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Marina Petrella, pas sainte mais martyre

Est-il injuste que la justice passe ?

Publié le 25 juillet 2008 à 0:47 dans Médias

La France compassionnelle a horreur du vide. A peine Ingrid Bétancourt revenue dans ses foyers, voici que les coeurs saignent et les larmes coulent en faveur de Marina Petrella, ci-devant brigadiste rouge en instance d’extradition vers l’Italie.

Ingrid Bétancourt avait bien tenté de passer le relais en brandissant le portrait de Gilad Shalit, soldat franco-israélien séquestré depuis deux ans par le Hamas, devant ses fans rassemblés sur l’esplanade des Droits de l’Homme au Trocadéro. Mais, comme je l’avais prédit en ces même lieux (sans grand risque, je le reconnais), la machine à mettre en branle les foules sentimentales n’a pas embrayé pour ce pauvre Gilad : trop soldat, juif certes, mais pas de l’espèce que l’on s’honore de plaindre, plutôt de celle dont on se plait à dénoncer la brutalité sans limite.

C’est donc tout naturellement que Marina Petrella s’est imposée comme une icône de l’injustice infligée au nom de la justice, comme celle qu’il faut soutenir si l’on ne veut pas passer, aux yeux des belles âmes de la gauche morale, pour le plus immonde des salauds.

Certes, cette Marina-là n’a pas la blancheur démocratique immaculée d’Ingrid : à la différence d’autres protagonistes des années de plomb italiennes extradés de France depuis l’abandon de la “doctrine Mitterrand” au début des années 2000, elle ne conteste pas les accusations qui lui ont valu, en 1992 une peine de réclusion à perpétuité : participation, comme membre de la direction des Brigades Rouges, à l’assassinat d’un commissaire de police, à la séquestration d’un magistrat, à divers attentats et attaques de banques.

Elle doit sa liberté, et le répit de quinze ans qui lui a permis de “refaire sa vie”, à une négligence de la justice italienne, qui n’a pas émis de mandat d’arrêt à l’audience après sa condamnation, et à cette fameuse “doctrine Mitterrand” en vertu de laquelle les anciens terroristes italiens réfugiés en France n’étaient pas extradés en Italie pour peu qu’ils aient renoncé à la violence et se tiennent tranquilles dans l’Hexagone.

Dans les faits, la France décrétait ainsi de son propre chef une amnistie pour des gens condamnés dans un pays voisin et ami. Une attitude qui n’eut pas l’heur de plaire au-delà des Alpes, où l’opinion publique quasi-unanime, à l’exception de l’extrême gauche, estimait que c’était aux Italiens, et à eux seuls, de tourner la page de ces années sanglantes, de la manière qui leur paraîtrait la plus convenable.

En France même, Gilles Martinet, aujourd’hui décédé, grande figure de la gauche et ancien ambassadeur en Italie s’en prenait vivement, en “une” du Monde du 8 janvier 2004, aux intellectuels et hommes politiques français mobilisés pour Cesare Battisti, autre “terroriste à la retraite” menacé d’extradition, et remettait en cause la protection systématique accordée par la France à des terroristes jugés et condamnés.

Il n’est guère étonnant, alors, que les médias préfèrent évoquer le drame humain d’une femme anéantie psychiquement par ce qui lui arrive, “en abandon de vie” selon un psychiatre mobilisé par son comité de soutien, que se demander s’il est juste ou non que Marina Petrella accomplisse la peine que ses crimes lui ont valu. Son avocate, Irène Terrel, développe une explication psychologique de l’attitude de sa cliente: “Elle souhaite mourir pour que ses filles puissent faire leur deuil au lieu de disparaître pendant des années au fond d’une geôle italienne.” Qui ne se sentirait interpellé par une telle détresse ? Il faudrait vraiment avoir un coeur de pierre pour détourner le regard pendant que la justice passe, même si l’on soupçonne ses avocats et sa famille d’en rajouter pour émouvoir les foules.

