Le choix de l’adjectif élyséen pour qualifier la « manif pour tous »  de dimanche (une manifestation « consistante ») ouvre le champ des interprétations de l’état d’esprit du pouvoir après le succès avéré de ce rassemblement. Je choisirai, pour ma part, l’exégèse gastronomique de ce propos, indiquant que le plat proposé par Frigide Barjot et ses  centaines de milliers d’amis était peut-être indigeste sur le moment, mais qu’une fois assimilé il ne peut que vous renforcer.

François Hollande a par ailleurs jugé « respectables » les convictions des manifestants (« zêtes trop bon, m’sieur not’président ! »), mais indiqué que le parcours législatif de la loi sur le mariage gay allait se poursuivre, avec un aboutissement qui ne fait aucun doute, son adoption par une majorité de gauche à la Chambre et au Sénat.

Seule la procréation médicale assistée (PMA) réclamée par un quarteron d’activistes lesbiennes a été reporté à un vote d’un loi sur la famille en mars, alors que certains excités socialistes voulaient l’inclure dans la loi sur le mariage. Les manifestants de dimanche auraient cependant tort de s’attribuer ce recul apparent, qui est d’abord dû à une crainte de censure du Conseil constitutionnel, et à des réticences d’une partie des parlementaires PS.

Des centaines de milliers de personnes ont donc marché pour rien, sinon le plaisir de constater qu’on est loin d’être le seul de son avis. L’analyse socio-politique de ce mouvement incite en effet les responsables socialistes à ne pas s’affoler : l’immense majorité de ceux qui étaient au Champ de mars n’ont pas voté et ne voteront pas à gauche dans un avenir prévisible. Une manif de 200 000 personnes composée, mettons de 2/3 de gens de droite et d’un 1/3 de gens de gauche affichés comme tels dans un défilé aurait été beaucoup  plus préoccupante pour le pouvoir.

De plus, la majorité des gens, selon les sondages, estiment qu’on parle trop de ce sujet au regard des autres problèmes auxquels notre pays doit faire face. Il sera donc difficile aux anti-mariage gay de maintenir la pression en dépit de l’incontestable réussite, en termes quantitatifs et qualitatifs, de la manifestation. Alors que les journalistes de la presse favorable au projet de loi (c’est-à-dire la quasi-totalité des grands médias) étaient à l’affût du moindre dérapage homophobe, il n’ont eu à se mettre sous la dent qu’un misérable point Godwin lâché par l’un des porte-parole, homosexuel, du mouvement. La loi sera donc adoptée, et vraisemblablement maintenue en cas d’alternance, comme cela a été le cas en Espagne. Dans quelques mois ou dans quelques années, on se sera aperçu que cette loi n’aura pas ébranlé les fondements anthropologiques de notre société, et que la seule modification notable sera celle de la couverture, par les magazines people, des aventures sexuelles et conjugales des stars du show bizz et du sport ayant fait usage de cette nouvelle loi.

Un exemple est là pour démontrer cette capacité de résistance des sociétés aux lubies législatives des « progressistes » autoproclamés : celle de la loi sur les noms de famille du 18 juin 2003, permettant de choisir, pour la famille et les enfants d’un couple le nom du père ou de la mère ou encore les deux noms accolés des géniteurs. L’usage a montré que dans 99% des cas le nom du père restait celui de l’unité familiale, et que cela n’est pas près de changer. Et demain, même la mairie du IVème arrondissement de la capitale continuera à unir presqu’exclusivement des hommes et des femmes, pendant que les gays alentours feront bien autre chose que de penser popote et layettes.

*Photo : La Manif pour tous.

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