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Marisol Touraine, c’est Ubu médecin

Numerus clausus, un dogme digne de Diafoirus

Publié le 14 décembre 2012 à 17:00 dans Économie Politique

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marisol touraine medecine

Paul souhaite se mettre à son compte pour exercer le noble et utile métier de médecin généraliste. Paul est jeune, plein d’enthousiasme et, comme la plupart des gens de son âge, il souhaite croquer la vie à pleines dents, se marier, avoir des enfants, une vie sociale, gagner correctement sa croûte et, dans le même temps, préserver sa vie personnelle. Bref, rien de très original. Paul a deux options.

La première consiste à s’installer à Nice. À Nice, il vivra dans une grande ville avec – outre le climat, la Méditerranée et les Alpes du sud – toutes les commodités que cela implique : commerces à portée de main, loisirs, jolies filles à draguer et, éventuellement, écoles pour les enfants à venir. Paul sait qu’il aura accès à un confortable gisement de clients – notamment des retraités de la région parisienne – qui disposent de revenus relativement élevés. Il sait que ses clients viendront faire la queue dans son futur cabinet ou, dans le pire des cas, lui demanderont une visite à domicile à moins de 5 minutes de chez lui. Il sait aussi qu’il pourra partir en vacances tranquillement : des collègues pour le remplacer, à Nice, ça ne manque pas.

Paul a aussi la possibilité de s’installer à Bélesta, jolie petite bourgade ariégeoise à deux pas de Montségur, un de ces fameux déserts médicaux dont on nous parle depuis quelques temps. Bélesta, c’est la nature, le calme, la forêt de basse montagne, les Pyrénées et la Méditerranée pas trop loin… Bref, que du bonheur mais à quelques petits détails près. Primo, pour ce qui est des dépassements d’honoraires, ça ne va être possible : les clients du cru n’ont pas trop les moyens. Deuxio, pour ce qui est des activités culturelles, des loisirs, des rencontres et des écoles, Paul devra réduire quelque peu ses exigences. Tertio, les clients, il va falloir aller les chercher sur les petites routes de la montagne ariégeoise qui sont très jolies en été mais pas toujours praticables. Enfin, si Paul s’installe à Bélesta, il devra s’habituer à une contrainte un peu particulière, il n’y aura qu’un seul médecin : lui-même, et ne pourra donc être remplacé pour pouvoir partir en vacances.
Alors évidemment, pour Paul comme pour tant d’autres jeunes médecins, le choix est assez vite fait : ce sera Nice et tant pis pour les châteaux cathares, les forêts pyrénéennes et les ariégeoises. Que voulez-vous : on a beau être médecin, on n’en est pas moins un être humain.

De ce constat, nos politiciens ont déduit qu’il fallait soit forcer les jeunes médecins à s’installer à Bélesta – on imagine d’ici l’effet d’une telle mesure sur les vocations et la motivation de nos praticiens – soit les subventionner à coups d’argent public pour les inciter à combler les trous. C’est manifestement cette dernière option qui a été retenue par l’actuel gouvernement qui, comme ces prédécesseurs, ignore – ou feint d’ignorer – la véritable raison qui fait qu’il y a, dans notre beau pays, des déserts médicaux, à la différence de l’Allemagne.
Les raisons qui poussent Paul à s’installer à Nice plutôt qu’à Bélesta sont évidentes – nous venons d’en énumérer quelques unes. Les connaissant, comment se fait-il que le marché niçois ne soit pas saturé depuis longtemps ? Après tout, les conditions de vie en général et les conditions d’exercice de la médecine généraliste en particulier étant ce qu’elles sont, on devrait observer une concurrence féroce entre médecins sur toute la Cote d’Azur. À l’exception de quelques stars, les tarifs des uns et des autres devraient être écrasés par l’effet de cette concurrence, rendant ainsi beaucoup plus attractive une installation dans le village ariégeois, où la concurrence est inexistante. C’est un mécanisme classique du marché : la concurrence fait baisser les marges des producteurs rendant ainsi plus attractives les zones où il n’y a pas de concurrent.

