Marchés parisiens, les palais du peuple | Causeur

Marchés parisiens, les palais du peuple

Ces vestiges du Paris populaire qu’Anne Hidalgo n’aime pas

Publié le 18 février 2017 / Société

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Les marchés de la capitale sont un des derniers vestiges du Paris populaire. Il est donc logique qu'ils n'aient plus leur place dans la ville-musée sans voitures, sans bruit et sans vie dont rêve Anne Hidalgo.

Le fromager Philippe Grégoire: réputé pour ses fromages de chèvre de Bourgogne, il affine lui-même des fromages sublimes, comme ici, un comté de 18 mois à se damner.

« Entre 1961 et 1975, quelque chose d’essentiel a changé : il y a eu un génocide. On a détruit culturellement une population. » Pier Paolo Pasolini, Lettres luthériennes

« Toutes les villes ont un cœur, disait Sacha Guitry, et ce qu’on appelle le cœur d’une ville, c’est l’endroit où son sang afflue, où sa vie se manifeste intensément, où sa fièvre se déclare, sorte de carrefour où toutes ses artères paraissent aboutir. Mais le cœur de Paris a ceci de particulier, c’est que chacun le place où il l’entend. Chacun a son Paris dans Paris. » (Mémoires d’un tricheur). Le mien réside dans ses 80 marchés, qui sont ce que notre capitale offre aujourd’hui de plus vivant, de plus gai, de plus authentique et de plus énergique ! Dès que le cafard pointe le bout de son nez, je n’ai qu’à me précipiter au marché, celui de Bastille, des Batignolles, du boulevard Auguste-Blanqui, du boulevard Raspail, de la place d’Aligre ou du Président-Wilson, pour aussitôt ressentir un délicieux sentiment de bien-être au milieu de la foule trottinante, l’œil aux aguets sur les bouquets de mimosas, les turbots aux ouïes violacées étendus sur de la glace pilée et les miches laiteuses de la fromagère…

Pour mesurer à quel point tous ces marchés constituent un trésor unique, promenez-vous à Londres : quelle misère !

Comme Notre-Dame, l’Opéra Garnier, le musée du Louvre, le Crazy Horse et la Tour d’Argent, les marchés, dont la plupart furent créés sous l’Ancien Régime et la Révolution, font partie du patrimoine historique de Paris. Quelques-uns sortent du lot, comme celui des Enfants-Rouges, fondé en 1615 dans le Marais, et qui, pour cette raison, passe pour être le plus vieux de France. Ouvert six jours sur sept, le marché d’Aligre est unique en son genre, car il en regroupe trois en un : le découvert (dédié aux fruits, aux fleurs et aux légumes), les puces et les fripes (organisées en métiers depuis Louis XIV) et le marché couvert (inauguré en 1781 sous le nom de marché Beauvau). Les touristes du monde entier viennent à Aligre pour photographier sa graineterie, la dernière de Paris, qui est une vraie photo de Cartier-Bresson avec ses arrosoirs, ses plantes, ses oiseaux et ses bocaux emplis de bonbons d’autrefois. Derrière l’Hôtel de Ville, place Baudoyer, vous trouverez le seul marché ouvert l’après-midi (de plus en plus misérable à vrai dire avec ses deux étals). En bas des Champs-Élysées, le marché aux timbres fut immortalisé par Stanley Donen dans Charade (1963), avec Audrey Hepburn et Cary Grant. Et n’oublions pas les marchés aux fleurs de la place des Ternes et de la place de la Madeleine, ni le marché aux oiseaux de l’île de la Cité, constitué de pavillons d’époque 1900. Il arrive aussi aux marchés de mourir de leur belle mort, comme ceux aux vêtements de la Halle Saint-Pierre à Montmartre, ou du Carreau du Temple, dans le Marais, tous deux transformés en « espaces culturels ».

Pour mesurer à quel point tous ces marchés constituent un trésor unique, promenez-vous à Londres : quelle misère ! Mis à part l’immense Borough Market, une merveille qui date de 1851 (ce que seraient devenus nos Halles Baltard, construites à la même époque, si on ne les avait pas détruites), la plupart des marchés londoniens frappent par leur inauthenticité car on n’y rencontre quasiment aucun petit producteur. Ils racontent ainsi en creux l’histoire économique du pays depuis le xviiie siècle, avec ses millions de petits fermiers britanniques expropriés et chassés de leurs terres au profit des grands propriétaires. L’agriculture paysanne, aux abords de Londres, a ainsi été rayée de la carte, alors que l’on comptait encore, il y a peu, 150 maraîchers rien que sur la commune de Nanterre.

Aller au marché, à Paris, ça n’est pas seulement faire ses courses, c’est aller à la rencontre de l’Autre : le paysan aux mains pleines de terre, l’éleveur de volailles, le boucher aux joues

[...]

