Marine Le Pen : donnez-lui ses 500 signatures…
Qu’on puisse enfin causer !
Publié le 02 février 2012 à 9:24 dans Politique
Mots-clés : FN, Marine Le Pen, PCF

Photo : Ernest Morales
Une pensée (démocratiquement) vilaine, m’a effleuré. Si Marine Le Pen n’avait pas ses 500 signatures, on ne respirerait pas mieux ? Parce qu’apparemment, cette fois-ci, ce n’est pas du bluff. On était habitué de la part du père à une dramatisation spectaculaire de la question en 2002 comme en 2007. Une bonne intox pour attirer l’attention, l’inespérée tribune dans les média, la focalisation sur le FN en pleine campagne présidentielle, et pas un rond versé à des communicants pour faire parler de soi. Du grand art, comme dans le vieux manuel chinois des 36 stratagèmes : se défaire d’une brique pour attirer le jade, stratagème 17, prévu pour les batailles offensives. Le leurre parfait. On force les autres à se poser de graves interrogations sur la démocratie alors qu’ils ne parlent que de vous. A la fin, matois et réjoui, le Menhir ressortait tout faraud du Conseil Constitutionnel, avec 533 parrainages en 2002 et 507 en 2007. Ce n’était pas Byzance mais le pari était relevé.
En 2012, l’angoisse de Marine Le Pen ne semble pas feinte. Les maires renâclent. Je ne sais pas, comme l’a évoqué ici Frédéric Rouvillois, si ce système est mauvais et renvoie au suffrage censitaire. C’est celui, en tout cas, avec lequel on doit faire. ll n’est certainement pas idéal mais demandons-nous en même temps pourquoi ces passages ric et rac ne touchent, dans les grands partis, que le Front National. Alors que les sondages nous indiquent un niveau d’intentions de vote sans précédent pour Marine Le Pen, aux alentours de 20%. On pourrait penser que cette difficulté est due à l’incapacité du FN, en bientôt trente ans de présence à haut niveau électoral, à s’ancrer localement. On n’aura pas la cruauté de s’attarder sur les fiascos municipaux de 1995. Parce que prendre une mairie, c’est bien mais savoir la garder, c’est mieux. Un parti, ça ne vit pas sans élus de base et le FN paye sa conception tribunicienne de la politique. Ce qui compte, c’est la protestation. On fait un score d’enfer dans les rendez-vous nationaux et on sert de défouloir à la population qui revient au bercail au second tour. Ces villes minières du Pas de Calais, par exemple, qui aux présidentielles de 95 donnaient plus de 40% à Le Pen père mais élisaient à 60% Jospin au second.
Pour prendre les exemples qui fâchent, je suis bien évidemment sûr que Mélenchon a déjà ses 500 signatures. Et même plus que ça. C’est que la France a encore pas mal de mairies communistes. Les communistes se vautrent joliment aux présidentielles, depuis quelques temps, mais leurs élus locaux, eux, ont la cote. Même auprès de citoyens moyennement convaincus par le matérialisme dialectique et l’appropriation collective des moyens de production. C’est comme ça, tout le monde n’a pas la chance d’avoir des maires communistes.
Qu’un mode de scrutin majoritaire empêche le FN d’avoir des élus à l’Assemblée nationale, on peut accepter l’explication. Mais des mairies tout de même : il suffit d’une bonne équation personnelle, d’une implantation locale, d’une impression de compétence. Toujours pour rester dans les sujets qui fâchent, aux municipales de 2008, le PCF dont on nous serine le déclin inéluctable, a, contrairement au FN, (re)conquis des mairies comme Dieppe, Roissy en Brie ou Vierzon. Il faut croire que l’on fait plus confiance au FN pour l’incantation que la remunicipalisation de l’eau.
Mais il y a tout de même quelque chose de scandaleux à ces difficultés. On peut penser que la conversion sociale de Marine Le Pen est de circonstance, que l’électorat ouvrier est proprement manipulé, qu’on le pousse à se tromper de colère et à trouver des boucs émissaires qui n’en peuvent mais. C’est bien connu, comme l’antisémitisme hier, la dénonciation de l’immigré, c’est le socialisme des imbéciles. La formule n’est pas de moi. Plus poliment, je dirai que c’est le socialisme de ceux dont la conscience de classe a disparu.
On dit, pour expliquer les difficultés de Marine Le Pen, qu’il faudrait chercher du côté de Debout La République et de Dupont-Aignan. Que ses militants ont réussi à convaincre les élus susceptibles de parrainer une candidature FN que le souverainisme social et gaulliste de NDA est quand même plus propre sur lui. Si c’est vrai, c’est de bonne guerre, surtout de la part d’un candidat aussi maltraité par les médias et les sondages.
