Marina rit, Ingrid pleure
Les deux héroïnes de la planète compassionnelle ont à nouveau fait parler d’elles
Publié le 13 octobre 2008 à 12:53 dans Médias
On avait failli les oublier : les images de Marina Petrella, l’ex-brigadiste italienne en attente d’extradition à l’hôpital Sainte Anne, et d’Ingrid Bétancourt, en odeur de béatification dans un palace des Seychelles s’étaient peu a peu estompées dans les brumes des petits matins d’été. Les ennuis de Marina avaient commencé quand ceux d’Ingrid prenaient fin, et il eût été de bonne symétrie qu’elles fussent à nouveau réunies dans un happy end de conte de fées – Marina retrouvant son HLM du 9-3, son Jules et sa fille, et Ingrid recevant le prix Nobel de la paix sous les acclamations de ses fans rassemblés sur l’esplanade du Trocadéro. Feux d’artifices, larmes de joie, liesse populaire…
Pour Marina, c’est tout bon : saint Nicolas, quelque peu en avance sur le calendrier, a dépêché son épouse Carla pour lui signifier qu’elle ne serait pas envoyée en Italie pour y répondre de ses activités terroristes. Madame Sarkozy et sa sœur Valeria ont donc eu gain de cause : leur pardon privé d’exilées de luxe pour cause d’années de plomb a été promu au rang d’amnistie à titre individuel par la grâce présidentielle. Les Italiens de tous bords font valoir, à juste titre, que Mme Petrella aurait très bien pu recevoir des soins adéquats dans un établissement psychiatrique transalpin, et qu’en conséquence, la motivation “humanitaire” de la décision présidentielle est un camouflet administré à un pays voisin et ami. Tout cela est vrai, mais qui n’aurait, dans ces circonstances, la tentation de se montrer bon et généreux à peu de frais ? Supposons un instant que Mme Petrella eût succombé à la “grève de la vie” entamée lors de sa mise sous écrou d’extradition. L’intransigeance présidentielle, juridiquement impeccable, se fût révélée politiquement dévastatrice : Nicolas Sarkozy aurait été irrémédiablement repoussé dans le coin maudit des sans-coeur. N’est pas Margaret Thatcher qui veut, qui laissa jadis mourir de grève de la faim un tueur de l’IRA dans sa cellule, avec l’approbation de la majorité du peuple britannique. Cela prouve simplement que les Anglais ne sont pas des gens comme nous. Bon vent, donc à Marina Petrella, parce qu’on n’est pas des sauvages, comme dirait Popeck.
Si cette histoire sans fin des années de plomb italiennes est plus triste que divertissante, les aventures d’Ingrid au pays des Nobel devraient contribuer à nous faire sourire, ceci en dépit des angoisses relatives à l’amaigrissement de notre magot personnel.
Le fan-club français de l’ex-otage des FARC était si fort persuadé que le Prix Nobel de la Paix ne pouvait échapper à son héroïne, qu’il avait loué, vendredi dernier, un salon de l’Hôtel Meurice, rue de Rivoli, à Paris, pas vraiment une gargote, pour fêter dignement l’événement. Comme on n’est pas, chez les Bétancourt-boys, des manchots de la com’, on envoie dans toutes les rédactions un communiqué de victoire, avec embargo à 13 heures, heure où les jurés d’Oslo devaient dévoiler le nom de la lauréate. “Ce prix est un message fort adressé aux preneurs d’otages et aux terroristes qui jouent impunément avec la liberté de tout être humain”, pouvait-on lire dans cette proclamation dont la lecture est aujourd’hui jubilatoire. La suite est connue : les gnomes d’Oslo ont préféré la grisaille nordique d’un tâcheron finlandais de la négociation internationale à la flamboyance de la pasionaria franco-colombienne. Mon quotidien local, Le Dauphiné Libéré, qui pourtant n’a pas coutume de s’indigner outre mesure au sujet des affaires du monde, s’en est étranglé d’indignation : “La paix, Ingrid !” clame l’éditorialiste du journal le plus lu dans les alpages, en révélant les petites manœuvres dont même les chasseurs d’ours locaux ont appris à se méfier, grâce au bon Jean de la Fontaine. Il reste à espérer que ce “message fort” venu des Alpes sera répercuté par l’écho, de sommets en vallées jusqu’aux berges de la Seine. Quant aux preneurs d’otages, FARC, Hamas, Hezbollah et consorts, qu’ils prennent patience : s’ils ont l’amabilité de s’assagir quelque peu, il n’est pas impossible qu’un jour le Nobel…
-
L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
-
Plus








La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
16Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous :
Pas encore abonné ? Pour commenter cet article :
1 an : 55 €
1 an : 34,90 €
20 articles verrouillés : 9,90 €
prince Mdivani dit
Pour les deux soeurs: une sorte de syndrôme de Stockholm par procuration…
Spzl dit
Ecoeurement.
