Marie-France d’abord !
Mme Garaud, grand-mère sévère
Publié le 08 novembre 2010 à 5:59 dans Politique
Mots-clés : France, Marie-France Garaud

Marie-France Garaud, dont il serait discourtois de révéler la date de naissance, a quelques heures de vol dans la vie politique française. Elle accéda à la notoriété dans les années soixante-dix, comme puissante conseillère du président Georges Pompidou, puis comme âme damnée de Jacques Chirac avant que ce dernier ne s’émancipe de sa pesante tutelle. En duo avec son compère Pierre Juillet, elle fut à l’origine du « remerciement » du premier ministre Jacques Chaban-Delmas en 1972, et du torpillage de la candidature de ce dernier à l’élection présidentielle de 1974.
Vestale du gaullisme de stricte obédience, elle se lança dans l’arène politique lors de l’élection présidentielle de 1981, donnant alors une visibilité nationale à son chignon impeccable. Le score qu’elle obtint fut modeste, mais son discours bénéficia tout de même d’un certain écho dans une partie de la droite française, disons sa composante bonapartiste, pour reprendre la classification du regretté René Rémond.
Le titre de son dernier essai, Impostures politiques, prévient d’emblée le lecteur que le temps qui passe n’émousse pas son regard acéré et impitoyable sur la marche du monde et les hommes politiques du présent et du passé.
Marie-France Garaud n’est pas une pleureuse « décliniste » parmi d’autres, c’est une imprécatrice de « l’affaissement » de la position de notre nation, œuvre collective de ces « imposteurs » qui l’ont dirigée depuis la mort de Georges Pompidou en 1974.
L’irréductibilité des différences franco-allemandes
Cette philippique n’aurait qu’un intérêt réduit si elle ne s’appuyait pas sur une analyse historique stimulante, bien que parfois contestable, de l’évolution parallèle des principales nations de « l’ensemble eurasiatique » : France, Allemagne, Russie, Chine.
De son maître, le général de Gaulle, M.F. Garaud a retenu le goût pour les formulations tautologiques du style A=A, qui traduit la nature immuable des traits fondamentaux distinguant les nations et les peuple les uns des autres.
Pour elle, par exemple : « Depuis des siècles, immuables dans leur nature, les données fondamentales de l’Allemagne sont à l’opposé de celles qui déterminent le destin de la France. Elles le sont dans l’ordre des territoires et celui de l’Histoire. Elle le sont de ce fait dans l’ordre du droit et de la politique ».
Ce qui vaut pour l’irréductibilité des différences franco-allemandes vaut tout autant pour la Russie et son aspiration à jouer un rôle planétaire majeur après deux décennies d’éclipse, ou pour la Chine « dotée d’une longue mémoire ».
Il en va également de même des relations entre ces nations qui doivent être regardées dans la longue et moyenne durée pour comprendre les problèmes actuels : le tropisme allemand vers la Russie se traduit notamment par le choix par Siemens, après sa rupture avec Areva, du Russe Rosatom comme partenaire nucléaire, ou par le sabotage par l’Allemagne des projets de gazoducs rendant l’Europe occidentale moins dépendante du gaz russe. La vraie nature des rapports germano-russes, selon M.F. Garaud, c’est Rapallo1
L’Europe, marché de dupes
La raison majeure de l’effacement de la France sur la scène mondiale et de la prééminence allemande dans l’Europe post-Maastricht réside dans le marché de dupes que fut la construction européenne après la réunification de l’Allemagne, et l’institution d’une monnaie unique sur laquelle Berlin a, de fait, la haute main. On ne peut lui donner totalement tort sur ce point, même si quelques péripéties récentes ont montré que Mme Merkel ne pouvait pas toujours, en la matière, agir comme elle l’aurait souhaité, par exemple en expulsant la Grèce de l’euro, par exemple. Mais, globalement, le mouvement des choses donne raison à Marie-France Garaud.
En revanche on restera sceptique, sinon plus, sur son interprétation des débuts de la construction européenne comme une sorte de complot fomenté par les Etats-Unis et le Vatican pour mettre les nations européennes sous une double sujétion l’une temporelle, l’autre spirituelle.