Quant aux femmes et enfants dont la vie a été brisée par les actes de Marina Petrella et de ses camarades, ils sont tragiquement absents de la mobilisation. Que les crimes des Brigades Rouges italiennes ne fassent pas partie de notre martyrologie nationale ne justifie pas que l’on s’arroge le droit d’empêcher un peuple voisin, régi de surcroît par l’état de droit, d’appliquer sa loi et de gérer comme il l’entend les cicatrices de sa mémoire collective.

Le mythe de Jean Valjean, le criminel qui se rachète moralement par ses actes de bonté, sert de vademecum éthique aux braves gens de France pour juger des cas qui sont proposés à leur compassion. On oublie trop souvent qu’avant de devenir bon, Jean Valjean avait purgé sa peine, intégralement.

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  • 16 October 2008 à 14h25

    blam dit

    Au moins avec Sarko, il y a de moins en moins d’hypocrisie, le vrai visage arrogant de cette république où il n’y a jamais eu de séparation des pouvoirs, grimace au grand jour, et la doctrine de Sade s’applique :” condamnez les juges, absolvez les coupables…”

  • 13 October 2008 à 1h30

    Ludovic Lefebvre dit

    Une grève de la faim, un séjour en hôpital psychiatrique et c’est l’absolution garantie. Quand je dis que Sarkozy est un homme de gauche, ce n’est pas un simple sentiment éprouvé lorsque nous le voyons tout sourire avec Cohn-Bendit au parlement européen, c’est aussi une défense systématique de son clan idéologique, le progressisme international.

  • 15 August 2008 à 10h57

    popi soudure dit

    la France est devenue l exil doré des terroristes ex brigade rouge et d autres ex dictateurs passant des jours heureux dans notre chére patrie § même s il y a eu morts d hommes ou détournement de fonds , ne pèsent pas lourd devant la fameuse ” raison d état “! qu aurait dit la France si le franco islamo terroriste ralhed méchall ( abattu par les forces de l ordre ….) avait demande l asile politique et l amnistie en italie ! allons messieurs dames libres penseurs gaucho bobo un peu de retenue et svp défendes des causes plus sérieuses ! ….. SVP §

  • 10 August 2008 à 12h31

    L’OURS dit

    Romana,
    merci de toutes ces précisions et informations que je ne connaissais pas!
    Et je vous rejoins sur vos brillantes conclusions!