J’en connais d’autres, des “fatigués de la vie”, fatigués de bosser comme des boeufs pour un salaire de m…isère, et encore ça c’est lorsqu’ils ont la chance d’avoir un boulot. Fatigués de sacrifier la moitié de leur “paye” pour se loger à l’étroit et loin de leur lieu de travail (ah, le logement, bin c’est la faute à la crise hein!).
Ces “fatigués de la vie” là, tout le monde s’en tape, à commencer par les pipoles. C’est bien normal, ils n’ont buté personne, ils n’ont pas cette excitante odeur de poudre qui leur colle aux fringues, ils ne sont pas glamour.
Vae victis.
Nina dit
Si votre raisonnement est juste Michelle, on a tout à redouter d’une victoire d’Obama…Sa femme Michelle est une harpie revancharde très très hargneuse.
ON (oui…c’est l’Europe qui vote en fait) est mal barré avec cette gonzesse devenant la first lady de la première puissance mondiale.
Michelle dit
Comme quoi, sur l’oreiller, c’est la femme qui dirige le monde…., ça c’était pour Petrella
Quant au prix Nobel de la paix, pour quoi l’aurait on donné à une écervelée qui croit encore au père Noël en allant rencontrer des personnes qu’elle sait kidnapeurs..?
J’espère qu’on donne un prix Nobel aux personnes intelligentes…..
waa dit
“Bon vent, donc à Marina Petrella, parce qu’on n’est pas des sauvages, comme dirait Popeck”
Hummmm ….
Je me demande : auriez-vous écrit la même phrase si la victime de Petrella avait été non pas un salaud de flic, mais un journaliste ?
Mieux : et si à la place de Petrella, on prends un néo-nazi ?
Qui bute un juif ?
Popeck, par exemple ?
Vous lui souhaiteriez toujours “Bon vent” ?
Nina dit
Ok Monsieur guedj, c’est vrai pour L Rosenzweig, je l’ai croisé à plusieurs reprises sur ce terrain.
Mais je suis outrée que Juffa de la Mena soit toujours laissé de côté alors qu’il a vraiment mis beaucoup dans cette affaire en enquête et autres papiers alertant l’opinion.
Karsenty s’est engouffré dans cette brèche bien ouverte de la Metula News Agency.
Quant à Petrella : je serais Italienne, je serais vexée et en colère.
De quoi qu’elles se mêlent les Bruni ?
Pétées de thunes depuis toujours elles nous font le coup de “je suis à mort à gauche, la preuve, j’fais libérer une gauchiste ?”.
Il est con Sarko…Il roulait tranquillou depuis peu en remontant dans les sondages et v’là qu’il se grille pour une gonzesse qui nous fait le coup de la grève de la faim dans le 9-3 pour ne pas payer sa dette !
Il commence à nous gonfler avec sa Carlita à la fin !
robespierre dit
Je propose d’envoyer Rouillan en Italie à la place de la Petrella. Je suis sur que tout le monde y gagnerait….
guedj dit
@Nina
sur le coté “retard à l’allumage” je suis pas trop d’accord avec vous car d’une part L Rosenzweig a été l’un des premiers (voire le premier ?) journaliste renommé à prendre position et à jouer de son carnet d’adresse pour mobiliser sa profession.