On pourra trouver beaucoup plus critiquables, en revanche, les consignes données aux maires UMP ou non-inscrits (non-inscrit, ca veut dire de droite, mais seulement à la campagne.). Pas une signature pour Marine, dont la courbe sondagière flirte dangereusement avec celle du Président. Evidemment, ce n’est pas par vertu que ces consignes sont données ou ces pressions exercées. C’est simplement le syndrome Frankenstein, quand la créature échappe à son créateur. Demandez à Claude Guéant ou à Brice Hortefeux, ils voient très bien de quoi je parle.
Il faut donc que Marine Le Pen ait ses cinq cents signatures. Pour une raison bien simple, c’est qu’une campagne force à dévoiler un programme et que manifestement, cela ne va pas être le fort du Front National qui a du mal à s’écarter des généralités pour entrer dans le chiffrage. Et puis aussi parce que pour la gauche, la vraie, c’est l’occasion ou jamais de relever le défi, d’oublier Terra Nova et de se souvenir du peuple.
La vraie victoire idéologique ne serait pas une Marine Le Pen absente du scrutin présidentiel mais une Marine Le Pen doublée par Mélenchon le soir du premier tour. Improbable ? On ne perd que les batailles qu’on ne mène pas. C’est le trentième stratagème : changer la position de l’invité et de l’hôte.
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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kacyj dit
Votre étonnement face à l’absence d’enracinement municipal est curieux. Vous savez parfaitement que si les communistes arrivent à maintenir un niveau de présence locale supérieur à leur représentativité nationale, c’est en grande partie grâce au jeu des alliances avec le PS.
Qui s’allie avec le FN ? Quelques uns s’y sont risqués à droite. Avalanche de condamnations politiques et médiatiques. La majorité a préféré perdre l’élection dans des triangulaires que risquer une telle thérapie.Les communistes ont la chance de ne pas subir un tel traitement. Regardez comme votre texte en est une illustration.
Quant au brevet en ce qui concerne la création du monstre, je ne crois pas qu’on puisse l’attribuer à qui que ce soit de particulier, mais sous la masque de Frankenstein, je verrais beaucoup mieux Mitterrand.
Jérôme Leroy dit
Le FN reconnaît lui-même ce problème… mais bon.
Quant à l’enracinement du PCF sur le plan municipal, les listes d’union de la gauche, si leur direction est PCF, c’est que ce sont les autres qui veulent avoir des conseillers parce que c’est le seul moyen.On ne fait pas de cadeaux au PCF sinon. Une bonne dizaines de communes dans le Nord Pas de Calais connaissent au municipales des seconds tours PC/PS (sacré cauchemar, hein).
Quant au FN, il avait réussi, que je sache à prendre quatre mairies en 95. Et à les perdre aussi vite ou à perdre leurs élus. Les faits sont têtus.
Qui s’allie avec le FN ou avec qui s’allie le FN, mais il y a plein de petits Nice, en France…Certes, apparemment, pas 500
kacyj dit
Je conteste pas que le PC était parfois plus porteur au niveau local (de moins en moins cela dit) mais ce fait n’est pas suffisant.Le PC va inéluctablement disparaître du paysage local, les éléphants préférant désormais la menthe à l’eau au petit ballon de rouge.
Quant au galop d’essai du FN en la matière, je pense que 4 victoires ne sont pas suffisantes pour prospérer. Mais bon, je ne suis pas là pour les défendre, mettre des plus pourris que certains pourris habituels à la gestion d’une commune n’améliore certainement pas le processus de conquête.
Fiorino dit
@ JL
Le PC est la caution radicale du PS. Il ne gouverne pas tout seul ce mairies et puis il faudrait voir combien de gens se cassent de ces paradis communistes.
Jérôme Leroy dit
tagada tsoin tsoin
Fiorino dit
Et oui c’est vrai que vous y conaissez vous en politique ayant prognostiqué un deuxième tour Aubry-Méluche. Si non par rapport au signatures, c’est peut-être aussi qu’avant grâce à l’anonymat les communistes et socialistes pouvaient de façon tactique donner leur signature à marine le pen. Là ça devient plus louche.
brindamour dit
Marine Le Pen ne dénonce pas les immigrés, elle dénonce les politiques qui ont ouvert depuis 30 ans les vannes à une immigration africaine de masse ce qui a contribué à l’augmentation du chômage, à la crise du logement, au déficit de notre système social, à la baisse des salaires, à la ghétoïsation, à l’augmentation de la violence et à la baisse du niveau scolaire. En cela elle dit exactement ce que disait le parti communiste vers 1980. En recherchant les numéros de l’Humanité de cette époque on doit pouvoir retrouver la déclaration à ce sujet de Georges Marchais.
