Pour faire face à l’escalade de la violence qui assombrit chaque jour un peu plus l’image de la cité phocéenne et mine quotidiennement le moral des Marseillais (du quartier du Mistral et au-delà), les pouvoirs publics ont proposé une solution radicale : la nomination d’un nouveau préfet de police dont la mission sera de nettoyer les rues de la pègre et de mettre enfin un terme au gangstérisme.

Mais attention, cette fois-ci il ne s’agit pas d’un préfet normal, mais d’un « super préfet » (brrr…) – comme a titré le quotidien La Provence – dont les « pouvoirs » sont « étendus » ; dans les faits il aura autorité sur l’ensemble des services de police de l’agglomération marseillaise et n’aura de comptes à rendre qu’à son ministre de tutelle. Il vient d’ailleurs juste d’être nommé en Conseil des Ministres. Il s’appelle Jean-Paul Bonnetain. C’est lui qui devra enrayer la spirale infernale des règlements de compte meurtriers et l’efflorescence des faits divers si violents et si bouffons qu’ils ne peuvent éclore que dans d’épaisses zones de non droit embrumées par les vapeurs massives du cannabis ou du Casanis. Planète Marseille… (On se souvient par exemple de la délectable affaire du « vol » pur et simple d’un… parking public !) Le prédécesseur de M. Bonnetain s’appelait Alain Gardère. Ce n’était pas un « super préfet » (nobody’s perfect…). On a appris incidemment qu’il avait failli trouver la mort il y a quelques jours, écrasé par le plafond de son bureau à la Préfecture – qui s’est littéralement effondré. Par bonheur le haut fonctionnaire n’était pas présent, mais… il y a des signes et des symboles qui ne trompent pas ! L’Etat se délite…

Tandis que le ciel est littéralement en train de tomber sur la tête des marseillais les plus influents, nous apprenons que des initiatives de progrès qui vont dans le bon sens ont déjà été prises pour résoudre les problèmes de délinquance de cette ville… Bien avant que des élu(e)s locaux/(ales) hystériques réclament sur le terrain à cor et à cri l’intervention des bérets verts (ou de la légion), la société qui gère les HLM marseillais s’était déjà dotée d’une impitoyable équipe d’« agents de paisibilité » ©….

L’association « Régie 13 » – basée dans les quartiers Nord – a remporté un appel d’offres lancé par l’OPH 13 Habitat et libellé comme suit : « mise en oeuvre d’un dispositif de paisibilité sociale ». Dans la presse spécialisée le président de 13 Habitat, Christophe Masse justifiait ainsi le déploiement de ces divisions blindées du vivre ensemble citoyen, de ces casques bleus du savoir être social : « Nous prenons une place vacante, celle du lien social… » Les agents de paisibilité – ayant pour mission la « prévention et la conciliation » – seront « dotés d’une tenue distinctive »…

Fini le look casquette-basket des « grands frères » de sinistre mémoire ? Le président de l’office HLM formule un objectif extrêmement ambitieux : « permettre aux personnes âgées de sortir de chez elles sans se faire bousculer ». Les plus grincheux souligneront que la facture de l’opération « agents de paisibilité »© s’élèvera à 1,7 M€, les plus moqueurs ne manqueront pas de railler l’idéalisme béat de ces impuissants décideurs locaux ivres de solutions baba-préventives-cool… et les plus goguenards demanderont simplement : mais comment faisait-on avant que les « agents de paisibilité »© existent ?

A l’époque, recours était fait aux « gardiens de la paix » ©.

Mais, autres temps, autres mœurs…

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