Quant à Mme Levy et Mihaely, ça reste courageux de leur part de s’exposer de la sorte, que ce soit ou pas après d’autres. Ils ont nettement plus à y perdre qu’à y gagner.
Nina dit
Monsieur Guedj, je ne suis comme vous pourrez (avez déjà) constaté en odeur de sainteté sur causeur. Cependant, je m’en fous vraiment et je trouve vos propos pertinents sur ce dernier post.
Voyez-vous, je suis moi aussi un peu…tatillonne quant au ralliement soudain des journalistes de causeur sur une remise en cause de la fameuse affaire Al Dura.
Comme je n’ai rien à prouver, puisque non journaliste, je peux en appeler à mon intime conviction (comme les juges) après avoir mener mon enquête personnelle qu’il y a bel et bien quelque chose qui cloche dans ce reportage.
Je n’ai pas à exposer tout mon chemin de pensée mais uniquement ma conclusion.
Par contre, j’ai déjà posé la question plusieurs fois sur ce blog : pourquoi tant de retard sur nos journalistes causeurs pourtant patentés et expérimentés sur ce reportage ?
Lorsque les rien comme moi criaient à la fabrication, au bidonnage, bien des journalistes nous regardaient de haut du style “nous on est des pros, vous comprenez que dalle”…et nous faisaient passer pour les derniers des réacs !
Soudain, il y a une petite levée de boucliers de ces journalistes de gauche -c’est important- sur une “possible” désinformation ayant eu des répercussions criminelles non seulement en Israel mais aussi dans le monde entier.
Comme il y a pas mal de tordus (comme moi) dans cette profession journalistique, je pourrais être encline à me poser la question sur l’opportunité de leur réaction.
Pourquoi maintenant ? Est ce une revanche sur leur précédente position dans un canard ?
Il est normal de penser ainsi.
Leur crédibilité aujourd’hui peut-elle être entachée ? Pas pour moi, certains articles sont vraiment intéressants mais pour leurs confrères, il peut en être autrement.
Il est vrai que c’est hors sujet mais cette affaire non encore portée sur la place publique en France (contrairement à l’Allemagne ou aux USA par exemple) tarde et notre frustration est à son comble.
Vivement la cassation mais là…je crains le pire !
guedj dit
@Nina
j’ai un peu de remords à évoquer Al Dura alors que M Rosenzweig parlait d’autre chose, mais bon juste pour préciser ma pensée.
Je ne suis toujours pas sur de bien savoir quelle est la position de M Rosenzweig, voire de Causeur, dans cette affaire. Attaquent ils Enderlin pour la rapidité avec laquelle il a accusé Tsahal ? Ou bien pour un bidonnage ? Un peu facile la position du “on sait pas, mais on sait que y’a quelque chose de louche”.
Si c’est un bidonnage personne ne m’aura jamais clairement expliqué comment un tel bidonnage, qui par nature a du impliqué des dizaines de personne, peut encore ne pas avoir filtré ? Et surtout, comment Enderlin, forcément (au vu de ses positions) bien en vu ds les cercles politiques et médiatiques palos, peut dans ce cas ne pas avoir eu vent de cette affaire ?
Ca me semble fou, mais je confesse ne pas avoir d’expérience journalistique et ne parler qu’en utilisant ce que je crois etre mon bon sens.
Pour le reste, j’espère vraiment, en tant que fervent sioniste, que M Rosenzweig et d’autres ne se sont pas laissés entrainer par leurs désirs. Car ces gens là, avec E. Lévy ou Taguieff, sont d’ordinaire les meilleurs avocats d’Israel auprès des mass médias. Ce serait un grand dommage pour l’image d’Israel en France s’ils devaient etre discrédités après cette sombre affaire. Qui sera encore là pour dénoncer les futurs bidonnages de l’AP ou du Hezb ?