Sa détestation de la démocratie-chrétienne donne, certes, lieu à des portraits délicieusement vachards d’icônes de cette mouvance comme Jean Monnet et Robert Schuman, le premier étant décrit comme un manipulateur à la solde de Washington et le second comme une chiffe molle tremblant devant Pie XII. Mais elle oublie, au passage que la gauche sociale-démocrate et laïque, après avoir un temps hésité, contribua elle aussi à cette entreprise européenne que l’auteur ne cesse, jusqu’à aujourd’hui, d’exécrer. Cette prétendue créature des Américains a fini par leur échapper en grande partie, même si cela ne chagrine pas outre mesure Washington, car l’UE peut être considérée comme négligeable dans les rapports de force internationaux.
Sans Etat fort, une France faible
Pour la France, elle déplore la démission des dirigeants qui ont consenti à laisser sans réagir la société phagocyter l’Etat – c’est pour cela qu’elle s’ingénia à saboter le projet post-soixante-huitard de « nouvelle société » de l’équipe formée à Matignon par Jacques Chaban-Delmas et Jacques Delors. Sans Etat fort, la France est faible, au contraire d’une Allemagne dont la nation s’est constituée hors des Etats pendant des siècles.
On cherchera en vain, dans ce court essai, une esquisse de programme pour que notre pays se redresse, et retrouve, sur la scène mondiale le rôle qu’il tint jadis. Marie-France Garaud, lasse des nains qui nous gouvernent scrute l’horizon pour apercevoir un géant. Hélas, l’horizon est vide.
- Le traité de Rapallo, le 16 mars 1922 entre l’Allemagne et l’URSS marquait le rapprochement entre les deux pays, sortant l’Allemagne de l’isolement consécutif à sa défaite de 1918 et l’URSS de sa mise à l’écart par les démocraties occidentales après le triomphe des bolchéviques. ↩
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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Ugolino dit
@Mangouste. Nos constatations ne sont pas si éloignées et nous discutons de surcroît en bonne compagnie. Good !
Le dirigeant politique, si qualifié soit-il, n’est au final, fort que de ce que ceux qu’il dirige dégagent comme force économique, démographique, militaire, scientifique… Que les conditions de ses succès les obèrent au lieu de les prolonger, le retour de manivelle est inévitable. On vante fort un Louis XIV en France, sans assez mesurer ce que cela a coûté pendant et après. Et Mao Tse Toung, et d’autres fortiches du même accabit…
Idem pour les “hommes à poigne” ayant eux un vrai bilan à leur actif (sous le régime desquels je n’aurais pas trop aimé vivre). Cf.plusieurs cas: 1. Park Chung Hee – pas franchement un tendre – a indéniablement présidé au décollage économique de la Corée. Dirigeant capable + peuple capable = succès assuré, au forceps certes./ 2. Allons plus au sud avec F.Marcos: dirigeant incapable + peuple incapable (mais attachant, blablabla) = échec assuré./ 3. Imaginons Park Chung Hee aux Philippines: dirigeant capable + peuple incapable, plantage assuré./ 4 : Marcos en Corée ? Dirigeant incapable + peuple capable… Faut voir… Du temps perdu, mais de la réserve…
Ôde à la résignation ? Que nenni ! Quoi de plus humaniste que la prise en main de leur destin par des myriades d’hommes et de femmes, à leur échelle – du “besogneux”, comme le dit bien Gaétan Brunoy – plutôt qu’un ramassis d’ilotes exaltés rêvant à un chef providentiel !
Marquise dit
“Vestale du gaullisme de stricte obédience, elle se lança dans l’arène politique lors de l’élection présidentielle de 1981″
Ce n’est pas Mitterrand qui avait favorisé sa candidature ? Je crois me souvenir d’une interview de Michel Charasse dans laquelle il racontait un repas préélectoral chez François Mitterrand, avec Roland Dumas. J’ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien…
Mangouste1 dit
Et, au fait, je suis Belge ; o)
Mangouste1 dit
Ugolino, pardon de vous répondre si tard,
Vous ne niez pas l’importance de l’individu, je ne nie pas celle des mouvements économiques et sociaux. Nous ne sommes sûrement pas si éloignés l’un de l’autre. Mais tout de même, il y a un autre défaut dans l’historiographie que celui d’ignorer les structures économiques et sociales, c’est celui d’en faire des explications totalisantes, un héritage du XIXème siècle et, notamment, de Marx.