  • 9 August 2008 à 23h48

    Romana dit

    env. 170 BR ont été jugés lors du maxi-procès de 1988 : ceci explique pourquoi la sentence (des milliers de pages) a été émise tardivement. Lorsque Petrella fut incarcerée, 1500 étaient déjà en prison.
    A l’époque des “lois spéciales”, l’Italie avait 3 dégrés de jugement pour des faits criminels (la France 2 à la même époque) ; la peine de mort n’ existait pas (interdite par la Constitution de 1948), en France elle a été supprimée par Mittérand.
    10 ans après les faits, les premiers terroristes ont été libérés dans un souci de réconciliation nationale.
    Pour ne citer que ceux-ci :les chefs historiques sont libres, le mari et le frère de MP sont libres également depuis longtemps. Il reste encore 1 à 3 BR ( je crois), incarcérés beaucoup plus récemment, en semi-liberté.
    Où est donc la vengeance ?
    Doctrine Mittérand :la soi-disant doctrine -en contraste avec de nombreux traités internationaux de l’époque- s’est basée sur des déclarations orales et excluait fermement tous crimes de sang et les massacres; elle ne fut jamais transposée en actes ayant une validité et véracité juridique quelconque. En 2004 le Conseil d’Etat français à nié toute validité légale à ladite “doctrine” et il a établi que l’Etat français n’a aucun droit de s’ériger en censeur d’une procédure judiciaire étrangère surtout lorsque celle-ci est conforme aux standards comme c’est le cas pour l’italienne (ce sont des valeurs constitutionnelles en Italie).
    Les victimes :480 morts (dont env. 80 par les BR) et plus de 1000 bléssés.
    Leur mot d’ordre : un frapper un pour en éduquer 100, lutte contre “les serfs de l’Etat” ou “lutte contre le ennemis du prolétariat”.
    Depuis 2001, des actes terroristes ont eu lieu par de nouveaux BR : eux aussi ont frappés 3 “serviteurs de l’Etat” (= 2 economistes et un policier,), 15 personnes ont été arrêtées, des armes ont été saisies en 2007 (=gouvernement Prodi).
    On ne parle pas de vengeance mais de justice et je nie tout droit à quiconque en France de décider à la place de l’Italie.
    Et enfin, si elle est innocente, pourquoi ne pas se constituer ? Pourquoi les autres terroristes encore en France ne se constituent-ils pas ? De quoi ont-ils peur ?
    En quoi consiste la liberté au nom de laquelle ils ont tué ? Un procès permettrait de faire émerger la vérité historique. Qui sont ces résistants qui osent chanter Bellaciao ? Les valeurs des vrais résistants et des BR ne sont pas les mêmes ; les résistants de Bellaciao sont morts pour la liberté, les terroristes de touts bords tuent ceux qui ne pensent pas comme eux.
    Non, Monsieur Arberet, les terroristes sont vraiment indéfendables lorsque leur pays d’origine est un Etat de droit.
    Beaucoup de repentis ont été tués : ils savaient ce qu’ils risquaient et ont accepté de payer un prix si haut en toute âme et conscience.
    No, je le rèpète c’est de justice qu’il est question non de vengengeance

  • 8 August 2008 à 19h33

    L’OURS dit

    Monsieur Arberet,
    la vraie question est: au nom de quoi la France se substituerait à la justice italenne?
    Presque tout ce que vous dîtes est vrai, mais seulement si elle avait été jugée!

    D’autre part vous faîtes une confusion qui m’horripile et que j’entends à foison! Non! Monsieur, la délation n’a rien à voir avec la dénonciation.
    La délation est faîte dans le but de nuire, elle est souvent une dénonciation mensongère et a de vils motifs.
    Dénoncer en revanche est un acte de courage et d’honneur!
    Dénoncer un assassin, c’est de la délation?
    Dénoncer une mafia, c’est de la délation?
    On cache souvent sa lacheté derrière des mots!

  • 30 July 2008 à 21h08

    robespierre dit

    luc rosenzweig • 26.07.08 à 08:59

    Guilio est vivant. Ah ben mince alors; je l’avais déjà enterré. Merci pour pour votre rectification.

    Il n’y a que l’Italie pour offrir de tel miracle de longévité. la raison ? J’hésite en la proximité du Vatican, le régime culinaire ou l’avarice. Restons humble, ca ne peut etre que les Saintes huiles…d’Olive bien sur.

  • 28 July 2008 à 15h27

    Olivier dit

    Il a fait quoi de mal, Jean Valjean, qui fasse qu’il ait dû se racheter, déjà ?

    Il a volé du pain…

    Désolé de casser votre beau papier..

  • 28 July 2008 à 14h26

    Pascal dit

    Pour monsieur Arberet,lorqu’il s’agit de l’Italie Démocratique,il ne peut y avoir,naturellement,que des lois”d’exception” et des prisons spéciales,comme dans le Chili de Pinochet.
    j’admire au passage l’euphémisme qui transforme l’assassinat en lutte armée!
    Mais le repentir,le tribunal de l’Inquisition, la délation ou la”subversion”(votre grille de lecture est restée coincée aux années 70,on dirait) n’ont rien à faire dans le cas Petrella.
    C’est la justiciable Marina Petrella que réclame la justice Italienne,poursuivie pour meurtres ou complicité de meurtres.