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Mariage homo : Audrey Pulvar en apnée

Avis aux sceptiques : qui n’est pas comme nous est contre nous

Publié le 09 novembre 2012 à 9:21 dans Médias

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Audrey Pulvar Inrocks mariage gay

« Il n’y a ni homme, ni femme » (Ga 3,28)

On aimerait penser que tous ceux qui chercheront à faire passer les opposants au « mariage homosexuel » pour d’affreux réactionnaires homophobes en seront dorénavant pour leurs frais : le nombre d’élus de gauche qui se déclarent plus ou moins ouvertement opposés au projet de « mariage pour tous » du gouvernement ne cesse de croître. Au premier rang desquels le socialiste Bernard Poignant, proche de François Hollande -tellement proche d’ailleurs qu’il dispose paraît-il d’un bureau à l’Elysée -, maire de Quimper, député au parlement européen où il préside la délégation du Parti socialiste français, qui affirme en conclusion d’un billet marqué par un scepticisme nuancé à l’égard de ce projet : « […] on peut considérer qu’un enfant doit se forger dans l’altérité des deux genres, masculin et féminin. […] tout progressiste dans ce dossier doit d’abord penser à l’enfant. » Dans l’utilisation précautionneuse du mot « genre » plutôt que du vocable vieux français « sexe », on voit à quel point Bernard Poignant est soucieux de complaire à la doxa genderiste de son camp.

Mais cette discrète marque d’allégeance ne suffit apparemment pas aux furies pro-mariage gay, qui ne souffrent d’entendre aucune réticence, aucune voix discordante dans le camp du Bien. Ainsi Audrey Pulvar s’en prend vertement au déviant Poignant en édito du dernier numéro des Inrockuptibles – qui, dès sa Une, milite sans ambiguïté ni subtilité excessive pour la totale : mariage, adoption, procréation – en l’accusant fielleusement « de ne pas être tout à fait à l’aise avec l’homosexualité », en compagnie de tous ceux qui à gauche expriment quelle que réserve que ce soit sur la question du mariage gay. Car pour madame la ministre, c’est de cela qu’il s’agit avec ce « mariage pour tous ». Celui qui ne rend pas les armes et n’accepte pas la totale, c’est qu’il n’est pas tout à fait au net sur son rapport avec l’homosexualité :

« Un moment d’absolue vérité. Rien de moins. Le jour où chacun, face à son psychisme, ses peurs, fantasmes et legs, doit se montrer vrai. Face à face avec soi-même. Qui est cet autre qui me regarde droit dans les yeux ? Prendre le temps de descendre en soi, celui de l’honnêteté maximale. Répondre, en remontant à la surface, à une question, la seule qui vaille : aujourd’hui, moi qui me regarde dans ce miroir, considéré-je l’homosexualité comme normale ou déviante ? Ni faux-fuyants, ni politiquement correct, ni suivisme, ni résignation, mais la vérité de soi. Oser l’affronter. Être homosexuel, est-ce “en mon âme et conscience” pareil qu’être hétérosexuel ou, au fond de moi, n’est-ce que “quelque chose” dont je m’accommode, que je tolère ? Oui ou non, hétéros et homos sont-ils égaux en droits et en devoirs ? Ni moins, ni plus. »

Je crois qu’avec ces quelques phrases horriblement pompeuses, on touche au cœur du sujet tel qu’il a été posé par les militants du mariage gay : soit tu es avec moi, soit tu es contre moi. Soit tu répètes avec nous « il-n-y-a pas de différence » et « oui-ou-non hétéroz’é homos sont-ilz’égaux », soit tu es homophobe. Remarquons aussi l’étrange disposition mentale à laquelle nous invite Audrey Pulvar : si je prends le temps de descendre en moi, j’y trouverai un autre moi, un moi mensonger qui résiste à ma propre vérité et qui est composé de peurs, de fantasmes et de legs, bref d’un « psychisme » qui me plombe et m’empêche de penser ce qu’il faut penser. Car au fond (c’est le cas de le dire) c’est à une forme de conversion loin du vieux moi, héritage indésirable d’un passé révolu, à quoi nous invite Audrey Pulvar. Il faut prendre cet « âme et conscience » à la tonalité religieuse au sens fort. C’est le vieil homme qu’il faut dépouiller, comme disait saint Paul. On voit à quel point, même lorsqu’on se croit affranchi de tous ses « legs », on reste tributaire de sa propre tradition religieuse…