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    publié dans le Magazine Causeur n° 43 - Fevrier 2017

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    • 21 Février 2017 à 13h45

      Angel dit

      Merveilleux article
      Mais je signalerai a Nolens que pour le genocide les socialo-ecolos ne sont pas les seuls responsables
      Chirac et touts les gaullistes traitres le sont egalement

    • 21 Février 2017 à 10h33

      Grignous dit

      Enfants rouges, Richard Lenoir, Raspail, Aligre, c’est un tour de Paris des marchés pour bobos!

    • 19 Février 2017 à 19h10

      gia75 dit

      Au marché Bastille, les agents de la Ville de Paris sont à l’affut toute la matinée du dimanche pour mettre des amendes aux malheureux clients qui osent venir au marché en voiture. ON aime pas les sans dents motorisés dans le quartier Bastille..J’ai même vu un conducteur à son volant qui attendait sa femme en double file y avoir droit !!

      • 20 Février 2017 à 8h28

        Archebert Plochon dit

        Vous savez, il y a aussi des sans dents sans voiture qui habitent près de la Bastille, et qui apprécient à moitié de se faire gazer par les bobos banlieusards motorisés, qui prétendent jouir de la ville ET de la campagne avec leur jardin de deux arpents. Le problème avec la critique sociale, c’est que c’est un puit sans fond à ressentiment. On essaie la bienveillance et la bonne foi, plutôt ?

        • 20 Février 2017 à 14h29

          Sancho Pensum dit

          Eh bien, que diraient ces Parisiens égoistes, qui sont pour interdire aux banlieusards sans dents la traversée de Paris avec leur vieux clous pour rejoindre leur boulot, s’ils se trouvaient empêchés, pour leur congés de traverser nos riantes campagnes ou d’accéder à nos jolis bords de mer à bord de leur 4×4 de 2,5 tonnes ?

    • 19 Février 2017 à 17h08

      persee dit

       Je précise , en  me souvenant d’une séquence sur FR3 en 85 peut être où des jeunes financiers très cool , look savamment décontracté , haut niveau , progressistes , disaient -” vous comprenez , il fallait bien , que Paris rejoigne NEW York et Londres , pour le prix du logement Paris était très en retard ” , Il serait de nécessité publique que l’INA retrouve cette séquence pour démasquer ces gens qui sous le couvert d’un discours raisonnable  a trahis  Paris. Mais nous n’avons plus de Victor Hugo pour défendre les petites gens. Et ce ne peut pas être Macron .

    • 19 Février 2017 à 14h08

      persee dit

       Paris s’est vu vidé de sa  population populaire , d’employés, d’ouvriers  de commerçants dans les années 8o par l’augmentation dingue  des  logements ; L’expression de Disneyland , du chic fabriqué pour des touristes en recherche d’autre chose  est bien adapté . Pour le parisien que je suis ,né à Belleville , et ancien du V ème art,  Le Paris d’aujourd’hui sonne creux et faux , un décor . alors la nostalgie , la déploration :  On se fait mal pour rien à ” chercher  des morceaux d’hier dans des gravats ……”

      • 20 Février 2017 à 8h30

        Archebert Plochon dit

        Le vieux Paris n’est plus, la forme d’un ville / change plus vite, hélas, que le cœur des mortels ^^

    • 19 Février 2017 à 12h08

      l’appel de chtulhu dit

      Défendons les marchés qu’ils soient à Paris et partout en province !

    • 19 Février 2017 à 9h32

      QUIDAM II dit

      Au début des années 60 du siècle dernier, sur les trottoirs des Grands Boulevards, il y avait des attractions (hercules de foire, cracheurs de feu, etc…)
      A Pigalle, il y avait même des baraques de strip-tease forain…

    • 19 Février 2017 à 7h57

      Charles Lefranc dit

      Hidalgo veut une ville de parfumeurs , de coiffeurs , de spa-salons de massages ,ou les seuls commerces alimentaires vendent du caviar-saumon et du jambon Bellota a 200 €/kg. Avec Hidalgo , Paris devient Disneyland , une ville artificielle , un village a la Potemkine , seuls pourront circuler les pousses-pousses clandestins tenus par les roms.Le parisien doit degager en banlieue , place aux jet-setters et a leurs larbins . C’ est tellement plus cool !

    • 18 Février 2017 à 19h56

      Sancho Pensum dit

      Difficile de savoir ce qu’aime ou pas Sœur Âne. Elle a détesté l’ouverture des commerces le dimanche. Maintenant elle l’adore. Elle a lutté contre l’interdiction des vieux véhicules dans sa ville. Puis lutté pour. 
      Les marchés, peut-être qu’elle les adore les jours pairs et les abhorre les jours impairs… va savoir Grégoire !

