Maroc: Macron et Mohamed VI main dans la main | Causeur

Maroc: Macron et Mohamed VI main dans la main

Le nouveau président soutient le roi dans la crise du Rif

Publié le 16 juin 2017 / Monde

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Emmanuel Macron et Mohamed VI, juin 2017. Numéro de reportage : AP22065870_000003.

Le président Macron ne cesse de surprendre. Après avoir serré la main à Trump, accueilli en grande pompe Poutine à Versailles, le voilà qui s’en va causer diplomatie avec le Roi du Maroc. Or, la situation politique marocaine est plus que complexe. En effet, ces derniers jours ont été le lugubre théâtre d’affrontements sur fond de lutte sociale entre le mouvement social Hirak – né en octobre 2016 à Al-Hoceïma après la mort de Mouhcine Fikri, poissonnier qui avait tenté d’empêcher la destruction d’une pêche illégale saisie par la police – et le Palais.

Le Rif rétif à Rabat

Les relations entre la monarchie et le Rif marocain n’ont jamais été au beau fixe. Déjà du temps d’Hassan II, le Rif se considérait comme marginalisé par le Palais. Une tradition populaire y subsiste d’ailleurs, lorsque les rifains récitent l’hymne national : au lieu de conclure par « avec pour étendard, Dieu, la Nation, le Roi », ces derniers achèvent le chant par « Dieu, la nation, le peuple ». Autant dire que le monarchisme n’est pas en odeur de sainteté dans cette région du Maroc célèbre pour ses résistances aux colonialismes français et espagnol.

Logiquement, en bon humaniste social-démocrate, Macron, aurait dû condamner la répression policière des manifestations, la marginalisation des acteurs du mouvement social et l’arrestation de la tête pensante de Hirak, Nasser Zefzafi.

Répression et promesses

Mais dès sa visite au Maroc cette semaine, Emmanuel Macron a semblé s’ériger en porte-parole du Palais dans un dossier qui relève pourtant de la sécurité intérieure du territoire.

Le pouvoir chérifien avait déjà connu de fortes turbulences dans cette région qui n’hésite pas à remettre en cause les préceptes royaux du pays. Si le mouvement du 20 février 2011 a été si vite désamorcé grâce à l’intelligence du souverain (qui convoquât alors des élections anticipées assorties d’une réforme de la Constitution), les revendications politiques, identitaires, sociales et économiques demeurent. Le courroux de Nasser Zefzafi, fondateur du mouvement Hirak, est principalement dirigé à l’encontre du pouvoir de l’Etat marocain, le célèbre makhzen.

Les partis politiques silencieux

Il faut dire que le royaume ne fait pas dans la dentelle. La police a arrêté le chef de file du mouvement le 29 mai ainsi que 25 autres personnes, alors que ce dernier était en train d’interrompre le prêche d’un imam d’Al-Hoceïma. De nombreux militants sont actuellement poursuivis pour « atteinte à la sécurité intérieure », réception de « transferts d’argent et appui logistique de l’étranger » ainsi que pour « atteinte à l’intégrité du Royaume ». De son côté, la sphère politique est restée timidement en retrait. Si le secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité (centre-gauche, réputé proche du Roi), président de la Région Tanger-Tétouan-Al-Hoceïma, Ilyass El Omari, s’est exprimé le 13 juin à la télévision, les autres partis se murent dans le silence. Leur mutisme a permis à l’Etat chérifien d’engager un bras de fer avec le mouvement social : heurts dans la ville, grève de la faim des militants détenus, grève générale en prévision à Al-Hoceïma, violences dans les rues. Et l’on ne peut pas dire que Rabat s’économise dans la gestion de la crise : visite de 7 ministres le 22 mai, promesse d’accélération des projets d’investissement de 6,5 millards de dirhams annoncés en 2015, etc. L’Etat marocain a ainsi lancé et relancé un bon nombre de projets d’infrastructures et de l’économie locale afin d’apaiser les tensions. Mais cela ne suffit visiblement pas à éteindre l’incendie.

Peur sur le Rif

Avec son attitude de grande sœur parfois envahissante, la France joue une fois de plus sa partition au creux des ors et dorures du Palais royal. Compte tenu de l’anti-royalisme qui règne dans le Rif, cette initiative pourrait faire bouger les choses. Soit en apaisant les tensions par la mise en place de politiques publiques efficaces et socio-économiques. Soit en déclenchant l’alliance objective entre islamistes et manifestants, qui rêvent de détrôner Mohamed VI pour devenir calife à la place du calife. Il n’est point besoin de préciser que cette dernière hypothèse pourrait réellement mettre en danger la stabilité du Royaume, la solidité de sa Couronne, et la légitimité du monarque.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 20 Juin 2017 à 18h33

      Collectif REC dit

    • 19 Juin 2017 à 16h36

      Pol&Mic dit

      HUM….. de quelle “confrérie” fait-il partie?: tastevin? andouille?, rillettes? autre…. etc

    • 19 Juin 2017 à 16h10

      plouc dit

      au fait le roi du Maroc a t’ il eu droit aussi à un sermon sur les droits de l’ homme dans son pays par Macon celui qui descend de la cuisse de Jupiter ????
      Evidemment que non !!!!! Macon et son islamophilie aigue avec ces dictateurs musulmans sunnites compatibles !!!!!