Mais d’où vient qu’Audrey Pulvar ne paraisse pas voir la contradiction ? C’est peut-être parce que, en apnée, le cerveau fonctionne mal : la mémoire flanche, le raisonnement faiblit. C’est d’ailleurs peut-être aussi pour cela qu’on nous invite à descendre si profondément en nous-mêmes. Parce qu’il ne reste plus à ces profondeurs, en guise de pensée, que les réflexes conditionnés de la morale contemporaine, et les seuls conformismes de la soumission aux rudes injonctions de la papesse de la branchitude bien-pensante. Qui accepterait d’être conformiste ? Personne. C’est pourquoi il faut faire passer, et plus encore transformer, ce « suivisme », cette « résignation » et ce « politiquement correct » en « vérité de soi », en adhésion de l’âme et de la conscience qui fait table rase de tout ce qui n’est pas elle. Les mots sont forts, et l’on voit que le religieux n’est pas aujourd’hui toujours où l’on croit. On est presque tenté d’appeler la laïcité au secours.

Eh bien non chère Audrey, pour ce qui me concerne je ne descendrai pas en apnée tout au fond de moi-même pour m’y rencontrer dans un miroir, car je veux que mon âme soit prise par un Dieu tout Autre, et tout autre que celui du narcissisme de « la vérité de soi » : je respirerai au grand air, librement. Et tâcherai de penser de même.

*Photo : descartes.marco

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  • 9 Février 2013 à 14h03

    Twisk dit

    C’est un monde ! Nous a-t-on suffisamment seriné, dans les années 70-80 que nous devions tous “nous écouter” et prendre en compte “notre petite voix intérieure” parce qu’elle avait toujours raison, pour maintenant venir nous expliquer qu’au contraire, il faut l’asphyxier ?

  • 19 Novembre 2012 à 19h14

    Well dit

    Ces instables qui nous gouvernent. On avait déjà Sarkozy divorcé, Hollande à la colle, Duflot à la colle. 

    On a maintenant Pulvar, qui veut nous donner des leçons de morale pour le mariage gay, mais qui à 40 ans, est incapable de rester en couple, simplement parce que son compagnon lui fait de l’ombre professionnellement : c’est beau l’amour chez les bobos.

    Dans le milieu ouvrier, on était marié pour la vie, souvent même sans amour. 

  • 14 Novembre 2012 à 22h43

    newparadigm dit

    Elle est vraiment impayable ! (J’espère pour elle que Pigasse n’est pas du même avis.)
    Et Jospin et Agacinski, homos refoulés aussi ?

  • 14 Novembre 2012 à 15h11

    quadpater dit

    Kenitt, le mariage civil n’a jamais eu pour objectif d’officialiser ‘amour entre deux êtres. Par ailleurs l’homosexualité a été dépénalisée en France il y a trois siècles.
    Revenez en 2012, où le débat porte sur les conséquences du mariage civil des homosexuels, en particulier sur la filiation.

  • 14 Novembre 2012 à 14h40

    Kenitt dit

    @Juan Claudio
    Quelle tristesse de réduire un couple à une machine à faire des enfants … C’est donc cela pour vous un couple ? Donc les couples hétéros sans enfants sont des aberrations ?
    Et les enfants issus de couples hétéros sont-ils toujours pour autant heureux, aimés et bien traités ?
    Oui monsieur, un couple de gens qui s’aiment et qui choisissent de vivre ensemble sont égaux, que ce soit un homme et une femme ou deux personnes de même sexe.
    En quoi cela vous dérange ? Qu’est ce que cela vous enlève ?

  • 13 Novembre 2012 à 11h30

    lesgalon dit

    Et si on arrêtait de commenter en toutes circonstances les propos et attitudes débiles de Mme Pulvar on cesserait au moins de lui faire une bien inutile publicité ?

  • 12 Novembre 2012 à 15h50

    Juan Claudio dit

    Je suis sincèrement désolé pour Mme Pulvar. Mais son texte, tout à fait dans le style du courant de pensée auquel elle appartient, et qui n’a manifestement d’autre but que d’attraire la débat sur une question, non pertinente en l’occurrence (oui ou non admettons-nous réellement l’homosexualité ?), ne parvient pas à me convaincre qu’il n’y a nulle différence entre les couples homosexuels et les couples hétérosexuels.

    En efet, sauf erreur de ma part, il en existe au moins une, et elle est de toute première importance pour l’avenir du genre humain, qui consiste dans le fait que les couples hétérosexuels peuvent faire des enfants, alors que les couples homosexuels ne le peuvent pas. 