Mais nos politiciens, au début des années 1970, ont eu l’idée géniale d’instaurer un numerus clausus qui limite administrativement le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine et donc, le nombre de diplômés et, in fine, le nombre de praticiens sur le marché. En 1971-72, ce quota était de 8 588 étudiants, il a baissé jusqu’à 3 500 en 1992-93 avant de remonter à 7 500 pour l’année universitaire en cours. C’est-à-dire que, alors que la population française a augmenté de 23% et a vieilli entre temps, le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine chaque année a baissé de pratiquement 13%. C’est donc très clairement une politique de raréfaction volontaire de l’offre qui a été mise en œuvre depuis quatre décennies.

Les effets d’une telle politique relèvent de l’évidence : primo, en réduisant la concurrence, on a soutenu artificiellement le niveau de vie des médecins (via, notamment, les fameux dépassements d’honoraires) ; deuxio, quelques milliers d’étudiants qui auraient sans doute pu faire d’excellents médecins se sont fait éjecter du cursus ; tertio, nous avons créé des déserts médicaux. Carton plein !

La situation est d’autant plus ridicule qu’avec l’obligation qu’a l’Etat de reconnaître les autres diplômes européens – et notamment les diplômes roumains – on assiste à deux phénomènes parfaitement ubuesques. D’un coté, nous trouvons des maires de villages qui, pour faire face aux départs en retraite et à la pénurie de remplaçants, cherchent désespérément à recruter des médecins roumains. De l’autre, un nombre croissant d’étudiants recalés au concours français vont s’inscrire dans une des excellentes facs de médecines roumaines… avant de revenir s’installer en France (à Nice). Au total, 27% des médecins qui se sont inscrits au tableau de l’ordre en 2012 avaient un diplôme étranger.

Et pendant ce temps, Marisol Touraine combat les « dérives du laisser-faire de ces dernières années » (on croit rêver…) en enchaînant les « pactes territoire santé » et les négociations sur les dépassements d’honoraires. Pour le ministère comme pour le conseil de l’ordre, il est en revanche tout à fait exclu de revenir sur le numerus clausus. Circulez, il n’y a rien à voir !

*Photo : Parti socialiste.

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  • 19 Décembre 2012 à 4h19

    Porfirio Diaz dit

    Je pense que l’article a quelques erreurs et que tout ne peut retomber sur Mme Touriane pour laquelle je n’ai aucune sympathie et qui est loin de mon idéal.
    Le numerus closus fut imposé après 81 par les socialistes pour permettre de stabiliser le nombre de médecins formés au rabais. Cela aboutit dans els années 95 á l’adoption d’une loi permettant aux médecins de plus de 56 ans de partir en préretraite jusqu’à 65 ans (MICA).
    En Allemagne il y a régulation les médecins ne peuvent s’installer ou bon leur semble  il faut qu’il y ait de la place.
    L’exemple de Nice est connu un médecin á chaque porte pour survivre misérablement á part quelques kadors qui peuvent pratiquer les prix de leur choix.
    Il faut aussi dire que les jeunes médecins depuis plusieurs années font des études avec comme seul but faire des remplacements. Faites une enquête chez les jeunes qui sortant de 8° années combien veulent s’installer? Trouver un remplacement n’est pas toujours facile. Aller á Belesta est surement très formateur, mais encore de nos jours la médecine de famille n’est prise que par défaut de ne pouvoir être un super ophtlamo ou autre dermato. Même si al médecine est devenue une spécialité à part entière comme c’est le cas aux USA depuis les années 70, elle n’est considérée que comme d’essence secondaire.
    Pour revenir aux USA pourquoi ne pas faire une vraie sélection devant un jury au lieu de se servir des mathématiques ou autres science complémentaire (Comme me l’avait répondu le président d’une université, parce que nous n’avons pas d’autres moyens) Moralité nombre de matheux n’ont pas l’intuition d’un praticien de tous les jours . D’ailleurs il en est question actuellement.
    Est-ce que la formation hospitalière à elle seule peut remplir sa tache d’enseignement les préoccupations des deux camps ne se situent pas du tout au même niveau.
    Je sais qu’actuellement  on fait de l’initiation dans le 2° cycle. Ceci me parait une bonne mesure En 1991 j’avais été surpris lorsque j’étais au National hospital de Seoul que les étudiants de première année ne venaient pas tous les jours á l’hôpital, mais faisaient des leur début des stages dans le privé. Je trouvai cette mesure pertinente et j’ai plaidé beaucoup en sa faveur avec un certain succés dois-je dire.
    Le médecin de famille dans sa forme actuelle devrait avoir un rôle fondamental dans les soins primaires qu’il avait lorsque le médecin de campagne avait ses lettre de noblesse. Je pense que le monde a évolué et que depuis quelques décennies l’hôpital est devenu la pièce maîtresse et peut être un jour prendra la place de la médecine sous toutes ses formes, suivant en ça l’exemple américain. Les dits américains ne sont pas á 100%.. prohopital dixit un Etudiant qui fit un bref stage en France et qui avoua avoir appris chez le praticien pas mal de choses.
    Si la ministre veut être pragmatique peut être que les choses évolueront bien sinon nous aurons une médecine sovietisée au rabais 