Nina dit
On est en mal de saintes ces dernières années alors Bettancourt et Pétrella ça fait vendre.
Les Italiens ont parfaitement raison sur l’ingérence judiciaire dont fait preuve le Président Sarkozy, sa femme, sa belle-soeur…
Quand aura-t-elle payer ses crimes celle-là ? Jamais…C’est écoeurant.
Quant à vous Monsieur guedj, Grizbec était moins disert lors de cette réunion avec Chabot. Il se la donne sur la toile et avec mépris n’a pas moufter ce soir là.
Avec mépris parce que nous n’étions pas dignes de recevoir des explications ?
Sans aucun doute parce que les explications il n’y en avait pas et qu’Enderlin a été d’une parfaite partialité dans cette affaire.
Grizbec dit : “oui il y a eu des crimes commis après la diffusion de ce reportage”…
Le cul au chaud, il peut le dire…C’est comme Pétella…y a prescription…
Rappelez-vous guedj de ces deux réservistes tombés dans les mains des gazaouites : LYNCHES PAR DES MONSTRES qui se passaient leurs entrailles de mains en mains…y a prescription ???
Si un début de doute sur la véracité des propos d’Enderlin n’avait pas émergé dans la tête de la Présidente de la cour d’appel, elle n’aurait pas débouté votre champion !
Quant au délire de Grizbec sur le journalisme non clanique, il me fait marrer ce mec. C’est qu’il nous ferait chialer en plus sur les pôvres journaleux qui ont oublié le B-A BA de leur métier : relater les faits !
Pascal dit
A tout prendre,
de ces deux martyres compassionnelles,Ingrid Bettancourt a ma préférence.
Plutôt la vierge de Colombie que la Louise Michel du flingue!
Il semblerait que le lobby Petrella se soient montré plus efficace que le lobby Bettancourt ,au vu du résultat.
Mais,elles ont fini par se retrouver dans un jeu de miroir:Ingrid Bettancourt a été l’otage des Farc ;Les brigades Rouges auxquelles appartenait Petrella disposaient aussi de la prise en otage,dans leur arsenal.
luc rosenzweig dit
@guedj
chaque chose à sa place et une place pour chaque chose. Je répondrai aux bétises de Grizbec sur le site du ” meilleur des mondes”.
guedj dit
@ M Rosenzweig
désolé de vous interpeler sur un autre sujet, mais vous avez été directement interpellé (c’est un euphémisme) par M Grizbec à propos de l’affaire Al Dura.
Je suis depuis le début sceptique sur l’accusation de bidonnage mais je vous crois (enfin c’est pure intuition) de bonne foi.
Comptez vous lui répondre, ou au moins nous faire part de ce que vous pensez de son argument ?
http://www.lemeilleurdesmondes.org/A_chaud_Gerard-GRIZBEC-Affaire-al-Dura-Charles-Enderlin-Arlette-Chabot-Taguieff-Palestine.htm
Ludovic Lefebvre dit
Cet article reflète exactement ce que je pense de ces deux affaires. Je me permets juste d’ajouter que quand je dis que Sarkozy est un homme de gauche, il en apporte la démonstration chaque jour. L’imagine t-on accorder un exil salvateur à quelconque bras armé d’une idéologie de droite ?
Que les soeurs Bruni puissent avoir la moindre influence en politique, nous avons de quoi être désolés, voire effrayés. Certes, elles sont polyglottes, mais c’est surtout pour pouvoir émettre des sottises dans toutes les langues.
ramon mercader dit
ben moi j’ai été sage,j’ai mangé ma soupe,me suis brossé les dents avant d’aller au lit et le nobel je l’ai pas eu.
c’est pas juste,merdre!
que faire?
enlever la soeur d’ingrid(un peu comme chez moi,on s’enlève encore un peu entre fiancés)?
changer mon patronyme pour un imprononçable?
commettre des livres illisibles?
défendre des idées incompréhensibles?
dépècher dans l’au delà un ou deux trotskars?(mais j’ai déjà fait et ça m’a rapporté 30 ans de dur à mexico)