La secte des Imprononçables a encore frappé. Avec une habileté qui lui est coutumière et une discrétion si achevée qu’elle n’éveillera jamais les soupçons ni de Thierry Meyssan ni de Dan Brown. C’est une société secrète qui manœuvre au long cours pour porter au devant de la scène internationale des personnalités dont le patronyme doit être lu une vingtaine de fois avant d’être prononcé. Elle est composée d’anciens présentateurs de journaux télévisés réunis par une sournoise et mesquine idée de la vengeance. Au cours des dernières années, leur plus brillant coup fut assurément l’élection de la présidente islandaise, Vigdís Finnbogadóttir.
Aucun journaliste de la presse parlée et filmée ne sortit indemne de cette épreuve. Même à Reykjavik, le présentateur vedette de Stöð 2 trébucha sur le nom du nouveau chef d’Etat, sans jamais s’en relever. Comme aucun être sensé ne tenait à ce que le réseau hertzien mondial ressemblât à la salle d’attente d’un orthophoniste, on prit, sans se concerter, la sage décision de ne plus traiter aucune information d’origine islandaise. Durant les seize années du mandat de Vigdís Finnbogadóttir et alors qu’elle était la première femme élue démocratiquement à la tête d’un Etat, l’Islande disparut de la surface du globe médiatique.
Cette année, les Imprononçables sont parvenus à convaincre le Parlement norvégien d’attribuer le prix Nobel de la paix à Martti Oiva Kalevi Ahtisaari, dont le seul mérite demeure de n’avoir pas déclenché de troisième guerre mondiale alors qu’il était diplomate. Les admirateurs finlandais de notre nouveau prix Nobel voudraient bien qu’on reconnaisse à leur champion une autre qualité : avoir quitté les médiations auxquelles il participait en Bosnie en 1993 pour se lancer dans la campagne présidentielle finlandaise. Ils n’ont pas tout à fait tort au fan club de Martti Ahtisaari : faire passer sa carrière personnelle avant la résolution d’un conflit est une manière de concourir avec ardeur à la paix entre les nations.
Si, dans les années 1930, Aristide Briand et Gustav Stresemann avaient décidé de se consacrer à la vie politique de leur pays respectif au lieu de manigancer un hypothétique rapprochement franco-allemand, cela nous aurait peut-être épargné la deuxième Guerre mondiale. On sait à Stockholm et dans ses environs qu’un diplomate qui commence à vouloir s’occuper des relations entre les Etats est un va-t-en-guerre. Si vis pacem, para bellum. Le contraire est vrai aussi : si tu veux la guerre, prépare la paix. Cela, Martti Ahtisaari l’a compris et, n’ayant jamais voulu concourir par lui-même à la paix, il mérite comme nul autre ce Nobel.
Enfin, “comme nul autre” : il ne faut pas exagérer. Il a fallu l’intervention et les manigances discrètes des Imprononçables pour que Martti remporte son prix. Sinon, nul doute que le Nobel aurait été attribué à Ingrid Betancourt qui, elle aussi, a le mérite de n’avoir jamais rien fait pour la paix dans le monde.
Las, les Imprononçables sont les plus forts. La déception est amère à la Fédération internationale des Comités Ingrid Betancourt : “C’est une très mauvaise nouvelle”, a même déclaré leur responsable lorsqu’il a appris que c’était l’autre nase de Finlandais qui avait été choisi. Un type totalement inconnu et absolument pas télégénique.
Nous n’avons pas le droit de désespérer Betancourt, comme le disait Sartre ! Dans le grand et finnois malheur qui s’abat sur eux, il reste à ses supporters un pis-aller. Aller faire le siège d’Edmonde Charles-Roux en hurlant à ses octogénaires oreilles : “Le Goncourt pour Betancourt !”
Photo de Une : Martti Ahtisaari au Forum de Davos en 2000, World Economic Forum, flickr.
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Rotil dit
Chère Madame Kohl,
J’évite les paradis artificiels.
Je voulais juste, de manière très indirecte, suggérer un peu de couleur au portrait du nouveau nobel que j’ai demandé à Monsieur Cazals de nous faire…
Amicalement à vous.
F.
Trudi Kohl dit
Ouh là là, Rotil, ça doit être de la bonne ! Vous faites tourner ?
Rotil dit
Pris ce soir d’un accès d’humeur loufoque, je demande l’indulgence du jury…
Quelqu’un sait-il ici si nous avons déjà eu un pap’prinobel ?
Je sais que dans l’Histoire on a eu plein de papis Taliens, puis un papolack, et maintenant un papalemand.
J’aimerais un pape papou. Il m’indiffère que ce soit un pape paou à poux ou un pape paou pas à poux.
Mais je veux un pape papoux, parce que j’aime la papouasie, qui est très insuffisement représentée dans le concert des nations. Je suis propapoux.
C’est comme ça, j’y peux rien.
Vivent les papoux! Vive un pape papoux !
Et qu’on le nobelise.
Je ne le redirai jamais trop.
Vivent les papoux !
Rotil dit
@ Pascal,
L’imprononçabilité des noms vient peut-être de ce qu’on ne connait pas leur signification;
Dès lors que vous savez qu’en Islande, les femmes s’appellent “fille de” (dottir = dotter) et les hommes “fils de”, prononcer “Finbogadottir” n’est pas si difficile.
En revanche, je ne sais rien du Finlandais, mais je suppose que cela fonctionne d’une façon comparable…
Amicalement.
Adam Pollo dit
Pascal
C’est bien vous avez lu un dossier de presse.
Mais il aurait été encore mieux de lire Le Clézio pour connaître Adam Pollo !