Mais Marine Le Pen incrimine aussi la perte de souveraineté de la France et l’abandon des frontières.
Au fait, Monsieur Leroy , je vous confirme que votre très intéressant article sur Renaud Camus n’est toujours pas en ligne. Le sera-t-il un jour? Ses théories concernant le remplacement de population
sont passionnantes. Hier dans le canard de ma ville je comptabilisais les noms exotiques des naissances
de la semaine. Je suis arrivé à 50% des naissances totales
Cela me fait peur pour la suite.
Alain Briens dit
Nul doute que l’UMP fait le forcing pour priver MLP de ses signatures, même s’il est difficile de croire, comme Jérôme, que celle-ci puisse être réduite à une créature de Guéant et Hortefeux qui aurait échappé à ses démiurges.
Cette attitude me semble toutefois à courte vue : la liberté d’expression est dans les gènes d’une large fraction du peuple de droite qui pardonnerait difficilement à l’UMP d’avoir empêché Marine de se présenter. Si c’était le cas, je ne pense pas être le seul à aller à la pêche au premier tour comme au second.
tiyou dit
Bonjour,
Votre analyse n’est pas totalement fausse. En revanche il y a une grande différence entre le FN et le PC.
Les villes (re)conquises par le PC ces dernières années l’ont été grâce à des accords avec les verts et les socialistes. Le PC seul ne serait quasiment plus capable de conquérir, voire garder la moindre ville.
Le FN ne peut compter que sur ses seules forces et doit subir en plus l’opprobre pour ne pas dire l’hostilité des autres partis ; et média ce qui ne facilite pas les élections, y compris locales.
red benjamin dit
J. Leroy
La publication n’était pas prévue en 58 ni en 62. Le conseil constitutionnel a fait le voeu de cette possibilité de publication en 74 et est suivie depuis 76. (Je me soumets volontiers à la correciton de ces infos.)
Je n’ai pas dit qu’il y avait une différence entre les élections précédentes et celle de maintenant. Je signifiais juste que le potentiel électoral de MLP étant beaucoup plus fort aujourd’hui que du temps de son père, cette publication devient de plus en plus un outils de contrainte pour les élus locaux (quelque soit la raison qui les amène à parrainer tel ou tel).
Au sujet du déficit d’élus: vous avez entièrement raison. L’absence de réseau d’élu est une erreur du FN: les mairies qui avaient été conquise ont été très mal géré (Toulon) ou de façon sulfureuse (Vitrolles) et ont jeté le discrédit sur la capacité de ce parti à gouverner quoique ce soit. La seule collectivité locale correctement tenue (Orange) est celle d’un renégat!
borgoloff dit
Beaucoup d’élus hostiles au Front seraient prêts à accorder un parrainage à Le Pen, par principe démocratique.
Mais ils se souviennent de l’opprobre, pour ne pas dire plus, qu’ont subi ceux qui l’ont fait dans le passé.
Et là, ça calme…
red benjamin dit
La cause principale aujourd’hui des difficultés de MLP, alors qu’elle rencontre un écho dans la population plus large qu’à l’époque du daron borgne, c’est la publication des parrainages.
Pas un rapt des parrains par DLR. C’est pas le genre de la maison.
Jérôme Leroy dit
sauf erreur de ma part, je crois que les parrainages ont toujours été rendus public.Donc…
J’aime beaucoup DLR aussi mais le phénomène que je décris est sensible par exemple dans les départements de l’Est, par exemple.
Le problème est, je le maintiens, l’absence d’enracinement municipal pour un parti qui tout de même est à un étiage électoral de 15% environ depuis un quart de siècle et qui ne parvient pas à le traduire par des élus locaux.
smanyach dit
Non, ils ne l’ont pas toujours été, la preuve, cet historique sur le site du Conseil Constitutionnel :
http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/documentation/dossiers-thematiques/2007-election-presidentielle/parrainages/publication-des-presentations.17490.html
David Desgouilles dit
La publication est obligatoire depuis la loi organique de 1976 (tout comme le passage de 100 à 500 parrainages).
Mais en fait, la presse ne s’intéresse à la liste que depuis 2002, une fameuse date comme chacun sait. J’ajoute qu’avant cette date, le CC n’avait sans doute pas de site internet pour les précédentes élections présidentielles.