  • 17 Décembre 2012 à 21h57

    LEXXIS dit

    AGIR SUR L’OFFRE POUR CONTENIR LA DEMANDE…
     
    Exemple classique et typique  des raisonnements croisés SCIENCES PO/ ENA si chers à nos élites politiques et administratives: pour diminuer le montant des dépenses de maladie, il suffit de diminuer le nombre de ceux qui les ordonnancent (au sens strict du terme). Accessoirement, cela on ne l’avoue pas, mais il n’est pas exclu que la réduction drastique de l’offre médicale entraîne ici et là quelques pics de mortalité, qui seront de toute manière tout bénéfice au niveau des retraites pour l’assurance vieillesse.Bien, sûr cette approche restrictive  relègue à la portion congrue toute politique de prévention, où l’on gâche des crédits alors que les gens ne sont pas encore malades.

    Or  l’erreur qu’on a faite et reconduite pour les médecins, c’était celle-là même qu’on avait commise avec  les infirmières, amenant dans les deux cas la nécessité d’alerter et d’importer d’urgence des praticiens étrangers, immédiatement disponibles et qui présentaient à la fois  l’avantage en secteur hospitalier de pouvoir être honteusement exploités durant de longues années avant de  prétendre à une parité au rabais avec leurs confrères français et l’inconvénient en secteur ouvert d’une maîtrise très approximative de la langue.

    Alors comme tout système, qui n’est pas sainement géré, qui n’a pas de perspectives saines, d’objectif clair, se sont greffés  l’abandon des zones difficiles, la disparition des gardes, le blocage idiot et prolongé des honoraires, avec pour conséquence la généralisation des dépassements abusifs et dérogatoires et couronnement du tout   la saturation des urgences où l’on hospitalise à cinquante kilomètres de chez eux  et à plusieurs milliers d’euros  des patients qui méritaient une simple consultation de nuit  à 70 ou 80 euros, avec quelques médicaments de dépannage.

    A voir partout – et aps simplement dans la politique  de santé, toutes les erreurs commises, toutes les faillites accumulées, la cohorte infinie des  critiques rémanentes de la Cour des Comptes,   le gouffre  où nous ont menés des politiques toujours inspirées par la même caste qui se sert du pays pour ses carrières au moins autant qu’elle ne le sert par ses compétences, on peut légitimement se demander aujourd’hui  si la création de l’ENA et la formation très monotypée de nos hauts fonctionnaires  ne doit pas figurer , aux côtés de la révocation de l’Edit de Nantes, parmi les  événements funestes  dont ce pays porte durablement les stigmates.
     

  • 17 Décembre 2012 à 15h11

    quadpater dit

    DEDA :

    s’indigner de la fuite de médecins roumains … Piller les ressources…

    Fuite ? pillage ? qu’est-ce que vous racontez ?
    Ces médecins roumains n’immigrent-ils pas volontairement en France ?

  • 17 Décembre 2012 à 15h06

    DEDA dit

    Vu ce week end un débat télévisé sur la question, où était présente sur le plateau l’un de ces médecins roumains officiant dans nos déserts médicaux.  Aucun des invités présents n’a jugé bon de s’indigner de la fuite de médecins roumains vers la France et des déserts médicaux qui en résultent en Roumanie
    Etonnant non ?  Piller les ressources d’un pays économiquement faible, cela devrait pourtant en émouvoir plus d’un. 
    Et bien non,nos débatteurs sont restés muets sur la question. 
    Je ne serais pas étonné que nos médecins et chirurgiens finissent eux aussi à faire comme Depardieu. Quitter un pays qui les prend pour des c…s

  • 17 Décembre 2012 à 12h40

    murex1946 dit

     Ainsi font font font les petites marionettes ainsi font font font, 3 p’tits tours et puis s’en vont !