Les hommes – politiques – exceptionnels ont une influence majeure sur l’histoire, même en temps de paix – mais je suis d’accord avec Gaëtan, c’est plus souvent le cas en tant de guerre. Ils ne sont pas que les créatures de mouvements sociaux et économiques. Par leur charisme, leurs capacités à faire passer des idées, ils peuvent infléchir l’histoire, ne fut-ce qu’en faisant triompher le mouvement dont ils sont les représentants sur les autres. Ainsi Tatcher a-t-elle bouleversé l’histoire de la Grande-Bretagne – un pays depuis longtemps socialiste à l’époque, abritant des syndicats puissants et une industrie lourde – au même moment où Mitterand tirait la France de l’autre côté. Il le fit avec un succès mitigé me direz-vous, puisqu’il dut rentrer dans le rang libéral assez vite. Pas faux. Mais comparez la Grande-Bretagne et la France aujourd’hui et vous pourrez mesurer une partie de l’action des deux “hommes” politiques : chacun d’eux avait des choix à effectuer, chacun l’a fait dans des sens différents. D’autres à leurs places auraient agi autrem.
Dominique dit
J’ai lu son livre hier matin ; ses analyses sont claires, concises, bien mises en perspectives et, surtout, réalistes. Malheureusement, -suis-je pessismiste ?-, j’en tire la conclusion que la France est “foutue”, surtout avec le personnel politique actuel et tous les corporatismes actifs à l’oeuvre, ennemis d’un grand rassemblement des Français. D’ailleurs, qu’ont fait nos dirigeants et les “élus du peuple” la dernière fois que les Français ont dit “non” par référendum au TCE ? Ils ont ratifié à l’encontre du vote souverain ! MF Garaud et Philippe Séguin, dans leur livre “De l’Europe en général et de la France en particulier” nous avaient pourtant mis en garde lors du référendum sur le traité de Maastricht en 1992 (comme JP Chevènement aussi) …
Il faut surtout s’interroger sur la volonté et la capacité des Français, dans un pays où l’on peut trouver toute l’information que l’on cherche, à sortir du “ronron” de leur individualisme de consommateurs pour s’intéresser au devenir de leur nation
a2lbd dit
@Gaetan Brunoy
Excellent. !
Bibi dit
Gaétan Brunoy
Dommage que le sens de mon 3ème paragraphe de 12:30 vous échappe.
Vous semblez en effet être coincé par la culpabilisation avec, comme seule alternative, le rejet.
Je ne pense pas que c’est en faisant l’impasse sur des apprentissages qu’on parvient à évoluer et à faire prospérer un individu ou une République. Et je ne considère pas que culpabiliser constitue un apprentissage ou un enseignement.
Gaétan Brunoy dit
@Guillaume_rc
Encore plus que d’accord avec vous. Les grands scientifiques sont les véritables titans qui extraient l’humanité de sa condition naturelle.
Seulement comme leurs révolutions ne sont compréhensibles que par une minuscule élite de spécialistes, et qu’elles finissent par changer radicalement nos conditions d’existence des décennies plus tard, ils sont condamnés à vivre dans l’ascèse et le relatif anonymat de leur discipline, tandis que le peuple se passionne pour les joutes stériles des représentants qu’il élit, barnum politique dont il ne restera rien cinq ans plus tard.
Tout ça, c’est du spectacle ; la vraie vie est dans les labos, dans les têtes de quelques-uns, et elle est hermétique.
Bibi dit
Bah, Béret, bandeau.
Gaétan Brunoy dit
@Bibi
Analyser et comprendre, oui, moraliser de façon anachronique, non. Causeur n’est-il pas le lieu où l’on célèbre Muray et ses philippiques contre les mutins de Panurge ?
En l’espèce, l’indignation à la sauce émétique, c’est du réchauffé, et c’est de l’hystérie pur jus, pas de l’intelligence. Du bon point Godwin de base. Du réflexe pavlovien bien-pensant, un concours à qui aura la plus belle gerbe.
Et tout ça complètement hors sujet. On parle de Marie-France Garaud, et il faut qu’il s’en trouve un pour dire “t’as vu comme Bousquet et Papon sont des ordures” ! Franchement… Ca vous a échappé ?