J’utilise ce pseudo depuis environ 10 ans sur internet… Car j’ai toujours aimé cet écrivain.
Bien à vous,
Adam Pollo
PS: C’est bien Kissinger qui a prononcé cette phrase.
Pascal dit
@ Stan
…pas pour son nom non plus,imprononçable pour des oreilles latines.
Ce qui nous ramène au nouveau lauréat du Nobel et à la présidente islandaise.
Essayez pour voir de prononcer leurs deux noms complets sans trébucher au moins trois fois.
C’est peut être pour ça que lorsque les chefs-d’état consentaient à accorder un rond de serviette à la présidente d’un aussi modeste état que l’Islande,ils la plaçaient en bout de table et s’adressaient à elle par un :”eh! vous là bas, madame Finnbogar..enfin machin-chose!
@Adam pol(lo)
C’est pas Roosevelt plutôt qui a dit ça un jour du dictateur nicaraguayen,Somoza:”He’s a son of a bitch,but he’s our son of a bitch”?
Mais comme je m’en voudrais de vous traiter de plagiaire,peut être qu’on se refile l’expression,de génération en génération,entre hommes d’état américain.
PS: Adam Pollo,dans le dossier de presse que j’ai lu,est un héros de roman de Le Clézio qui échappe à l’enfermement psychiatrique.
Interprétez comme vous voudrez.
Nina dit
Respect miss Trudi…C’est vachement drôle votre billet !
Adam Pollo dit
Bah…
En 1973 Henry Kissinger a bien été décoré du prix Nobel de la paix ! Pourtant on connaît les frasques meurtrières de cet individu au Cambodge, au Laos, au Chili et au Timor (pour ne citer que ces exemples les plus connus).
Rappelons au sujet du Timor qu’il a soutenu le président indonésien Suharto durant l’invasion du Timor Oriental qui a entraîné plusieurs centaines de milliers de morts. Parlant de Suharto, Kissinger aurait d’ailleurs dit: “He may be son of a bitch, but our own son of bitch” (C’est peut être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute).
Tout un programme.
Alors maintenant qu’ils nomment un Finlandais qui n’a rien foutu, une bonne sœur démente qui refusait de donner des anti-douleur à des malades en phase terminale de Kolkata pour qu’ils “ressentent les souffrances du christ” ou un terroriste corrompu des territoires occupés, je pense qu’en gros, on s’en branle (et je suis poli)…
Stan dit
Ce qui est certain, c’est qu’ils ne l’ont pas choisi pour son physique, le Nobel de la Paix…
Rotil dit
Je vais être bassement méchant, stupide avéré, en suggérant à notre artiste préféré – Raoul Cazals – de nous confectionner une toile du nobel de la paix.
Parce que la paix, c’est pas beau, c’est fadasse, d’ailleurs on n’en parle jamais que pour dire qu’elle n’est pas possible.
Alors que la guerre, c’est la bravoure, le sacrifice de soi, de beaux uniformes, et plein de films magnifiques. On ne s’en lasse jamais.
Brassens l’exprime mieux que moi dans cette chanson qui est l’une de mes préférées, la guerre de 14-18.
Bon sang, il n’y a pas que Schumann que j’écoute…
Pirée dit
Pourquoi pas à titre posthume? J’ai un défunt sérieux : né Jan Janszoon, et converti aux erreurs de Mahomet sous le nom de Mourad Raïs, mon candidat contribua au rapprochement entre les peuples. Etabli à Salé (Maroc) où il exerçait la profession prestigieuse de capitaine corsaire, ou de pirate, voire de bandit (point de vue franchement britannique), il mit Reykjavik à sac en 1627 et ramena 400 esclaves islandais. Une immigration choisie.
Rotil dit
Ludovic,
Je me suis posé la même question que vous, concernant un prix Nobel de la guerre.
Amicalement.
Ludovic Lefebvre dit
Pourquoi n’y-a-t-il pas de prix nobel de la guerre ?
Paul dit
Oui, Khadafi aurait fait un meilleur Nobel de la Paix. Enfin j’hésite. Il y a aussi Chavez.
Rotil dit
On a eu pire, je crois, comme nobel de la paix…
Quant à Finnbogadóttir, son nom veut juste dire qu’elle était fille de Finnboga, ce qui, je le reconnais, ne me fait pas une belle jambe.
Pour info, l’Islande passe, aux yeux des suédois, pour un pays particulièrement xénophobe. Il y est dit (TV suédoise), que quelqu’un qui ne parle pas l’Islandais est qualifié de “chose”.
Ce qui n’empêche pas ce beau pays d’avoir accueilli, en 1972, Spassky et Fischer, le second ayant été le premier américain, je crois, à avoir battu un russe aux championnats d’échecs…
Ah, c’était le bon temps.
Comme Nobel, Khadafi aurait eu ma préférence, ai-je besoin de le dire ?
Stan dit
Chère Trudi, il me semble que vous ayez oublié de parler de Robert Ménard dans cet article. Il aurait fait un excellent prix Nobel ! Malheureusement personne n’a pensé à lui : ce que les gens peuvent être ingrats quand même.
L’OURS dit
Mais comment Betancourt a-t-elle pu se prêter à cette préparation de conférence de presse pour sa future attribution du Nobel de la paix?
S’est-elle laisser convaincre par ses zélateurs aux idées courtes?
Le succés lui est il monté à la tête?
Dans les deux cas j’étais gêné pour elle, et ce bien avant l’attribution du prix!
VINCENT dit
Merci,
Cet article me fait du bien, pour son humour, quant au fond, cela ne change guère, voir les médias très officiels ce qu’ils disent…