      PS : petit moment de flottement à la lecture dans Causeur de “aller à la rencontre de l’Autre”. J’ai regardé mon calendrier ; ce n’est pas le 1er avril. Bizarre… 

      • 18 Février 2017 à 20h13

        Lector dit

        :D “peut-être qu’elle les adore les jours pairs et les abhorre les jours impairs” hahaha excellent !

    • 18 Février 2017 à 13h59

      joie dit

      Très bel article qui rappelle combien les marchés apportent de la joie au sein des villes. Merci!

    • 18 Février 2017 à 12h47

      Schlemihl dit

      Un être vivant sue digère pète chie . On peut y remédier en le tuant puis en l’ embaumant .

      Il en est de même des villes . Les villes vivantes sont pleines de laideurs et inélégantes . On peut en faire des villes musées , c’ est à dire des cadavres fardés .

    • 18 Février 2017 à 12h41

      Lector dit

      où donc êtes-vous allé chercher que la maire de Paris voudrait faire disparaître les marchés ? La gauche mise plus que la droite sur le tourisme. Dans les villes de province tenues par la gauche les marchés ne font que croître ; s’y ajoute ponctuellement la part d’évènementiel* qui séduit le bobo festif autant que le gourmet et le chineur -*en fait marchés x ou y, surtout produits d’autres terroirs que locaux, voire brocanteurs ou fripiers, qui viennent grossir les rangs du marché historique, des maraîchers, charcutiers etc.
      A Paris, la rue Montorgueil et la rue Daguerre vont-elles disparaître ? Le marché du boulevard Edgar-Quinet, etc. ? Bien sûr que non ! Paris sera toujours Paname.

      • 18 Février 2017 à 13h02

        IMHO dit

        En effet ! Les marchés n’avaient pas si bonne réputation naguère, les marchands passaient pour y écouler des comestibles peu surs . Les ménagères se méfiaient et pour cause .

        • 18 Février 2017 à 15h08

          Lector dit

          c’est bien possible IMHO, j’ai entendu ça aussi ; ceci dit cela dépendait desquels ; j’imagine. En tout cas ma prime enfance passée sur les bords de l’Atlantique dans un port de haute mer me ferait plutôt tenir le propos inverse.

      • 18 Février 2017 à 14h13

        Guenièvre dit

        • 18 Février 2017 à 15h03

          Lector dit

          ah, merci Guenièvre, j’aime aussi beaucoup “quartier latin”, mais bon l’écoute m’a un peu fichu le bourdon en souvenir de ma mère. Du coup, histoire de reprendre un peu le dessus je me suis repassé ça -moins poétique ou nostalgique et disons d’un entrain plus dynamique:

          https://www.youtube.com/watch?v=7whXkifG_ms

    • 18 Février 2017 à 12h34

      Habemousse dit

      Bel article grinçant, dont le saupoudrage de la mémoire atténue le côté acide ; n’empêche, la politique, l’ignorance crasse et la paresse tuent les derniers indépendants au prétexte qu’ils votent mal.

      Donner une des plus belles villes du monde à une inspectrice des travaux finis, c’est comme voter Hollande ou s’euthanasier à petit feu.  

    • 18 Février 2017 à 11h41

      l’appel de chtulhu dit

      Merci pour ce papier . N’oubliez pas les marchés de province ou là aussi on rencontre des vrais gens car c’est un espace de rencontres et d’échanges (loin des drogués des smartphone piétons) .

    • 18 Février 2017 à 11h38

      Nolens dit

      Belle perspective que ces salauds de socialo-écolos offrent au pays (futur califat de l’ex-France) : une ville musée (des horreurs) entourée de zones de non-droit.
      Merci la gauche, merci les cons qui votent à gauche. Belle destruction !
      Pour construire c’est une autre paire de manche.
      Les marchés parisiens et les quelques boutiques de qualité disparaîtront au profit d’un adage bien connu de la gauche : la malbouffe pour tous c’est l’égalité.

      • 18 Février 2017 à 12h29

        Impat1 dit

        …”la malbouffe pour tous c’est l’égalité.”…
        Ce doit être constitutif du principe “d’inexistence de la culture française”.

      • 18 Février 2017 à 12h47

        Lector dit

        mouef, pour construire l’UOIF les cons de droite ont été tout autant respectables, hahaha, et les premiers fast-food sont apparus dans la capitale lorsque la droite y tenait le haut du pavé.

    • 18 Février 2017 à 11h34

      l’appel de chtulhu dit

      Bien sur la véritable France est bien là avec toutes ses facettes ! Vous parlez de Paris mais n’oubliez pas tous ces marchés de province qui sont des endroits de rencontres et d’échanges (pas des échanges de smartphones) . Rencontrez des vrais gens dans des endroits vrais , pas le virtuel de pacotille .

    • 18 Février 2017 à 11h06

      mogul dit

      Merveilleux papier !
      Merci.