  • 12 Novembre 2012 à 15h15

    Theodora dit

    Et bien alors la Martiniquaise ? on renie sonidentité créaole et l’héritage de Césaire, Glissant et autres ? Que pense Mme Pulvar du refus de smaires d eMartinaique d emarier Adam et Yves ? http://www.bondamanjak.com/index.php/martinique/a-la-une/14441-mariage-homosexuel-raymond-occolier-n-est-pas-pour-l-union-d-adam-et-yves.html
    http://www.famillechretienne.fr/societe/politique/-mariage-homosexuel-la-martinique-dit-non-_t7_s37_d66952.html

  • 12 Novembre 2012 à 13h18

    Henri dit

    article intelligent

  • 12 Novembre 2012 à 9h37

    Eugène Lampiste dit

    J’apprends que le sieur Bibi est de nationalité Israëlienne.

    en ce cas qu’on m’explique

    lui qui ne tolère pas la moindre critique, le moindre avis (sauf s’il est autorisé par lui) sur ce qui peut se passer en Israël, sur ce que le gouvernement israëlien pourrait faire ou ne pas faire sur tel ou tel sujet, de quel droit vient il  nous dire ce que le gouvernement français devrait faire (ou ne pas faire) à propos du mariage des homosexuels et de l’adoption par des homosexuels ?

    car j’attends une certaine réciprocité, moi.

    quand un citoyen d’une démocratie occidentale vient me dire ce que le gouvernement français devrait faire ou ne pas faire quant aux affaires internes de la société française, il me semble normal que ce citoyen accepte mes critiques sur ce que fait son gouvernement à l’intérieur des frontières de son pays.

    à moins qu’il existe un accord secret entre la France et Israël prévoyant que cette loi française sera automatiquement appliqué en Israël, je ne comprends pas sa logique.

    mais connait il seulement le concept de logique, ce brave homme. 

    • 12 Novembre 2012 à 15h19

      quadpater dit

      Lesieur-Bibi est une huile et vous n’êtes qu’un subalterne.

      • 12 Novembre 2012 à 17h51

        Eugène Lampiste dit

        huile bio, j’espère ?

        sinon j’ameute les écologistes. 

  • 10 Novembre 2012 à 18h37

    Patrick Mandon dit

    Pierre Jolibert, si l’existence précède l’essence, l’homme, au contraire du fameux coupe-papier sartrien, a été « fabriqué » par un génial  « artisan », qui l’a conçu avant de le produire. Il convient donc que ses sens le suivent et le servent. Le voici, l’homme (et voici la femme, aussi, bien sûr) : sont-ils seulement sexués ou encore « gendrés » ou (genrés) ? Que leur apporte (importe) le genre, à l’une et à l’autre ? Où est l’essence, où est le moteur ? Et que signifie alors, l’aveu de Charles Swann : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! »

    • 11 Novembre 2012 à 9h44

      Pierre Jolibert dit

      Cher Patrick Mandon,
      je ne peux pas répondre tout de suite à votre question trop vaste ; quant à Swann, Dieu sait que j’aime les glissements de sens, mais je crois qu’il n’a rien voulu dire d’autre que “je ne goûte pas en temps normal ce type de femmes, et celle-ci m’a rendu fou”, et sa phrase est proverbialement restée le signe annonciateur des passions dévastatrices. Quand on commence à dire, elle ou il n’est pas mon genre, on peut ajouter aïe aïe aïe.
      Toutes proportions gardées, et pour prendre mon cas personnel, vous savez maintenant que mon type préféré, c’est le batteur de groupe de métal (à nom arménien) légèrement enveloppé, eh bien le jeune X. Bongibault, qui ne correspond pas à cette description, je le trouve difficilement résistible. Bon j’arrête là, car c’est pur amusement. Mon cas ne compte pas car j’en parle dans l’abstrait, mes rhumatismes me rendant incapable et peu désireux de pratiquer l’art des galipettes que vous décrivez plus bas.

      • 11 Novembre 2012 à 10h53

        Patrick Mandon dit

        Votre réponse est délicieuse, et, bien que saturée de (plaisir des) sens, elle me laisse un peu sur ma faim (de sens). Mais elle est si subtile, qu’elle apaise ma frustration. J’observe que sans être infidèle à votre batteur enrobé, vous marquez de l’intérêt pour ce X. Bongibault, que je ne connaissais ni d’Adam, ni d’Adam…
        Soignez vos rhumatismes, et retrouvez vite le chemin des galipettes, qui prolonge celui des écoliers…