Un an exactement après le vote de la loi sur le « mariage pour tous » – avancée historique qui a réduit le mariage à un Pacs en mairie et aboli le droit à une double filiation paternelle et maternelle -, on ne peut pas dire que le bilan soit folichon. Les quelques milliers de « jeunes mariés » de même sexe (50 ans en moyenne pour les hommes, 43 pour les femmes) croyaient avoir enfin obtenu, d’un coup de baguette magique de leur bonne fée guyanaise, l’accès aux scandaleux privilèges de l’hétérosexualité : avoir des bébés et payer moins d’impôts. Sauf que non, même pas.

La PMA sans raison médicale, « pilier » du projet de loi selon son rapporteur à l’Assemblée, Erwann Binet, a finalement été retirée du texte, puis prudemment rangée dans un tiroir. Quant à la GPA, que voulait permettre Christiane Taubira en encourageant les juges à naturaliser les enfants nés d’une telle transaction à l’étranger, la Cour de Cassation a rappelé qu’elle était toujours illégale. Et comme les candidats à l’adoption sont déjà beaucoup trop nombreux, les 90% de pays qui reconnaissent encore l’altérité sexuelle préfèrent donner à leurs orphelins un père et une mère. Bref, tintin pour les bébés.

Et pour les impôts ? C’est pas gagné non plus.Un rapport de la député socialiste Catherine Coutelle publié le 24 avril préconise en effet la suppression du quotient conjugal, qui avantage fiscalement les couples mariés ou pacsés. But de l’opération : faire rentrer 5,5 milliards d’euros supplémentaires dans les caisses de Michel Sapin. Eh oui parce qu’en vrai, le problème le plus urgent à résoudre en France n’est pas le fait que les enfants s’obstinent à naître d’un père et d’une mère, mais que le déficit public explose. Le « mariage pour tous », c’était juste pour rire, pour se distraire un peu.

En revanche, la dame qui veut casser la niche fiscale des époux, présidente de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale, affirme qu’il s’agit aussi « de promouvoir l’égalité femmes-hommes ».Pardon ? Oui, parce que la déclaration d’impôts commune constitue« une désincitation financière à l’emploi pour le second apporteur de ressources, soit la femme le plus souvent ». En gros, l’Etat souhaiterait s’il vous plaît que les nanas enfilent un pantalon et aillent bosser au lieu de buller à la maison en jouant à la poupée avec leur fille et aux cow-boys avec leur fils. Une mère au foyer, c’est pas rentable et pas sociétalement correct.

Et puis si les femmes travaillent, les hommes, eux, seront bien obligés de s’occuper un peu plus des biberons. C’est aussi ça, l’égalité.  D’ailleurs, la ministre des droits des femmes elle-même, Najat Vallaud-Belkacem, l’avait bien dit le 16 mars 2013, dans l’émission Thé ou café, sur France 2 : « L’absence d’un père pendant les premières années est très difficile à rattraper ensuite. (…) C’est très important, lorsqu’il y a une famille et un couple, que le père et la mère s’investissent autant dans les premières années de vie de l’enfant. » Le 29 juin, dans l’émission On n’est pas couché, elle en avait même rajouté une couche : « L’enfant a besoin de son père comme de sa mère. Donc on a tout intérêt à tout faire pour que les deux parents puissent partager cette responsabilité. »

Tout faire ? Alors commençons par revenir sur le « mariage pour tous », cette loi inégalitaire qui bafoue l’idée selon laquelle« l’enfant a besoin de son père comme de sa mère », ses « deux parents ». Non seulement l’égalité femmes-hommes sera enfin assurée, mais l’égalité entre homos et hétéros ne sera pas remise en cause, puisque le mariage ne suffit toujours pas à faire naître un bébé de l’union de deux personnes de même sexe et ne donnera bientôt, peut-être, même plus droit à une réduction d’impôts. Au boulot mesdames.

 *Photo :  DAMOURETTE/SIPA. 00658425_000020.

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Pascal Bories
est journaliste.est journaliste.
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