    • 19 Juin 2017 à 15h56

      Pyrrhon dit

      Le Rif est une région qui a toujours eu les moyens de résister au pouvoir central, jusqu’à la tentation de l’indépendance. À l’époque du Protectorat, les forces espagnoles et françaises ont prêté main forte au pouvoir chérifien. Maintenant, c’est ce dernier qui défend l’unité de la nation marocaine. Tous les rifains ne voient pas du charme à une indépendance couplée à la misère.
      Si tous les indépendantismes n’aboutissent pas, ce n’est pas sans raisons. 

    • 19 Juin 2017 à 14h23

      Corsaire dit

      Je me contenterai de reprendre le commentaire de Tonio et finalement de poser la seule question qui vaille: qu’est-il aller faire dans cette galère? Seuls les “journaleux” témoins de cette promenade pourront répondre à cette question

    • 19 Juin 2017 à 11h42

      ivounet dit

      Voilà un article qui aurait eu sa place au mois d’août, rubrique on noircit du papier parce qu’on a rien à dire :
      Macron visite Hassan ….et alors ?
      “Il aurait dû condamner…” c’est à dire faire de l’ingérence
      “il a semblé s’ériger en porte parole du palais” quand, comment, qu’a-t-il dit ?
      Par contre rien sur les raisons de ce conflit inter-Marocain:
      On aurait aimé par exemple qu’on nous explique pourquoi la région du Rif qui est pour cause de culture et de trafic de cannabis une des région les plus riche du Maroc est le cadre de “luttes sociales”

    • 19 Juin 2017 à 11h32

      José Bobo dit

      Le Maroc, grand pays ami de la France! Exportateur principalement de terroristes (la plupart venus du Rif), d’ouvriers agricoles et de haschisch… Macron se lancerait-il dans la realpolitic ? Mais alors, où est la morale ? Nous autres Français ne devons-nous pas faire la morale à tous les autres peuples du monde ?

    • 17 Juin 2017 à 14h58

      Tonio dit

      Magnifique photo qui nous montre un président aux yeux plus gros que le ventre et rappellerait la devise “Quo non ascendam” de Fouquet.

    • 17 Juin 2017 à 14h56

      Tonio dit

      On espère qu’un jour, demain, la culture, la préparation, la commercialisation des drogues de toute nature seront un crime contre l’Humanité: des millions d’hommes chaque année meurent dans le silence et l’indifférence officiels, on ne poursuit, apparemment, que pour le fric qu’on peut tirer des trafiquants que l’on coffre.
      pas d’autre objectif ?
      ben le bonjour ! aux grands commandeurs de la légion et des croyants enfin réunis.

    • 17 Juin 2017 à 11h19

      srul dit

      en se convertissant il va falloir investir dans ryads les prix vont chuter!vacances pas chères,herbe bon marché,elle est pas belle la vie des retraités!

    • 17 Juin 2017 à 10h22

      Tonio dit

      Macron a-t-il déjà demandé à son nouvel ami le roi Mohamed VI de pourchasser les exportateurs de drogues vers la France pour mettre fin à ce diabolique trafic dont profite le Maroc, pays du rififi, mais dont souffre la France ?
      Citoyens, Santé publique, hôpitaux, Finances, Police, Douanes, Marine, tout l’Etat est mobilisé pour combattre ce fléau venu du pays dont le roi se laisse appeler “commandeur des croyants”: serrer la main de ce type, est-ce sérieux ?
      Non, Macron se rend complice des séquelles irréparables en France, ce n’est pas une attitude très présidentielle.
      Questions :
      Que doit la France au Maroc ?
      Que doit le Maroc à la France ?

      • 17 Juin 2017 à 11h52

        Fixpir dit

        C’est comme le trafic d’opium pour les Britanniques en Chine au XIXème siècle. Revenu direct pour le commandeur des croyants et le Maroc. Destruction de la société par décomposition des élites et du peuple à travers les substances illicites.
        Un attentat islamiste? Reprenez un peu de shit pour vous calmer, avant que vienne votre tour.

      • 17 Juin 2017 à 13h31

        Ligure dit

        “Serrer la main à ce type, est-ce sérieux?”… question que doit surtout se poser le fils d’Hassan II, après avoir déjà connu les hommes d’Etat visionnaires que furent Sarkozy et Hollande, pour ne citer qu’eux…

        Quant au trafic de cannabis, auquel s’ajoute désormais l’arrivée de la cocaïne d’Amérique du Sud via les ports marocains, il n’existe peut-être que parce qu’il répond à une demande de la part de nos “sociétés ouvertes” et des plus éclairés de leurs citoyens …. Je me trompe?

    • 17 Juin 2017 à 8h20

      rvbubu dit

      En même temps (…) la “crise” du rif n’en est pas vraiment une : HassanII, n’y a jamais mis les pieds, durant tout son régne! La nouveauté c’est l’islamisme au pouvoir au Maroc, synonyme comme partout de gouvernance suivant les principes les plus imbéciles qui soient, ceux de l’islam….

    • 17 Juin 2017 à 8h07

      QUIDAM II dit

      Sans doute, la monarchie marocaine paraît-elle être le meilleur rempart contre l’islamisme, le meilleur garant de la paix civile pour une société extrêmement complexe et écartelée entre des forces violentes et antagonistes…

      Être roi du Maroc n’est sans doute pas une fonction facile…