  • 17 Décembre 2012 à 11h49

    fogarty dit

    Le numerus Clausus, invention socialiste, a été encore renforcé par les circulaires Juppé qui ont aussi fait fermer des écoles d’infimières. Stupidité bien digne de cet énarque buté qui n’a rien à envier en la matière aux énarques en socialistes.
    La minceur de la rémunération de l’acte intellectuel qu’est la consultation et sa non revalorisation par la SS depuis 1945, n’incite pas à choisir le médecine générale et ses servitudes et incite par contre à multiplier les actes médicaux. Par ailleurs la constante aggressivité de La SS, du ministère à l’encontre des généralistes accusés de gaspillage et, pour faire bon poids, d’ignorance est une des raisons pour lesquelles le jeunes diplomés ne veulent plus choisir cette voie, d’autant plus que les malades, leurs familles les guettent , toujours prêts à leur faire un procè et que les magistrats sont toujours heureux de condamner un médecin.
    Etant donné la dévalorisation des médecins aux yeux des patients par une administration et un électorat jaloux, la féminisation de la profession il ne faut pas s’étonner que le recrutement des étudiants en médecine diminue et qu’e les jeuns praticiens préfèrent le salariat à l’exercice libéral. Bientôt ce ne sont plus des médecins roumains que nous importeront mais des chamanes sibériens qui satisferont surement les Verts et les écolos.

  • 16 Décembre 2012 à 9h51

    Caton l’ancien dit

    Dans la prochaine loi – probablement une de ces usines à gaz paperassière dont nous avons le secret et qui nécessitera l’embauche de 2 fonctionnaires par médecin bénéficiaire – il est prévu un minimum confortable de revenus. Mais comment sera vérifiée la disponibilité du médecin ? Quelles obligations en contrepartie ? Si un praticien ouvre son cabinet de 9 à 12 et de 14 à 18, 5 jours par semaine (sans oublier les congés payés et les RTT) c’est bon ? Il a fait les sacro-saintes 35h et on paye ?

  • 16 Décembre 2012 à 8h34

    Fiorino dit

    @ luculus
    En Italie le médecin généraliste est salarié sur la base du nombre des patients qui l’ont choisi. Pas de paiement de l’acte médicale dans aucun cas. Ce qui me gêne en France c’est qu’on doit payer le médecin pour se faire renouveller un ordonnance! C’est vraiment du gapillage pour la sécurité sociale. En Italie c’est assez simple pour le renouvellement des ordonances vous téléphonez à votre médecin vous lui laissez un message sur la boîte vocale et il vous laisse directement les ordonnances à la pharmacie. Le salaire d’un médecin généraliste est de 4000 euros net pour 1500 patiens inscrit (en tenant compte qu’une bonne partie ni va jamais bcp des jeunes etc.). Pour ma part j’ai tojours trouvé que ce système est meilleur pour la relation patient-médecin, faudait peut-être augmenter le salaire. Je ne trouve pas communiste d’eviter que le marché s’immisce de façon trop directe dans la rélation entre patien et médecin.

    • 16 Décembre 2012 à 12h27

      luculus69 dit

      En France personne ne sait ce que coute réelement ses soins, ma fille qui est expretiée et qui ne beneficie donc pas de couverture sociale en France, vient d’acheter deux vaccins pour son enfant (basiques) qui nous coutent rien en France, elle les a payés 100€ et 60€ !! ma femme c’est fait operée de la hanche sans exactement savoir ce que coute sa prothése vendue 300€ a la patiente mais qui coute en réalité 3000€ (sans compter les frais de chirurgiens et autres cliniques!!)..alors demander a des gens de faire des économies de soins est stur

      • 16 Décembre 2012 à 18h01

        eclair dit

        @luculus69
        C’est pas aussi simple que ça.
        La securité sociale fait que les vaccins sont produit en grande quantité.
        Entre une production à petite unité et à grosse unité les prix ne sont plus les mêmes.
        Pareil pour votre prothese si c’est en série ou à l’unité le prix de revient ne sera pas le même.